LIVRE V
A Tétude de Tensemble des documents diplomatiques qui a fait Tobjct des livres précédents doit s ajouter maintenant Tétude des genres et des espèces; et, à dire vrai, Tétude générale ne doit guère servir que d'introduction à des monographies particulières auxquelles on pourrait donner le nom générique de diplomatique spéciale.
Pour soumeltre à une critique rationnelle et rigoureuse les sources diplomatiques, pour les mettre à la portée des historiens, en élat d*être utilisées en vue de l'histoire, il faut les grouper par catégories de même provenance et de même nature, et, à défaut de publications intégrales, dresser de cliacune de ces séries des listes chronologiques aussi complètes qu'il est possible. 11 devient facile dès lors de suivre à travers les siècles les transformations de ces documents, d'en distinguer les variétés, de discerner les influences qu'ils ont subies, de retrouver les règles qui ont présidé à leur confection ou les usages qui s'étaient traditionnellement imposés aux rédacteurs. Rapprochés les uns des autres, les actes de même origine s'éclairent mutuellement, en même temps que les falsifications, les altérations, les interpolations apparaissent nettement et s'éliminent pour ainsi dire d'elles-mêmes.
Lorsque les listes de ce genre sont composées exclusivement de la série des actes émanés d'une même chancellerie ou d'un même personnage, on les a nommées catalogues d'actes; lorsque dans la suite chronologique des actes on intercale des indications empruntées aux sources narratives, les catalogues deviennent des régestes^. Ces indications étrangères aux actes peuvent être fort utiles comme complément et contrôle de l'itinéraire et de la chronologie. Toutefois, lorsqu'on veut procéder ainsi, il est bon de n'emprunter aux œuvres des annalistes ou des chroniqueurs que les mentions susceptibles de servir à la critique diploma-
1. Mes gestae. On a parfois abusivement appelé Hégesie la série des actes qui composent un registre de chancellerie.
RSO LKS CHANCEMKIUES. [I,iv. v.]
tique, c'est-à-dire celles qui peuvent fixer les dates principales de la biographie des personnages dont on (établit les règestes : naissance, avènement, couronnement, changement de tilre, mort, etc.. et celles qui . mentionnent leur présence en un lieu déterminé à une date précise. A procéder différemment on réunit des choses trop difTérentes pour que leur groupement puisse engendrer autre chose que la confusion. Si l'on juxtapose en série chronologique de sèches mentions annalistiques et des analyses d'actes, on n'aiKtutit qu'à un mélange liélérogène et incohérent qui ne saurait produire de bons résultats. Les données des sources narratives et diplomatiques ne peuvent être ulilemenl combinées que dans l'histoire plus librement traitée.
Quoi qu'il en soit, il n'y a guère plus de soixante ans qu'on a publié les premiers travaux de cette espèce, et, bien qu'on n'ait pas tardé à en constater l'utilité, il s'en fdut que l'œuvre soit aussi avancée qu'elle lo devrait. L'Allemagne a doté l'érudition de régestes excellents, de papes, de souverains, de princes allemands, ainsi que de quelques archevêques; In France n'a guère produit encore que quelques catalogues d'actes de rois de France, mais la plupart des grands feudataires et tous nos évéques, dont les actes, en grand nombre, et ceux même du haut moyen âge, sont en partie inédits, alt«ndent d'être l'objet de recueils ou de répertoires méthodiques, seules bases possibles d'une critique diplomatique sérieuse.
On trouvera dans les chapitres qui suivent l'étude sommaii-e de quelques séries : celle des actes des papes, la plus importante et la mieui connue; celle des souverains de la France, qu'il est également possible d'établir dès maintenant sur des bases solides; celles des monarques étrangers, souverains de la Germanie, rois d'Espagne et d'Angleterre, dont les actes se rencontrent dans certaines de nos archives tjrançaises, mais celles-là nécessairement réduites à quelques renseignements accompagnés des indications bibliographiques utiles pour se renseigner plus complètement sur les résultats acquis. Quant aux actes épiscopaux et seigneuriaux, il me faut reconnaître que j'ai dû me borner à consigner ici quelques renseignements généraux d'un caractère tout provisoire, qui pourront, je l'espère, être bientôt précisés, complétés et rectiliés par les travaux spéciaux qui ne peuvent manquer de se produire.