LA SOUVERAINETE NATIONALE
Comment touslcs citoyens ne peuvent exercer directement leur part de souveraineté : dans la unmicipalité, dans le comté, dans la province, dans le pays tout entier.
Tout pouvoir politique, quelque forme qu'il ait revêtue dans la pratique, vient de Dieu. Les hommes, quand ils choisissent celui qui les gouvernera, les citoyens d'un même pays, quand ils désignent les cliefs de l'État, ne délèguent nullement l'autorité, ils nomment seulement celui d'entre eux par qui elle sera exercée. C'est en usant de ce droit que le peuple peutexercer sa part de souveraineté nationale. Chacun des citoyens dont le groupement constitue par une extension progressive : la paroisse, Je comté, la province, la nation, ne saurait avoir une action directe dans le gouvernement. Ce serait ouvrir une ère de désordres, de rivalités et de haines inépuisables. Si, dans la municipalité par exemple, l'administration des intérêts communs était confiée à tous, croit-on que ces intérêts seraient bien défendus, que les recettes et les dépenses pourraient être fixées d'une manière convenable, qu'on arriverait à s'entendre sur les mesures à prendre pour l'entretien des ponts publics, des écoles, des chemins et des rues ? Chacun réclamant pour soi, l'accord serait impossible, et jamais aucune demande ne serait écoutée, si juste qu'elle fût : ce serait pour tous la misère et la ruine à brève échéance.
Si, montant de deux degrés, nous passons à la province,
nous verrons lo mal s'a^rgraver et les conséquences d'un pareil système devenir plus eflrayantes. Les intérêts en jeu devenant plus importants, les services administralifs, plus nombreux et plus étendus, le désordre devient aussi plus sensible.
Enfin, il n'est pas de plus évidenle utopie ou pour mieux dire de plus grande folie que de réclamer pour chaque citoyen le droit de prendre part aux affaires de l'État directement et par lui-même. Outre l'intelligence et les connaissances particulières que devrait posséder chaque citoyen pour se diriger au milieu des complications de la politique, il est manifeste que les soucis matériels de l'existence, la Furveillance de leurs intérêts privés, ne permettraient pas au plus grand nombre de s'ujcuper des afîaiies politiques.
(Tiré de l'ÉnrcATiox chuéïienxe de Paris, et approprié par l'auteur du Manuel de droit civique à la condition politique du Canada.)