‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 66 sur 554 · I. — Des fêtes mobiles · texte numérisé non relu

I. — Des fêtes mobiles

Pour ramener à notre manière de dater (du quantième et du mois) les indications de jours exprimées d'après les dates des fêtes mobiles, il faut connaître les règles d'après lesquelles celles-ci sont placées dans

g 4, 5J DATE DE PAQUES. 14i

le calendrier. La célébration des fêtes mobiles se règle sur la date de la plus importante de toutes, la fête de Pâques. Les principales de ces fêles sont : 1® avant Pâques : le Dimanche des Rameaux (Bami palmarum, Ramorum diest)^ celui qui précède Pâques; le Dimanche de la Passion, celui qui précède les Rameaux; les dimanches de la Septuage'sime, de la Sexagésimej de la Quinquagésimej de la Quadragésime, ou 1", 6% 5^ et 4^ dimanche avant la Passion. Le dimanche de la Septuagésime est donc le 9^ avant Pâques, et ainsi des autres; la Quinquagésime est le T*' dimanche avant Pâques, c*est le Dimanche gras; le Mardi gras est le. mardi suivant, le lendemain est le Mercredi des Cendres, !<•' jour du Carême ; le dimanche de la Quadragésime est le l*"' dimanche de Carême, après lequel les 2^, 5« et 4* dimanches de Carême sont fréquemment désignés respectivement par les expressions : fieminiscere, yOcuU, ^aelare, premier mot de V Introït de la messe de chacun de ces jours; ce dernier dimanche était, au moyen âge, le jour de la Mi-Garéme, reporté de nos jours au jeudi qui précède; — 2<» après Pâques : le dimanche qui suit Pâques est celui de Qua$imodo, désigné également ainsi d après le commencement de Yîntrdit de Toffice de ce jour ; puis viennent les 2®, 5«, 4* et 5* dimanches après Pâques ; ce dernier est suivi de trois jours de Rogations-, le jeudi suivant, 40** jour après Pâques, est Y^cension, et dix jours après, ou cinquante jours après Pâques, est le dimanche de la Pentecôte-, la Trinité est le dimanche suivant (S*' dimanche après Pâques); la Fête-Dieu (d'institution relativement récente, 1264) est le^ jeudi suivant. Après quoi on compte les dimanches après la Pentecôte (ou parfois après V octave de la Pentecôte ou la Trinité], qui peuvent s'élever jusqu'à vingt-huit, pour rejoindre les i", 2*, 3^ et 4*^ dimanches de TAveni, qui sont les quatre dimanches qui précèdent la Noël.

Pour reconstituer tout le calendrier liturgique d une année, il faut donc savoir d'après quelles règles on fixait la date de Pâques.

De la date de Pâques,

On sait à quelles discussions passionnées a donné lieu, depuis le milieu du second siècle, la fixation du jour de la célébration de la Pâque"^. La commémoration de la résun^ection du Christ, placée par la tradition au temps de la Pâque juive, fut d'abord déterminée d'après les calculs des Juifs et fixée, tantôt au jour même de la fête juive, le jour de la pleine June du 1®^ mois, celui qui coïncide avec l'équinoxe du printemps, autrement dit le 14 Nisan (rite quarto-déciman), et tantôt au dimanche

* BaiUet, Histoire des fêtes mobiles, Paris, 1703. in-fol. — Ideler, Handbueh der Chronologie, t. II, p. 204 et suiv. — Héfélé, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. II, p. t20i et suiv. — p. G. de Smedt, De controversia circa celebrationem Paschatis dans Dissert. selectae in primam aetatem historiae eccles., Gand,1876, in-8. '- L. Dncheine. Origines du culte chrétien, Paris, 1889, in-8, p. 225 et suiv. — J.-B de fiotsir Inscriptiones cftristianae urbis homae, 1. 1 (1861), p. lxxxii et suiv.

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suivant (rite dominical). Les premières églises des Gaules préféraient au contraire un terme fiie, et, à la lin du second siècle, célébraient la fête de Pitquc le 25 mars'. Le pape Victor I" (189-V.199) et les conciles convoqués par lui décidèrent que la Pâque devrait se célébrer le dimanche après le 14' jour du mois de la lune pascale. Cette prescription condamnait le rite quarto-déciman, mais, — par suite de divergences dans les calculs astronomiques et dans les principes relatifs aux termes entre lesquels on admettait que la Pdque pouvait osciller. — elle ne pouvait pas amener dans l'Église l'unification rituelle.

La fête de Pâques étant réglée, comme il vient d'être dit, par le cours et les phases de la lune, il fallait, pour en fixer la date, déterminer la concordance de la lunaison pascale — qui devait être celle de l'équiDOxe de prinlemps — avec le cours du soleil.

L'année lunaire étant plus courte que l'année solaire d'environ onze jours [H'- 3»-), on avait depuis longtemps imaginé, afin que son commencement ne se déplaçât pas indéfiniment dans le calendrier, de faire il peu prés concorder avec les années solaires les années lunaires, en ajoutant de temps & autre à certaines d'enti'e elles un mois complémentaire. Cette inlercalation se faisait tantôt après trois ans, tantÂt après deux ans, et l'année lunaire de treize lunaisons était dite embolUmique. Puis, pour déterminer la concordance des lunaisons avec les quantièmes des mois solaires, on chercha à déterminer le nombre d'années solaires, contenant un certain nombre de lunaisons complètes, — divisées en années lunaires, les unes communes, les autres embolismiques, — après lesquelles les mêmes phases de la lune reviendraient dans le même ordre aux mêmes jours du calendrier, ou, en d'autres termes, après lesquelles le jour de la pleine lune du printemps se retrouverait au même quantième de mars ou d'avril que dans l'année initiale de la période. Il est facile de concevoir que la concordance entre les phases de la lune et les quantièmes des mois solaires ayant été une fois déterminée pour une période, on pouvait facilement ensuite déterminer la date de Pâques pour une année quelconque en la plaçant, dans les conditions Tuées par les règles pascales, au dimanche après la pleine lune du printemps.

Plusieurs périodes ou cycles parurent répondre aux conditions du nrobléme; tels, par exemple : le cycle de Héton, comprenant en 19 années 235 lunaisons ou 19 années lunaires, dont 7 {les 5', 6*, 8', 11', et 19*) embolismiques, et d'autres cycles plus imparfaits, un 8 ans, un cycle de l(i ans (le double du premier) et un cycle de combinaison des deux autres (84=19x4+8).

aei Galli quicumque die VIII. kal. aprJI. fuisset semper Pascha caelebrabaot :Quîdnobise$taXIIIMunacoinpotumciim ludaeis lïcere PaschaT Sed sicat lini nalalis. quocunique die efeiieril, VIII. kal. jaii., iia el Vlli, kal. april.. tradilur Chrisli resuri-eelio, Jebemus Pascb» tencre. • (Actes du concile de . IBH, dans Kbuscb, Dtr Vi jôArige 0(f«nryc/u<, p. 307; a. Ham[, Coitci/., i.l

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Saint Ilippolyte (217-229) semble avoir le premier appliqué un de ces cycles à la détermination de la Pâque chrétienne. Il employa le cycle de 16 ans et admit que la date de Pâques devait trouver place entre le xvi et le XXII du mois lunaire'. Ce système servit à Rome à la supputation pascale, depuis 222 jusque vers la fin du m* siècle. L'imperfection en était telle qu a la fin du premier cycle de 16 ans, il y avait déjà un retard de 3 jours sur les phases de la lune. Ce retard atteignait donc 15 jours h la fin du iii^ siècle. Au cycle de 16 ans on substitua vers cette époque le cycle de 84 ans (cycle d'Augustalis) * ; les termes entre lesquels la date de Pâques pouvait osciller y étaient fixés : pour la lune, entre le xiv et le XX du mois lunaire, et pour le soleil, entre le 25 mars et le 21 avriP. Ce système subit en 512 et en 543 des modifications et fut alors remplacé par celui, connu sous le nom de supputatio romana, qui servit aux papes du iv« et du V siècle à calculer la Pâque'. Il était fondé sur un cycle de 84 ans, ayant pour termes lunaires le xvi et le xxii du mois lunaire, et pour termes solaires le 22 mars et le 21 avril. Les Alexandrins, au contraire, depuis Tan 277 ou environ, établissaient leurs calculs sur le cycle de 19 ans, beaucoup plus exact, et admettaient que la Pâque pouvait se placer, d'une part, entre le xv et le xxii de la lune, et, d'autre part, entre le 22 mars et le 25 avril. De plus, tandis que les Occidentaux ne tenaient pas compte de l'équinoxe dans la détermination de la date de Pâques, TégUse d'Alexandrie considérait comme une règle nécessaire que la Pâque fût célébrée postérieurement â l'équinoxe. Sans parler des quarto-décimans, considérés comme schismatiques deffUs leur condamnation â la fin du ii^ siècle, il y avait encore d'autres dissidences, particulièrement dans certaines églises d'Orient qui, tout en étant de rite dominical, se réglaient sur les calculs des Juifs.

Le concile de Nicée, en 325, entreprit d'amener l'unification rituelle**; il décréta dans cette vue que la Pâque devrait être célébrée dans toute l'Église le môme jour, et que, pour en déterminer la date, on ne devrait pas s'en rappoi*ter aux calculs des Juifs. On peut, en outre, présumer avec une grande vraisemblance qu'il prescrivit de ne jamais célébrer la Pâque qu'après l'équinoxe, consacrant ainsi une règle pascale depuis longtemps en usage à Alexandrie. Mais, contrairement à l'opinion com-

* Br. Kmich, Studien sur christlich-miitelalter lichen Chronologie. î)er 84 jâhrige Osiercyelus und seine Quellen, Leipzig;, 1880, iu-8. Cf. un compte rendu critique de L. DucHESNE, Bulletin critique^ t. I (1881); p. 243.

^* L. Diicliesiie, La question de la Pâque au concile de Nicéc, dans Revite des ques' lions historiques, t. XXYIII (1880), pp. 5-42.

1. La table pascale de saint Hippolyte nous est parvenue gravée sur la chaire de sa statue découverte à Rome dans les catacombes de Saint-Laurent-hors-Ics-murs et eonservée aujourd'hui dans le musée de Latran. Yoy. Khauss, Real-Encyclopàdie der ehrisiL Alterthumer, 1. 1 (1882), p. 660.

2. Je suis ici la doctiine de H. Bruno Krusch, Der %k jâhrige Ostercgclus^ p. 5 et suiv.

3. Le Libellus rotnanae supputalionis a été étudié et restitué par M. Kruscu, Ibid.^ p. 32 et suiv.

144 FIXATION DE LA PAQUE. ILiv. ii, Chap. m

mune, il semble bien qu'il n'ait rien décidé quant aux procédés de supputation et en particulier qu'il n'ait pas prescrit l'adoption du cycle de 19 ans, qu'il n'ait pas indiqué la date de l'équinoxe, qu'il n'ait pas fixé les termes lunaires et solaires entre lesquels pouvait se mouvoir la date de Pâques*.

Aussi les divergences sur la fixation de la date de Pâques furent-elles loin de cesser après la promulgation des décrets de Nicée. Rome conserva le mode de supputation établi en 312; elle y apporta, il est vrai, en 545, une modification, mais qui ne porta que sur les termes de Pâques; ce fut alors que l'on adopta les termes lunaires xvi-xxii, et les termes solaires 22 mars-2i avril. Une autre modification, adoptée en 447, eut pour objet de changer le point de départ du cycle et de le reculer jusqu'à l'année 29, considérée comme celle de la Passion (Table de Zeilz"). Le système romain ainsi modifié demeura en vigueur et servit à calculer les Pâques jusqu'à l'an 457. Il fut remplacé à cette époque par un autre mode de comput, préconisé par Victorius d'Aquitaine et reposant sur une période de 552 ans commençant â l'an 28 et obtenue par la combinaison du cycle lunaire de 19 ans avec le cycle solaire (28x19 = 532)*. Il ne semble pas que le canon de Victorius ait été longtemps en usage à Rome*; dans tous les cas, dès 525, on y adopta, avec les tables pascales de Denys le Petit, le calcul pascal d'Alexandrie**, c'est-à-dire le cycle de 19 ans, la fixation de l'équinoxe au 21 mars, la célébration de la Pâque au dimanche qui suit la pleine lune pascale et les termes du 22 mars au 25 avril, ce qui devait prévaloir par toute la chrétienté, sous l'autorité du concile de Nicée. Mais dans les églises des Gaules, les tables pascales de Victorius, introduites presque aussitôt après leur publication, ainsi que le prouve une inscription de Vaison*, restèrent en usage jusqu'à la fm du viu* siècle*. On trouve, il est vrai, dès le vii« siècle, dans les tables de

* Aeg. Bucherius, soc. Jes , In Yictorii AguUani canonem paschalem êcnptum anno Chriati vuL CCCCLVII et nunc primum in lucem editum commentarius^ Anvers, 1653, in-fol. Cet ouvrage, qui seul jusqu'à présent contient les tables pascales de Victorius, a été réimprimé sans modifications sous le titre : De Doctrina temjHtrum. M. Krusch annonce une nouvelle édition de Victorius d'Aquitaine.

** Br. Krusch, Die Einfûhrung des griechischen Paschalritus im Abendlande dans Neuea Archiv, t. IX (1884), pp. 99-194.

1. On n'a malheureusement plus le texte même du décret de Nicée concernant le règlement de la question pascale, mais seulement trois témoignages : 1** la leUre synodale adressée à l'église d'Alexandrie; 2** la lettre circulaire de l'empereur Constantin aux évêques à l'issue du concile; 3* deux passages des écrits de saint Athanase, témoin oculaire. (L. Duchesne, La question de la Pâque^ p. 23.)

2. Voy. Krusch, Der SAjàhrige Ostercyclus^ p. 116. Die Zeitzer Tafel.

3. M. l'abbé Duchesne doute même qu'il y ait jamais été employé. Cf. B. Krusch, Die Einfûhrung^ p. 103.

4. Voy. de Rossi, Inscr. Christ, urb. Rom, t. 1, prér. p. zciv. L'inscription est de 470.

5. Les témoignages abondent; ils ont été réunis par Krusch, Die Einfûhrung.,.^ pp. 122-141. Je me bornerai à citer le can. I du concile d'Orléans : c Ut sanctum Pascha « secundum laterculum Viclorii ab omnibus sacerdotihus uno tempore celcbretur.

g 5] FIXATION DE LA PAQUE. 145

Përigueux', la trace de Tiiifluence de la supputation Dionysienne, mais celle-ci ne prévalut complètement qu'au temps de Charlemagne, sous l'influence de Bède le Vénérable (f 735) et de Tapôtre Bonifacc*. Les églises des îles Britanniques (bretonne et irlandaise) se servirent jusque vers la même époque d*une supputation plus ancienne encore : elles avaient emprunté à Rome, avec Tancien cycle de 84 ans, les règles en usage avant 343 et d'après lesquelles les termes de Pâques étaient compris entre le xiv et le xx du mois lunaire, et d'autre part, entre le 25 mars et le 21 avril. Elles y furent remplacées par le comput Dionysien, importé par les missionnaires romains au vu* siècle ; mais ce ne fut pas sans résistance qu'elles lui firent place, et celui-ci ne triompha définitivement qu'au vni« siècle par Tautorité des écrits de Bédé*.

L'Espagne est de toutes les contrées de l'Occident celle qui adopta la première le comput alexandrin; il semble qu'il y fut introduit bien avant le temps de Denys le Petit, probablement avec les tables de Pâques de 95 années (437-531) de Cyrille, évéque d'Alexandrie (t444), dont une continuation de 532 à 626 était en usage au temps d'Isidore de Séville (599-636). Sa table pascale* (de 627 à 721) semble en avoir été une continuation plutôt que de celle de Denys le Petit. Mais on fit également usage en Espagne d'autres systèmes de supputation et notamment du canon de Yictorius d'Aquitaine, qui y fut importé des Gaules^. Au VII* siècle les dissidences y étaient si fréquentes que le 4* concile de Tolède prit des dispositions pour y établir l'unité*. On ne réussit qu'à la fin du viii« siècle, ainsi qu'en témoignent des lettres d'Adrien P' à l'évoque d'Elvire et aux évêques d'Espagne écrites entre 780 et 791, à

€ de qua solemnitate quolies aliquid dubitatur, inquisita vel agnita per metropolitaiios c a sedc apostolica sacra constitutio tcneatur. » [Concil., éd. Hansi, t. IX, col. 113. Yoir aussi Gr£goirb de Tours, Hût. Francor.^ V, 17 et X, 23.)

1. Ces tables, détruites par les protestants, ne sout connues que par l'cd. de Gruter d'après la lecture de Scaligcr et de Pitbou; elles avaient toujours été aUribuées au Ti* siècle et M. de Rossi admettait encore cette opinion [Imcr. Christ, urb. Rom.^ t. I, p. X¥i) ; H. Rbcsch les a restituées au vu* s. et y a très ingénieusement reconnu une table des Pâques de 627 à 721 [Die Einfuhrung.,,^ p. 120). — Les tables de Yictorius ne résolvaient pas toutes les dinficultés, car dans les cas douteux elles domiaient une double date ; p. ex. pour l'année 130 du cycle de Yictorius qui correspond A l'année 680 de notre ère, elles indiquent comme jour de la Pâque : « XIY. kal. maii (18 avril), scd € Alexandrini, 111. id. april. (11 avril) >.

2. Cest à la même influence qu'est due l'apparition des premières dates de Tanné de l'Incarnation (Voir plus haut, p. 80).

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