DROIT D'ACTION. — LA GUERRE
pour moi comme les hurlements des loups, ou tout au moins comme les ru- ^ssements du lion affamé. — Mais une chose reste vraie : c*est que la guerre, par cela même qu*elle manifeste en grand les forces des peuples et la puissance des faits, concourt à la création du droit... Elle n*est certes pas Tidéal de l'humanité, mais elle est malheureusement aujourd'hui encore, un moyen indispensable pour assurer les progrès nécessaires de Thumanité » (1).
Indispensable est de trop dans ce remarquable passage. — Assurément, rhistoire le démontre, bien des guerres ont finalement engendré des résultats heureux. Elles ont créé des relations, des débouchés commerciaux. — Par les croisades, se sont introduits dans une partie de TEurope les sciences et les arts des Arabes, se sont établis les rapports commerciaux avec TOrient. — Des principes humanitaires se sont étendus et développés. La guerre de Trente ans, si longue, si cruelle, a fait proclamer par le traité de Westphalie l'égalité internationale des Etats appartenant à des confessions religieuses différentes. — Les guerres de la République française et de Napoléon I*'*' ont vulgarisé en Allemagne, en Italie, en Espagne, les principes de 1789. — Soit : mais ces résultats ne se fussent-ils pas produits, en Tabsence de toute guerre ? plus tardivement il est vrai, plus lentement : mais Tétat de paix les eût-il rendu impossibles qui oserait Taffîrmer ?
999. — La guerre est donc un mal ; mais un mal inhérent à Thumanité et indéracinable. Ses manifestations et ses modes, quelques-unes de ses causes et quelques-uns de ses effets se sont modifiés des temps antiques à nos jours ; mais Thistoire nous enseigne qu'à aucune époque la guerre n*a disparu du monde et nous laisse entrevoir qu'elle n'en disparaîtra jamais. — M. Rivier demande si l'utopie de la paix perpétuelle a un seul partisan vraiment sérieux. — « L'Institut de Droit international ne partage point l'utopie de ceux qui veulent la paix à tout prix ; il ne croit pas non plus que Tarbitrage soit une panacée. Il a plus d'une fois eu l'occasion de se prononcer dans ce sens, au risque de contrister certains philanthropes fougueux et naïfs » (2).
La paix éternelle est un idéal irréalisable. Pourquoi idéal irréalisable ? Pourquoi, en présence des progrès incontestables de la civilisation, désespérer pour les siècles futurs ? — MM. Funck-Brentano et Sorel répondent : c Gomme les nations sont différentes, il est impossible que leurs intérêts, leurs traditions, leurs passions, leurs affections, ne se contrarient point. S'il en était autrement, les nations n'auraient plus d'existence propre, elles perdraient leur originalité, se dépouilleraient de leur caractère spécifique, et la civilisation s'arrêterait. Comme les nations sont dépendantes les unes des autres, ces contrariétés les affectent réciproquement : les Etats sont tenus d'en tenir compte, et comme ils sont indépendants les uns des autres et que nul ne peut dans l'état de paix imposer aux autres sa volonté, ils sont contraints, pour la faire prévaloir, de recourir à la force. On voit par là que la guerre est non seulement une conséquence de la paix, mais que, dans l'état de la civilisation contemporaine, elle est inévitable. 11 ne s'ensuit pas que
(1) Bluotschli, op, ciL, Introduction, p. 10.
(2) Rivier, Les lois de la guerre sur terre^ R. D. I.. t XIII, p. 79.