‹ Manuel de droit international public (volume 2)Chapitre 90 sur 152 · LES TRAITS CARACTERISTIQUES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LES TRAITS CARACTERISTIQUES DE LA GUERRE

1000. — La guerre est un état de fait contraire à Tétat normal de la communauté internationale qui est la paix, état de fait dont la résolution, la 6n, le but ultime est cette paix elle-même. — Comme le remarquait Lorimer, la guerre ne se justifie que par la nécessité : elle ne peut pas, elle ne doit pas se servir de but à elle-même. Légitimement elle ne peut viser qu*à son propre anéantissement, qu'à la paix ; mais à une paix normale et juste, celle qui assure à chaque entité juridique la liberté, à laquelle lui donne droit sa propre existence.

La guerre ne saurait être considérée comme Tétat normal de l'humanité. Elle ne peuLêtre qu un étal exceptionnel, trapsitoire, jassager.

SECTION I. — Légitimité de la guerre.

1001. — L*usage de la force est légitime, quand elle est employée à la défense de rin^épëndance, de rautonomieTqela sécurité, de l'honneur d'un

Les publicistes modernes admettent, presque tous, directement ou indirectemei?

publiçigtesmodernes admettent, presque tous, di rectement ou mdirectTjg^, Jégijinii^T^irSIgrrê!*'-^ drt'^Eeat'onT'a'lë droit

de recouri^nOorce comme étant le seul moyen d'obtenir réparation des offenses qu'il a reçues, de la même manière que les particuliers auraient le droit d'y recourir, s*ils n'étaient soumis aux lois de la société civile. — Çhgque Etat a éMjenifiiiLlfi.^Qit de ju|^er jjar Jui-mème de la nature et de l'étendue des offenses qui peuvent justifier un semblable moyen dç' réparation (UriémcnwTT^part., ch. î, § 1). — « Les nations ne reconnaissent pas de supérieur, ni de juge ; chacune peut user de ses forces contre les offenses qu*elle éprouve et par conséquent faire droit à elle-même » {Klûber, op. cit,, § 232;. Montesquieu disait : c La vie des Etats est comme celle des hommes : ceuxci ont droit de tuer dans le cas de la défense naturelle ; ceux-là ont droit de faire la guerre pour leur propre conservation » {Esprit des lois, liv. X, ch. II). — La légitime défense est un devoir de 1* Etat envers lui-même, envers lagrégation politique dont il est la manifestation et l'expression, envers la nation dont il est la forme internationale.

Gomme Montesquieu, les publicistes du XIX« siècle, Calvo, Giraud, Heffter^ Lorimer, Phillimore, Travers-Twiss, etc., admettent, en principe, la légitimité de la guerre considérée en elle-même, in se, comme moyen pour un Etat d*obtenir la réparation d'une injustice ou d'une offense.

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Mais ce fait, légitime en lui-même, abstraction faite de ses causes, qui peuvent être légitimes ou illégitimes, justes ou injustes, n*en est pas moîn» un mal.

SECTION II. — Les diverses espèces de guerre et leurs causes (1).

1002. — Presque tous les publicistes ont proposé diverses classifications des guerres, et notamment de les grouper en guerres justes et en guerres injustes.

Une guerre n*est pas juste ou injuste en elle même, ni par ses résultats, c La question de la justice ou de Tinjustice de la guerre, posée d'une façon générale et abstraite, si débattue jadis, est de minime importance pratique et impossible à résoudre. On ne peut poser la question que m concreto pour telle guerre donnée. Mais la réponse même ici sera peu silre •• (2). — Une guerre n'est juste ou injuste que par sa cause. — Entre deux belligérants, la cause de Tun sera souvent conforme à la justice ; car souvent elle ne sera qu'une réponse à une agression injustifiée, Texercice de la légitime défense.

Chaque Etat a une tendance instinctive à apprécier ses droits et ses devoirs au point de vue de ses intérêts bien ou mal compris, et par suite à considérer comme juste une guerre dont une erreur de jugement lui voile le carac* tère réel. — Fréquemment, des prétextes, des motifs apparents, mais non fondés, servent à dissimuler les causes réelles de la guerre. Celles-ci ne se découvriront que par la suite des événements, par les documents produits longtemps après, par les aveux de leurs auteurs. — En 1864, la guerre faite au Danemark eut pour prétexte les droits héréditaires du duc d*Augustembourg et les prétentions de la Confédération germanique : la cause impulsive réelle fut le désir d*agrandissement de la Prusse (V. n^ 888).

La guerre franco-allemande de 1870 eut pour prétexte un affront fait au représentant de la France, affront relaté dans une dépêche mensongère, que le prince de Bismarck a avoué avoir fabriquée à Berlin, avec le ministre de la guerre de Roon et le feld-maréchal de Moltke, pour exciter à la fois les passions allemandes et les passions françaises ; la cause réelle était dans le désir d'unifier, grâce à la confraternité des armes, TAUemagne sous Thégé monie de la Prusse (3).

1003. — Les gauses^ de guerre sont aussi variéeSj ai^ssi multiples que sont variés et multiples les rapports entre Etats. — Toute afiaire, tout conflit

(1) [V. Bliohe, La guerre future, ses causes économiques et ses conséquences (en russe). Messager russe, 1893. — Blutharsch. Die Ursache der Volkerkriege und die Grundtage fur dm Weltfrieden, 1905. — Kamarowski, Les causes politiques de guerre dans l'Europe moderne, R. D. I., t. XX. p. 132. — Laveleye. Des causes actuelles de la guerre en Europe et de l'arbitrage , 1873. — Pcyronnard, Des causes de la guerre j 1901 . — Salières, La guerre, ses catises et ses résultats.]

[2} Hivier, R. D. 1., t. XXIII, p. 632.

(3) Entretien du prince de tiismarck avec Maximilien Harden, reproduit dans les Hamburger Nachrichten. — Le Temps du 17 novembre 1892. —La paix armée. Revue des Deux-Mondes, l*»" février 1894.

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