TROISIÈME CAS
Villages situés sur les flancs d'une ligne de bataille.
On retranchera ces villages de la même manière que ceux du cas précédent, en ayant soin d'organiser leurs défenses de telle sorte qu'ils ne puissent pas être tournés. A cet effet on construira, sur leur flanc menacé, des redoutes armées de canons, et l'on fortifiera leur gorge pour les préserver d'une attaque à revers.
V. — Application des principes eœposésplus haut ^d la défense d'un village déterminé.
Le viUage que nous prendrons pour exemple (voir flg. 170) est établi en avant du centre d'une position retrandiée.
Formant une des clefs de cette position, on le fortifiera aussi bien que possible.
Si l'on ne peut disposer que de quelques heures, on procédera comme suit :
La partie droite du village a une lisière formée de haies et d'enclos, qu'il sera facile d'organiser dëfensivement, et en avant de laquelle se trouvent des haies et des lignes transversales d'arbres 5, ô, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 18 et 14, qu'il faudra raser pour dégager le champ de tir.
La partie gauche a une lisière composée principalement de maisons qull serait dangereux d'occuper, à cause du feu des batteries ennemies, dont les lignes de tir sont indiquées par les floches P, Q et R. En conséquence, on défendra cette partie au moyen de tranchées-abris et de lignes d*abatis g, A, i, h, l, m, n, o,- p.
Les lignes d*abatis se trouveront à proximité des bouquets de bois D et F, qu*il sera nécessaire de raser, pour empêcher Tennemi de b'j établir et pour dégager le champ de tir des retranchements. Bans le môme but, on coupera, indépendamment de ces petits bois, les haies transversales 1, 2, 3 et 4. Quant aux haies et aux rangées longitudinales d*arbres, qui peuvent être enfilés par les feux de la défense, on les laissera debout parce qu*elles gêneront les mouvements et morcelleront les forces de Tassaillant.
Dans la partie droite, comme dans la partie gauche, la lisière présentera quelques ouvertures bien protégées, par lesquelles les défenseurs pourront se porter en avant lorsqu'ils le jugeront nécessaire.
Aux endroits où il y a des lacunes dans la lisière, c'est-à-dire des parties sans haies ni clôtures (en g, par exemple), on construira des tranchées-abris.
Sur les flancs du village se trouvent des bâtiments entourés de murs et de cloisons en planches. Ces clôtures n'étant pas exposées aux feux éloignés de l'attaque, on les organisera défensivement, à la manière ordinaire. Telles sont les clôtures 15-16, 16-17 et 17-18 (partie droite), «', t't'\ ee\ ef, 19-20 et 20-21 (partie gauche).
Les clôtures et les tranchées qui en tiennent lieu seront défendues par une ligne de tirailleurs. On occupera également le bord extérieur du chemin creux, situé sur la droite du village, en construisant sur ce bord la tranchéeabri z^ z, z.
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Les soutiens a, a, a sont établis en arrière et à bonne dikance de la lisière et masqués, autant que possible, par des bâtiments, des murs ou des haies. A défaut de ces masques naturels, on les protégera par des tranchées. Ils doivent percer certaines clôtures pour communiquer promptement avec les tirailleurs et, de plus, ouvrir des chemins aa\ aa\ aa\ en arrière, pour se replier facilement sur les réserves spéciales ou sur le réduit.
La lisière du village ayant 2,100 mètres d'étendue, il faudra pour la défendre 9 compagnies de 235 hommes. Les 2/3 de chaque compagnie occuperont la ligne d'obstacles, les barricades et les maisons crénelées; le tiers restant formera le soutien a.
Les réserves spéciales auront un effectif égal au tiers de celui des tirailleurs et seront, par conséquent, formées de 3 compagnies; 1 compagnie occupera Tenclos de réglise, et les deux autres se tiendront sur la place Y, en avant du château. De ces emplacements elles pourront se porter rapidement aux points menacés de Tenceinte.
Quant à la réserve générale, comme elle doit opérer extérieurement, contre les flancs de Tassaillant, on l'établira derrière le petit bois qui se trouve à la queue du village. Elle se composera de 2 1/2 bataillons, de 2 escadrons et d'une batterie de campagne. Deux compagnies de cette réserve occuperont la tranchée T, qui flanque la gauche du village et bat la route débouchant du bois E, et 2 bouches à feu seront placées dans la cour du réduit, pour enfller la principale rue du village.
Il faudra en outre 2 compagnies pour occuper le réduit, de sorte que Tensemble des forces spécialement chargées de la défense du village se composera de 7 bataillons, de 2 escadrons et d'une batterie de campagne.
Lorsque la gorge du village ne se trouvera qu'à une
portée de fusil de la 1^ ligne de bataille, on supprimera la réserve générale. Dès lors il ne faudra plus, pour la défense du point d*appui, que 4 1/2 bataillons et une section d'artillerie.
Parmi les routes qui traversent le village, il en est deux, HIK et HVW, qui devront être barricadées de manière à ne pas entraver les mouvements offensifs qu'il pourra être utile d'exécuter au delà du village. On y construira, en conséquence, des coupures bb analogues à celles que représente la âgure 168, et on les placera de préférence dans les coudes, pour qu'ils ne soient pas atteints par l'artillerie ennemie et qu'ils ne masquent pas les feux du réduit. Quelquefois aussi on construira ces barricades en saillie sur la lisière, pour procurer à celle-ci des feux flanquants (voir flg. 169). Il faudra alors que leur parapet soit & l'épreuve du canon. Les autres rues par lesquelles l'ennemi pourra traverser le village seront condamnées par des barricades sans passages, qu'on aura soin de placer en des endroits où elles ne gênent pas les mouvements des soutiens et des réserves.
Ces barricades, et surtout celles qui doivent livrer passage aux défenseurs, seront flanquées par des maisons crénelées.
Pour réduit, on fera choix du château, qui occupe la partie postérieure du village ; l'église, à cause de sa situation centrale, eut mieux convenu, mais elle est entourée de maisons qui, occupées par l'ennenu, faciliteraient l'attaque en permettant de plonger dans l'enclos et de tirer des coups ajustés contre les défenseurs des fenêtres. Le château a l'avantage d'être moins entouré, de n'exiger que la destruction des deux maisons œ et y, d'être précédé d'une place qui offre un certain champ de tir à la mousqueterie, et de permettre aux défenseurs du mur de
clôture de battre la grande rue par laquelle l'ennemi doit arriver.
On organisera la défense de ce réduit, en se conformant aux indications données plus haut. Si Ton peut disposer d'une ou de deux pièces d'artillerie, on les établira dans l'angle d du mur d'enclos, d'où elles battront d'enfilade la rue principale, sur une grande partie de sa longueur.
Pour que l'ennemi, lorsqu'il se sera emparé du village, ne puisse pas s'y défendre efficacement contre les retours ofTensifis d'une partie des troupes de la prennôre ligne de bataille, on démolira le mur tu du château A, on percera les haies des jardins 22, 23, 24, 25, 26 et 27, et l'on pratiquera une large trouée dans la partie 17-18 du mur d'enclos de la propriété N.
Le nombre d'honmies nécessaire pour la mise en état de défense du village sera calculé de manière que tous les travaux indiqués ci-dessus puissent être terminés en même temps et dans le délai fixé.
La lisière sera retranchée par les troupes chargées de la défendre (tirailleurs et soutiens). Une partie de ces troupes dégagera le champ de tir et une autre partie occupera et organisera défensivement les maisons qui servent d'appui aux barricades. Ces dernières et les communications intérieures aa' aa\ seront établies par les réserves spéciales; enfin le réduit sera retranché par les deux compagnies qui en formeront la garnison.
Lorsqu'on pourra disposer d'au moins neuf heures, et lorsque le village aura l'importance d'une clef de position, on en défendra la tête au moyen de deux redoutes armées chacune de 6 bouches à feu (voir flg. 171) et ayant pour
garnison ane batterie de campagne et 2 compagnies d'infanterie.
Ces redoutes seront organisées comme nous l'indiquerons aux chapitres X et XI.
On les appuyera à droite et à gauche par des tranchéesabris. Celles de la redoute de droite seront prolongées jusqu'au village, ce qui dispensera de Tobligation de fortifier la partie de lisière comprise entre les routes HVW et HIK.
Les soutiens a, a de la droite du village seront, dans ce cas, rapprochés de la ligne des retranchements.
L'une des redoutes occupant un mamelon, on pourra construire sur la pente opposée à l'ennemi deux tranchées continues de tirailleurs, pour opposer à l'attaque trois lignes de feux étages.
Le tracé et le profil de ces lignes seront conformes aux principes exposés pages 56 et 57.
Pour protéger les fiancs du village, on construira sur le front de la position deux redoutes U, U', entre lesquelles et sur les côtés desquelles il y aura des tranchées-abris occupées par des troupes de la 1^® ligne de bataille.
Il sera utile aussi d'établir 6 pièces abritées en arrière du village, k cheval sur la route H, pour battre les divers accès par lesquels l'ennemi peut déboucher sur la position.
Troupes nécessaires pour retrancher et défendre le village.
La lisière forme une ligne continue de défense sur laquelle on répartit les tirailleurs d'une manière inégale. On occupe fortement les angles saillants et les lignes qui les flanquent, et faiblement les parties que l'ennemi n'a
pas d'intérêt à attaquer, à cause de leur situation ou des obstacles qui les protègent.
En moyenne, la défense d*une lisiôre exige 1 homme par môtre courant.
Cet effectif comprend les tirailleurs et les soutiens.
Autant que possible on assigne à chaque compagnie un secteur, c'est-à-dire une partie de terrain comprise entre deux routes, chemins, sentiers ou ruisseaux.
Pour mettre un village en état de défense en quatre heures, on compte 2 hommes par 3 mètres courants de lisiôre.
Lorsqu'on ne peut pas disposer de ce nombre de travailleurs, on commence par retrancher la lisière et par dégager le champ de tir; puis on organise la deuxième ligue de défense, s'il y en a une, et, en dernier lieu, on s'occupe du réduit.