‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 466 sur 554 · Les rois d'Angleterre · texte numérisé non relu

Les rois d'Angleterre

Plus encore que ceux des souverains de TAUemagne, les actes des rois de la Grande-Bretagne intéressent la France en grand nombre. Depuis le moment où la conquête de l'Angleterre par un duc de Normandie introduisit ce royaume dans l'histoire féodale de notre pays, les souverains anglais, possesseurs sur le continent de domaines considérables, vassai/x et rivaux des rois de France, prétendants à la couronne depuis Edouard IIL n'ont pas cessé d'être mêlés à toutes les vicissitudes de notre hisloire-

* W. de Gray-Birch, Index of the styles and lit les of sovereigtis of Kngland, Londres, 1879, in-8 de 24 p.; publ. de thc Index Society. — I. Période AscLO-SAXOst^e. J. Earle, A Handbook to the Land Charters and other Saxonic documenlm, Oxford, 1888, in-8. — J.-M. Kemblo, Codex diplomalicus aevi saxonici, Londres, 1850-1818, 6 vol. in-8. — B. Thorpo, Diplomatarium anglicum arvi seuronici (G05-1066), tendres, 1805, iii-8. — W. de Gray-Birch, Cartularium Saxonicum, (i50-975), Londres, 1885-93, 3 vol. in-4. — Fac-similés of ancien I CHarterf, ci-dessus, p. 47. — II. Pkriodb anglaise. Th. Madox, Formutare angticanum or a collection of ancient Charters and instruments of divers kinds taken frotn the originals placcd vnder several heads and deduccd... from the norntan ^onquesl to the end of the rcign of King Henry the Vlil. IjOndres, 1702, in-fol. En fétc se trouve A dissertation concerning ancient Charters and instruments, pp. i-xxxir. — Th. Rymer, Foedera, conventiones^ lilterae et cujuscumque generis acia pubtica,.. (1006 1054); 1™ éd., Londres, 1704-1755, 20 vol. in-fol.; 2* éd. La Haye, 1739-1745, 20 t. en 10 vol. in-fol.; 3* éd., Londres, 1816-1809, 4 vol. in-foL (inachcTÔc, va seulement jusqu'à Tannée 1386); Th. Duffus-Hardy, Syllabus... of the dorument* contained in the Collection known as Hymcrs Foedera^ Londres, 1869-1885, 5 Tol. in^. — Th. Duffus Hardy, Rotuli litterarum patenlium (1201-1216), t. I, part. 1 (seule publ.), Londres, 1835, in-fol.; Uotuli chartarnm (1199-1216), t. I, pari, I (seule publ.), Londres, 1837, in-fol.; ïiotuli litterarum clausarum (1190-1227;. t. I et II. Londres, 1853-1844, in-fol. En tète de chacun de ces recueils est une introduction diplomatique. — W.-W. Shirley, lioyal and other historiral Lutter» illustrât ives of thc Heign of Henri III (1216-1272), Londres, 1862-66, in-8 {Chroniclcs and Mcmorinls, n" 27). — F.-C Hingeston, A Collection of royal and hisl- Letters during the reign of Henry IV (1399-1404), Londres. 1860, in-8 [Chron. and Mem., n- 18). — Th. Duffus-Hardy, Rotuli Normanniae (1200-1205 et 1417-1418), Londres, 1835, in-8. — Francisque Michel, Botes Gascons, 1. 1 (1242-1254), Paris, 1885, in-4 [Coll. des Doc. inéd. de Vhist. de France). La publication doit être continuée par M. Ch. Bémont, qui doit faire précéder le prochain vol. d'une introduction où aura place une étude diplomatique. — J.-Hor. Round, Ancient Charters royal andprivate prior to A. D. 1200, part. I (1095-1199), Londres, 1888, in-8 (publ. de la Pipe roll Society). — Fac-similés of national Mss.^ ci-dessus p. 46. — Wyoni Thc great Seals of England, ci-dessus, p. 623.

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Ajoutons que le nombre des actes des rois d'Angleterre qui se sont

conservés est considérable. Ceux qui concernent la France se trouvent

pour la plupart soit dans nos divers dépôts d*arcbives françaises, sous

forme d'originaux ou de copies, soit dans les collections anglaises et

spécialement au Record office ^ sous forme de rôles d'enregistrement et de

collections de minutes. Mallieureusement, bien qu'une assez notable

quantité de ces documents ait été publiée, l'étude diplomatique en a été

jusqu'à présent à peine ébauchée. Force est donc de s'en tenir ici à

quelques traits généraux.

La série diplomatique des actes royaux anglais est, comme l'histoire même de TAngleterre, divisée en deux grandes périodes par la conquête normande. Sur la première, celle des rois anglo-saxons, il n'y a pas lieu d'insister ici; ils n'avaient pas, semble-t-il, de chancellerie organisée, c'est tout à fait exceptionnellement que certains diplômes de ces rois peuvent intéresser la France, et, d'autre part, les documents de cette période n'ont pas servi de modèles à ceux de Tépoque suivante. 11 suffira d'avoir donné les indications bibliographiques nécessaires à leur étude.

Les actes de Guillaume I", roi d'Angleterre, depuis 1066, ne diffèrent de ceux du duc de Normandie antérieurs à celte date que par l'addition du titre de rex Anglorum dans la suscription. Ce sont, comme tous les actes des grands seigneurs de cette époque, des imitations du diplôme royal capétien ; c'est assez dire qu'ils n'avaient pas de forme fixe, et que leur composition variait suivant la fantaisie des clercs qui les rédigeaient. Ils sont caractérisés surtout par les signes de validation, qui sont généralement les souscriptions de Guillaume, de la reine Mathilde, de leurs fils, accompagnées d'ordinaire de croix autographes, auxquelles pouvaient s'ajouter les souscriptions d'un plus ou moins grand nombre de témoins, prélats, barons et officiers. Bien que Guillaume eût un sceau, appendu sur courroies de cuir à quelques diplômes, l'usage cependant n'en était pas encore constant, mais il le devint sous ses successeurs immédiats. Les diplômes de ceux-ci ne différent point de ceux du fondateur de la dynastie. Mais dès le règne de ce dernier on rencontre à côté de ces actes solennels d'autres actes d'une forme plus simple, d'une rédaction très brève, qui ne tardent pas h supplanter complètement les diplômes. Rares déjà sous le règne de Henri ^', ceux-ci disparaissent complètement sous le règne de Henri II.

L acte qui se substitue ainsi au diplôme est en général d'écriture assez courante et surchargée d'abréviations; il débute par une suscription où le nom du roi n'est très souvent représenté que par une initiale : W. rex Angl,; Henri II y ajoute ses titres féodaux : H, rex AngL et dux Piorm, et Aquit, et com. Andeg. Les éditeurs anglais interprètent dès cette époque l'abréviation AngL par An^/ie; il n'est pas douteux dans tous les cas qu'il faille le faire à partir du règne de Jean Sans-Terre. Celte suscription est suivie d'une adresse, d'ordinaire assez développée, souvent à la fois individuelle et générale, et qui se termine par un salut. Par exemple : Rotberto epiicopo Lincolie, Osberto vicecomiti Lincolie et baronibus suis, et fide*

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libus f rancis et anglis, salutem*. Le texte débute par une formule de notification : Scialis quod.,., ou avec la forme infinitive : Sciatis me concessisse.,,. Dans certains actes, adressés à une personne unique, la notification est remplacée par une formule de mandement : Ifon^/o tibi quod.... Il n*y a pas de clauses finales. Le texte est suivi d*une liste plus ou moins longue de témoins, annoncée par le mot Testibus, qui est représenté ordinairement par la seule lettre T. La date termine la teneur; sous Henri I^, Etienne, et Mathilde, il s'y trouve encore exceptionnellement des éléments chronologiques, mais à partir de Henri 11 elle est invariablement réduite à la seule indication du lieu sous celle forme, par exemple : ap. Westm. (a/)tti/ fFes/monasterii/m =:= Westminster). Le document était ensuiti'» validé par Tappension du grand sceau, d*abord sur courroies de cuir, puis généralement sur double queue et exceptionnellement sur lacs.

Telle fut, pendant la plus grande partie du xii*" siècle, la forme de lacte qui sei'vait, sauf de rares exceptions, toutes antérieures au règne de Henri 11, à exprimer les volontés des rois d'Angleterre. Richard Cœur-de- Lion, dès le début de son règne, y apporta quelques modifications ; elles eurent pour conséquence de diviser peu à peu cet acte unique en plusieurs classes, qui furent définitivement constituées à partir du règne de Jean Sans-Terre.

Au titre royal de la suscription Richardajoute régulièrement la formule Dei gratitty que Ton rencontre déjà mais accidentellement sous Henri II elses prédécesseurs. Elle fit désormais partie intégrante de la suscription royale. Après la liste des témoins, il ajouta dans certains actes la mention : Data per manum N, cancellarii; le début de leur teneur les désignait ordinairement sous le nom de chartes, en ces termes par exemple : Sciaiis nos concessisse et presenti cartanostra confirmaste. Dans d'autres documents il remplaça la liste des témoins par : Teste me ipso^. Enfin peu à peu on revint à la coutume d'ajouter à la date des notations chronologiques : le quantième du mois, exprimé à la façon moderne, et souvent aussi l'année du règne, par exemple : apud Rvpem Auree vallis (La Roche d'Orval), xnu.die ang.j anno regni nostri nono^.

Ce ne fut pas toutefois avant le règne de Jean Sans-Terre que ces modifications furent définitivement acquises. Depuis lors les actes des rois d'Angleterre se peuvent diviser en trois classes distinctes.

1. Adresse d'une charte (1095-1100) de Guillaume II le Roux (Rooxd, Ancient Charters, n*» 1).

2. On a fuit remonter l'origine de cette mention à Henri II, voire à Guillaume le Conquérant, mais les documents allégués sont plus que suspects. — î^a plupart des diplomatistcs ont dit qu'elle était formulée souvent aussi par l'expression Teste rege; mais cela tient à une confusion. I^s originaux ne portent jamais d'autre formule que Teste me ipso; mais le clerc qui eni*egistrait ou plutôt < enrôlait » le document, pouvait transposer la formule, et voilà comment on trouve, soit dans les rôles, soit dans les textes qui en proviennent, l'expression Teste rege.

3. Date d'une charte de Richard Cœur-de-Lion, du 22 août (1198), pour Alan Basset (RooKO, Ancient Charters^ n* 68).

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i<> Les chartes. Sous cette forme étaient expédiées les confirmations et les concessions, aux particuliers ou aux corporations, de privilèges, de libertés, d'immunités, les donations de terres, les concessions d'honneurs, de dignités, d'offices héréditaires, etc. Elles débutent par une suscription, suivie d'une adresse plus ou moins développée, accompagnée d'un salut. Le texte commence ensuite par une formule de notification, suivie immédiatement du dispositif et contenant l'indication expresse que l'acte est une charte : Sciatis nos concessisse et hac presenti caria confirmasse,.,, U n'y a d'autre clause fmale que l'annonce des témoins [Hiis iesiibus, — Teslibus, et souvent T.), prélats, seigneurs et officiers royaux. Vient ensuite la mention : Data per manum N, cancellarii, mais souvent le chancelier peut être suppléé par un ou quelquefois deux clercs. D'autres fois la formule est : Data per manum nostram; c'est celle de la grande charte de i2i5; elle devint la formule ordinaire à partir du règne de lien ri VII. La pièce se termine par la date et est scellée du grand sceau, soit sur lacs, soit plus souvent sur double queue.

S** Les lettres patentes. — Les rois promulguaient sous cette forme un grand nombre d'actes fort dilTôrents les uns des autres : actes concernant les prérogatives de la couronne et ses revenus, la justice et les relations étrangères, lettres de créance, de protection, de sauvegarde, de rémission, de concessions d'offices, présentations aux églises, autorisations d'aliénation, et en général tout ce qui concernait l'administration et la police du royaume. Les lettres patentes débutent, comme les chartes, par une suscription suivie d'une adresse et d'un salut. L'adresse y est souvent générale, telle que : universis présentes litteras hispecturisy salutem. Les formules caractéristiques se trouvent à la fm : c'est d'abord la corrobora tion, dans laquelle l'acte est expressément désigné comme lettres patentes, par exemple : In eu jus rei testimonium has litteras nostras fieri fecimus patentes^ ou bien : ha^ litteras nostras vobis mittimus patentes. Il s'y ajoute parfois, mais exceptionnellement, l'annonce du sceau, et parfois aussi l'indication de la durée de validité de l'acte. Enfin la liste des témoins y est très généralement remplacée par la formule Teste me ipso^ suivie de la date. Ces lettres étaient scellées du grand sceau sur double ou sur simple queue.

3° Les lettres closes. — Elles étaient employées pour transmettre les ordres particuliers et constituent la correspondance administrative. A la différence des lettres patentes, elles ont toujours une adresse individuelle; le texte commence souvent par un exposé; le dispositif contient fréquemment des formules de mandement; elles sont dépourvues de corroboration et leur teneur se termine par la mention : Teste me ipso^ suivie de la date.

Ces actes étaient, les uns et les autres, datés de la même manière, du lieu, du quantième exprimé à la façon moderne et de Tannée du

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règne. Voici comme eiemple la date de lettres patentes par leâriuefleslienri IV accorde, le i 1 juillet 1437. un sauf-conduit au duc d'Orléaos : ....apud Wettm. xi. diejulii, anaoregni no»lri quintodecimo^.Vaur dater correctement les actes des rois d'AngleteiTC, il est donc indispensable de pouvoir connaître exactement comment étaient comptées les années de régne*.

Depuis l'époque où, sous le règne de Jean Sans-Terre, ces trois tj'peâ d'actes ont étt^ dérmîtivement constitués, ils n'ont subi, pendant loute la durée du moyen âge, que très peu de modifications. Jean, dès le début d« son régne, avait ajouté, dans la suscription de ses actes, à son titre de roi ^'Angleterre, celui de seigneur d'Irlande, rex Anglie, domimu Hybemie, que conservèrent tous ses successeurs. Henri iJI, après le traité de Paris (I2Ù9), supprima les titres féodaux de dux fiormannie et de corne* Andegavie. Edouard lit prit, en 1540, le titre de roi de France, rex Anglie et Francie,et Henri VIII, en 1521. y ajouta celui de /Met defauor. Tous ces éléments juxtaposés et soigneusement conservés formèrent, sans préjudice des titres féodaux, la suscription des actes royaux anglais jusqu'à l'époque moderne. Un a dit plus haut que le français s'était introduit dans la chancellerie anglaise sous le règne de Henri IP. Eo6a, k partir du commencement du \iv siècle, on trouve au bas des actes des mentions analogues h celles qui figurent sur les documents français. C'est généralement l'indication de la manière dont l'acte a été commandé, suivie de ta signature du clerc qui l'a expédié. L'une des formules les plus fréquentes est : Per brève de privato ligillo, ou en français ; Par lettre de privato xigillo, ou encore : Per bill. thesnurarii; ce qui veut dire que l'ordre de dresser l'acte avait été transmis à la chanceHerie, dans le premier cas par lettre du roi scellée de son sceau privé, dans le second par un biHet du trésorier. Ces ordres écrits constituaient en réalité les minutes des actes; ils étaient conservés â la chancellerie, el ceux qui sont compris entre tes deux règnes d'Edouard lU et de Richard UI forment aujourd'hui encore au Public record office, sous le nom de Privy seals and signed bilU, une série considérable du fonds delà chancellerie.

Vers l'époque où la rédaction des actes anglais se fixait, l'usage s'établit de les transcrire à la chancellerie sur de longs rouleaux constitués par des feuilles de parchemin cousues bout à bout. Ces « réies • son! l'équivalent de nos registres du Trésor dos Cliartes ; les plus anciens remontent à la première année du règne de Jean Sans-Terre, et ils se continuent jusqu'à la fin du règne d'Elisabeth. Les actes royaux étaient, suivant leur forme ou suivant leur objet, « enrôlés u dans telle ou telle catégorie de rôles. Il y avait des roluli ckarlarum, des rotuti litlerarum

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