‹ Manuel de droit civique [microforme] (volume 2)Chapitre 240 sur 270 · LE CLERGÉ CANADIEN · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ CANADIEN

Nous excitons l’étonnement de tous les étrangers, qui ne 8 q peuvent s’expliquer l’existence en Canada d’un peuple distinct de ceux qui habitent l'Amérique du Nord ; comment une soixantaine de mille pauvres colons fräançais, abandonnés, il n’y a pas encore un siècle, sur ies bords du Saint- Laurent, ont pu, sons l’étreinte de la conquête, former un , pu, q peuple nombreux et fort, avec sa religion, sa langue et ses lois. A quoi devons-nous, après Dieu, la conservation de q , ;

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cet héritage de nos pères, si ce n’est à l’existence et à l’action bienfaisante d’un élément social aristocratique, à notre excellent clergé ?

En vous parlant du clergé canadien, je passerai avec un respectuenx silence devant l’homme angélique, qui renonce à toutes les affections, aux joies du monde, aux félicités de la famille, pour embrasser une vie toute d’abnégation, de dévouement et de charité. Je ne vous parlerai pas de l’homme qui bénit notre entrée dans la vie ; qui noug guide dans lPexercice des vertus chrétiennes dès notre bas âge ; qui, au printemps de la vie, sanctifie nos amours; qui est un second père, un second ami, à ceux qui en ont, et en sert à ceux qui n’en ont pas ; qu’on trouve toujours à son chevet avec des paroles de consolation et d’espérance, lorsqu’on arrive au terme de sa carrière, et qui enfin bénit notre tombeau comme il avait béni notre berceau. (Cet homme, ce n’est pas à nous qu’il appartient d’en parler : laissons ce soin à ceux qui nous ont précédés dans la vie. Eux seuls, de la haute sphère où ses conseils et ses exemples les ont conduits, peuvent dignement apprécier ses services, et lui témoigner la reconnaissance qui lui est due.

C'est donc sous un autre point de vue que je veux vous présenter le clergé canadien ; c’est du prêtre patriote et national que je veux parler ; de cet homme qui a si bien rempli, et qui promet de remplir mieux que jamais, la noble tâche, la part méritoire qu’il a entreprise dans la grande lutte de notre nationalité.

Vous savez, Messieurs, dans quel triste état se trouvèrent nos pères À la cession de ce pays à l’Angleterre. Les premières familles, ma noblesse canadienne, comme disait Louis XIV, abandonuèrent à son sort cette population de braves,

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dont le sang et le courage avaient fuit la gloire de ces mêmes familles, depuis plusieurs générations. Oh! les ingrats | au moment où ils pouvaient rendre au peuple en services civiques, ce qu’ils en avaient reçu en gloire militaire, ils J’abandonnent. Que serions-nous devenus, si notre clergé nous eût abandonnés aussi ? Que serions-nous devenus, sans guides éclairés, nous, peuple soldat et voyageur, n’ayant d’autre science que celle des champs et des courses aventureuses, vis-ä-vis de cette population nouvelle qui s’introduisait au milieu de nous avec tous les moyens d’une industrie avancée, avec toutes le: puissances de la paix, bien autrement formidables pour nous alors que les puissances de la guerre ? C’en était fait; notre heure allait sonner, comme peuple, si le clergé ne nous eût tendu la main.

Naturellement le prêtre, ayant une mission plus élevée, ne pouvait devenir tout à fait citoyen, renoncer à son ministère sacré pour prendre en main les destinées temporelles du peuple. Il fit mieux encore ; il se dit : Fai-ons des citoyens éclairés. Alors, comme le nouveau gouvernement s’empara des belles dotations sous l’ancien pour l'éducation de la jeunesse canadienne, nos séminaires se transformèrent en collèges ; lea lévites ouvrirent les portes du temple et appelèrent le peup'e dépouillé à partager les offrandes faites pour le soutien de l’autel. Bientôt, ce secours ne suftisant plus, lon vit de simples prêtres, au prix de mile privations, et même de rudes travaux manuels, jeter les fondements de magnifiques collèges, qui feraient honneur à des pays beaucoup plus avancés que le nôtre.

Ces collèges sont autant de citadelles nationales où de généreux ecclésiastiques se dévouent à l’ingrat labeur du professorat, sans autre rémunération qu’une nourriture des plus

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RAPPORTS DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT 349 frugales et un vêtement non moins modeste, tandis que d’autres aident à recruter armée nationale, en employant leurs épargnes à y maintenir une jeunesse intelligente, plus favorisée par la nature que par la fortune,

C'est ainsi qu'il est sorti du penple des hommes qui ont pris la place des déserteurs de dix-sept cent cinquante-reuf, et gi ont fait qu’il y à encore un peuple canadien-français, et que ce penple pèse encore dans la balance des destinées canadiennes.

Quoique exempt par état de se mêler activement de politique, notre clergé nous a rendu, sous ce rapport, d’incontestables services dans le cours de nos grandes luttes. On lui a quelquefois reproché d’être trop timide, mais combien de mouvements populaires irréfléchis n’a-t-il pas empêchés ou restreints ? combien d'æuvres publiques et nationales n’a-t-il pas favorisées ? combien d’utiles conseils et d’encourage-

ments n'a-t-il pas donnés à nos hommes publics dans les temps difficiles ? Et à qui devons-nous cette admirable unité d’action politique, qui a été jusqu’à présent un des traits caractéristiques de notre population ; qui a fait sa force et son salut, au milieu des constantes et terribles luttes que nous avons eu à soutenir, depuis près d’un siècle, pour sauver notre race de l’exp'oitation et de l’anéantissement ? A l’heure qu’il est, cette unité fait le désespoir de nos adver-

saires poitiques, qui voient que, grâce à elle, nous nous gommes fait une arme de cette même union des Canadas, machine infernale qui a éclaté entre les maius de ses fabricateurs (1).

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(1) Les lignes ci-dessus ont été écrites à l’époque de l’Union. Hélas ! l'unité canadienne-française n’existe plus comme au

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