‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 44 sur 554 · DU COMMENCEMENT DE L'ANNÉE · texte numérisé non relu

DU COMMENCEMENT DE L'ANNÉE

§ l". Termes divers do commen-cement de l'an.niIe. — I. Termes lixes : !• !•' janvier (style de la Circoncision] ; 2? !•*" mars (style Vénitien) ; 5" 21 mai*s (style Russe) ; i* 25 mars (style de l'Annonciation); A. calcul Florentin ; B. calcul Pisan; 5* 11 août (style Danois); <> !•' et 24 septembre (style Grec); ?• Équinoxe d'automne (année républicaine); 8» 25 décembre (style de Noël). — II. Terme mobile. Fête de Pâques (style de France).

,^ 2. Usages des DirFKRS^rrs pavs pour le commenceuext ds L'AX!ff%B. — I. France, 1* Région du Sord : Flandre, Artois, Uainaut, Cambrai, Picardie, Montdidier, Beauvais, Soissons, Amiens, Péronne, Ile-de-France, Paris. — 2* Région de l'Ouest : Normandie, Bretagne, Anjou, Poitou. Angoumois, Limousin, Rouergue, Tulle, Quercy. — S» Région du Centre : Chartres, Fleury-sur-Loire, Vendôme, Bornages, Auxcire, Auvergne, Velay. — 4* Région de l'Est : Champagne, Reims, Lorraine (Barrois mouvant, Barrois ducal, duché de Lorraine, Chiny, Metz, Toulet Verdun), Alsace, Montbéliard, Franche-Comté. Uesançon, Bourgogne, Lyonnais, Beai^olais, Forez, Bresse, Bombes, Dauphiné, Savoie.

— 5* Région du Midi : Provence, Avignon, Arles, Languedoc, Toulouse, Narbonne, Koix, Roussillon, Béarn. — II. Allemagne : Cologne, Trêves, Mayence — lU. Angleterre : Irlande, Ecosse. — IV. Danbmare. — V. Espagne et Portugal : Aragon, Nu>arro, Valence, Castille, Léon, Portugal. — VI. Hongrie. — VII. Italie : Rome, Toscane, Florence, Pise, Venise, Milan, Pavie, Gênes, Modène, Naples et Sicile. — VIII. Pays-Bas Gueldre, Frise, Utrecht^ Liège, Hollande, Hainaut, Flandre. — IX. Russie — X. Suède.

— XI. Suisse : Genève, Lausanne, Valais.

II y a eu au moyen âge plusieurs manières difîêrcntes de compter les années :

!• L'année romaine commençait le !•' jaxvier : cet usage se perpétua dans certains pays et fmit même par reprendre le pas sur tous les auti^es styles; pour le rapporter aux usages chrétiens on le nonuna parfois : iiyle de la Circoncision; néanmoins, en haine du paganisme, les chrétiens choisirent de préférence des jours qui se rapportiûent aux événements de l'histoire religieuse.

2" Dans beaucoup de pays on adopta comme i'' jour de l'année le jour de Noël, 25 dbcbmbre (style de la Nativité).

5* et 4® Ailleurs on préféra le 25 mars, jour de 1'Annoncl\tion ; mais tandis que les uns faisaient commencer Tannée au 25 mars postérieur à la Noël, c'est-à-dire 2 mois et 24 jours plus tard que nous [calculm Fbrentimis, slilus Treveren$i$, mos cnriae Lausannensis, etc.), d'autres (lu contraire la comptaient à partir du 25 mars précédant la Noél, c'est-

COMMENCEMR^T DE L'ANNÉE. [Liv. n, Cbap. ti, 0 mois o1 7 joui-s avant nous (calculm Puanus). Il y a entre les ylcs mie difTéi-encc de toute une nnnt'o.

illeurs encore on choisit le jour ou la veille de Pâques comme le départ de l'année (tlUa$ Francicui, mot Gallicanus, mot Colo- , etc.).

, 7" Enfin deux autres termes : 1" nabs (style vénitien) et 1" sep- (slyle grec) ne sont pas en ivlation avec des fêtes religieuses, chronologistes ont signalé encore d'autres tenues du commeii-

de raiiniv, que l'on trouvem indiqués plus loin, mais dont i a été exceptionnel.

dater avec exactitude les documents dont les dates d'année sont ;os d'après l'un quelconque de ces divers styles (autre que celui nnvier), il faut faire subir à ces dates des corrections, autrement nimener au nouveau style, toutes les fois que le document est 'poque de l'année où l'ancien style ne se confond pas avec le u. S'il s'agit, par exemple, d'un document daté du 25 janvier 1304.

le stylo de l'Annonciation (calcul Florentin), — l'année 1204 ommencé dans ce style le 25 mars 1204 pour ne se tenniner que lars I20Û, — il faudra, alin de donner à ce document sa véritable après notre style, le dater du 25 janvier 1205.

indiquer que la correction nécessaire a été faite, les érudils sont usage d'exprimer les dates ainsi corrigées de cette manière : nvier 1205, n. st. » (nouveau style), ou ntieux et plus simple-

(I 25 janvier 1201-1205 », le premier millésime exprimé élarl ui est donné par le document, et le second, le millésime du nouïle.

oit qu'il est indispensable, lorsqu'on étudie les souixies dîplomade doimer une attention toute particulière aux styles du commen-

de l'année, puisqu'en les négligeant on commettrait nécessai-

des erreurs qui pourraient atteindre une année entière et intervertir

chronologique des documents au point d'en rendre la suite igibie.

eureusemenl, les formules des dates indiquent bien rarement le li y a été suivi. Pour faire les corrections nécessaires, il fautdonc ro les usages des différentes époques, des différents pays, des s chancelleries et des diverses juridictions. Ces usages ont beaiiii'ié, particuliéivment en France. Il a pu même arriver que dans la l'ille, la juridiction royale, les juridictions seigneuriales, la cour stiquc et la commune n'aient pas toujours suivi le même styleervations faites jusqu'ici, quoique nombreuses, sont loin encore luflisaules pour permettre de se prononcer avec certitude dans i cas. Il importe donc de les multiplier. Lorsqu'on étudie une ' documents d'une même époque, émanant d'une même adminis-

d'une même chancellerie ou d'une même juridiction, on arrive ' toujours à pouvoir déterminer quel a été le terme usité pour icer l'année. Les rapports des diverses pièces entre elles, la

I IJ. COMMEiNCEMENT DE L'AXiSÉE. 105

concordance des éléments chronologiques des dates, les synchronisraes, les noms et les titres de fonction des personnages mentionnés, tous les éléments de critique, en un mot, que peuvent renfermer les documents doivent contribuer à ces recherches. On en trouvera plus loin quelques exemples, qui montreront comment elles peuvent être conduites.

Les observations de ce genre doivent être la préface indispensable de' toute étude qui embrasse un groupe de documents comparables entre eux à ce point de vue. Il en faut soigneusement publier les résultats et les justifier par des preuves, afm d*en rendre la vérification possible. Ce n est que iorsqu on aura réuni à profusion les renseignements de cette nature que Ton pourra tracer des règles plus précises et plus sûres que celles qui ont été suivies jusqu'à présent.

On trouvera ci-après une double série de renseignements sur les termes divers du commencement de Tannée usités en Europe et spécialement en France : la première donnera sur chacun de ces termes les notions générales et particulièrement celles qui sont nécessaires au calcul, ainsi que de brèves indications sur les époques et les pays où chacun d'eux a été en usage ; la seconde, classée par pays, reproduira ces dernier^ renseignements, mais avec l'indication des sources (travaux antérieurs ou documents] auxquelles ils ont été puisés.

fl. — Termes divers du commencement de l'année.

Des différents points de départ de Tannée indiqués plus haut, la plupart sont des termes fixes : il suffit de savoir qu*ils ont servi à la détermination d une date pour reconnaître immédiatement si cette date doit être corrigée el faire aussitôt la correction, si elle est nécessaire. Au contraire, fun d*eux, celui de la fête de PAques, est mobile, la date en varie chaque année : pour comparer une date exprimée d'après le style de Pâques avec notre manière de compter les années, il faut connaître au préalable les règles d'après lesquelles la date de Pâques a été calculée. On étudiera d'abord, dans Tordre de notre calendrier, chacun des termes fixes, el en dernier lieu celui de Pâques, qui exige des explications spéciales.

l*' janvier (Style de la Circoncision). — C'était depuis Tan 601 de Rome le point de départ de Tannée civile chez les Romains; il a pei*sisté dans certaines contrées au moyen âge, mais de plus, dans les pays mêmes où l'usage s'établit de faire commencer Tannée à d'autres époques, le i" janvier est toujours demeuré, par tradition, le point de départ de Tannée astronomique. La plupart des anciens calendriers, — et il s'en est conservé en grand nombre — font figurer janvier en tête de la list<» des mois ; c'est aux kalendes de janvier que se changeaient certaines notations chronologiques telles que le nombre d'or et la lettre dominicales

1. t Et nota quod numerus lunaris et littera domiiiicalis mutaiitur annuatiin in

106 COMMëNCEMBNT de L'ANNEE. [Liv. n. Chap. ii,

-'.bien que l'iintiée commençât réel lem en l à d'autres dates, le {"janvier

it toujours communément appelé le premier jour de l'an'; û partir du

ri' siècle il s'est substitué peu à peu aui divei-s autres styles dans tous

s pays de l'Europe.

En Espagne et en Portugal, on commença l'année au )" janvier tant le l'on conserva l'ère d'Espagne (voy. plus haut, p. 91). Ce terme ait usité en France dés l'époque mérovingienne ; on le retrouve plus rd, mais concurremment avec d'auti'6s. Séparé seulement par sept jours 1 terme de Noël, il est très difficile d'en discerner l'emploi avec ceniide dans les documents, aussi les clironologistes ont-ils assez souvent mfondu les deux styles. A partir du xvi» siècle, il est plus frt>quemmeul nployè et se propage rapidement. On le trouve dans l'Empire dès le ilieit de ce siècle; à Venise, pour l'année civile, vers 1520;en Espagne, I Portugal et dans tes Pays-Bas, depuis lââO ou envii-on; en Pi-usse, on lède, en banemark, depuis 1559. En France. l'usage en fut prescrit ir un èdit de Charles IX de janvier 1563-1564, enregistiv bicntét par s Parlements de Toulouse et de Bordeaux, mais seulement en 1567 par Jui de Paris. Toutefois le diocèse de Beaitvais ne l'adopta qu'en 1580. ! même usage fui introduit en Franche-Comté en 1575, en J^orraine en )79. en Ecosse en 1600, en Russie en 1725, en Toscane en 1750. en igleterre et en Irlande en 1752.

1" mars (Style Vénitien), — Comme le terme précèdent, celui du ' mars remonte à l'antiquité. D'une part le mois de mars éLiit chez les imains le premier mois de l'année religieuse, et d'autre part les Gerains, ou tout au moins les Francs, paraissent aussi avoir fait commencer ur année à cette époque. Dans ce style, l'année commençait exactement >ux mois après la nôtre : tout document, daté de janvier et février, où m en a fait usage, doit donc avoir son millésime augmenté d'une unité )ur être ramené au style moderne.

L'usage de commencer l'année au 1" mars a été assez peu répandu. I dehors de Venise, où il a été suivi pour l'année légale jusqu'à la lute de la République. Le chroniqueur Falcon de Bénévent parait s'en re servi. En France, on en trouve des vestiges à l'époque mérovinenne; les diplomalistes admettent qu'il était usité à la chancellerie I roi de France Henri 1"', et l'on a prouvé qu'il était encore employé à geac à la fin du xur siècle.

21 ou 22 mars (Éqmnoxe de printemps). — Ce terme, que nous avons guèi'c h mentionner ici que pour mémoire, ne parait pas avoir

feslo Ciixumcisionis. • Statuls synodaux du dior. de Hodci

n l!Se. (ll**TËsï et

iHASD, The>. iio«. aïKcd.. 1. IV. (ol. 76t.)

1. Les expressions fan «tuf. lan renuef. U chirf tie fan. etc

indiquent toujours

as les rliailes le 1" j.-iuvici-.

l i . COMMEiNCEMENT DE L'ANNÉE. i07

él^ usité dans les documents de l'Occident. Le 21 niai^ ii été le point de départ de Tannée en Russie depuis le xi"" siècle jusqu'en d725.

25 mars (Style de V Annonciation), — On a déjà vu plus haut que ce style a comporté deux modes différents : le plus usité faisait commencer Tannée au 25 mars postérieur à la Noél, c'est-à-dire 2 mois el 24 jours après nous. Un document d'une date comprise entre le 1"" janvier et le 24 mars et dont le millésime a été calculé d'après ce mode, sera ramené au nouveau style en augmentant son millésime d'une uflilé. S'il est daté, par exemple, du 22 mars 1146, il sera en réalité du îâmars ii47 (n. st.).

Ce calcul a été très fréquemment employé au moyen âge. On croit que c'est à ce terme que Denys le Petit faisait commencer Tannée; cependant, à Rome, on préféra en général le jour de la naissance effective, mais l'usage de cohimencer Tannée à l'Annonciation se maintint dans plusieurs parties de l'Italie, à Florence notamment et dans une partie de la Toscane, d'où il a pris le nom de style Florentin (calculus Fhrentinus); il y dura jusqu'en 1749. La chancellerie de plusieurs papes du xu*" siècle Ta employé.

En France il a été répandu à ce point qu'on a pu l'appeler, exceptionnellement il est vrai, mos GallicanusK II est fréquent dans les documents de la région méridionale : en Provence, du xi® au xn* siècle, concurremnienl avec les styles de Noël et de Pâques, notamment à Arles au xni* siècle. On le trouve dans les actes toulousains, au xn« siècle et jusque sous la domination d'Alfonse de Poitiers. Il y en a des exemples en Languedoc el dans toutes les provinces du Midi jusqu'en 1564. Le Quercy et le Rouergue s'en sont servis couramment au xm** siècle ; le Poitou Ta employé concurremment avec le style de Pâques, depuis son retour à la France (1225) jusqu'à la réforme du calendrier au xvi« siècle. On le trouve également usité en Saintonge ainsi qu'en Angoumois depuis 1275 jusqu'en 1565; il fut suivi dans le diocèse de Limoges depuis 1301 jusqu'en 1566; l'Auvergne l'employa pendant tout le xv« siècle. Seul usité d'abord en l^uphiné, fréquent encore jusqu'à la fin du xui*' siècle, il y est remplacé alors par le style de Noël. Le style de l'Annonciation pénétra même beaucoup plus au nord, à Sens, où son emploi est attesté au commencement du XII* siècle; en Picardie, à Beauvais (xnr-xvi^ siècle) et à Montdidier, où Ton s'en servit jusqu'au xvi* siècle. C'était le style de la cour archiépiscopale de Reims depuis le xii*" siècle. 11 en fut de même à TFst de la France, où il fut d'usage à Montbéliard jusqu'en 1564, à Metz au xiu'' siècle et dans toute la Lorraine, concurremment avec d'autres styles jusqu'en

I. En 1253 : c Notandum quod more galUcano mutatur annus in Domini annuntia- < tione dominîca. > [Notifia de conciliis celebralis in causa que veriehatur inter epi- »a)puM Briiovaceneem et regem, ex membr. Belvac. Mautèîjk, Thet. nov. anecd.^ t. IV, col. 182.)

108 COMMKNCKMKNT DE l/ANNÉE. [Lit. u, Cmap. ii.

Le style de rAiinoiiciiitiori fut pur eiccHence le calcul uaitii en Anglctenv. Il commença â y être employé après la conqutlle de 1066 et se substitua peu à peu à l'ancien style ecclésiastique de Noël qu'il avait complément détrâné ù la fin du xin" siècle; il fut depuis lors employé sans interruption jusqu'en i7Sl. Kn Ecosse, son usage dura jusqu'en 1599.

En Allemagne, il fut employé par l'Université de Cologne au it* siècle; il fut aussi le calcul usité à Trêves, d'où la désignation de tlilut TrevC' rentù. Il fut également adopté dans plusieurs cantons suisses et notamment dans le canton de Vaud et dans le diocèse de Lausanne après le concile de BAIe, ce qui le fit parfois appeler : mo» curiae Latuannenns.

L'auteur d'un formulaire an^ais de la fin du xiii' siècle' désigne ce calcul par les mots : anni ab Incamalione, mais il n'en faudrait pas conclure — il est utile de le répéter — que cette expression indique toujours dans les dates l'emploi du style de l'Annonciation.

Style Piian. — (îoinme on l'a vu plus haut, le calcul Pisan, appelé ainsi parce qu'il fut en usage à Pisc jusqu'en 1750, diffère du précèdent en ce qu'il place le point de départ de l'année à l'Annonciation précédant In Noël : il est par conséquent en avance de toute une année sur l'usage florentin, et, par rapport à mitre style, il fait commencer l'année 9 mois et 7 jours avant nous. En style Pisan on a, par exemple, compté l'année 16ÔU depuis le 25 mars 1649 et on l'a terminée le 25 mars 1650; une année lie notre style n'a donc que 2 mois et 24 jours communs avec l'annt'iî à la mode pisane. Tout document oii ce calcul a été employé, s'il est (l'une date comprise entre le 25 mars et le 51 décembre, devra donc avoir son millésime diminué d'une unité pour être ramené au nouveau style. L'n acte daté par exemple du 28 mars ll!23 (st. Pisan) sera en i-éalitê du 28 mars 1123 (n. st.).

f.e mode tout à fait exceptionnel de compter les années a cependant été employé en dehors de Pise, dans quelques villes de la Toscane, é Pisloia, à Sienne, etc., et a été choisi par la chancellerie de quelques papes du \u' siècle.

11 ao&t {Fêle de taînl Tiburce). — C'est le terme qui était en usage en Danemark concurremment avec celui du 1" janvier depuis 1559.

1 et 24 septembre. — Ces termes ne doivent être mentionnés ici que pour mémoire. Le 1" septembre a été longtemps le point de départ de l'année chez les Grecs, mais ceux-ci se servaient alors d'une ère mondaine et non de l'ère chrétienne. 11 a aussi servi de point de départ à l'indiction et il est arrivé parfois que des scribes, particulièrement dans le sud de l'Italie, ont donné aux années de l'ère chrétienne le même point de départ qu'aux années indiclionnclles. Le 24 septembre a été de même asseï fréquemment le point de départ de l'indiction (Yoy. plus haut, p. 98).

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