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ê§ 2, 3J SOUSCRIPTIONS (XII« SIÈCLE). 601
Les souscriptions autographes, déjà rares, coinine on Ta vu, depuis le milieu du xi^ siècle, deviennent tout à fait exceptionnelles au xii«. On n'en rencontre plus guère depuis lors que dans les chartes ecclésiastiques, dont les témoins imitent la disposition des grandes bulles apostoliques où ce mode de souscription ne cessa pas d*étre en usage'. Toutefois, en France, dans les pays de droit écrit, la renaissance du droit romain au mV^ siècle conserva ou plutôt fit revivre dans certains actes, et spécialement dans les testaments, Taiicienne forme romaine des souscriptions de témoins instrumentaires. Chaque témoin déclare qu'à la requête de Fauteur de Tacte, il a comparu en personne, a souscrit ou fait souscrire, a scellé de son sceau et signé : a Ego N. testis, a dicto N. « requîsitus, presens fui, subscripsi, sigillo meo sigillavi ac signo proprio a signavi. » Ce dernier mot, littéralement emprunté aux prescriptions de la loi romaine, annonce alors un seing manuel, ordinairement une croix, assez souvent aussi une marque particulière, analogue aux seings de notaires, dont il sera question plus loin. Généralement autographes lorsque les témoins sont des clercs, ces souscriptions sont presque toujours de la main de scribes pour les témoins laïques, qui expliquent parfois qu'ils n'ont pas souscrit eux-mêmes parce qu'ils ne savent pas écrire, et qui ne prennent la plume que pour tracer leur seing*.
Dans la plupart des documents, la souscription du scribe continua seule à être libellée à la première personne. Toutefois, pendant les premières années du xu^ siècle on voit encore la souscription de l'auteur de l'acte ainsi exprimée^. L'usage des croix autographes parait n'avoir pas persisté en France au delà du premier tiers du xu« siècle*.
A. Voy. une charte de Girard, évêqiie d'Angouléme de 1109, souscrite par six personnages ecclésiastiques sous la formule : + Ego N. SS. [Mus, des arch. dép.^ n» 30, pi. Xil). Les souscriptions sont plus fréquentes dans les documents italiens. Voy. une donation de l'évéque de Cervia, de 1139, où les souscriptions sont sous la même forme [Arckimo paleogr. ital.^ t. I, n® 29).
2. Voy. comme exemple les testaments du prêtre Durand Timothée (16 juin 1245. — Mus. des arch. dép., n» 75 bis^ pi. XXXY bis); de Daumas Morel, chanoine de Lyon (avril 1260. — Rec. de fac-sim. à Vus. de VÉc. des Chartes^ n" 103); de Jeanne, comtesse de Toulouse et de Poitiers (23 juin 1270. — Orig. Arch. nat., J 406 n» 6; cf. Musée des arch. nat. y n^ 270). — M.-C. Gvigue {De Vorig. de la signature, p. 44-57) a publié les souscriptions d'un certain nombre de testaments de 1270 à 1357. — L'acceptation par les parties d'une sentence arbitrale, datée de Muret (Aveyix)n) du 13 juin 1256, est de même revêtue de neuf souscriptions autographes [Rec. de fac-sim. à Vus. de VÉc. des Chartes,
3. Une charte d'Eudes, duc de Bourgogne, pour St-Bénigne de Dijon, de 1101, est ainsi souscrite de la main du scribe : a Ego Odo dux Burgundie hanc cartiim signo et a confirmo et liliis ac fidelibus meis signandam trado. » (Orig. Arch. de la C6te-d'0r ; fonds de St-Bénigne.) Cf. la note suivante. — Ces sortes de souscriptions ont persisté plus longtemps dans les actes italiens. Voy. comme exemple une charte de Ravcnnc de 1144 [Archivio paleogr. ital., t. I, n* 30).
4. Voy. plus haut p. 599, n. 4. Aux exemples qui y sont donnes on peut ajouter les nombreuses souscriptions avec croix autographes d'une charte (1093-1118) d'un chevalier du nom d'Aimery pour l'abbaye de Bourgueil (Orig., Coll. Tarbé à Reims) et les souscriptions avec croix autographes de Bernard et Robert Fromentin, au bas d'une donation
602 SOISCRIPTIONS ET SIGNATURES. [Liv. iv, Ch. vjh
Les soiiscriplions exprimt^eG sous ta forme Signutn N., ou S. JV.. sv sont conservées plus longtemps que les précédentes, maintenues dans certains actes pnr la tradition. On en trouve fréquemment encore dans desdocunienisduxni'siècle, mais c'est bien rarement, sauf dans le midi de laFranceet en Italie, qu'elles sont accompagnées d'une croix'. En Italie et dans certaines de nos provinces méridionales où l'usage s'en était conserve, les scribes prirent l'habitude, pour simplifler, de tracer une ligne horizontale coupée d'autant de traits verticaux qu'il y avait de souscriptions. En voici un exemple emprunté au contrai, dressé en 1197, du mariage
Kig. 5.
de Raimond de Castell-Rossello avec Saurimonde de Peralada* (lig. ô). Quant aux seings manuels proprement dits, on les voit disparaître aussi peu à peu, sauf en Espagne*, des souscriptions di?s auteurs et des témoins des actes. En France, l'usage du monogramme du nom du roi s'est conservé dans les actes les plus solennels de la chancellerie royale jusqu'aux premières années du xiv* siècle, mais depuis le xr, à l'ancienne expression manui sabicriplio s'est subslitué, pour le désigner daus l'annonce des signes de validation, parfois le mot monogramma, et plus ordinairement l'expression nominit karacler, qui finit par prévaloir'. Sauf cette exception et celle qui a été signalée plus haut pour les témoins insirumentaires dans les pays de droit écrit, après la renaissance du droit romain*, le seing manuel ne se perpétua en France que dans la pratique des notaires, qui en conservèrent la tradition et la développèrent*.
qu'ils font V. 1130 à rnbbaje de la Couronne : < Ega Bemordus h'rumenlini pror"» € manu mes Biii>«Tipsi +, — Ero Robbertus Frumentini + propria oiaou mea îub- I £crip»i. > {Jfun^ JrfdrcA. rlfp., n* 34, pi- XIIIl.)
1. Je noie le mot sigiinm accompagné de la croix dans une cliarte de Baîniond. total' de Barcelone cl de l'roience, en llaO; (S. -h Raîmundi conies ■ [Muai^edei arr/i- di'i'n- 41, pt. SXllI), dans une etiaile d'inrtk>dation du Roussihon de 1157 : i Sig + i^ I''"''" de Vemcto » [BfC. de fac-sim. à l«i. île l'Ec. det Ckartei, n- 265).
2. Matée de> airk. dfp., n> 53. pi. XXVIIT. — ïoy. un aulre exemple dans UJi t^ovA vniTu Pons, évèiiuc dUrKcl, cl Roger, comte de Foix. en lïil; les signa des douie témoiiis sont reprèEenlés par une barre horizontale coupée de douie Irait* verticaux (B«- '*' fac-tim. à rut. detÈc. de» Chartet. n'52). — Pour lllaiic, on trouvera de noinbreiii exemples dans VArehirio {laleogr. ital.: loy. notamment une dmiBlioii de Ravenne de 1110 (t. I, n*27).
3. Voy. plus liaul, p. 508 n. 5. Voiei l'indiralion de quelques eiemples depuis le XII* siècle : Cliarte de Pierre, comte de Galice, pour Cluni'. de 1 1 13 [Fac-sim. liUiogr. <k TEC. des Chartes, n- 45); —1149. Diplôme d Alphonse VIII de Castille {Mui. dei arc«dép. n*40, pi. XXV): — 1184. Charte du comte espagnol Rodrigue le Velu (JtiU.n"'*' pi. XXV); — 1184. Cliarte de Sanche d'Aragon, comle de Provence (Orig. Arcli. coiiunde Marseille, AA «, n* 5] ; — 1210. Charte do Nurtei Sanche, seigneur de BoussiUuii [Fac-sim. lithogi-. de lÉc. des Oiailes, n- 5Ϋ).