‹ Manuel de droit civique (volume 2)Chapitre 221 sur 231 · LES CANADIENS-FRANÇAIS SONT RÉELLEMENT UNE NATION · texte numérisé non relu

LES CANADIENS-FRANÇAIS SONT RÉELLEMENT UNE NATION

Quand on voit une population de près do deux millions d'âmes se levei" comme un seul homme pour répondre à rnj)pel de son nom, parlant la même langue, proclamant la même foi ; quand on la voit tenir par le cœui'aux institutions et aux lois que lui oiit léguées ses ancêtres, travailler courageusement à exploiter le sol qu'ils ont acquis au prix de leur sang, qu'ils ont ari'osé et fei-tilisé de leurs sueurs ; quand l'histoire en main, on voit que ces deux millions d'âmes ne sont que l'épanouissement régulier des quelques familles françaises qui sont venues s'établir ici il y a à peine trois cents ans, pour évangéliser les peuplades sauvages et infidèles de ces contrées, il faut bien en convenir et dii-e : '* Digitus Dei est hic : Le doigt de Dieu est là." Un développenr.ent aussi ])rodigieux à tra-

vers tant de vicissitudes et en présence de tant de difficultés, est bien réellement le cachet de l'œuvre de Dieu. Ces quelques familles étaient bien de celles que la divine Providence a pi-ivilégiées pour être l'origine et la source d'une nation. Lia. discrétion et le soin qui ont piésidé à leur élection pour cette haute mission nous autorisent, ce semble, à leur appliquer ces paroles de la Ste-Ecriture au patriarche Abraham : '* Sors de ton pays et viens dans la terre que je te montrerai ; je ferai de toi une grande nation ; j'y multiplierai ta postérité à l'égal des étoiles du ciel, ot le nombre de tes descendants pourra égaler celui des sables qui sont au rivage de la mer."

Oui! nous le répétons avec bonheur pour le passé et confiance dans l'avenir: nous, Canadiens-français, nous, les descendants de ces nobles familles qui ont donné des martyrs à l'Eglise et des héros à notre bienaimée patrie, nous sommes aujourd'hui une nation. La terre que le sang de ces martyrs a purifiée, et sanctifiée, le sol que la valeur de ces héros a si légitimement conquis, défendu et conservé avec tant de sacrifices, est notre patrie.

Le Canadien-français qui ne serait pas fier de son origine et content de sa patrie se montrerait, certes, par trop difficile. Bien peu de nations aperçoivent à l'aurore de leur histoire une auréole aussi glorieuse et aussi pure ; beaucoup, au contrai i-e, ont en partage un territoire dont la fertilité, la salubrité climaté-

liquo et Io8 richesses nutiirclles sont griiiideiiient iiiférieui'es à ce qu'ottVe la grandiose et pittoresque vallée du St-Laureut. Nous devons donc, Canadiensf ratiçais, bénir la divine Providence qui nous a si bien servis, et nous attacher inviolablement au sol où i-eposent les cendies de nos religieux ancêtres, et où do gi-andes destinées nous sont sans aucun doute réservées.

Mgr. Laplèche.

(La Société Civile).

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