‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 379 sur 554 · I8-I6-Ii · texte numérisé non relu

I8-I6-Ii

1. Je l'emprunte i G. Deii.ii [Le coilame d'api-i» Ict tceniii, inirod., p. 39),

g i I EXPLICATIONS ET DEFINITIONS. 629

Lorsqu'on devait sceller de plusieurs sceaux sur simple queue, on détachait les unes au-dessous des autres autant de

queues que l'acte devait recevoir de sceaux, et /gy -*> 't^^ *" *^t^}A dans ce cas la préséance appartenait au sceau de la queue la plus rapprochée de la teneur (fig. 52).

Les scribes prenaient quelquefois la précaution d'inscrire à côté de chaque attache ou sur chacune des queues de parchemin l'indication Fig- 32.

du sceau qu'elle devait recevoir. Parfois aussi ^'^^^^ "^^.^^^^ ^^ "^^ ^^^^"*

. .^ , ,, , ... sur simple queue.

on inscrivait sur les queues d autres mentions*.

Forme des sceaux. — Les sceaux ont affecté au moyen âge trois formes principales, la forme ronde, la forme ovale, et la forme, très improprement appelée ogivale, obtenue par l'intersection de deux circonférences égales. Les sceaux de cette dernière forme sont appelés dans les textes du moyen âge, et notamment dans les descriptions des vidimus^ sceaux cornus. On les appellera sceaux gothiques.

Les bulles étaient nécessairement rondes; et cette forme a également convenu aux sceaux de cire au type de majesté, ainsi qu'aux types équestre, armoriai et topographique.

Les sceaux qui représentent une tète ou un buste sont tantôt ronds et tantôt ovales. Les représentations d'un personnage debout appelaient au contraire presque nécessairement la forme ovale. Dès le xii® siècle l'arc supérieur et l'arc inférieur de l'ovale se brisèrent en angles d'abord assez amples, puis de plus en plus aigus. L'ovale reparut au xyi*" siècle.

Il n'y a lieu de mentionner ici que pour mémoire les sceaux en forme d'écu, en losange, piriformes, festonnés, polygonaux, qui ont toujours été fort rares, du moins en France.

Comme l'intégrité des sceaux avait la plus grande importance pour la validité des actes, on a essayé de divers procédés pour protéger les empreintes de cire contre les accidents et pour les consolider. Anciennement, on donnait à la cire une grande épaisseur, et de plus, avec l'excès de cire qui débordait sous la pression de la malrice, on formait un rebord épais, le collet. Plus tard, depuis le xiv« siècle, on plaça quelquefois l'empreinte de cire colorée dans une sorte de cuvette adhérente, formée d'autre cire ordinairement vierge. Beaucoup de cardinaux, de dignitaires et d'officiers du Saint-Siège ont scellé de la sorte. Souvent on enferma les sceaux, enveloppés d'étouppe, dans des bourses de parchemin ; mais, loin de conserver les sceaux, cette précaution eut pour conséquence de les détruire. D'autres fois encore, on coula la cire dans des boîtes à couvercle. Sur les bords du Rhin, dans le comté de Montbéliard, en Allemagne, on s'est beaucoup servi de boites en buis ; ailleurs on a employé des boites

a figuré ainsi la disposition de 20 sceaux appendus à l'ordonnance de Louis IX concernant les juifs, en 1230.

1. Voy. des exemples de cette façon de procéder, Mus. des arch. dép., n" 101 et 109, chartes de 1295 et de 1556.

630 LES SCEAL'X. [Liv. iv, Ch. h

en fer-blanc 11 faut mentionaer enlin les chetniscs d'éloffe e( de cuir.

DixKNsiON DES scBADX. — La dimension des sceaux a beaucoup varié el s'est pendant longtemps progressivement accrue. Le sceau de (ïiildèric n'a que 21 millimètres de diamètre; ceux de ses successeurs mérovingiens en ont déjA une trentaine, ceux des Carolingiens atteignent i.^ millimètres, el ceux des rois capétiens 70. Ils devinrent encore plus grands par la suite: le sceau de Henri il n'a pas moins de 115 millimètres. Ceux des rois d'Angleterre furent de proportions plus vastes; l'un des plus grands, celui de la reine Elisabeth, a Ifô millimèlres. Mais il y avait aussi aux mêmes époques des sceaux beaucoup plus petits, et il est impossible d'établir aucune règle eu égard à la dimension des sceaux. Tout ce qu'il est possible de dire, c'est que les grands sceaux des souverains furent les plus grands de tous, et que les dimensions des autres furent en proportion de l'importance, du rang, des litres ut aussi des prétentions el de la vanité de leurs propriétaires.

CouLBDR DES scEkDi. — Jusqu'au XI' siècle, la couleur des sceaux, plus ou moins brune ou jaune, parfois blanchâtre ou rougeâtre, dépendait de leur composition, mais il ne semble pas qu'on y ait fait entrer de substance destinée & leur donner une coloration particulière. Certains sceaux carolingiens, cependant, sont rccouvertsd'unecouche d'une espèce de vernis brun. Au contraire, depuis les dernières années du xn* siècle on a colon!' les cires en rouge, en vert, en blanc, en jaune, en brun, de diverses manières, etc., sans jamais cesser d'employer aussi la cire vierge. A partir du ïiv» siècle la mode fut à la cire vermeille. Certaines colorations. furent à certaines époques et dans certains pays la prérogative de la souveraineté; d'autres fois, dans certaines chancelleries les couleurs varièrent suivant les diverses catégories d'actes.

Signets et cachets. — Les sceaux plaqués, presque totalement supprimés par la mode des sceaux pendants, qui s'était répandue au xii" siècle, ne tardèrent pas à reparailrc, mais transformés et adaptés à de nouvelles destinations. Le mode même de tes appliquer et la cire qui les composait subirent des modifications.

Les sceaux plaqués que l'on rencontre depuis le xnr siècle oui servi A clore les lettres closes ou missives, et aussi à garanlir l'aulhenticilé de certains actes, mais ce sont, à proprement parler, des cachets, presque toujours de dimensions restreintes; on les nomme communément des

Ils sont généralement en cire vermeille, plus brillante et plus cassante que celle dont on se servait pour les sceaux pendants, et étalée en couche très mince. Longtemps assez rares, sauf pour cacheter les lettres closes, les signets se mullipiièrent lorsque l'usage du papier rendît impossible l'apposition des sceaux pendants. Pour les mieux fixer on obtenait une plus large surface d'adhérence en étalant la cire en forme de croix; souvent, lorsqu'on les appliquait sur parchemin, on avait soin d'égraligner un peu pour la rendre rugueuse la surface sur laquelle on devait les apposer ou d'y pratiquer de petites incisions en angle aigu,

i, 2] NOTIONS HISTORIQUES. 651

dont on relevait les languettes, qui s'engageaient dans la cire. Pour protéger ces cachets contre le frottement et la pression, souvent on les enchâssait en quelque sorte dans un tortil de parchemin dont les extrémités traversaient la pièce ou dans un cercle formé d'une cordelette ou parfois d'une tige végétale qui y était cousue.

A partir du xiv® siècle, mais surtout au xvi« et au xvii«, on s'avisa d'imprimer la matrice non plus directement sur la cire, mais sur un disque ou sur un carré de papier appliqué sur la cire, dont la fonction ne consistait plus qu'à le coller sur l'acte. Bientôt, au lieu de cire, ce fut un large pain à cacheter qu'on interposa entre le document et le papier qui recevait l'empreinte du sceau. Ce sont là de véritables sceaux de papier, dont l'empreinte, toujours défectueuse, est souvent méconnaissable. Il n'y avait pas loin de là au timbre sec, frappé directement sur le papier de la pièce et qu'on rencontre dès le début du xvh« siècle.

2 Notions historiques.

SiG!«A DES anciens; ANNEAUX siGiLLAiREs. — On a déjà dit que, sous l'empire romain, la souscription était accompagnée de l'empreinte de l'anneau à signer (anulus signatoriuê)^ et qu'on nommait cette empreinte signum, plus rarement signaculum et exceptionnellement sigillum. Il ne s'est conservé aucune de ces empreintes, mais on a retrouvé un peu partout un assez grand nombre d'anneaux sigillaires de l'époque gallo-romaine et de l'époque mérovingienne. Ce sont généralement des bagues de métal sur le chaton desquelles, qui était parfois une pierre dure, est souvent gravé le nom du propriétaire, ordinairement au nominatif, et quelquefois suivi d'une acclamation pieuse, telle, par exemple, que : Vivat Deo, Lorsque le nom, ce qui est le cas le plus fréquent, est disposé en légende circulaire, le centre est occupé soit par un emblème tel qu'une croix, soit par le monogramme du nom écrit en légende, soit par une figure humaine. Tel était l'anneau d'or du roi ChildéricP% trouvé en 1653 dans son tombeau, à Tournai, dont le chaton ovale, large seulement de 21 millimètres dans son grand diamètre, représentait le buste du monarque, chevelu, vu de face et entouré de la légende : CHILDIRICI REGIS*.

On a dit plus haut qu'à l'empreinte de l'anneau s'est peu à peu substitué, à l'époque barbare, l'usage du seing manuel, et qu'il en est résulté un changement d'acception du mot signum, qui, pendant longtemps, avait désigné le sceau ou cachet. L'usage de ces cachets semble avoir ainsi disparu ou à peu près de l'usage privé, ou du moins ils ne furent plus employés comme signe de validation des actes', car les monuments et les

i. Longtemps conservé au cabinet des antiques de la Bibl. nat., auquel il a été volé en 1851, il n'en subsiste plus que des moulages. Voy. Cochet, Le tombeau de Childéric /•', Paris, 1859, p. 377; cf. Dooët d*Arcq, Coll. de sceaux, n* 1.

2. Il y a peut-être eu cependant quelques exceptions, ainsi une donation faite en 766 à l'abb? de St-Denis par un personnage nommé Adalhard, dont l'original est conservé aux Arch. nat. (K5, n" 7; Tardif; Mon. hiat., w 59), présente à di^oite de la ruche un petit

632 LES SCEAUX. [Liv. iv, Ch. n

textes sont d^accord pour prouver que nombre de personnes continuèrent, pendant tout le moyen âge, à posséder des anneaux à signer dont elles se servaient probablement pour clore et sceller leurs lettres missives*.

Sceaux rovavx mérovingiens et carolingiens. — Pendant Tépoque mérovingienne, les actes des souverains sont les seuls qui nous aient conservé des sceaux ou des traces de sceaux. Ceux des rois mérovingiens, depuis Thierry III, dont quelques-uns se sont conservés intacts, sont des sceaux plaqués, ronds, brunis par le temps, de 20 à 30 millimètres de diamètre, représentant une tête de face, chevelue et entourée de la légende : N. REX FRANCORVM^ Ces sccaux, n*étant pas annoncés dans les clauses finales des diplômes, on ignore comment on les désignait.

Au vni« siècle, les maires du palais eurent des sceaux, comme les souverains; dans les clauses finales de ceux de leurs diplômes qui se sont conservés, ils annoncent qu*ils les ont fait a signer de Tanneau » (anuli inpreêsione signaré). Cette expression, qui remonte à Tantiquité, s*est conservée traditionnellement jusqu'au commencement du xi« siècle, bien que les anciens cachets fussent progressivement devenus des sceaux, et que leurs dimensions excluent toute possibilité que leui^ matrices fussent fixées à des bagues. On disait indifféremment : signer ou sceller de , l'anneau*.

Pépin le Bref parait avoir introduit dans le sceau une modification profonde. Après comme avant son avènement, au lieu d avoir, comme les rois mérovingiens, une matrice à son effigie entourée d'une légende, il se servit d'intailles antiques'. Ses successeurs l'imitèrent, et choisirent de préférence des bustes d'empereurs, auxquels on ajouta bientôt une légende, en sertissant la pierre dans une bordure de métal sur laquelle on put la graver. Ce fut d'abord une invocation : f XPE PROTEGE CAROLVM REGE FRANCR^. A cette légende, Charles le Chauve en substitua une autre, comprenant simplement le nom du roi et son titre : f KAROLVS GRATIA Di REX, dont le type fut imité par ses successeurs*. Les derniers monar-

* E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au tui* siècle, PariSf 1856-1865, 2 vol. in-4; Nouveau recueil, Paris, 1892, in-4; Vépigraphie chrétienne en Gaule, Paris, 1890, in-8 [Instructions du Comité des travaux historiques), — M. Deloche, Études sur quelques cachets et anneaux de V époque mérovingienne, dans Revue archéologique, 3* série, t. III (1884) à t. XVIII (1892); dans cette série d'articles H. D. a étudié 157 monuments.

trou circulaire autour duquel une maculature foncée semble bien marquer la place d'un petit sceau plaqué d'environ 20 millim. de diamètre.

Page 1