Bibl. nat.. Coll. Joursanvault, t
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M. Delisle a rapproché avec raison cette pièce fausse des a Chartes de croisades* » qui donnèrent lieu, sous le règne de Louis-Philippe, à une exploitation très fructueuse pour procurer à leurs acquéreurs Tinscriplion du nom de leur famille dans les salles des croisades du musée de Versailles.
11 existe encore de nos jours quelques obscures ofQcines où Ton trafique de documents analogues, mais ceux-ci ne sauraient guère tromper personne. Leur provenance suffit à les rendre suspects, et ceux qui les acquièrent parce qu'ils flattent leur vanité mettent incontestablement à être dupes la plus grande bonne volonlé.
La dernière supercherie que je crois utile de mentionner est intéressante non pas à cause de l'habileté du faussaire, il en est peu de plus grossière, mais à cause de son origine*. Six chartes, cinq en patois du pays et une en latin, toutes d'un intérêt historique extraordinaire, furent signalées en 1810 comme découvertes dans les fondations de l'ancien château de Marsan, juste à point pour servir de thème à un discours que prononça le préfet des Landes, lors de la pose de la première pierre d'un nouvel hôtel préfectoral. On n'y trouvait rien moins que la relation du rôle militaire de Mont-de-Marsan depuis Charlemagne, ou même depuis César. Analysées alors dans les journaux locaux, ces chartes furent vite oubliées; le goût n'était point aux études historiques. Mais en 1845, quatre d'entre elles furent exhumées, publiées, discutées bientôt et défendues ensuite avec passion. Condamnées dès leur apparition par la saine critique, on s'égarait cependant sur le mobile de cette mystification, lorsque M. Bladé, après une habile enquête sur place, dévoila toute l'histoire dans une brochure spirituelle. Les chartes étaient dues à la collaboration du préfet avec un ancien procureur au Sénéchal, candidat à la magistrature impériale : tous deux s'étaient avisés de placer sous le nom de Pierre de Lobanner, vicomte de Marsan en 1141, « prince législateur et philosophe », d'abord une doctrine historique susceptible de flatter le patriotisme local, mais surtout les règles d'une politique religieuse, fort analogue à celle que pratiquait alors l'administration impériale, et qui ne laissait pas de créer des difficultés au préfet du département. Les éditeurs de 1843 avaient jugé bon de laisser de côté celui de ces documents qui contenait la législation concordataire du vicomte de Marsan.
Je suis très loin d'avoir épuisé, en ce chapitre déjà long, la série des documents signalés comme faux, et il s'en faut bien davantage encore que
* J.-F. Bladé, Pierre de Lobanner et les quatre chartes de Mont-de- Marsan, Paris. 1861, in-8. — H.-L. Bordier, Les chartes de Mont-de^Mqrsan; mystification politique (1810), dans BulUtin de la Soc. de CHisL de France, 2" série, t. III (1861- 1862), pp. 101-200.
1. Une série de ces chartes, formée de copies modernes, accompagnées de quelques originaux, se trouve à la Bibl. nat., mss. lat. 17803, 17803*, 17803». La critique de ces documents, bien que provoquée à diverses reprises par l'Académie des inscriptions, n'a point encore été faite d'une manière satisfaisante et paraît en effet très difficile.
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toutes les pièces fausses aient été reconnues*. C*est là une besogne sur laquelle pendant bien longtemps encore la critique aura à s'exercer. Il me suffit d*avoir signalé, avec des échantillons des diverses espèces de faux, les principaux travaux critiques qui doivent servir de modèles. Il importe que Tattention de tous ceux qui ont à faire usage des chartes soit sans cesse en éveil de ce côté, afin que Thistoire cesse de puiser désormais des renseignements à des sources impures.
Après cette longue. revue des falsifications diplomatiques, on conçoit mieux comment des savants doués de sens critique ont pu, faute de règles sûres, se prendre à douter de la sincérité de tous les documents anciens. Mais ce scepticisme, qui a du reste contribué pour sa part aux progrès de l'érudition, ne saurait plus être de mise aujourd'hui. Non pas, bien entendu, que la science soit achevée; j'ai essayé d'indiquer au cours de cet ouvrage une partie de ce qui lui reste à faire. Mais du moins les résultats acquis sont considérables et surtout la critique est en possession d'une métliode sûre. Loin donc que la difficulté et le nombre des problèmes à résoudre puissent produire le découragement ou la défaillance, ils doivent au contraire exciter et attirer les travailleurs. La critique a des ressources infinies. Par les résultats qu'a produits jusqu'ici son application aux sources diplomatiques on peut juger qu'elle est en état de remplir son objet, qui est de fournir à la science de l'histoire des matériaux éprouvés.
* Je réunis ici quelques indications bibliographiques relatives à des faux que je n'ai pas eu l'occasion d'indiquer : L. Delisle, Une fausse lettre de Charles VI (prétendue letti*e close du 15 mars 1404), dans Bibl. de l'Éc. des chartes ^ t. LI (1890), p. 87. — L. Delisle^ Fausseté d'une charte de Saint Louis pour Vahbaye de la Trappe (faux récent fabriqué à l'occasion d'un procès), Ibid., p. 578. — F. Lot, Vne fausse charte d'Adalbéron^ archevêque de Reims (972), Ibid, t. LV (1891), p. 31. — A. Thomas, Notice sur une charte fausse d'Âlfonse Jourdain^ comte de Toulouse (1154;, av. fac-sim., dans Ann. du Midi, t, Y (1893), p. 116.