II. Souscriptions à la troisième personne
Comme à Tépoque mérovingienne ces souscriptions ont continué à être le plus fréquemment indiquées par le mot signum^ ou signum manus.
fol. 127; cop. faite pour Gaigniéres d'après rorig.), et en 1004 : rûCBHPeOTC
MIKPOC BAflYNÛC AnOAHKOYC 110 HXOYA SS KAV ^ (Orig., Coll. Tarbé à Reims). — PIusicui*s souscriptions en caractères gixïcs ligurenl au bas d'une charte (996-1001) de la reine Berthe et de ses fils, Thibaud et Eudes, pour Marmoutier (Lex, Eudes, comte de Blois... et Thibaud son frère ^ Troyes, 1892, in 8, pièces just., n"* 8). — En 1002, la souscription du préfet de Rome est ainsi libellée : -{- CTE^ANO I1PE*ENTY0C rOPBH POME (Archivio paleogr., t. II, fasc u, n- 16). — En 1048 encore un chancelier de l'empereur Henri III écrit dans sa ruche les mots : ^TFVPA VVTNVeHPrr KANCHAAAPYY [Kaisentrk. in Abbild., liv. IV, pi. 18).
1. Voy. notamment les chartes recueillies par Salmon, Notice citée dans la note précédente ; Cm. de Graxdmaison, Fmgments de chartes de St-Julien de Tours ; Musée des arch. dép.f n* 12, pi. X. Plusieurs des chartes tourangelles du x* siècle de la collection Tarbé, à Reims, ont de nombreuses souscriptions accompagnées de notes tironienncs.
2. Une charte de Ste-Croix de Poitiers, de mai 994, offre les souscriptions de l'abbesse Geyta et du scribe, écrites en capitales dont les lettres sont disposées en colonnes de haut en bas [Orig., Coll. Tarbé, à Reims).
3. Voy. par exemple les souscriptions des témoins d'une charte de Geffroi, archevêque de Besançon, de mai 9i5; elles sont toutes de la main du scribe, mais accompagnées de signa, qui, surtout lorsqu'on examine l'original, paraissent autographes [Rec. de faC'Sim, à Cus, de VÉc. des Chartes, n* 209). Dans une charte du môme archevêque, datée du 28 déc. 944, on retrouve les souscriptions des mêmes témoins, mais sous une forme impersonnelle et dépourvues de signa [Ibid., n* 358). — Les souscriptions des clercs, apposées au bas d'une charte de Sigefroi, évèque du Mans [971, février), sont toutos
de la main du scribe et se terminent par le signe 4^, qui parait aussi de la même main (Ibid,, n» 270).
4. < Qua fînilur oratio et dictantis intentio ». (Conrad de BIore, Summa, dans Roc- KixGER, Briefsteller, p. 443.) Wattexbacu, Anleitung zur lat. Pal., 4" éd., p. 90, 91.
598 SOl'SCRlPTiONS (1X'-,\1' SIÈCLES). [Lit. iv. Ch. vlh
souvent eiprimé par le seul sigle S. ou par les signes S ou |^ , caraclÀres lironiens auxquels il Taut allribuer la même signification'.
Ces souscriptions ne sont pas autographes et le plus souvent elles sont de la main du scribe de l'acte. Elles sont ordinairement accompagnées du seing manuel {tignum ou lignum maniu) qui consiste rréquemmmt en une croii, mais parfois aussi, surtout depuis la fin du i* siècle, elles constituent h elles seules la souscription et ne sont pas suivies d'un seing manuel. Le mol tignum est rréquemment l'crit en abrégé et terminé par la croix : tign +, ou bien ses deux syllabes sont séparées par la crois : tig+num, ou encore ia croix est disposée de telle façon que sa barre verticale constitue l'i du mot tignum : t-f-gnum.
Quelquefois aussi, au lieu do consister en une croix, le seing manuel est un monogramme ou une figure plus ou moins compliquée, destinée à prévenir la contrefaçon, et qui forme la marque particulière à celui au nom duquel est apposée la souscription '. Les tîgna et monogrammes de ce genre se sont surtout développés en Espagne *, chez nous ils ont été plus particulièrement employés, dés le \' siècle, par les notaires et scribes, et l'on verra plus loin qu'ils n'ont pas lardé à devenir en quelque sorte la marque caractéristique de leur profession.
Les seings manuels étaient ordinairemeni, à partir du milieu du ix* siècle, tracés de ta même main que le reste de la souscription'; parfois cepen-
1. Voy. par eiemple les souscriplîons d'une donalion faite vers fllO au vironite de Limoges ; < S lUmiiuiro... S Immoni..., elc. • (13 souscriptions sous la même Tomie. ['ac-sïm. lilhogr. de l'École des Cliartes, il* 63t.) — SouscripUons d'une cluuie de Guillaume Fièrebrace, duc d'Aquitaine (085] ; < ^ Savaricus, \^ Itaiiuildo, elc. > {Mutrr dei arch. difp., n° tC, pi. 1.) — Souscription d'une donation du comte Thibaud de lUois (1037-1043) : • $ >ari[atidi abbalis. Ç Gunicrannt abbatis. elc. • {Ree. de fac-tim, à lut. de l'Éc. dri Charlei. n' 307.) Un pourrai! multiplier les cieiiiples pour ainsi dire k l'infini.
2. On peut citer comme exemple : 1° sept ligna qui accompagnent les souscriplioiis des échcvins présents à un plaid tenu ii Caderousse [Vaucluse], le S juillet 845, par le comie Adall)erl(Arch. des Bouchcs-du-Bbdne. fonda de Sl-Viclopl; il y a lieu toutefois d'observer que ce dorumcRi ne nous est parvenu que sous la forme d'une copie figurée, posiél'ieure d'un siècle environ i l'original ; 2* ceui d'une cbarte de Guillaume, duc d'Aquitaine, pour Dourgueil, de 000 ou cnvii-on (Orig., Coll. Tarifé, à Reims). — tliie croix enjolivée forme, ters IDSO, le seing maimel collectif du chapitre de Coutances; i Signuni • totius .f- Constantieusis ccclesie convenlus > [Xtu. des arch. dép., n°33, pi. \V1I1]. — liivclon. seigneur de Pierrefonds, a pour tignum, dans une cliarte de 1100 ou en\iron, un monogramme qui comprend les lettres de son nom et de celui de sa femnte ISadvita ainsi que le mot menograma [Fac-stm, lithogr. de l'Éc. des Cliartcs, n*52T).
3. Voy. entre autres les ligiia d'une cliarle de Cerdagne de OSO [Mu*, des arch. dép. u* 18, pi. XV] ; ccui de la copie Hgurcc d'une charte de Borel, comte de Barcelone, de
■ ' '" de fac-tim. à fui. de f École de» Charlei, n" 31); ceui d'une
roi de Léon et de Caslille. de t073 (Fac-sim. lithogr. de l'Éc. des [!ux d'une cliarlc de sa fille Un-aka, de 1 100 ou environ llbid.,
il citer deui eiemples anciens : 848, Ti décembre. Seize souscripquatre cclonncs, d'une charte de l'sbb. de St-Aruoul de Ueli, tout du scribe de l'acte : i Sïgu f Anselmum, sign ^ VTallerum, etc. •
g 2] SOUSCRIPTIONS (1X«-XI« SIÈCLES). 599
dant on peut observer que la croix, assez maladroitement formée et d*une autre encre que les mots qui Tencadrent, a dû être tracée postérieurement par le souscripteur dans un espace, parfois trop large ou trop étroit, laissé libre, par exemple entre les deux syllabes du mot signum *. Souvent aussi, comme dans les souscriptions à la première personne, le souscripteur devait ajouter de sa main un ou plusieurs traits au signum. G*est ainsi qu'on remarque dans ceiiains monogrammes royaux et impériaux quelques traits et notamment un signe en forme d'Y, parfois assez mal assuré et visiblement d une autre encre que le reste de la figure, qui parait avoir élé tracé de la main môme du souverain *.
Depuis la seconde moitié du x^' siècle Tusage se répandit, pour les auteurs des actes et pour les personnages d'importance qui y intervenaient comme témoins, de souscrire en traçant au bas de la pièce, en manière de signum, souvent k côté ou au-dessous de la mention signum JV.', de grandes croix*, dont le caractère autographe se reconnaît h leur dimension, ainsi qu'à la façon maladroite et grossière dont elles ont d'ordinaire été formées et qui trahit une main peu familière avec
(Fac-sim. lithogr. de l'École des Chartes, n* 21); — 854. Souscriptions d'une donation à la cathédrale de Kodez, également de la main du scribe : « Sign f Rogimundo comiti, etc. » [Musée des arch. dép.^ n* 8, pi. XV.) Les exemples postérieurs ne se comptent plus.
1. Voy. les souscriptions d'une donation à St-Denis d'août 945 (Fac-shn. lithogr. de l'Éc. des Chartes, n*397). La constatation est surtout facile sur l'original.
2. Voy. plus loin, liv. V, chap. n, § 2. — A tout le moins les souscripteurs paraissent avoir dû toucher de leur main le signum que l'on traçait pour eux. C'est ainsi que j'interprète avec Habillon l'annonce des signes de validation des deux chartes suivantes : 1083. Charte du comte Thibaud relative aux serfs de St-Marlin : a Chartam hanc... e fideliura nostronim manibus tangendo corroborandam dedimus » [De re diplom., p. 588) ; — 1076. Charte de Geffroi, duc d'Aquitaine : « Presentibus istis subscriptis ac c sibi invicem pellem porrigentibus » [Gallia christ., t. II, instr., col. 385).
3. Peut-ôtre aussi celte mention était-elle ajoutée après le signum.
4. 060. Charte de Geoffroi Griscgonelle, comte d'Anjou. La souscription du comte : « Sign •{- Gauzfredi comitis o, est accompagnée d'une grande croix autographe. Celles des témoins sont sur le même type, mais sans la croix autographe [Orig., Coll. Tarbé à Reims). ^ Une croix autographe accompagne la souscription de Hugues Gapet, alors duc des Francs, A une donation à St-Martin de Tours, de mars 967 : a Signum santé f crucis « domni llugonis Francorum ducis » [Rfc. de fac-sim. à l'us. de VÉcole des Charles, n« 269). — Il en est de môme pour une charte de Sigefroi, évêque du Mans, de février 97 1 , où les souscriptions sont annoncées en ces termes : a Si?niori nostro domno scilicet c Ilugoni et filiis cjus necnon principibus fidelium ipsonim sub signo saiicte crucis « coiToboràre prccati sumus », mais celle de Hugues Capet est seule accompagnée d'une grande croix autographe : « Signum -^ domni Hugonis comitis » (Ibid., n* 270). — Croii autographes du comte Thibaud et de ses fils, v. 9.15, au bas d'une confirmation de Bourgueil par la comtesse Berthe (Ibid., n* 269); — croix autographe de Richard II duc de Normandie, v. 1024 [Mus. des arch. dép., n' 21, pi. XY). — Voy. dans le Musée des arch. nat. la reproduction de souscriptions et de croix autographes de Henri I*', de la reine Anne et de leurs tils, de Philippe I"', de Foulques, évêque de Beauvais, d'Etienne, comte de Blois, de la comtesse Adèle et de leur fils, de>*ivelon, seigneur de Pierrefonds, de Louis VI, d'Ives de Chartres, d'Arnaud, archevêque de Bordeaux, à des actes de 1035. 1058, 1068, v. 1090, v. HOO, 1113, 1120, 1127 (n- 98, 101, 102, 103, 108, 115, 116, 117, 131, 135 et 141).
(500 SOISCRIPIIONS (XII« SIÈCLE). [Liv. iv, Ch. viii
la plume. Ces signatures par la croix sont souvent annoncées en termes exprî*s dans les clauses finales'.
Toutefois, à la même époque et presque toujours dans les mêmes actes où figurent les croix autographes, les scribes continuent à tracer de leur main les $igna de la plupart des témoins ainsi que les mentions de souscriptions. Parfois ils font suivre le mot signum d*aulant de croix qu'il y a de témoins', et plus tard ils forment plusieurs croix d^une seule barre transversale, coupée d'autant de traits verticaux qu'il y a de témoins'. Mais le plus souvent depuis la fin du x« siècle les scribes font consister simplement la souscription dans les mots : signum JV., avec le nom généralement au génitif, et qu'ils écrivent eux-mêmes. Bientôt même les souscriptions seront remplacées par de simples listes de témoins *.
La forme des souscriptions impersonnelles : $ignum iV., pour être la plus ordinaire, n*est cependant pas la seule que l'on rencontre dans les actes dii ix« au xi* siècle. Quelquefois, et notamment en Provence, elles sont ainsi conçues : N, yreseru fuit; ou encore, en Provence également et dans tout le midi de la France : N. firmavit ou firmat. Souvent enfin, et particulièrement dans des chartes bretonnes, le nom propre au nominatif est précédé ou suivi du sigle T. ou de l'abréviation it. (testis) ; toutes expressions qui sont accompagnées ou non de seings manuels.