UN MOT DU PASSÉ
Jeunes gens, l’Assemblée législative est l’âme de notre Législature provinciale ; c’est le corps politique que la nation s’est librement choisi; en un mot, c’est la grande voix du peuple qui proclame solennellement ses principes et ses vœux. Vous qui êtes nés dans un temps de paix et de tranquillité, à une époque où les Canadiens-français se gouvernent comme ils l’entendent, vous n’avez aucune idée des luttes et des combats que nos pères eurent à livrer pour le triomphe de nos droits civils et religieux.
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Lorsque le drapeau de la France ent été arraché de la vieille citadelle de Québec, sur laquelle il flottait depuis près de deux siècles, et que Angleterre victorieuse eut arboré le sien à sa place, les Canadiens furent soumis aux vainqueurs et la loi martiale proclamée. De 1760 à 1763, comme nous avons vu au commencement de ce Maxtvet,, le pays subit le régime militaire. De 1763 à 1774, le gouvernement civil absolu est imposé. De 1774 à 1791, le gouvernement législatif. Durant cette période, un peu plus douce que les deux précédentez, les affaires publiques sont administrées par de simples employés civils, sous la direction d’un Conseil exécutif dont les membres sont entièrement choisis parmi des Conseillers législatifs trresponsables au peuple. C'était au beau temps de Poligarchie, où une petite poignée de favoris gouvernaient, dépensaient les deniers publics saus prendre la peine de consulter les citoyens. Les Canadiens ne se découragent pas. Ils ne cessent de réclamer une constitution représentative, nfin, en 1791, grâce à l’esprit %e justice qui animait Pitt, Lord Granville, Lord Abington et quelques autres hommes d’État anglais, la Chambre des communes
d'Angleterre adopta une loi accordant une nouvelle constitution au Canada.
La constitution de 1791 fut proclamée par le gouverneur Clarke le 18 novembre 1791, mais le Canada n’a réellement changé de régime qu’en 1792. Cette charte divisait la co'onie en deux provinces, le Haut et le Bas Canada, et accordait à chacune d'elles un Conseil législatif et une Chambre élective. Ce dernier point était d’une grande importance, car la nouvelle constitution accordait au peuple un gouvernement dans lequel il pût manifester ses opinions par la voix de ses représentants. Elle garantissait de nouveau aux bas-
Canadiens leurs vieilles lois françaises et le libre exercice de leur religion. Néanmoins, le nouvel état de choses était loin d’être parfait : le Conseil exécutif n’était pas responsable à la Législature. Ainsi, les habitants, par leurs représentants dans la Chambre d'Assemblée, votaient les subsides nécessaires au fonctionnement du service civil er aux entreprises publiques, mais cette Chambre n’avait aucun contrôle sur les dépenses. Le ministère commettait toutes sortes d’injustices, employait les deniers publics malhonnêtementet restait toujours impuni, car il était irresponsable à la Chanibre : il ne rendait compte de sa conduite qu'au Souverain.
Avec 1792 commence cette grande lutte parlementaire qui devait finalement se terminer par la tourmente de 1837-38, Les biens des Jésuites, éducation, les subsides, la responsabilité ministérielle, l’amovibilité des juges, voilà autant de questions primordiales qui ont été discutées dans l’ancienne Chambre. Papineau, Bédard, Morin, Lafontaine, T'aschereau, Blanchet, Viger, Bourdage et plusieurs autres luttèrent comme des lions pour les libertés canadiennes. La joute dura quarante-cinq longues années,
En 1840, l'Angleterre réunit le Haut et le Bas-Canada et donna un seul Parlement au pays. Cet acte d'Union, dans l’esprit de ses auteurs, devait anéantir les Canadiens-français. La langue française était officiellement abolie, (1) les vieilles lois en partie abrogées et la responsabilité ministérielle encore lettre morte. Il faut avouer, cependant, que l’adoption de l’Acte d'Union était le commencement d’une politique plus libérale de la part de l’Angleterre.
(1) Lord Elgin inaugura le rétablissement de la langue française dans le Parlement canadien, en 1849.
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Nos pères furent bientôt remis de la terreur de 1838 et recommencèrent avec plus d’énergie que jamais les combats constitutionnels. Lafontaine et Morin dans ia Chumbre, et Parent dans le Canadien se firent les principaux échos du peuple, réclamèrent avec force et obtinrent promptement le rétablissement du français comme langue officielle, la responsubilité du ministère aux Chambres, labolition des réserves du clergé protestant, l’abolition de la tenure seigneuriale, etc., etc. In quelques années le pays fut transformé et les Canadiens-français reçurent leur part d’influence dans les affaires du pays. La cause du succès du parti français à cette époque se trouve dans lunion étroite de ses membres. Dans ces temps de luttes, il n’y avait qu’un parti dans le Bas- Canada, c'était le parti des patriotes.
Le puys se développa rapidement sous l'Union, et bientôt
cette constitution ne répondit plus à ses besoins, En 1867, les
provinces du Canada furent réunies par un lien fédéral, et chacune d’elles fut dotée d’une Législature provinciale.
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