‹ Manuel de droit civique [microforme] (volume 2)Chapitre 243 sur 270 · ENT · texte numérisé non relu

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acer à it pénéque le 1858,

jon du ans le

euvre :

camps . De

jours

RAPPORTS DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT 351 monde, après quarante ans de paix, cette antique persuasion

que l4 France est un peuple soldat (1). Mais la bravoure

rexige qu’une ardeur devant le péril, un mépris de la mort conçu dans un élan et plutôt un héroïque oubli de la raison

qu’une appréciation calme du devoir. Le plus valeureux

capitaine peut n’être qu’une femme le lendemain d’une vic-

toire, et ses cicatrices ne couvrir qu’un caractère débile et sans portée. Le caractère est l’énergie sourde et constante de la volonté, je ne sais quoi d’inébranlable dans les desseins, de plus inébranlable encore dans la fidélité à eoi-même, à ses convictions, à ses amitiés, à ses vertus, une force intime qui jaillit de la personne et inspire à tous cette certitude que nous appelons la sécurité. On peut avoir de l’esprit, de la gcience, même du génie, et ne pas avoir de caractère, Telle est la France de nos jours. Elle abonde en hommes qui ont tout accepté des mains de la fortune, et qui n’ont cependant rien trahi, parce que pour trahir il faut avoir tenu à quelque chose. Pour eux les événements sont des nuages qui passent, un spectacle et un abri, pas davantage. Ils les subissent sans résistance, après les avoir préparés sans le vouloir, jouets inconséquents d’un passé dont ils ne furent pas maîtres, et d’un avenir qui leur refuse ses secrets (?).

Voilà notre pays ; et il n’est pas difficile d’en pénétrer la cause. Le caractère, qui n’est que la force de la volonté, tient à la force de la raison, et la force de celle-ci tient à la ferme vue des principes de la vie humaine. Là où l’enten-

(1) Lacordaire fait ici allusion à la part glorieuse que la France a prise à la guerre de Crimée en 1855,

(2) Hélas ! il nous est pénible d’avouer que ces profondes réflexions s’appliquent, dans une mesure plus restreinte, il est vrai, aussi bien à la Nouvelle qu’à l’Ancienne France.

dement ne discerne que des fai's, il ne saurait y avoir de conviction, et où la conviction manque, que reste-t-il pour appuyer la volonté ? Ce sont les principes qui fortifient, parce qu’ils éclairent ; en dehors d'eux il n’y a plus que des phénomènes, c’est-à-dire des apparences, selon l’admirable énergie du mot, et il est impossible que des apparences, Fi réelles qu’on se les figure, produisent autre chose dans l'esprit qu’un matérialisme étroit on un scepticisme décourageant. Ce n’est pas le roc de la matière qui porte l’homme parce que l’homme est un esprit. Or, dès que l’esprit monte vers jes principes, dès qu’il n’est plus sensation et imagination, il aborde les contrées où la foi commence, où se forme l’alliance divine de toutes les lumières, de toutes les certitudes, et, par elle, la force des saints, la force des apôtres et den martyrs, la force des magistrats assis sur le siège de la justice, la force des politiques qui gouvernent le monde, la force des écrivains qui lui parlent, et cette autre et sacrée force, la plus nécesaire de toutes, la force de l’homme vulgaire cuntre les passions de sa nature et les adversités de sa vie. Détruisez l’intime accord de la raison et de la foi dans les profondeurs de l'intelligence ; poussez du pied comme de vains songes, les pèlerinages de l’âme au pays de Dieu ; faites cela, et étonnezvous que la vue baisse, que l’éternité s’efface devant le temps, l’infini devant la matière ; que l’instinct prenne le pas sur la raison, et que l’homme, débarrassé de ses ancres et de ses mâts, devienne une feuille emportée par les ‘lots. On ne tombe pas sans déchoir.

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