‹ Manuel de fortification de campagneChapitre 67 sur 69 · COMPTÉES · texte numérisé non relu

COMPTÉES

Le maintien et la discipline du feu devient beaucoup plus difficile quand le bruit ou la situation du combat ne permettent pas remploi des salves et qu'il s'agit de diriger le feu des tirailleurs. A l'ouverture de ce feu, il est peut-être encore possible aux cbefis d*indiquer distinctement le but, la distance et la hausse, mais ce sera souvent impraticable» et il arrivera que, dès le début, les chefs n'auront d'action que sur les tii*eurs placés immédiatement auprès d'eux, et que leurs ordres devront se transmettre d'homme à homme tout le long de la ligne. £n tout cas, ce dernier moyen de transmission deviendra le seul pratique dans la suite du combat. La troupe doit, en conséquence, y être accoutumée. Dans les exercices sans cartouches et dans les exercices avec cartouches à poudre, il faut se servir exclusivement de ce mode de commandement, aussitôt que le feu de tirailleurs est ouvert. Au milieu du bruit et des émotions du combat, il est clair que cette manière de diriger le tir sera très difficile et que souvent le mécanisme de la transmission des ordres ne fonctionnera pas. Pour faciliter la solution cherchée, le principal moyen consiste à couper le feu par des pauses. D'après l'instruction sur le tir (de

(i) Exlrait de la brochare qui a pour titre : Ueber die Fechtweise und die Gejechtê-Ausbildung des Infanterie-Bataillons. Hansover i880. (Voir la Revue militaire de Vétranger, no 494.)

Tarmée allemande), ces pauses s*obtiennent en fixant exactement, avant l'ouverture du feu, le nombre de cartouches à brûler par chaque homme (en principe, jamais plus de trois). Mais, naturellement, cette prescription n est pratique que pour les fractions placées sous les ordres d*un seul chef. Quand plusieurs fractions se trouvent immédiatement contiguës ou mélangées après un dou- «blement de la ligne, le réglage des pauses, tel qu'il a été indiqué plus haut, n*est possible que si chaque fraction brûle un même nombre de cartouches et si les chefs s'entendent et se renseignent réciproquement. L'ensemble de la manœuvre subit alors une complication qu'elle ne saurait présenter dans un combat réel ; autrement dit, ce n'est plus qu'une manœuvre de paix, sans application à la guerre. Il faut donc se faire une règle de ne prescrire, même en temps de paix, le chiffire des cartouches à consommer, que dans les circonstances où Ton pourrait réellement le feiire en campagne. Il est certain que le passage de l'instruction sur le tir cité plus haut ne veut pas dire autre chose.

Les cas où la fixation du nombre des cartouches est possible sont, par exemple, les suivants : dans la défensive, lorsque les compagnies ont un front d'action bien déterminé ou qu'elles sont séparées les unes des autres par des intervalles non occupés; dans l'ofiensive, tant que la ligne n'a pas été renforcée, que les compagnies s'avancent séparées les unes des autres et qu'elles se trouvent dans une même situation de combat. Mais çuand les lignes adverses de tirailleurs se sont rapprochées^ les diverses fractions se serrent et se mélangent, et les pauses du feu deviennent illusoires. Lorsque le tir cesse dans un groupe, il recommence dans un autre et le bruit trouble en permanence la transmission des ordres,

A partir de ce moment, on n'a plus d'autre ressource que de faire cesser complètement le feu partout où il devient trop vif pour le reprendre de nouveau après un repos. On y arrivera surtout par des coups de sifflet aigus et répétés. Tous les officiers qui se trouvent alors sur la ligne de feu doivent intervenir énergiquement. Cotte suspension totale du feu qui, précisément dans les phases décisives du combat, constitue le principal moyen d'obtenir des pauses et de rester maître du tir, doit, à cause de son importance, faire l'objet de fréquents exercices. Il f&ut que la

troupe possède, sous ce rapport, un degré de préparation absolument irréprochable t si Ton veut conserver Tespoir d'obtenir à la guerre un résultat suffisant. On atteindra ce résultat si, à chaque séance, on fait, au moins une fois, cesser complètement le tir au moment où il a atteint sa plus grande vivacité. Lés difficultés d'exécution ne doivent être vaincues que par des mojens d*ufie applûxUwn pratique sur le champ de bataille.

i%.nDexe no 8.

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