DEUXIÈME CAS
Villages situés sur le front d'une ligne de bataille.
On a généralement peu de temps pour fortifier ces villages.
(i) Les chemins par lesfiuels arrivent les secours sont généralement cenx qoi doivent servir k la retraite.
Afin de oe pas dtre pris au dépourvu, on organisera' d'abord la partie qui fait face & rennemi, en occupant les oIAtares et en obstruant les principales avenues an moyen de charrettes renversées ou cbargées de pierres, de herses, de poutres, de tas de pavés et d'autres objets encombrants.
Si l'on n'a pas tout de suite l'ennemi sur les bras, on complétera oes défenses eu hisant des abatia et des tran-
Fig. 164.
chées-abris, en construisant des épaulements sur les points Vif. 16S.
les plus favorables & l'action de l'artillerie et en barrant les chemins au moyen de barricade» {&g. 164, 165 et 166)
ou de coupurei (fig. 167 et 168). Les parapets de celles-ci,
Fig. 466.
dans les passages importants, seront disposés en crémail^ lôre, de façon à ne pas interrompre les communications avec la campagne. On les formera soit d'un massif de
Fig. 467.
terre, soit de paniers, de tonneaux ou de voitures sans roues, soit de tas de briques ou de pavés recouverts de sable, de terre ou de funder.
On flanquera les barricades et les coupures, en établissant des tirailleurs dans les maisons voisines. Souvent on construira plusieurs barricades ou coupures Fun» derrière Tautre, pour disputer le terrain pied à pied.
L*obstruction des chenûns d*accôs aura lieu de préférence aux coudes, pour que les barricades soient à Tabri
Fig. 468.
des atteintes de Tartillerie ennemie et qu'elles n'empêchent pas, s*il y a un réduit, d'enfller ces chemins, en arrière, par le feu du réduit, en avant, par le feu de la barricade.
Quelquefois cependant, il est avantageux de barrer rentrée des rues, parce qu'alors la barricade peut servir à flanquer les parties de lisière qui s'étendent & droite et & gauche de cette entrée (voir flg. 169). On aura recours à ce moyen lorsqu'il s'agira d'interdire à l'ennemi l'accès de
rues transversales dont les entrées ne sont pas exposées au feu de Tartillerie ennemie.
Les flancs du yillage seront organisés de la même maniôre que le firent; toutefois les travaux qu*on y exécutera pourront être moins nombreux et moins résistants.
Fig. 469.
Lisière
Lisurc
Lorsque le village se compose de maisons échelonnées sur les bords d'une grand*route qui se dirige vers Tennemi, on prolonge le fi*ont trop étroit de ce village par des retranchements, des batteries et des redoutes. Quand, au contraire, le 6*ont est trop étendu, on n*en retranche que les saillants, qui par leurs feux empêcheront Tennemi d*aborderles parties rentrantes.
Pour Forganisation de la défense extérieure, la plupart des ingénieurs recommandent remploi des moyens suivants :
Détruire les ponts et obstruer, à Taide de barricades ou
d*abatis, toutes les issues qui peuvent servir à rassaillant; disposer ensuite pour la défense les habitations comprises entre ces issues ; percer des créneaux dans les murs qui donnent sur la campagne et notanmient dans ceux qui en raison de leur saillie forment des espôces de flancs ; barricader solidement les portes et les fenêtres du rez-dechaussée; établir des barrages dans les cours d*eau qui peuvent produire des inondations; renforcer les points vulnérables du pourtour par des abatis ou des palissades ; enfin détruire autant que possible tout ce qui peut offrir un couvert à Tennemi ou gêner Faction de la défense.
Parmi ces prescriptions il en est qui ne pourraient être exécutées convenablement et en temps opportun que si Ton attachait à chaque bataillon d*infanterie un peloton de pionniers avec un fourgon d*outils (1). De ce nombre est la construction de créneaux dans les maisons extérieures du village, pour former la première enceinte défensive. Cette prescription a, du reste, perdu de son importance depuis Tintroduction des canons rayés Les projectiles explosifs de ces canons produisent en effet de si grands ravages à Tintérieur des bâtiments, qu*il serait impossible d*j maintenir des troupes aprôs quelques coups.
Ce n'est que dans le cas exceptionnel où Tattaque se ferait sans le concours de Tartillerie, que Ton pourrait conseiller la mise en état de défense de bâtiments situés À la limite du village. On le pourrait encore s'il s'agissait de grands enclos entourés d'épaisses murailles, comme l'étaient, par exemple, la Bergerie, le parc de Saint-Cloud,
(i) Il faudrafiponr cela qoe chaque division dUDfanterie eût un bataillon de pionniers qni prit la place da bataillon des chasseurs ou de carabiniers dont ruUUté est des plus contestables. Nous avons plus d'une fois préconisé cette transformation qui nous semble justifiée par les exigences de la tactique actuelle de Tinfiinterie
le château de BougiTal et le Haras dans la partie de la ligne dlnvestissement de Paris comprise entre Saint- Cload et Bougival. Alors on constroit derrière ces enclos des tranchées ou des abris, dans lesquels les défenseurs se retirent pendant les fortes canonnades et qu*ils n*abandonnent qu au moment où Tennemi, se portant à Tattaque, •est obligé dlnterrompre son feu pour ne pas atteindre ses propres troupes.
On peut également retrancher avec succès, dans quelques circonstances, les maisons et les enclos en maçonnerie situés sur les côtés d*un village, ces parties étant moins exposées aux feux de Tartillerie que le front dirigé vers Tennemi.
On recommande aussi d'occuper les maisons des principaux carrefours, pour enfiler les rues qui j aboutissent.
Lorsqu'on doit organiser défensivement une localité : ferme, groupe de maisons ou village, Tune des premières choses à faire est de supprimer jusqu'à bonne portée de fusil (300 mètres au moins, 600 mètres au plus) tout obstacle ou masque pouvant fournir un couvert aux tirailleurs ennemis ; cela s'appelle dégager le champ de tir. On conservera, toutefois, les obstacles qui, sans gêner les défenseurs, rendront incertain le feu de Tassaillant, entraveront ses mouvements ou déroberont à sa vue une partie des dispositions prises pour le repousser.
D'après ce principe, on incendiera les meules de foin ; on brûlera, coupera ou foulera aux pieds les récoltes dans lesquelles des tirailleurs pourraient se blottir ; on abattra les arbres, les haies et les broussailles nuisibles, et Ton s'en servira pour remblayer les dépressions du sol et les chemins creux où l'ennemi pourrait trouver un abri ; on obstruera de même ou Ton comblera les fossés, à moins qu'il ne soit plus facile d'en adoucir un des talus de
manière à les soumettre aux feux des troupes postées en arriôre ; on barricadera les chemins creux qui peuvent être enûlés, pour obliger les assaillants à s*arréter sous le feu des défenseurs ; on brûlera enfin, ou Ton fera sauter toutes les maisons que Ton jugera inutile d'occuper, en ayant soin de régaler ou de disperser les décombres qui en proviendront (1).
Ne sont pas considérés comme nuisibles : les murs, les clôtures et les haies, dont la face antérieure peut être battue par les défenseurs du village.
Les haies vives et les clôtures en planches sont souvent utilisées comme revêtements extérieurs de parapets.
Quant aux murs de clôture, au lieu d'y percer des créneaux (opération qui exige des hommes exercés et des outils spéciaux), on tirera par dessus, en y adossant une banquette en terre ou en planches.
On n'établira jamais des bouches à feu derrière ces murs lorsqu'ils peuvent être battus par l'artillerie ennemie.
Pendant qu'on exécutera ces travaux, une partie des troupes organisera, pour une défense pied à pied, les maisons les plus importantes du pourtour et celles qui doivent servir d'appui aux barricades des rues ; une autre partie renforcera le réduit et ouvrira des communications entre ce poste et les ouvrages détachés.
Si le village occupe un point d'où Ton doit pouvoir déboucher pour prendre éventuellement l'offensive, on y ménagera ou l'on y créera de larges voies de communication.
(4) Une partie de ces prescriptions sont extraites de V École de fortification de campagne, à Tasage de Tannée française. Pari? , i877.
C*e8t principalement sur ces voies qa*on établira les barricades avec brisures, ûanquées par des maisons crénelées. Les autres voies seront obstruées au moyen de barricades simples, flanquées également par des maisons ou des murs crénelés.
La partie postérieure restera ouverte pour faciliter la reprise du village, et Ton aura soin de détruire tous les obstacles qui pourraient gêner les troupes chargées de cette opération.
Les débouchés donnant sur la position seront battus par les retranchements ou les batteries de la V^ ligne de bataille si le village est avancé^ et par des batterie» placées en arrière de cette ligne si le village est intercalé.
La ligne extérieure de défense, composée de haies, de clôtures, de fossés, de chemins creux, d*abatis et de tranchées-abris, s*appelle enceinte on lisière. Elle doit être continue et autant que possible flanquée par des saillants ou des rentrants et, à défaut de ceux-ci, par des redans ou des lunettes.
Il convient qu'il j ait entre la lisière et les maisons une distance d'environ cinquante mètres, pour que les défenseurs ne soient pas exposés aux éclats de pierre ni incommodés par les incendies que produiront les obus de l'ennemi.
Mais la principale condition à laquelle doit satisfaire la lisière est de bien battre le terrain extérieur jusqu'à la limite de la portée efficace de la mousqueterie.
Il sera généralement plus facile d'atteindre ce but en créant une lisière artiflcielle composée de tranchées et d'abatis, qu'en appropriant les couverts et les obstacles existants : haies, fossés, clôtures, maisons, etc. Il faudra aussi moins d'hommes et moins de temps pour organiser la lisière artiflcielle que pour organiser l'autre. L'expérience
le prouvera quand on aura donné à chaque fantassin un outil de pionnier, ce qui ne tardera pas à se fstire dans toutes les armées européennes.
La prise de la lisière entraînant la plupart du temps la perte du village, on Toccupera en force et on retranchera surtout avec soin les parties saillantes, qui sont les points d*attaque.
La lisière sera défendue par une ligne de tirailleurs, dont les soutiens se placeront derrière des maisons, se coucheront par terre ou s^établiront dans des tranchéesabris.
Comme les obus en traversant un mur projettent au delà une gerbe d'éclats de pierres ou de briques, dangereuse jusqu'à la distance de 50 mètres, il faudra tenir les soutiens au moins à cette distance, des maisons et des enclos exposés aux feux de Tartillerie.
Pour faciliter les mouvements des tirailleurs et des soutiens, il sera nécessaire de raser ou de percer en plusieurs endroits les haies et les clôtures perpendiculaires à la lisière.
Les réserves de tirailleurs, destinées à venir promptement au secours des points menacés, s'appellent réferves spéciales; on les établit d'ordinaire sur le marché, aux carrefours et dans les endroits les mieux disposés pour arrêter les colonnes ennemies, secourir et rallier les troupes qui défendent le pourtour du village. Une partie des réserves spéciales sera chargée de la défense du réduit.
Lorsque les réserves spéciales devront occuper des emplacements exposés aux feux de l'assaillant, elles s'établiront dans des tranchées-abris.
Elles attaqueront l'ennemi à la baïonnette dès qu'il aura franchi l'enceinte, et elles chercheront à le rejeter
au delà. Il leur est défendu de sortir de Tenceinte pour prendre Toffensive.
Souvent on sera obligé d'ouvrir des communications entre les réserves spéciales et les points du pourtour où elles auront à se porter en cas d'attaque .
Comme il est de règle que les tirailleurs et les postes de soutien, établis à la limite du village, doivent éviter, en se retirant, de masquer le feu des réserves, on barricadera les rues qui conduisent à ces réserves et Ton pratiquera, à travers les haies et les murailles, des chemins indirects par lesquels la retraite des postes extérieurs s'effectuera d'autant mieux que l'ennemi en ignorera 1 existence.
Si le village est très grand, on le divisera en plusieurs qtuxrtiers à chacun desquels on assignera une réserve spéciale (1). Autant que possible les quartiers seront séparés par des rues ou des clôtures.
Quelques tacticiens recommandent « de ne jamais mettre de pièces en avant de la lisière, parce qu'elles attireraient sur le village les coups de l'artillerie ennemie et que leur retraite pourrait être compromise. Cette règle, disent-ils, ne souffre d'exception que sur une longue lisière composée de propriétés très disséminées que Ton relie par des tranchées. »
Nous croyons que s'il se trouve en avant d'un village de dimensions ordinaires un point d'où l'on puisse battre dans de bonnes conditions le terrain par lequel l'ennemi
(i) Dans ce cas, on recommande de créer un rëdait par sectear ; mais bien que celle recommandalion émane d'antorilës respectables, nous croyons qa*il convient de n'organiser dans chaque village qu'un seul réduit et d*y concentrer toutes les ressources, pour ne pas morceler la défense et diviser la responsabilité.
doit se porter à Tattaque» et que cet accôs ne soit pas dans le champ de tir des bouches ft feu de la ligne de bataille ou de celles établies sur les flancs du village, il ne faut pas hésiter à y placer une batterie. L^objection que cette batterie attirera le feu de rennemi a peu de valeur, puisque, en vertu d*un principe de tactique incontestable, Tattaque de tout village doit être préparée par une puissante canonnade. Qu'il y ait donc sur le front d'un village des batteries ou qu'il n'y en ait point, Tennemi procédera de la môme manière.
Quant & la difficulté de retirer les pièces, elle n'existerait que si la batterie était assez éloignée du village pour qu'il fût possible de la déborder. Établie près de la lisiôre ou intercalée dans celle-ci, elle pourrait, au contraire, se replier en sîireté aussitôt que la chaîne des tirailleurs ennemis serait assez rapprochée pour que son feu cessât d'être nécessaire.
Il n'en serait plus de môme si la batterie avait pour objet de flanquer la lisiôre, parce qu'alors elle devrait agir môme après que les premiers tirailleurs auraient pénétré dans le village; mais nous ne croyons pas qu'il soit rationnel d'assigner cette destination à l'artillerie, le flanquement par la mousqueterie étant suffisamment efficace pour la défense d'une lisière.
Si un cours d'eau ou une large rue coupait le village transversalement, on pourrait créer un retranchement analogue à l'enceinte extérieure, en ayant soin toutefois d'y ménager des passages avec ou sans barricades mobiles, pour faciliter la retraite des tirailleurs et de leurs soutiens.
Ce retranchement, défendu par les réserves spéciales, donnerait à la réserve générale le temps d'arriver et de repousser l'assaillant. On a constaté pendant la guerre
franco-allemande rutllité de ce dispositif dans la défense du Boorget où il j avait trois lignes transversales d'obstacles.
Indépendamment du retranchement — et lorsqu'il n*en existe pas — on créera à Tintérieur ou près de la sortie du village un réduit qui aura un commandant spécial et une garnison indépendante. On fera choix à cet effet d*un bâtiment solide, facile à défendre et d'où Ton puisse battre les principales rues. Ce sera tantôt une église, tantôt un château, une fabrique ou une grande maison isolée. Dans Tenclos ou sur les côtés on établira, si rien ne s'y oppose, une ou deux pièces de petit calibre pour battre le débouché principal.
On dégagera le champ de tir du réduit en rasant les obstacles qui pourraient gêner les feux ou offrir un couvert â l'assaillant; on formera des abatis, de préférence devant les saillants, qui sont des points faibles ; et pour que la garnison tienne jusqu'au dernier moment, on combinera les moyens de fermeture d'une des portes de manière â pouvoir les enlever facilement.
La force de la garnison du réduit sera calculée à raison de \ homme par mètre courant de clôture ou par mètre courant de pourtour» s'il n'y a pas de clôture.
Indépendamment des réserves spéciales ou intérieures il y aura une réserve générale ou extérieure, composée de trois armes, laquelle aura pour mission de protéger la gorge du village, d'empêcher les mouvements tournants, d'attaquer en flanc les colonnes assaillantes quand elles approcheront de la lisière, de les poursuivre quand elles auront été repoussées par les tirailleurs et les réserves intérieures, de venir au secours des troupes qui défendront les abords du réduit, de tenter enfln
de reprendre le village aussitôt que rennemi s'en sera emparé (1).
La réserve générale se place en arriôre, vis-à-vis des débouchés du viUage ; elle profite des obstacles naturels pour se couvrir, et s*il n*en existe pas, elle s'établit dans des tranchées débordant les flancs de Tenceinte.
Il sera souvent utile de remplacer le réduit par une redoute avec ou sans blokhaus. Ce cas se présentera même chaque fois que Tennemi pourra attaquer le réduit avec de Tartillerie.
Il va sans dire qu^alors une partie seulement de la réserve occupera le réduit; le reste se tiendra à proximité et s'abritera autant que possible derrière des obstacles naturels ou dans des tranchées. Quelquefois on construira, sur les côtés et en arriére du village, des levées de terre pour couvrir des détachements de cavalerie chargés d'attaquer en flanc les colonnes assaillantes en contournant la lisière.
Pour empêcher Tennemi de déboucher, par le village, sur le front de la position, il convient de placer une batterie en arrière dans la première ligne de bataille si celle-ci n'est pas trop éloignée, ou dans une lunette s'il en est autrement. Lorsque le terrain est favorable, le rôle de cette batterie peut devenir très important. Ainsi, à Leipzig, une douzaine de pièces établies sur une éminence, en arrière de Yaschau, arrêtèrent les attaques contre ce village; et à Âusterlitz, 18 pièces placées sur les hauteurs de Santon empêchèrent l'occupation de Bosenitz, dont elles enfilaient les rues à une distance de 400 à 500 mètres.
Il n'est pas nécessaire que tous les villages servant de
(i) Tant que le rédait lient, le viUage peui être repris et rien n*e8t perda.
points d*appm à une ligne de bataille soient organisés de cette maniôre. Sonvent la résistance d*une localité sera suffisante si elle permet à des forces sapérieures à celles de Tassaillant d'arriver et de se déployer. Dans ce cas, les travaux de mise en état de défense se borneront à Torganisation de Tenceinte et à rétablissement de barricades aux endroits où cette enceinte coupe les rues du village.