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TIR COMPARATIF DE L'INFANTERIE ET PE L'ARTILLERIE

Le journal l'Armée française a publié, le 19 février 1880, les résultats d'une expérience faite au polygone de Bourges ; ils sont extraits d*un rapport fait par TEcole d'artillerie de ce polygone. Nous croyons utile de les mettre sous les yeux de nos lecteurs :

Les tirs ont été exécutés, d'un côté, par 100 hommes du 95' de ligne, occupant un front de 100 mètres, et, de l'autre côté, par une batterie de 90 millimètres, occupant un front d'égale étendue. La durée du feu était la même pour les deux troupes, dix ou quinze minutes. Dans certaines séances, la distance était inconnue; chaque troupe réglait son tir séparément. D'autres fois, la batterie réglait d'abord le tir et communiquait ensuite A l'infanterie la distance ainsi déterminée. Les deux troupes exécutaient alors leur feu simultané. L'objectif était identique pour chaque troupe : il se composait de deux rangs de panneaux de 48 mètres de longueur sur 1"80 de hauteur, placés â 150 mètres l'un derrière l'autre, de feiçon que le premier marquait la ligne des tirailleurs et le second celle des renforts (soutiens).

L'infanterie a employé des feux de tirailleurs et des feux de salve de demi-section. L'artillerie a fait usage presque toujours d'obus à double paroi et à balles, donnant une moyenne de 150 fragments par projectile; une seule fois, d'obus simplement A balles ne donnant que 100 fragments. Le tir a eu lieu par pièce et les obus étaient pourvus de la fusée percutante de Budin.

Les résultats des tirs ont été consignés dans un tableau récapitulatif très clair et dans des tableaux figuratifs représentant

vingt-quatre panneaux accolés de 2 mètres de longueur sur 1*^80 de hauteur. Les gros éclats des obus ayant renversé quelques panneaux, on en a négligé les empreintes dans le relevé général, de sorte que les chiffres constatant les résultats obtenus par Tartillerie sont généralement un peu inférieurs aux chiffres réels.

Les tirs ont été exécutés à des distances de 800, 1,050, 1,100, 1,200, 1,300, 1,350, 1,600 et 1,800 mètres. En étudiant le tableau récapitulatif, on voit qu'à 800 mètres, sur 4,500 balles, 410 ont porté dans les panneaux, tandis que 50 obus ont donné 820 empreintes; à 1,300 mètres, 10,417 balles ont donné 163 empreintes sur les panneaux, pendant que 68 obus en donnaient 795; à 1,800 mètres, sur 3,650 balles, 149 ont touché les panneaux, tandis que 84 obus donnaient 1 ,000 empreintes.

En prenant le nombre d'atteintes de rin&nterie par u nité, on trouve que celles de Tartillerie sont deux fois plus nombreuses à 800 mètres (1), 4.8 fois plus nombreuses à 1,300 et 6.7 fois plus nombreuses à 1,800 mètres.

La conclusion du compte rendu des expériences étant éminemment instructive, nous la reproduisons en entier :

l'' Au delà de 800 mètres et jusqu'aux portées extrêmes, l'effet meurtrier de Tartillerie est toujours supérieur à celui de l'infanterie.

Le rapport du nombre d'atteintes fourni par le tir de l'artillerie au nombre d'atteintes fourni par celui de l'infanterie, va croissant de 2 à 7, quand on passe graduellement de 800 à 1,800 mètres;

2° L'artillerie a le plus grand intérêt à se servir de projectiles fournissant un grand nombre de fragments;

3^ Il y aura un grand avantage sur le champ de bataille à ce que la distance approximative trouvée par l'artillerie soit donnée aux troupes d'infanterie appelées à tirer sur le même objectif ;

4® U semble résulter des expériences de Bourges que l'infanterie ne saurait exécuter un feu violent pendant plus de cinq minutes, soit que les hommes se fatiguent, soit que la fuihée gêne

(1) A 800 mètres, le rapport n'est* que de 4.6 quand l'infanterie connaît la distance et que l'artillerie se sert d'obus à balles simples.

pour viser, soit que réchauffement et la dilatation du canon diminuent le forcement de la baUe ;

5<^ La nature des tirs dont il s'agit ne permet pas de poser des conclusions tactiques. C'est à chaque chef d'unité qu'il appartient, suivant, les circonstances, de savoir ce qu'il faut attendre du tir et d'apprécier si les résultats probables sont en rapport avec la dépense de munitions.

Il semble, toutefois, qu'on puisse formuler les observations suivantes :

Les feux de salve d'infanterie paraissent beaucoup plus efficaces que les feux de tirailleurs (1).

L'infanterie ne saurait aborder, sans grand danger, Tartillerie en terrain découvert.

L'infanterie doit modérer son feu aux grandes distances.

L'artillerie, soutenue aux ailes et voyant clair devant elle, peut se protéger elle-même contre les attaques d'une infanterie qui vient de loin.

A 1,000 ou 1,200 mètres, l'effet meurtrier des quatre batteries divisionnaires est à peu près égal à celui de la division d'infanterie, soit que l'on considère le nombre de fusils que la division peut, à un moment donné, mettre en ligne, soit que l'on tienne compte de l'approvisionnement transporté respectivement par les fantassins et par les batteries, comme le montre le calcul suivant :

La division combattant en général avec quatre bataillons en première ligne et chaque bataillon occupant un front d'environ 300 mètres, on pourra amener à peu près 1,200 fusils sur la chaîne de tirailleurs. Or, à 1,000 ou 1,200 mèti'es, une batterie produit trois fois plus d'effet meurtrier que 100 fantassins; les quatre batteries divisionnaires produiront donc le même effet ' que les 1 ,200 fusils de la chaîne.

(1) Celte conclosioD, tirée des expériences de Bourges par rAvenir militaire (no du SI février 1880), n'est vraie toutefois que lorsque Ton exécute les salves avec le calme et le sang-froid qu'ont les troupes dans les exercices du temps de paix. Sur le champ de bataille et à petite distance de l'ennemi, les salves sont généralement inexécutables ou moins efficaces que les feux de tirailleurs.

D*autre part, si Ton co^8idèr6 rapproTisionnement porté directement par les troupes combattantes, le soldat d'infanterie ayant sur lui 78 cartouches, la division aura environ 750,000 cartouches, en comptant 800 combattants par bataillon ; les batteries de 90 ayant 154 coups par pièce, les quatre batteries ont avec elles 3,696 coups. Or, d'après les tirs comparatifs de Bourges, moins de 60 obus produisent trois fois plus d'effet meurtrier que 4,000 balles; un obus équivaudrait donc à plus de 200 cartouches et les 3,696 obus à plus de 3,696 x 200 ou 780,000 cartouches, c'est-à-dire plus que l'approvisionnement de la division d'infanterie.

Dans les tirs comparatifs, les 100 fantassins ont généralement brûlé 4,000 cartouches en dix minutes, soit 40 cartouches par homme : un tireur peut donc épuiser son approvisionnement en vingt minutes. Avec la vitesse de tir employée dans ces tirs pour les canons, c'est-à-dire un peu moins de 1 coup par pièce et par minute, il faudrait & une batterie près de. trois heures pour con aommer ses 154 coups par pièce.

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