‹ Manuel de fortification de campagneChapitre 4 sur 69 · CATION IMPROVISÉE · texte numérisé non relu

CATION IMPROVISÉE

De tout temps on a construit des retranchements improvisés, ponr augmenter la valeur défensive des postes, des camps et des champs de bataille.

Ces retranchements exercent une influence favorable sur le moral des troupes qui les occupent, et défavorable sur le moral de celles qui les attaquent. Ils diminuent les pertes des unes, augmentent les pertes et les difficultés des autres.

Lorsqu'on les élève sur le champ de bataille, les retranchements improvisés prennent Tennemi au dépourvu. Ne connaissant généralement leur existence qu'au moment où Faction s'engage, il ne peut ni apprécier exactement leur valeur, ni prendre à temps des dispositions pour les éviter, les franchir ou les tourner.

La protection qu'ils assurent aux troupes augmente avec la portée et la rapidité du tir des armes à feu. C'est ce qui explique le rôle important que les retranchements improvisés ont joué dans les dernières guerres.

Ponr la construction de ces retranchements on ne

<iispose généralement que de pea de temps et de ressources très limitées.

La nature des travaux à exécuter dépend des conditions dans lesquelles on se trouve. On doit, avant tout, utiliser le terrain de maniôre à tirer le parti le plus avantageux des armes à feu, et à se soustraire, le mieux possible, AUX projectiles de Tennemi.

Le défenseur peut, àTaide d*ouvrages et de dispositions particulières, augmenter la valeur défensive du terrain, •dès le début de Taction et souvent même avant qu*elle ne s'engage, tandis que Tagresseur doit se borner & utiliser les couverts qui s*of[rent à lui, et à mettre en état de défense les points importants dont il s*empare, afin de pouvoir 8*y maintenir, s'il est obligé de suspendre momentanément Toffensive, ou s'en servir pour protéger «a retraite, si son attaque échoue.

La fortification improvisée aura donc plus d'utilité dans la défensive que dans l'offensive, et son rôle sera plus important en terrain uni et découvert, qu'en terrain accidenté, parsemé de haies, de bouquets d'arbres, de maisons et de clôtures. Dans ce dernier cas, on se borne généralement à approprier les couverts existants qui peuvent être utilisés par la défense, et à faire disparidtre ceux qui sont de nature à gêner ses feux, èl restreindre son champ de tir ou à favoriser les opérations de l'ennemi.

Dans toutes les positions, mais particulièrement dans «elles d'une grande étendue, il est nécessaire d'avoir quelques points d'appui solides, pour empêcher que l'on ne soit obligé de battre en retraite lorsque la ligne de bataille •est en partie rompue, ou lorsqu'une de ses ailes est débordée. Ces points doivent être peu nombreux, importants et retranchés avec soin. Si l'ennemi pouvait s'en emparer facilement et avec peu de troupes, ils seraient

nuisibles, parce que Tabandon d'uu point d'appui retranché exerce toujours une influence fâcheuse sur le moral des troupes.

Pour renforcer une position, les travaux les plus expéditife et les plus simples sont : les abris de tirailleurs, les tranchées-abris, les ëpaulements pour pièces et les couverts artificiels ppur caissons.

Indépendamment de ces abris, les troupes en campagne peuvent être appelées à exécuter les travaux suivants :

1^ La mise en état de défense des bois et des localités (villages, groupes de maisons et bâtiments isolés) ;

2** La construction d'ouvrages ouverts à la gorge ou fermés, destinés à renforcer les points importants du champ de bataille ;

3** L'ouverture de chemins pour les colonnes ;

4^ L'établissement et la destruction de ponts, pour favoriser Tofensive ou la défensive ;

5® L'appropriation du terrain en avant de la position, par la destruction des couverts et par le comblement des excavations nuisibles à la défense (pour dégager le champ de tir).

Généralement ces travaux doivent ôtre exécutés pendant le temps qui s'écoule entre la fin d'une marche et le commencement de la bataille ou du combat à livrer le lendemain.

L'importance du but à atteindre, la difficulté que la configuration du terrain et les circonstances locales opposent à l'exécution du travail , les bras et le temps dont on dispose, déterminent l'extension et la résistance qu'il convient de donner aux retranchements.

Quand on craint d'avoir promptement l'ennemi sur les bras, on ne doit commencer que des retranchements simples et d'une exécution rapide, en ayant soin, toute-

fois, de les entamer de manière à pouvoir les compléter graduellement, dans le cas où Ton disposerait de plus de temps.

Les travaux destinés à renforcer une position, devant être exécutés par les troupes qui auront à défendre cette position, on évitera d'y employer les bataillons qu^il faudra engager les premiers. Des soldats fatigués par remploi de la pelle, seraient en effet moins habiles dans le tir et auraient moins d*ëlan et de vigueur dans Tofiensive que des soldats frais et dispos.

On évitera aussi d*encombrer le champ de bataille de tranchées et de clôtures défensives, au point d'entraver les mouvements de la cavalerie et de Tartillerie.

Les soldats du génie étant par leur instruction particulièrement aptes à Texécution des travaux de campagne, on leur confiera ceux qui présentent le plus de difficultés ou qui exigent Temploi d'outils dont seuls ils sont pourvus. On les chargera aussi, dans certains cas, et notamment pour la mise en état de défense des localités et la construction des redoutes, de diriger les travailleurs des autres armes, et d'achever ou de perfectionner les ouvrages que ceux-ci auront entamés.

On a prétendu que l'emploi fréquent et général des retranchemsnts rendra les troupes plus timides et moins propres à l'offensive, parce qu'elles se feront un point d'honneur d'occuper le plus longtemps possible les tranchées ou les ouvrages fermés dont on leur confiera la défense.

C'est une erreur. Étant admis le principe tactique que les troupes doivent tirer parti des ondulations du terrain, des bois, des bouquets d'arbres, des haies et, en général, de tous les accidents et couverts naturels qui peuvent être utilisés, soit pour la défensive, soit pour l'offensive»

il est logique de créer des obstacles artificiels, lorsque le terrain est découvert et exposé aux feux de Tennemi.

Toutefois, il importe de bien faire comprendre à la troupe, quand on lui fera exécuter des travaux de défense en temps de paix, que ces travaux, de même que les couverts naturels, ne doivent pas avoir pour effet de la cacher et de Timmobiliser dans ses positions, mais bien de la couîprir, de diminuer ses pertes et de lui permettre de faire plus de mal à Tennemi que si elle combattait à découvert. On ne les occupera donc que le temps nécessaire pour atteindre le but tactique que Ton a en vue. Ce but sera, tantôt d*arréter Tassaillant et de rébranler assez fortement pour qu'on puisse le repousser par une offensive vigoureuse, tantôt de soustraire une troupe non engagée, aux effets du feu de Tennemi, jusqu'au moment où elle devra entrer en action.

Aussitôt que les nécessités tactiques Texigent, les abris artificiels, de même que les abris naturels, doivent être abandonnés sans regrets, pour transporter la lutte sur d'autres points.

Lorsque les cadres auront exposé et développé ces idées, dans les exercices de temps de paix, on ne constatera point, en temps de guerre, que les retranchements du champ de bataille rendent le soldat timide dans l'offensive et mou dans la retraite, ou qu'ils le rivent au sol, par la crainte de se présenter à l'ennemi la poitrine découverte.

Il est reconnu que les bons soldats travaillent avec ardeur et plaisir, et que les mauvais seuls éprouvent do la répugnance à manier les outils de terrassier.

Napoléon disait, étant à Sainte-Hélène : « En condam- « nant d'un ton dogmatique les travaux de fortification « de campagne, on est sûr de flatter l'esprit de paresse

- des troupes. Officiers et soldats ont de la répugnance à " manier la pelle et la pioche, ils font écho et répètent à n Tenvi : les fortifications de campagne sont nuisibles, il n n'en faut pas construire; la victoire est à celui qui •* marche, avance , manœuvre ; il ne faut pas travailler. . . . ^ la guerre n'impose-t-elle pas assez de fatigues?... Dis- » cours flatteurs et cependant méprisables ! n

Le temps n'est plus où ces paroles étaient vraies.

L'infanterie comprend aujourd'hui, dans tous les pays, «lue la pelle est presque aussi utile au soldat que le fusil, et qu'en le forçant, par là construction de tranchées, à verser sa sueur sur le champ de bataille, on augmente ses chances de succès et on épargne son sang !

Le chef â'armée qui méconnaîtrait cette grande vérité s'exposerait à de cruels mécomptes, parce qu'à la guerre il faut toujours mettre de son côté toutes les chances favorables, et ne laisser à la fortune que ce qu'il est impossible de lui ôter.

Page 1