‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 481 sur 554 · Caractères généraux des chartes seigneuriales · texte numérisé non relu

Caractères généraux des chartes seigneuriales

De même que Ton a désigné sous le nom de chartes ecclésiastiques celles qui émanent des membres du clergé, les chartes seigneuriales sei^ont celles qui ont été rédigées au nom de seigneurs féodaux. Les

* Art de véHfier la dalea^ ci-dessus, p. 80. — L. de Has-Latrie, Trésor de Chronologie, ci-dessus, p. 87. Les renseignements fournis pai* ces deux ouvrages sont très insuffisants au point de vue diplomatique. On n'y trouve guère autre chose, pour les seigneurs féodaux, que des listes chronologiques, et encore ont-elles été souvent complétées et corrigées dans des ouvrages spéciaux, qu'il est impossible d'énumérer ici. Quant aux actes émanés des seigneurs, ils ont été publics en grand nombre, dans les histoires provinciales et locales, dans les cartulaires et les recueils ; parfois ils y ont été l'objet d'utiles observations diplomatiques; mais il n'existe, à proprement parler, pour les seigneurs féodaux français, ni études diplomatiques spéciales, ni régestes. Je me borne donc à donner l'indication de quelques ouvrages où l'étude diplomatique tient une place particulière, et de quelques rares catalogues d'actes et itinéraires. J'y joins, comme pohit de comparaison, la mention de quelques

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documents de cette espèce abondent dans les archives et ont presque tous de l'intérêt. Utiles à l'histoire à cause des noms et des faits qui y sont relatés, ils peuvent servir surtout à reconstituer les institutions et les droits de la féodalité aux différentes phases de leur développement. '

Cette série diplomatique commence au milieu du ix* siècle ^ Les documents qui la composent ne constituent pas à vrai dire une espèce diplomatique déterminée et distincte; on n*en saurait tirer les éléments d'un formulaire général propre aux actes seigneuriaux.

Sur le fonds commun fourni par les vieux formulaires, ont pris naissance dans chaque région des habitudes et des usages particuliers. Modifiés plus tard par le développement du droit, par l'enseignement du dictamen et surtout par l'influence d'autres chancelleries, ils ont peu à peu formé la pratique des principales chancelleries seigneuriales lorsqu'elles se sont organisées ; et celles-ci à leur tour ont exercé une influence sur le mode de rédaction des chartes dans les cours féodales des petites seigneuries.

On devrait en conséquence étudier séparément la série des actes de chacun des grands États féodaux, sauf à en rapprocher ensuite les chartes

ouvrages éli*angei's. Oliv. Vredius, Sigilla comilum Flandriae cl imcriptionet diplomaium ab iis ediiorum cum expositione hislorica^ Bruges, 1639, iurfol. — H. d'Arbois de Jubainyllle, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, Troyes, 1859-i8(>5, 7 vol. in-8. Observalions diplomatiques, t. Il, p. t53 el 409; t. III, p. 2G et 307; t. IV, p. 8(53. Catalogue d'actes, t. III à VI; nombreux documents publiés. — P. Bourquelot, De la chancellerie des comtes de Champagne, dans Hevue des Soc. savantes, t. IV (1858), p. 771-780. — H. d'Arbois de Jubain- ▼iUe, Catalogue d'actes des comtes de Brienne (930-1356), dans Bibl. de l'Éc, des Chartes, t. XXXIII (i87!2), p. 141-186. — A. Holinier, Catal. des actes de Simon et Amauri de Montfort (1170-1259), ibid., t XXXIY (1873), p. 153-203 et 445-501. — A. Bénet, Étude sur la diplomatique des ducs de Normandie, dans Éc. nat. des Chartes, Positions des thèses soutenues par les élèves de la ptvmotioti de 1881. Cf. le rapport de M. L. Delisle, dans Dibl. de l'Éc, des Chartes, t. XLII (1881), p. 106.

— L. Devillers, Cartulaire des comtes de Hainaut de Vavènement de Guillaume U à la mort de Jacqueline de Bavière (1356-1457), Bruxelles, in4, t. I (1881) à t. V (1892), {Coll. des Chron. belges). — £. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race Capétienne, Paris, in-8, t. I (1885) à t. IV (1891), Nombreux documents et catal. d'actes à la lin de chaque volume. — £. Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean Sans-Peur, Paris, 1888, in-4 {Coll. des doc. inédits). — Ul. Chevalier. Itinéraires des dauphins de Viennois de la deuxième et de la troisième race (1178-1355), dans Petite Revue Dauphinoise, 1. 1 (1887), p. 57-61, 73-78, 89-96, 105-111, 145-153. — A. de la Borderie, Recueil dacies inédits des dues et princes de Bretagne (xr-xn" siècles), Rennes, 1888, in-8. — L. Lex, Eudes, comte de Blois, de Tours, de Chartres, de Troyes et de Meaux et Thibaut son frère (995- 1037), dans Mém. de la Soc. Acad. de l'Aube, t. LV (1891). Étude diplomatique, catalogue d'actes, documents publiés. — 6. y. Buchwald, Bischofs- und Fûrstenurkunden, ci-dessus, p. 807. — D. Ganitti, Regesta comitum Sabaudiae marchionum in Italia, ab ultima stirpis origine ad a. 1253, Turin, 1889, in-4. (Bibl. stor. Ital. Y).

— A. Kocb et J. Yfi\lB,Rege8ten der Pfalzgrafen am Rhein (1214-1400), livr. 1-5. Innsbruck, 1887-1890, in-4. — R. Pester, Regesten der Uarkgrafen von Baden und Hachberg (1050-1515), livr. 1-3, Innsbruck, 1893, in-i.

1 . L'acte original le plus ancien que je connaisse est une donation faite à l'église de Rodez en 851, par le comte de Toulouse Raimond 1*' (Mus. des arch. dép., n*8, pi. IV).

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des fiefs secondaires. Mais l'état actuel de Térudition ne permet ps d'entreprendre encore une étude de ce genre. Il faudrait au préalable posséder des éditions correctes ou tout au moins de bons catalogues des actes seigneuriaux; les unes et les autres font encore défaut.

Il ne parait pas impossible toutefois de discerner quelques traits généraux pouvant s'appliquer à Tensemble des séries, si du moins on s'en tient à la France féodale. Sans parler de la manière d'exprimer les titres féodaux, tant dans la suscription que dans le texte et dans les souscriptions, régie par des usages étudiés plus hauts on peut observer que les documents les plus anciens, ceux du ix^ et de la première partie du X® siècle, rédigés pour la plupart, semble-t-il, dans les églises ou dans les monastères, ressemblent de tous points aux actes privés de la môme époque. Au cours du x^ siècle au contraire, on constate aisément que les rédacteurs de ces documents se sont appliqués, plus ou moins maladroitement, à imiter les fornmles, le style et la disposition des actes royaux. Cette imitation s'étant produite à Tépoque où la chancellerie royale cessait d'être fidèle à l'ancien formulaire et commençait à donner place dans ses diplômes à la fantaisie, on ne saurait s'étonner de trouver dans les chartes seigneuriales les mêmes singularités et la même variété que dans les chartes royales, ce qui était du reste conforme au goût du temps.

Depuis le milieu du xu® siècle seulement on voit se simplifier et se régulariser progressivement les actes émanés des chancelleries féodales. Celles-ci continuent, plus encore que par le passé, à prendre modèle sur les actes royaux, mais il en est bien peu toutefois qui avant le \i\^ siècle aient adopté un formulaire fixe et régulier pour les divers actes qu'elles expédiaient.

La série chronologique des chartes féodales se trouve donc naturellement séparée en deux grandes périodes : la première, dont on peut approximativement placer la fin au milieu du xii' siècle, pendant laquelle la rédaction des actes paraît n'avoir été soumise à d'autre règle que la fantaisie des rédacteurs, et où ces actes n'ont d'autre caractère commun qu'une imitation fort libre des diplômes royaux; la seconde, comprenant le reste du moyen âge, pendant laquelle les chartes seigneuriales, de plus en plus nombreuses et toujours modelées sur les chartes royales, sont devenues plus simples et plus régulières.

H y a lieu de faire sur l'ensemble des documents de chacune de ces deux périodes quelques observations générales et de rechercher ensuite ce qu'il y a de particulier dans l'objet des chartes seigneuriales.

2. — Les chartes seigneuriales antérieures au milieu du XII* siècle.

Nous avons dit déjà que les chartes seigneuriales les plus anciennes ne diffèrent guère des actes privés ; ce sont en effet pour la plupart des

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