Propagation du nouveau calendrier
. La réforme grégorienne, quoi qu'on en ait dit, ne fut pas adoptée immédiatement ni surtout sans résistance^ même dans les pays catholiques. Indépendamment de l'erreur, sans importance pratique, dans l'évaluation de la durée de l'année, et des erreurs plus graves sur les dates des phases de la lune, on lui reprochait d'avoir compliqué sans profit les anciennes méthodes en persistant à chercher, par des artifices aussi ingénieux qu'inutiles, à se rapprocher du but vainement poursuivi par les computistes et impossible à atteindre : la coordination des mouvements du soleil et de la lune'.
L'Italie, l'Espagne et le Portugal furent les seuls pays qui adoptèrent la réforme du calendrier dans les conditions indiquées par Grégoire XIII, c'est-à-dire que l'on y passa du jeudi 4 octobre au vendredi 15 ocr tobre 1582. Le Danemark accepta aussi la réforme la même années En France, on en recula l'application jusqu'au mois de décembre : le lendemain du dimanche 9 décembre fut le lundi 20 décembre 1582^ Il
i. • Que dies festus J*aschatis celebi*ctur ne minim post XIV. lunam, non autem in « ipsa XIV. luna aut ante, Epactae in Calendario, qu» in locum aurei numeri succer dunt, sie disposiUe sunt,- ut picnilunium seu dies XY. lunio in Calendario potius c sequatur quam aniecedat pleniluDium médium astronomicuin... > (Rapport ofliciel adressé à Grégoire XIH par la commission du Calendrier, le 1 1 sept. 1580, publ. par KALTEsrauKKEft, Bétlr. 2. Gesch.der Gregor. Kaienderrefomt, loc, rit., p. 53).
S. Voir KALTEXBBuiRtER, Die Polemik ûber die Gregor, Kalrnderreform, loc. cit, ' S. Art de vérif. les dates. Dissert, ^ p. 88. Voir plus loin, p. 167.
4. Mandement de Henri III aux prévôts pour la réfoime du calendrier, 2 novem" bre 1582, Isanbcrt, Anciennes lois françaises, t. XIV, p, 518.
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en fut de même en Lorraine en verla d'un èdit du duc Charles IIP. Dana les État» ctttholiquet de l'Allemagne el des Pays-Bas (Brfl6an(, Limbourg, Luxembourg, Gueldre, comUs de Flandre et A'ArtoU, de Rainant cl de Namur, Anvert, Maliitei), ainsi qu'en Savoie, on suppnnia après le vendi-edi 21 décembre la fin de l'année 1582 et le lendemain samedi fut réputé {«janvier 1583. Il en fut de même en Hollande (Rotterdam, Atntterdam. ùyde. Delft, Hartem et la Baye] et en Zélande, en vertu d'un placard de François de France, duc d'Anjou, du 10 décembre 1582, modifié bientôt par une résolution des États de Hollande'. Le 10 janvier 1583, Philippe II fit publier un édit prescrivant l'adoption de la réforme au mois de février (du 11 au 22), mais il n'en fut tenu aucun compte par les provinces qui n'avaient pas encore accepté le nouveau calendrier. A Groningue même, où la réforme avait été introduite le 1" mars 158.Ï, le calendrier julien fut réintroduit après la prise de la ville par Maurice de Nassau le 24 juillet I594>. En Antricbe, la réforme fut adoptée k dater du mois de janvier IS84*. En Suisse, les cantons de Luceme, l'ri, Schwyz, Zug, Soleure el Fribourg, dans un synode tenu à Baden le 10 novembre 1583, décidèrent d'adopter le nouveau calendrier en 1581; on supprima les dii jours entre le 12 et le 21 janvier de cette année. Vnterwalden accepta et opéra la réforme au mois de juin suivant. Dans le canton à'Appenzell, qui avait accepté la réforme il cette époque, les différends furent si violents qu'en 1590 les protes- Lmts furent autorisés à employer l'ancien calendrier. En Pologne, on attendit la Un de l'année 1585, le lendemain du 21 décembre 1585 fut le 1" janvier 1586. En Hongrie, le nouveau style fut introduit en 1587.
Près d'un siècle s'écoula ensuite avant que le calendrier grégorien (il de nouveaux progrés. Adopté d'abord par les pays catholiques, il lui était naturellement plus difficile de s'introduii-e dans les États protestants, qui préférèrent longtemps, comme on l'a dit, « n'être pas d'accord avec le soleil plutôt que de l'être avec la cour de Rome ». Il faut j^ouler que leurs répugnances se fondaient, moins sur le remaniement de l'année solaire, qui constituait un progrès réel, que sur l'invariabilité conventionnelle de l'équinoxe et surtout sur la méthode, assez défectueuse en effet, de déterminer les dates des phases de la lune et de fixer la fêle de Pâques. Aussi, les protestants d'Allemagne n'admirent-ils le nouveau calendrier que corrigé par Echart Welgel d'après les tables de Kepler : ils acceptèrent la réforme de l'année solaire, mais au système compliqué des épactes qui ne donnait qu'une approximation, ils substituèrent la
* Karl Dbrliz. Die Einfùhnmg der Gregorianùrhen Kaleiiden in Wien. dans tes UiU/t. der Imtitutt f. Oeilerr. GetchichUforukung, I, XH (1891). p. 630*46. Du tn nov. i5S2. D. Calxet, Pt. de Vkiit. de Lorraiar. I. III, col. U7. B(K(D, Handy-Boot. p. di, d'tfris le Créai Plakaet liook, I, 3%, sui irdiives du imF. à U (lave.
Ibid.. p. H.
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détermination de Féquinoxe et des phases de la lune, régulatrices des fêtes mobiles, d'après les tables astronomiques. Il en résuite que dans les pays où le nouveau style a été introduit sous cette forme, la fête de Pâques et les autres fêtes qui en dépendent pourraient tomber parfois à un jour autre que dans les États catholiques.
Le calendrier grégorien fut naturellement introduit en Alsace par la France, en 1648, et à Strasbourg en 1682^ En Suède, le roi Charles XI, craignant que la suppression de 10 jours d*un seul coup ne nuisit aux transactions commerciales ou ne produisit des troubles comme il y en avait eu à Riga, s'avisa d*un moyen ingénieux d'amener insensiblement l'ancien calendrier à coïncider avec le nouveau : il décida la suppression des années bissextiles depuis 1696 jusqu'en 1744; de la sorte, après
11 suppi'essions d'un jour, l'année 1744, se trouva concorder avec le nouveau style*.
En Allemagne, le nouveau calendrier, corrigé par Weigel, comme il a été dit plus haut, fut adopté le 15 septembre 1699, à la diète de Ratisbonne, par les États protestants; on y décida la suppression des 11 derniers jours du mois de février 1700. Le Danemark, qui avait admis la réforme dès 1582, adopta à la même époque les corrections de Weigel en vertu d'un édit royal du 20 décembre 1699*. A l'exemple de l'Allemagne, les provinces protestantes des Pays-Bas, restées fidèles jusqu'alors à l'ancien style {Gueldre, Vtrecht, Frise, Over-Yssel, Zutphen, Groningue), adoptèrent successivement le nouveau calendrier au cours de Tannée 1 700 ou au commencement de 1701*. Il en fut de même en Suisse des cantons de Zurich, de Berne, de Bâle et de Schaffhouse, des villes de Genève*, Bienne, Mulhouse, du comté de Neufchâtel et des bailliages de Baden, Thurgovie, Sargans et Bheinthal, qui passèrent du 51 décembre 1700 au
12 janvier 1701. La ville de Saint-Gall n'accepta la réforme qu'en 1724, et encore ne fut-elle pas suivie par tous les protestants du pays, qui s'obstinèrent longtemps à observer l'ancien style, ainsi que la partie évangélique des cantons de Glaris et d'Appenzell, Les Grisons demeurèrent rêfractaires au nouveau calendrier jusqu'en 18H**.
L'Angleterre et l'Irlande conservèrent jusqu'au milieu du xviii* siècle, avec le terme du 25 mars comme point de départ de l'année, l'usage du
* Gh. Le Fort, V introduction du calendrier grégorien à Genève en 1701, dans Mim.
et doc. publ. par la Soc. d'hist, et d'archéol. de Genève, t. XXII (1880), p. 348. ** J. Bottt Einfûhrung det neuen Kalenders in Graubûnden, 1863.
1. On y supprima les dix derniers joura du mois de février 1682 (Schoepflix, Ahat. illuêtr., t. II, p. 345).