Leyde, 1661-1608, 2 vol. in
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et de la Bretagne, puis de s*en faire attribuer les revenus, sous prétexte de fonder un nouvel ordre de chevalerie. La fausseté de ces documents, qui avaient induit en erreur le dernier historien de Tordre hospitalier du Saint-Esprit» a été démontrée à Févidence, par H. Delisle, qui a en même temps découvert le faussaire.
On a dit plus haut que les recherches généalogiques avaient été Toccasion de la fabrication de faux innombrables. C'est surtout à partir du xvi« siècle que les généalogistes ont inondé TEurope entière des produits de leur industrie.
L*un des plus fameux faussaires en ce genre fut François de Rosières, de Bar-le-Duc, attaché au cardinal de Lorraine, qui le pourvut de nombreux bénéfices et notamment de larchidiaconé de Toul*. Il fut chargé par les princes lorrains d'écrire une histoire de leur maison, accréditant la généalogie qui rattachait les Guise en ligne directe à la famille de Charlemagne, voire même à la dynastie mérovingienne. Ce n'était point chose de petite conséquence puisqu'elle plaçait les Guise sur les marches du trône et leur créait des droits éventuels, au cas delà disparition, qu'on pouvait dès lors prévoir, de la maison de Valois. Pour justifier cette Gliation, Rosières fabriqua nombre de fausses pièces qu'il prétendit avoir trouvées dans les archives des monastères. Son procédé était le plus souvent des plus simples ; il consistait à introduire dans la teneur de documents anciens et parfaitement authentiques les noms et les mentions dont il avait besoin. Il ne parait pas s'être jamais hasardé à contrefaire des originaux, mais s'être contenté d'insérer les textes accommodés à sa façon dans la longue et fastidieuse histoire en latin de la maison de Lorraine, qu'il publia en 1580 à Toul, avec privilège du roi, et qui est intitulée : Stemmata Lotharingiae ac Barri ducum (in-fol.). Dénoncé par du Plessi»- Hornay, comme un manifeste des princes lorrains S l'ouvrage fut saisi et son auteur jeté à la Bastille, d'où le crédit des Guises réussit à le faire bientôt sortir; il put se retirer à Toul, où il employa sa vieillesse à composer des œuvres édifiantes.
La maison de Bourbon n'était point en reste de généalogie avec celle de Lorraine, mais elle était depuis longtemps sur le trône lorsque les pièces justificatives de ses origines furent inventées par un faussaire, le Père André de Saint-Nicolas, prieur des Carmes de Moulins**. Ce très habile homme préparait à la fin du xvii« siècle, sous le patronage du roi, une (( Histoire de la maison de Bourbon », qu'il écrivit, mais à laquelle la
* Bréquigny, Svr le faussaire François de Rosières^ pp. 315-317 des Protégomèftes
du t. I des Diplomata Chartae^ ci-dessus, p. 706. ** M.-A. Ghaïaud, Étude sur la chronologie des sires de Aourfron/Moulins, 1865, n. 8.
Voy. pp. 31-liO le chapitre intitulé Le P. André de Saint-Nicolas,
1 . Discours du droit prétendu pour ceux de la maison de Guise à la couronne de France. Paris, 1583, in-8.
Cil. Il] FAUX TITRES DES MAISONS DE GUISE ET DE BOURBON. 88i
censure refusa toujours son approbation. De complicité avec le duc d'Épernon-Rouillac, il fabriqua une série de chartes du ix« et du x** siècle, soi-disant trouvées dans les archives des prieurés d'Iseure et de Souvigny, qui rattachaient les Bourbons à la dynastie carolingienne par un prétendu Ghildebrand, frère de Charles Martel et aïeul de Robert le Fort, ce qui avait l'avantage de donner un ancêtre commun aux Capétiens et aux Bourbons. L*annonce des découvertes étonnantes du Père André mit en émoi les érudits, dont les sentiments furent très divers. Mabillon, accompagné de D. Michel Germain, s'empressa d'aller en Bourbonnais ; il se vit refuser sous un prétexte l'accès duchartrier de Souvigny. Colbert inquiet, redoutant quelque imposture compromettante pour la majesté royale, fit procéder à une enquête administrative, et finalement donna ordre à l'intendant d'apporter à Paris les originaux mêmes, qu'il soumit en sa présence à Mabillon et à Baluze. II n'y avait point de meilleurs juges. Les pièces étaient composées de main de maitre et leur teneur aurait pu faire hésiter les deux savants, mais le faussaire, malheureusement pour lui, avait voulu faire des originaux, dont les caractères extérieurs, l'aspect de l'écriture, la nature du parchemin, la teinte de l'encre et jusqu'à la colle adhérente encore au dos des pièces, qui montrait que le parchemin en avait été emprunté à des couvertures de registres, prouvèrent à l'évidence que les documents étaient de la plus insigne fausseté. Les critiques de Mabillon, consignées par écrit, et le procès- verbal de la conférence, de la main de Baluze, se sont conservés. La critique moderne en a ratifié les conclusions, non sans aller plus loin toutefois. Les deux illustres experts s'étaient contentés de juger les pièces sans en rechercher l'auteur; A. Chazaud a instruit à nouveau le procès et a pu désigner comme principal coupable le prieur des Carmes de Moulins, et comme complice le duc d'Épernon-Rouillac. Malgré leur condamnation catégorique par les deux représentants les plus accrédités de la critique, les chartes du Père André n'en ont pas moins eu une assez brillante fortune. Les auteurs de rArt de vérifier les dates en ont fait la base de leur chronologie des maisons de France et de Bourbon, les auteurs du Gallia Christiana et les éditeurs du Recueil des historiens de la France en ont accueilli quelques-unes, et Benjamin Guérard lui-même a admis l'une d'elles comme authentique dans ses Prolégomènes du Polyptique d'Irminon. Aujourd'hui encore, malgré la re vision du procès et la surabondance des preuves fournies par A. Chazaud, il n'est point rare de voir ces pièces utilisées par des historiens.
Vers le même temps, la maison de Bouillon demanda ses titres à un faussaire non moins adroit que le Père André, et dont les élucubrations purent tromper Mabillon et Ruinart. On pourrait y ajouter Baluze, si son rôle en cette affaire ne laissait peser sur sa mémoire un soupçon de complicité. L'illustre savant s'était chargé, en effet, d'écrire pour la maison de Bouillon une Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, Les ducs de Bouillon, princes de la Tour-d'Auvergne et vicomtes de Turenne, prétendaient remonter aux anciens comtes d'Auvergne. Baluze recevait la plu-
MANUEL DB DIPLOMATIQUE. 5t»
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part des documents qu*il devait utiliser, des mains du cardinal de Bouillon. Celui-ci avait à ses gages un habile homme, feudiste et généalogiste assez mal famé, Jean-Pierre de Bar. Ce fut lui qui se chargea de trouver des pièces rattachant de mâle en mâle la famille de la Tour aux comtes d'Auvergne, et ceux-ci aux ducs de Guyenne, ce qui mettait la maison de Bouillon sur le même pied que la maison de France. De complicité avec le cardinal, il composa fort ingénieusement une série de pièces, en falsifiant notamment plusieurs feuillets d'un cartulaire de Téglise de Brioude. Sur l'initiative du cardinal, ces documents furent soumis à une commission composée de Mabillon, de Ruinart et de Baluze, qui les jugea authentiques *.
Baluze se crut autorisé dès lors à les insérer dans son Histoire*. Malheureusement pour le succès, le faussaire de Bar fut arrêté et mis à la Bastille pour d'autres tours de son métier, ses papiers furent saisis et Ton y trouva des brouillons de documents, des essais d'écriture de diverses époques et d'encre, des documents authentiques grattés ou lavés moins le protocole initial et final, des notes de dépenses significatives, des morceaux d'ancien parchemin, etc., bref tout l'outillage d'un faussaire de profession, conservé aujourd'hui aux Archives nationales pour le plus grand profit de la critique'. Pressé de questions, il fut contraint d'avouer qu'il
* Lelre de Monsieur Baluzk pour servir de respotise à divers escrits qu'on a semés dans Paris et à la cour contre quelques anciens titres qui prouvent que messieurs de Bouillon d'aujourd'hui descendent en ligne directe et masculitie des anciens ducs de Guyenne et comtes d'Auvergne^ Paris, 1698, in-fol. [La < letre » de Baluze occupe les 32 premières pages; elle est datée du 20 août 1607.) — Â la suite: Procczverbal contenant l'examen et discussion de deux anciens cartulaires et de Vobituaire de l'église de Saint-Julien de Brioude. en Auvergne^ de neuf anciens litres compris en 7 feuillets de parchemin^ et de dix autres ancietis feuillets, aussi en parchemin, contenant des fragmens de 2 tables, l'une par ordre des chiffres et l'autre par alphabet, lesquels ont esté détachez d'un ancien cartulairt de la même église. Le tout pour faire voir que Géraud de la Tour l du nom descend en droite ligne d'Acfred l du nom, duc de Guyenne et comte d'Auvergne, comme il parait par la table généalogique qui suit, (22 pages, signées : Baluze, Frère Jean Nabilloïi, Frèix; Thierry Ruixart, datées du 23 juillet 1695.) — A la suite : Nouveaux fragments du carlulaire de Brioude, 6 p. (Cette plaquette se trouve reliée à la fin de beaucoup d'exemplaires du 1. 1 de l'Histoire généalogique de la maison d Auvergne.)
1. On aimerait à le croire dupe en toute cette affaire, mais il n'était rien moins qu'un naïf, et il est bien difficile de douter de sa complicité lorsqu'on le voit, à celte occasion, en correspondance réglée, pour obtenir des documents, avec un autre faussaire, ce môme P. André, qu'il avait ménagé lors de l'affaire des titres de la maison de Bourbon quelques années auparavant (voy. plus haut, p. 881), et qui était alors retiré au couvent des Carmes de Besancon. A. Chazaud a mis en lumière cette corres-
pondance édifiante (Ouvr, cit., p. 80 et suiv.).
2. Arch. nat,, R' 74. Un fac-similé d'un de ces essais de plume est publié dans le Musée des arch. de l'empire, n*001. Quelques note» de la main de F. db Bar sont bien caractéristiques. Voici comme exemple un mémento pour l'examen du carlulaire de Brioude lors du voyage qu'il fit dans cette ville en 1697 : c II faut marquer le haut et le bas et < la force du parchemin, l'escriture, le caractère noir ou gris ou jaun&tre, les marges, c combien de lignes dans la page qui reste dans le carlulaire qui est escrit, la distance
Ch. Il] TITRES DE LA MAISON DE BOUILLON. — JEROME VIGNIER. 883
avait fabriqué les documents soumis à Habiilon et à Ruinart. Condamné à mort par arrêt de ia Chambre de TArsenal du 27 juillet 1704, il vit sa peine commuée en prison perpétuelle, et quelque temps après se brisa la tète contre les murs de son cachot. Il avait employé cinquante ans de sa vie à fabriquer des titres de noblesse*. Quoique imprimée à ce moment, V Histoire généalogique delamaison d' Auvergne deBaluzeîui quelque temps gardée sous clef, mais en 1708 les Bouillon jugèrent le bruit fait autour de cette afTaire assez apaisé pour la faire paraître. On sait le scandale qu*elle provoqua : supprimée par arrêt du Conseil en juillet 1710, elle valut à rinfortuné Baluze la perte de toutes ses charges et Texil en province. Quant au cardinal de Bouillon, dont les biens avaient été mis sous séquestre et qui s'était retiré à la cour pontificale où il était doyen du sacré collège, il réussit à obtenir de rentrer en France, mais, inquiet bientôt des suites de TafTaire, il ne trouva rien de mieux pour sortir du royaume que de se faire enlever par un parti ennemi *.
L'intérêt généalogique tient moins de place que la mystification scientifique dans les faux commis au xvii« siècle par Jérôme Vignier*. Ce très savant prêtre de TOratoire a été dûment convaincu par M. Julien Havet d'avoir fabriqué une belle suite de documents d'un intérêt capital pour l'histoire : le testament de saint Perpétue, évêque de Lyon, daté du 1«' mai 475 ; un diplôme de Clovis I^'^pour Saint-Mesmin de Micy ; la relation d'un colloque entre prélats catholiques et ariens qui aurait eu lieu à Lyon en 499; une série de lettres d'évêques et de papes du v« siècle; des fragments d'une vie de sainte Odile. M. l'abbé P. Batifibl et M. W. Wattenbach ont grossi cette liste d'une prétendue leltredeThéonas à Lucien du in« siècle et d'une Genealogia Karolorum. a II n'est pas probable, dit M. J. llavet, que
* J. Havet, Questions mérov. II. Les découvertes de Jérôme Vignier (ci-dessus, p. 707) et A propos de Jérôme Vignier dans Bibl. de l'Ec, des Chartes, t. XLYII (1886), p. 335.
a des lignes et combien il y en a et pi*endi*e toute cette page et l'abbréger comme elle « est, et prendre les abbréviations qu'on y observe ; entin il faut copier cette page et « tascher de la figurer afin de faire l'une de môme et "de la même grandeur. Bien « prendre garde à la marge qui peut rester de la page qui manque en... (un mot illi* « sible) prenant garde à ce qui reste de plis sur la demi-page qui reste escrite dans < ledit carlulaire et bien compter les cbiffres de tout le cahier qui consiste en sept a feuillels, y manquant celui qui doit accompagner ce demi qui est à la fin et dont la tf marge en dehors est un peu pliée et cousue afin de la faire tenir dans le cartulaire. » Ce sont bien là les préliminaires de la fabrication.
1. c II existait à la Bibliothèque nationale (fonds Clairambault) un manuscrit intitulé : Catalogue des noms de familles soubçonnées d'avoir fait faire des faux titres par Pierre Bar et autres. Ce volume pouvait intéresser trop de gens: il a disparu. » (L. Lalaktie, Dictionnaire historique de la France j art. Bar [Jean Pierre].)
S. Outre les ouvrages indiques ci-dessus, les papiers saisis chez de Bar et les pièces du procès, il faut consulter sur cette aiTairc : Sawt-Simon, Mémoires, éd. Chéhuel, t. V, p. 109; Gh. LoniQiJET, Le cardinal de Bouillon, Baluze, Mabillon et Huynart dans l'affaire de l'Hist. généalogique de la maison d'Auvergne, Reims, 1870, in-8. — Les biographes de Balu2e se sont montrés excessivement réservés, et M. H. Doniol, l'éditeur du Cartulaire de Brioude (Clermont, 1863, in-4), s'est soustrait à l'examen de la question.
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J. Vignier ait été poussé à ces fabrications par un motif d*intérét,... il a poursuivi simplement la renommée littéraire que devait lui donner la découverte de tant de textes précieux, i» Il faut remarquer cependant que les fragments de sa vie de sainte Odile, le seul texte qu*il ait publié luimême dans son ouvrage intitulé : La véritable origine des très illustres maisons d'Alsace^ de Lorraine^ d'Austriche^ etc. (Paris, i649, in-fol.), avaient pour objet de rattacher la maison d'Autriche comme celle d'Alsace à la famille de sainte Odile, et ne paraissent pas avoir été dictés par des intentions aussi pures de tout intérêt matériel.
C'est aux prétentions de la maison d*Espagne-Autriche à des droits à la couronne de France qu'il faut sans doute rapporter l'origine d'un des faux les plus célèbres en histoire, connu sous le nom de Charte d\Alaon^. C'est uu prétendu diplôme du roi Charles le Chauve, en date du 21 janvier 845, confirmant des libéralités faites par un certain comte Wandregesilus à un monastère du diocèse d'Urgel du nom d'Alaon. Cette confirmation, d'une longueur démesurée, contient de ce comte Wandregesile toute une généalogie, dont l'objet est d'éclairer l'origine des^anciens rois d'Aragon, de les faire descendre des ducs et rois de l'Aquitaine et de rattacher ceux-ci aux Mérovingiens. Ce document aurait été neuf fois confirmé de 862 à 1041, mais il ne semble pas qu'il ait jamais existé de textes anciens ni du diplôme ni de ses confirmations. Une copie en fu t communiquée, comme provenant des archives d^ la Seo de Urgel, par l'archiviste et annaliste d'Aragon, Dormer, au cardinal d'Aguirre, qui l'inséra en toute bonne foi dans sa Coliectio conciliorum Hispaniae (t. III, Rome, 1694, in-fol., p. 151). 11 semble que ce texte ait été forgé peu de temps auparavant par un publiciste espagnol, fameux déjà de son temps comme imposteur, Tamayo de Salazar. A peine publiée, la charte d'Alaon fut acceptée en France comme l'un des documents les plus précieux pour notre hisloire, qu'elle a surchargée d'une foule de noms, de dates et de faits apocryphes. Dom Yaissète notamment a édifié sur cette base tout un système historique. C'est à Benjamin Guérard qu'il faut faire honneur d'avoir le premier, il y a bientôt soixante ans, fait justice de cette supercherie par quelques arguments décisifs. Mais les textes faux, surtout lorsqu'ils sont si intéressants, ont la \ie dure. Bien que les démonstrations, les preuves et les arguments se soient accumulés, nombre d'historiens qui ne songeraient pas a défendre la fameuse charte, ou même qui en proclament la fausseté, ne se résignent pas à rejeter de l'histoire les noms et les faits qu'elle y a introduits; il traîne des lambeaux de la charte d'Alaon dans nombre
* Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale^ t. III (1836), append. II. (Il y défend l'authenticité de la charte d'Alaon contre des critiques de Benjamin GnéRAiiD qui ne sont connues que par cette tentative de réfutation.) — M. Rabanis, Les Mérctingiens d' Aquitaine. Essai historique et critique sur la charte d'Alaon^ Paris, 1856. in-8. ~ E. Mabille, La charte d'Alaon. Note rectificative au t. Il (1875) de \ Histoire générale de Languedoc, éd. Privât, pp. 196-204. — J.-F. Bladé, La charte
- d'Alaon et ses neuf confirma fions , Ag^cn, 1891, in-8.
Ch. Il] CHARTE D'ALAON. -^ FAUX DIVERS. 885
d'écrits historiques récents. Et cependant, quand de tels documents ont été irrémédiablement condamnés, il est clair que Thistoire n*en saurait plus rien retenir.
Si des documents importants nous voulions descendre aux fraudes généalogiques de seconde catégorie, la liste risquerait de s'allonger démesurément. J'en retiens quelques-unes, un peu au hasard. Il existe aux archives de Tournai, où j'ai pu les examiner, des documents datés du x« au xvi« siècle, fabriqués en réalité au xviri«, et qui ont pour objet de rattacher une famille belge au célèbre théologien Henri de Gand, le docteur solennel*.
On peut voir dans les débris de la collection Joursanvault, recueillis à la Bibliothèque nationale, parmi les documents concernant l'abbaye d'Acey, certains actes faux accompagnés d'exercices de plumes, et d essais assez réussis pour contrefaire diverses écritures diplomatiques M ils sont l'œuvre de l'abbé Guillaume, auteur d'une histoire de Salins, publiée en 1758. M. Delisle a donné un spécimen du savoir-faire de ce faussaire en publiant un diplôme impérial fabriqué par lui pour la famille de Bauffremont**. Le même savant a démontré la fausseté d'une prétendue charte dauphinoise de fabrication récente, et attribuée au xiii^ siècle. Copiée textuellement sur une charte d'un carlulaire de l'aumônerie de Saint-Victor de Paris, avec quelques modifications, telles que la substitution de la mention de l'abbaye de Bonnevaux à celle de Saint-Victor, du Temple de Grenoble à celui de Paris, de la date de Grenoble à celle de Paris, et surtout du nom d'un ancêtre du gentilhomme pour lequel l'acte était fabriqué à celui de son véritable auteur, transcrite sur parchemin par un habile calligraphe, cette pièce constituait un document de style irréprochable, et d'assez bonne apparence pour être certifiée en 1843, époque probablement très voisine de sa fabrication, par deux archivistes paléographes. Munie de cette garantie, elle ne pouvait manquer de convaincre qu'un ancêtre de son possesseur avait fait en 1220 le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle***.
* A. Wauters, Note sur les documenU falsifiée relatifs à Henri de Gand, dans Compte rendu des séances de la Commission d'hist. de Belgique ^ 4* série, t. XV (1888), p. 4 et 155-151. — Delehaye, Notes sur Henri de Gand^ dans Messager des sciences historiques ^ 1888, pp. 421-456. — N. de Pauw, Dernières découvertes concernant Henri de Gand, dans Compte rendu des séances de la Comm, d'hist. ^ t. XVI (1889), p. 79.
** L. Delisle, butruction du Comité des travaux hist. Littérature et histoire du moyen âge, Paris, 1890, in-8, p. 53, av. fae-siin. héliogr. — Voy. dans la même publication (p. 106) un curieux acte de 1504 par lequel un certain Hector Bouclier reconnaît avoir été forcé de fabriquer une fausse lettre de Jeanne, fille de Louis XI, yeuve du bâtard de Bourbon, relative au mariage de Jeanne de France avec Louis XII. Ce document contient de curieuses indications sur les procédés des faussaires.
*** L. Delisle, Procédé employé par un faussaire contemporain^ dans Bibl. de FEc. des Chartes, t. XLIX (1888), pp. 304-506.