‹ Manuel de fortification de campagneChapitre 2 sur 69 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

NOTIONS PRËLnmNAIRES ET DÉFINITIONS.

Le but de la fortification est de permettre aux défenseurs d'un poste ou d'une position, de résister avec avantage À un ennemi supérieur en nombre, en les mettant à Tabri de ses projectiles et d'une attaque corps à corps ou de vive force.

Pour préserver des projectiles, il faut une masse couvrante.

Pour préserver de Tattaque de vive force, il faut des fettof et un obstacle.

On appelle couvert tout ce qui, sur le terrain, dérobe les troupes aux vues de Tennemi (haies, clôtures, maisons, etc.}.

Parmi les couverts, il y en a qui préservent plus ou moins des coups de l'ennemi : on les appelle masses couvrantes naturelles. Le nom de masse couvrante artificielle est donné à tout couvert que l'on crée pour résister aux projectiles.

La réunion d'une masse couvrante et d'un obstacle constitue un retranchement.

La masse couvrante artificielle est généralement com-

posée de terre. On peut la former aussi de fascines, de gabions, de tonneaux, de sacs à terre, etc.

Suivant qu*elle sert à Tinfanterie ou à Tartillerie, on rappelle parap^^ ou épaulement (1).

La masse couvrante doit être assez haute pour couvrir le tireur sans Tempêcher de faire usage de son arme, et assez épaisse pour résister aux projectiles de Tennemi.

La moindre hauteur est celle qui est nécessaire pour couvrir le tireur assis. Elle est de 0^60 (fig, 1). Pour

Fig. i.

couvrir le tireur à genoux, il faut une masse couvrante de 0"80 de hauteur (fig. 2), et pour couvrir le tireur debout, une masse couvrante de 1°^30 (fig. 3).

La masse couvrante constitue un remblai, qui est formé

(i) Cette expression, toatefois, ne s^applique pas à la masse couvrante quand les bouches à feu se trouvent dans un ouvrage de campagne ou sur les remparls d'une place ou d*un fort ; alors le mot parapet est seul usité.

au moyen du déblai provenant d'une excavation, creusée soit en avant, soit en arriôre de la masse couvrante.

Dans le premier cas, Texcavation s'appelle fossé, dans le second, tranchée intérieure.

Le fossé a non-seulement pour objet de fournir les terrea nécessaires à la masse couvrante, il a encore la propriété

Fig. 3.

de former Vobstacle, qui, dans certaines conditions de largeur et de profondeur, peut rendre l'attaque de vive force, sinon impossible au moins très difficile.

La tranchée intérieure ne possède pas cette dernière propriété, m^is elle a l'avantage de diminuer la hauteur du remblai d'une quantité égale à la profondeur de la tranchée «t, par conséquent, d'abréger notablement la durée du travail. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux

Fig. 4.

sur les figures 3 et 4, qui ont la même hauteur et la même épaisseur de masse couvrante.

Le remblai par excavation intérieure conviendra donc surtout quand la troupe n'aura que quelques minutes pour se retrancher.

Lorsque la masse couvrante doit avoir assez d'épaisseur pour résister à Tartillerie, et assez de hauteur pour couvrir entièrement les défenseurs, on est obligé de donner

Fig. 5.

à la tranchée intérieure une largeur et une profondeur qui augmentent de beaucoup la durée du travail.

Dans ce cas, on gagnera du temps en creusant à la fois un fossé et une tranchée intérieure, ce qui permettra remploi d'un nombre double de travailleurs (ôg. 5).

Les ouvrages qui ont Tun des profils indiqués ci-dessus, appartiennent à la fortification improvisée ou de campagne.

On peut également ranger dans cette catégorie ceux qui exigent au plus 12 heures de travail , et qui se distinguent des précédents en ce que la masse couvrante a plus de hauteur, et le fossé plus de largeur et de profondeur.

Les retranchements que les défenseurs peuvent franchir aisément, pour attaquer ou poursuivre Tennemi, s'appellent offensifs. Ceux qui n*ont pas ce caractère, sont défensifs. Ils se composent d'une masse couvrante trop haute et d'un fossé trop large ou trop profond, pour permettre aux défenseurs de se porter en avant. Si le fossé est assez large pour qu'on y puisse réunir des troupes, et si le talus de contrescarpe est pourvu de gradins de franchissement, le retranchement est dit offensif'dêfensif Quelques-uns des ouvrages construits par les princes de Nassau dans leurs lignes d'investissement, par les Russes à Sébastopol, et par les Turcs à Plevna, avaient des fossés organisés de la sorte.

On appelle parapet y la partie abcd de la masse courante située au-dessus du plan sur lequel les hommes se tiennent debout pour tirer (voir fig. 4), ou la partie ahcd située au dessus du terrain naturel, quand ce plan est en contre-bas du sol (voir fig. 3 et 5).

Lorsqu'on peut disposer de plusieurs jours pour l'exécution de travaux de défense, on augmente les dimensions de la masse couvrante et du fossé, pour rendre l'attaque de vive force plus difficile et diminuer les pertes ou les dégâts provenant du feu de l'ennemi. On donne alors à cette masse couvrante assez de hauteur pour couvrir complètement les défenseurs, sans qu'il soit nécessaire de creuser une tranchée intérieure.

Les ouvrages qui ont ce caractère appartiennent à la fortification passagère.

Ceux dont la construction exige plusieurs semaines ou plusieurs mois, et qui ne doivent être conservés que pendant la durée d'une campagne, appartiennent à la fortification mixte.

Enfin, ceux qui exigent plus de temps encore et qui ont

un caractère définitif, appartiennent à la fortification permanente.

Profil de iortifloation improvisée (fig. 6}.

Page 1