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ABERIA. — Genre de Bixacées, comprenant des arbrisseaux ou petits arbres à fleurs dioiques et à feuillage persistant, et dont le fruit charnu est une sorte de baie. Citons dans le nombre les espèces suivantes :
A. caffra Hooker. — De l'Afrique australe. C’est un grand arbrisseau dont le tronc et les branches sont armés de longues épines; aussi l’emploie-t-on dans la colonie de Natal à faire des haies très défensives. Son fruit, assez semblable à une petite pomme, ce qui lui a valu le nom de Xey-apple, est comestible, quoique très acide, et sert à faire des conserves. Cet arbrisseau est naturalisé dans quelques jardins de la Provence, mais il y fructifie rarement, parce que les deux sexes n’existent pas simultanément dans les mêmes lieux, ou sont trop éloignés l’un de l’autre pour que la fécondation puisse se faire.
Deux autres espèces du genre ne paraissent pas avoir été introduites dans le midi de l'Europe, où elles réussiraient aussi bien que la précédente; ce sont les A. Zeiheri, qui est épineux, et PA. tristis, qui est inerme.
ABIES. — Sapin. Grand genre d'arbres conifères des régions septentrionales de l’ancien et du nouveau monde, souvent confondus avec les pins, quoiqu'il soit très facile de les en distinguer à première vue, par leur port régulièrement pyramidal ou conique, et surtout par la disposition de leurs feuilles, généralement courtes et raides, qui ne sont jamais réunies plusieurs ensemble dans une gaîne commune, mais solitaires sur le rameau qui les porte. Leurs cônes, à la différence de ceux des pins, sont plus ou moins cylindriques et formés d’écailles comparativement molles, qui se détachent de l'axe commun à l’époque de la maturité des graines, dans l’année même où ils se sont développés, tandis que chez les pins la maturité n’arrive que dans la seconde année.
L'ancien genre Abies a été subdivisé par les botanistes modernes
en plusieurs sous-genres assez distincts, sous les noms de Picea, Tsuga, Pseudo-T'suga et Keteleeria. (Voir ces mots.) À plus forte raison encore on a dù en séparer les cèdres (Cedrus) et les mélèzes (Larix), qui en diffèrent par des caractères d’une certaine importance.
Les sapins sont en général de très beaux arbres, qui partagent avec les pins et la plupart des autres conifères la qualification d'arbres verts, par allusion à leur feuillage longtemps persistant et d’une verdure sombre. Ce sont surtout des arbres forestiers qui croissent en grandes masses presque à l’exclusion de tous les autres arbres. Leur grande taille et leur figure imposante les ont fait de tout temps admettre dans les parcs, dont il sont un des plus beaux ornements. Leur première utilité cependant réside dans leur bois, léger, à fibres droites, souvent très résistant et propre à tous les travaux de charpente, de menuiserie et de constructions navales. Un autre service qu'ils nous rendent, et qui n’est pas le moindre, est de préserver les montagnes des ravinements par l’entrelacement de leurs racines, d'y conserver les eaux de la pluie et de la neige, et par là de contribuer puissamment à protéger les plaines contre les inondations et à entretenir les sources et les cours d’eau pendant l’été.
Nous nous bornerons dans la liste qui va suivre à signaler les espèces de Sapins les plus intéressantes au double point de vue de l’art forestier et des plantations d'agrément.
A. amabilis FORBES ( Pinus amabilis DouGL.).— Des montagnes de la Californie, jusqu'aux altitudes de 3,000 mètres et par conséquent très rustique en Europe. Sa hauteur est d’une cinquantaine de mètres, sur ? à 3 de diamètre. Sa beauté, la rectitude de sa tige et son feuillage dense l’ont fait appeler dans le pays le roi des forêts. Son bois un peu rougeâtre est fort et élastique, souvent employé à la mâture des vaisseaux, propre d’ailleurs à tous les usages. Cet arbre remarquable est très voisin de l’A. nobilis.
A. balsamea Mizx. ( Pinus balsamea L.). — Baumier, baumier de Giléad. Du Canada à la Pensylvanie et au Wisconsin. Petitarbre de 10 à 12 mètres, rarement plus, sur lequel on récolte le célèbre baume du Canada. Il est très voisin de l'A. Fraseri, qui habite les montagnes de la Caroline et de la Pensylvanie, et qui produit la même résine odorante. Les deux arbres sont également rustiques en Europe.
A. bracteata DoN.( Pinus venusta DouGx.). — Des montagnes de la Californie méridionale jusqu'aux altitudes de 1,500 à 2,000 mètres. C’est un arbre élancé, de 35 à 40 mètres de hauteur, sur une tige dont le diamètre à la base ne dépasse guère 0"60. Sa résine est employée dans les églises en guise d’encens. Il est rustique en France.
A. cephalonica LiNKk.( Pinus cephalonica ENpricH.).— Des montagnes de la Grèce et des îles voisines. Arbre très élégant, de moyenne hauteur (15 à 20 mètres), de forme conique régulière et très ornemental; aussi est-il fort répandu dans les parcs de l’Europe occidentale, où sa rusticité ne laisse rien à désirer. Il a produit de nombreuses variétés, dont la nomenclature est un peu embrouillée,
A. cilicica Carr, (Pinus cilicica Korscuy). — Des montagnes de l’Asie mineure. Bel arbre, de forme pyramidale, s’élevant à 15 ou 20 mètres, rustique dans l’Europe centrale comme en France; mais sa végétation étant précoce, les jeunes pousses sont assez souvent détruites par les gelées printanières, ce qui peut arrêter la croissance de l’arbre en hauteur. Son bois est léger, peu sujet à gauchir, mais n’est guère employé que pour les travaux de menuiserie.
A. firma Sies. et Zucc.— Momi des Japonais, Liu des Chinois. Grand arbre du Japon et de la Chine, rappelant par son port l'A. pectinata, encore peu commun en Europe, où il est d’ailleurs rustique. Son bois est blane, léger, à grain fin, employé surtout en menuiserie et en tonnellerie. Il en existe au Japon plusieurs variétés assez peu connues, dont une pourrait être l’A. bifida des botanistes Siebold et Zuccarini, qui semble à peine différente du type de l’espèce ci-dessus.
A. Gordoniana Carr. ( Picea grandis GORDON). — Très grand arbre, de 60 à 70 mètres de hauteur, commun dans les vallées du nord de la Californie. Il est assez voisin de l’A. pectinata, dont il rappelle le port; mais il est moins rustique, en ce sens que végétant de bonne heure, ses pousses sont souvent mortifiées par les gelées du printemps. Il est plus répandu en Angleterre qu’en France.
A. grandis Lino. ( A. Pinus grandis DouGr.). Sapin jaune de l’'Orégon. Arbre de 50 à 60 mètres, quelquefois plus, sur 1"50 à 3 mètres de diamètre à la base, et un des plus beaux du genre par son port strictement pyramidal et son épais feuillage. Son bois est blanc, tendre, léger et fragile; on l’emploie cependant en menuiserie, surtout pour en construire des caisses d'emballage. C’est un arbre des plaines et des terres basses plus ou moins humides. Il est rustique dans une grande partie de l’Europe, où on le considère surtout comme arbre d'ornement. r
A. homolepis S1E8. et Zucc, — Sjura-momi des Japonais. Petit arbre de 6 à 10 mètres, cultivé dans les jardins du Japon et le long des avenues. Il forme de vastes forêts dans l’île de Jéso et quelques autres. Arbre élégant dans sa petite taille.
A. mucronala RAFINESQUE. — De l’Orégon, où il croît en individus isolés dans les terres marécageuses. Il ne s'élève guère audelà de 10 mètres, quoique sa tige soit relativement grosse (de 0"50 à 0"60 de diamètre). Ce petit arbre pourrait être utilisé dans les marais, qu’il contribuerait à dessécher et à assainir.
A. nobilis LiNDL. ( Pinus nobilis DouGLas). — De la côte nordouest de l'Amérique septentrionale, de la rivière Columbia aux montagnes du nord de la Californie, où il forme de vastes forêts, jusqu'aux altitudes de 2,000 à 2,400 mètres. C’est un arbre superbe, dépassant souvent 60 mètres de hauteur, sur { mètre à 1"50 de diamètre, et dont les branches verticillées s’étalent très régulièrement dans le sens horizontal. Son bois est très beau et renommé pour la finesse de son grain et sa ténacité. L'espèce décrite sous le nom de Pinus magnifica n’en est qu’une légère variété.
A. Nordmanniana Spacu, — Du Çaucase, où il a été découvert
par le professeur Nordmann, d’Odessa. C’est un bel arbre, d’une trentaine de mètres de hauteur, très rustique dans la plus grande partie de l’Europe, où il n’a rempli jusqu'ici que le rôle d'arbre d’ornement. Il a produit un grand nombre de variétés, qui portent autant de noms différents. Il est plus beau que le sapin commun, tout en ayant avec lui beaucoup d’analogie.
A. numidica DE LANNoy. — Des montagnes de l'Algérie, principalement de la province de Constantine, où il monte jusqu’à Paltitude de 1,900 mètres. Il est très voisin de l'A. pinsapo, avec lequel quelques botanistes le confondent. Il semble en différer cependant par la disposition de ses feuilles, qui seraient distiques et non éparses dans tous les sens. Au surplus, qu'on le considère comme simple variété de l'A. pinsapo, ou qu’on en fasse une espèce distincte, c’est uu très bel arbre qui appelle l'intérêt des amateurs et des sylviculteurs. -
À. Pindrow SpacH. (Pinus Pindrow RoyLe).— De l'Himalaya, entre 1,600 et 3,000 mètres d'altitude. Arbre de 25 à 30 mètres de hauteur, peu connu et difficile à conserver dans l’ouest de l’Europe, au nord des Pyrénées, parce que ses pousses trop précoces sont souvent détruites par le froid. Cet arbre est très voisin de PA. Webbiana, de l'Himalaya occidental et central, auquel quelques botanistes le réunissent. Ce dernier est encore plus sujet à geler dans le nord de la France que le sapin Pindrow, dont il a d’ailleurs la taille et le port.
A. pectinata DC. (Pinus picea L.). — Sapin de Lorraine, sapm des Vosges ou sapin de Normandie; il porte aussi le nom de sapin commun. C’est un des arbres les plus anciennement connus de lEurope, et peut-être celui de tout le genre qui a reçu le plus de noms botaniques, par suite sans doute des nombreuses variétés qu'il a produites.
Cet arbre classique se trouve sur presque toutes les hautes montagnes de l’Europe ; il est très commun sur celles du centre de la France, en Lorraine, en Norvège et dans l'Allemagne occidentale, où il constitue les hautes futaies de la forêt Noire, mais il devient rare au centre et à l’orient de l’Europe.
Sa forme ordinaire est pyramidale, avec les branches tantôt étalées horizontalement, tantôt inclinées au-dessous de l'horizontale, et, comme peu d’autres, d'une verdure sombre et formant d’épais massifs forestiers, ce qui en fait un puissant protecteur des pentes contre les ravinements. Il dépasse souvent 30 mètres en hauteur, sur un tronc de 1"50 ou plus de diamètre à la base. Son bois, sans être dur, est cependant solide et universellement employé dans la charpente, la menuiserie, les constructions navales, auxquelles il fournit d'excellentes mâtures. On en tire en outre cette espèce de résine qui est connue dans le commerce sous le nom de poix de Bourgogne, et son écorce sert même en quelques pays au lannage des cuirs. À tous ces titres, le sapin commun est un arbre précieux, qu’on ne saurait trop multiplier dans les pays de montagnes.
A. Pinsapo Boissier.— De la région alpine du midi de l'Espagne, jusqu’à 2,000 mètres d'altitude, On l’a découvert aussi sur quelques
points de l'Algérie, et peut-être ne diffère-t-1il pas spécifiquement de l'A. numidica de ce pays.
Si on ne tent compte que de la beauté, le Pinsapo est mcontestablement le premier du genre, et cer lainement un des arbres les plus élégants de l’ordre des Conifères. Sa taille est communément de 25 à 30 mètres, et sa tige d’une rectitude parfaite est garnie de branches verticillées depuis Le sol jusqu'au sommet, ce qui donne à l'arbre la figure d’un cône de verdure épais et régulier. Ses feuilles, courtes, raides et serrées, au lieu de se placer sur deux rangs, comme dans beaucoup d’autres espèces, sont disséminées tout autour du rameau, formant comme une brosse cylindrique. Cet arbre remarquable a déjà produit quelques variétés par le fait des semis. Il est rustique dans la majeure partie de la France, et fort recherché pour la décoration des jardins et des parcs.
À. religiosa LiNpL. (Pinus religiosa Hums.).— Le sapin Oyamel des Mexicains. Arbre magnifique des hautes montagnes du Mexique, où il atteint les altitudes de 2,600 à 3,000 mètres au-dessus de la mer, ce qui lui confère une certaine rusticité dans l’ouest de l'Europe et de la France; mais il gèle à Paris. Sa hauteur dépasse quelquelois 40 mètres, sur {"50 à 2 mètres de diamètre à la base. On sait peu de chose de la qualité de son bois, mais c’est un arbre ornemental au premier chef.
sibirica LEDEB. (Pinus Pichta Kiscu.). — Arbre de 12 à 15 mètres, des montagnes de la Sibérie et de l’Alaï. Quoique très rustique, il est peu recherché en France. Quelques botanistes le regardent comme une simple variété asiatique du sapin commun ou A. pectinata.
A. Veitchii Carr. (Picea Veitchii Lixpr..). —- C’est un des plus grands arbres du Japon, car il s'élève jusqu’à 40 mètres et plus, et il rappelle par son port et sa beauté les À. nobilis et Nordmanniana, mais il est encore peu connu et doit ètre fort rare dans les collections d'arbres vivants en Europe.
ACACIA. — Vaste genre de Légumineuses-Mimosées, dont on connaît aujourd’hui plus de 340 espèces, arborescentes ou arbustives, et dont la grande majorité appartient à la Nouvelle-Hollande. Il en existe aussi en Afrique, surtout au sud de l’équateur, en Asie, dans l'Amérique du sud, à la Nouvelle-Calédonie et dans les îles de l’océan Pacifique austral.
Ce genre peut être regardé comme le type du sous-ordre des Mimosées. Ses fleurs, toujours petites et généralement jaunes, sont rapprochées en elomérules sphériques, qui, dans quelques espèces, s’allongent en une sorte d’épi. La corolle est plus ou moins distinctement monopétale, et les étamines toujours nombreuses. Le fruit est une gousse qui n'a rien de particulier, mais qui varie considérablement de figure et de grosseur dans la série des espèces.
Chez les Acacias les feuilles sont toujours composées et bipennées dans le premier âge, mais dans la presque totalité des espèces d'Australie cette forme, qu’on peut dire normale, disparait de bonne heure pour faire place à des phyllodes, qui ne sont autre chose
que des pétioles dilatés, devenus foliformes et dépourvus de limbe. Suivant les espèces, ils sont linéaires, lancéolés, elliptiques, ovales ou obovales, quelquefois triangulaires, etc. Chez beaucoup d’espèces, surtout africaines, les stipules qui accompagnent la base des feuilles se changent en épines, plus ou moins longues et acérées. Les Acacias fournissent divers produits à l’industrie et aux arts, principalement des gommes et des écorces à tanner, des substances médicinales et linctoriales, du bois de construction et du combustible. Les espèces épineuses sont fréquemment employées pour faire des clôtures; et presque toutes celles du genre, lorsqu'elles ne sont que des arbrisseaux de petite taille, sont considérées comme ornementales, et déjà introduites en grand nombre dans nos parcs et nos jardins d'agrément.
Parmi les espèces qui peuvent nous intéresser à quelque titre, nous citerons les suivantes :
A. acuminata BENTH. — De l'Australie occidentale. Arbre de 12 à 15 mètres, dont le bois est utilisé par la menuiserie et le charronnage ; c’est aussi un des meilleurs du pays pour faire du charbon.
A. aneura Ferd. von Muzz. — Des déserts arides de l’Australie extratropicale. 11 ne s'élève guère qu’à 7 ou 8 mètres, mais son bois excessivement dur fait d'excellents manches d'outils, et c’est de lui que les indigènes tirent la plupart de leurs armes, lances, boumerangs, etc.
A. arabica Wizzp. — D’Arabie et d'Afrique. Petit arbre très épineux, qui croit dans les sols calcaires les plus arides. Il n’est guère employé qu’à faire des clôtures autour des champs, concurremment avec les À. tortilis et Seyal. Tous trois produisent une partie de la gomme arabique du commerce, et leurs gousses, ainsi que leurs écorces, servent au tannage des cuirs. Il faut en dire autant des À. gummifera et Ehrenbergiana du nord de l'Afrique. Les À. latronum et modesta, tous deux très épineux, servent dans l'Inde à faire des haies, de même que l'A. armata (épine de Kangourou ) en Australie, et l'A. cavenia au Chili.
A. Cathecu Wizzp. — De l'Inde et de l'Afrique. Arbre de 10 à 12 mètres, dont l'écorce et le bois fournissent la drogue connue sous le nom de cathecu, et en outre le cutch ou terra japonica, dont on fait un certain commerce pour l’industrie du tannage. L’A. Suma, des mêmes pays, qui en est très voisin, rend les mêmes services.
A. Cebil Grises. — Des Etats de la Plata. C’est un des arbres les plus utiles de cette partie de l'Amérique, par l'abondance et l'excellence du tannin que contient son écorce. Cet arbre pourrait être introduit avec profit dans le midi de l’Europe et le nord de l'Afrique.
A. decurrens Wizzb.— D’Australie, où il est vulgairement nommé black wattle. I occupe principalement la région sud-est de ce continent, croissant dans toutes les natures de sols, même les plus arides et les plus médiocres, et y atteignant de 12 à 15 mètres de hauteur. C’est une des espèces, d’ailleurs peu nombreuses, d’Aus-
tralie dont les feuilles ne se transforment pas en phyllodes ; de plus il est inerme. Son bois sert à divers usages économiques, surtout sous forme de charbon ; mais sa grande valeur lui vient de son écorce, extrèmement riche en tannin; aussi en exporte-t-on de grandes quantités en Angleterre. Son prix, suivant la qualité, varie de 200 à 275 fr. la tonne, rendu sur les quais de Londres. Le principe tannique de cette écorce n’est pas tout à fait identique à celui du chêne ; mais dans l'opération du tannage il équivaut, diton, près de cinq fois à ce dernier. On estime, à Melbourne, qu'une tonne d’écorce d'A. decurrens suifit pour tanner de 25 à 30 peaux de bœufs. Le cuir ainsi obtenu a toutes les qualités de durée et de force que lui donnerait le tannage à l'écorce de chêne, mais la couleur en est un peu moins belle. Cet arbre fournit aussi diverses matières tinctoriales, et quelquefois de la gomme qu’on regarde comme identique à la gomme arabique.
La culture de PA. decurrens est des plus faciles. On sème la graine indifféremment à la volée ou en rayons. En Australie, ces semis ont souvent pour objet de protéger d’autres arbres dont on veut recouvrir des lieux dénudés et improductifs. Les jeunes Acacias, qui endurent facilement le plus ardent soleil et toutes les intempéries des saisons, abritent pendant les premières années des arbres plus délicats, qui occuperont seuls le terrain quand ils seront devenus assez forts pour n’avoir plus besoin d’abri. Ce moyen de remplacement pourrait être employé avec succès en Algérie. Les graines d'A. decurrens se vendent à Melbourne de 6 à 7 fr. le demi-kilogramme, qui en contient de 35 à 40 mille. On pourrait d’ailleurs en récolter déjà en France, l’arbre existant dans quelques jardins de Provence, à la villa Thuret entre autres, où il a atteint toute sa taille et produit déjà beaucoup de graines.
L’A. decurrens est peut-être l’arbre tannifère le plus important de la zone tempérée-chaude, non seulement par l’abondance et la bonne qualité de son produit, mais aussi par la facilité de sa culture et sa résistance aux plus longues sécheresses. Il est d’ailleurs rustique bien en dehors de la région de l’oranger; et on l’a vu passer de nombreux hivers dans les parties les plus tempérées du midi de l'Angleterre.
Une espèce très voisine de l’A. decurrens est l'A. dealbata, le silver wattle des colons australiens. Il a le même port, la même taille, le même feuillage à folioles nombreuses et menues; mais ce feuillage est blanchâtre au lieu d’être vert foncé comme dans le decurrens. Il s’accommode moins que ce dernier des sols pauvres et graveleux; les lieux qu’il préfère sont les bords des rivières ou des ruisseaux, et, dans ces conditions, il forme un grand arbre de 30 à 40 mètres de hauteur et de grosseur proportionnée. Son bois, de couleur claire, résistant et cependant facile à travailler, est recherché dans la tonnellerie; mais son écorce, peu épaisse, contient beaucoup moins de tannin que celle du précédent; elle est cependant employée pour le lannage des cuirs légers. L’A. dealbata est depuis longtemps naturalisé dans le midi de la France, et il est assez rustique pour qu'on en voie de beaux échantillons en Bretagne et même
sur les côtes de la Normandie. J'ai vu, en Roussillon, un individu de cette espèce, resté à l’état d’arbuste de 1"50, produire une énorme quantité de gomme, et s’épuiser par cette sécrétion.
A. leiophylla BENTH. — Du sud-ouest de l'Australie. C’est l’espèce du genre la plus exploitée pour son écorce, qui contient jusqu’à 30 pour 100 de tan. Il produit aussi de la gomme, dont le prix est de 50 à 60 fr. le quintal (50 kilogranmmes) dans le pays même. On l’a introduit en Algérie, et on a trouvé qu'il y résistait mieux que d’autres espèces du genre à la sécheresse et aux vents brülants du sud ; aussi a-t-il été particulièrement recommandé pour ce pays, par un éminent agriculteur, M. Trottier. C’est un petit arbre à large tête, assez voisin d’une autre espèce très ornementale, l'A. cyanophylla, déjà assez commun dans les parcs et les jardins de la Provence, et qui rend les mêmes services en Australie.
A. longifolia Wii. — Du sud-est de l'Australie. Très commun aujourd’hui en Provence, où il est considéré comme arbre d’ornement. Il est touffu, d’une belle verdure et forme de beaux massifs, qui se couvrent de fleurs sur la fin de l'hiver et au printemps. Son écorce est beaucoup moins riche en tannin que celle de VA. decurrens, et on ne l’emploie guère qu’au tannage des peaux de moutons. Il a toutefois une qualité qui le recommande aux agriculteurs : c’est de réussir et même de croître rapidement dans les sables des bords de la mer, autrement improductifs, et de les fixer. En cinq ou six ans il y atteint une taille de 7 à 8 mètres, et peut aussi fournir beaucoup de bois pour le chauffage et la confection du charbon.
À. melanoxylon R. Br.— C'est le black wood ou bois noir des Australiens. Dans les bonnes terres un peu humides il prend les proportions d’un arbre de futaie (20 à 25 mètres); aussi est-il recherché pour les travaux de charpente, de menuiserie et même d’ébénisterie. On en tire aussi des pièces pour les constructions navales, les traverses de chemins de fer, ete. Son bois, à grain fin, est comparable pour sa résistance à celui du chêne blanc d’Amérique et de quelques Eucalyptus. C’est une espèce phyllodaire, mais où on voit souvent les feuilles composées normales s’entremêler aux phyllodes, ou se développer à leur extrémité.
A. microbotrya BENTH. — Des déserts arides du sud-ouest australien. C’est un petit arbre, remarquable surtout par son abondante production de gomme, que les indigènes récoltent et dont ils font des provisions pour l'hiver. Cet arbre serait utile dans la région saharienne de l'Algérie, si analogue de climat avec les déserts de l'Australie.
A. pycnantha BEeNru. — De l'Australie méridionale, où il porte les noms de golden wattle et green wattle. C'est un petit arbre de 7 à 8 mètres, presque aussi riche en principes tanniques que l’A. decurrens, mais au total produisant moins que ce dernier, parce qu'il est plus petit el que son écorce est moins épaisse. En revanche il croit rapidement dans toutes les natures de sol, et même semble rechercher les sables des rivages, qu'il fixe par l’entrelacement de ses racines. D’après des expériences faites par le baron Ferdinand Müller l'écorce séchée artificiellement contiendrait de 30 à 45 pour
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100 de tannin, dont la qualité est d'autant meilleure que les arbres sont plus âgés. On en extrait aussi du cathecu, d'aussi bonne qualité que celui de l'Inde, et qui est fort employé comme moyen de conservation pour les cordages, filets et tissus divers destinés à être mouillés. Cet arbre est aussi un important producteur de gomme, qui se consomme dans le pays ou qui est livrée à l'exportation. Son bois sert à faire des manches d'outils, des douves de tonneaux, etc. C’est surtout un excellent combustible.
Bien d’autres espèces d’Acacias australiens, utiles à quelque point de vue, pourraient être ajoutés à cette liste. Les espèces ornementales abondent, et nes jardins en contiennent aujourd’hui plus d’une centaine. La plupart sont des arbrisseaux ou des sous-arbrisseaux, que la taille et le ciselage maintiennent à l’état de buissons fleurissants d’une suprème élégance, auxquels on peut cependant reprocher l’uniformité de coloris de leurs fleurs, toujours jaunes, quoique de tons divers. Parmi les plus intéressants nous devons citer les A. glaucoptera, acinacea, argyrophylla, brachybotrya, cultriformis, decipiens, imbricata, juniperina, myrtifolia, obliqua, Riceana et verticillata. Au nombre des espèces étrangères à l’Australie on compte l A. Farnesiana de l’Inde, cultivé imdustriellement en Provence pour ses fleurs, usitées en parfumerie sous le nom de cassie, et l'A. horrida de l'Afrique australe, grand arbrisseau ornemental, qui se fait surtout remarquer par l’énormité de ses épines de couleur blanche ou cendrée, longues quelquefois de 10 centimètres. Peu d'arbres et d’arbrisseaux sont propres à faire des clôtures aussi mfranchissables que celles de cette espèce d’Acacia. C’est le Doornboom des Hollandais du Cap.
Dans le nord et le centre de l'Europe tous les Acacias appartiennent à la serre tempérée ou à l’orangerie; par contre, tous sont rustiques ou demi-rustiques partout où l’oranger peut être cultivé à l'air libre, et le succès de leur culture est d'autant plus assuré que le climat est plus chaud. Ces arbres, ceux d'Australie surtout, craignent peu la sécheresse des pays du Midi, plusieurs même ne réussissent bien que sous les climats torrides, et c’est là plus particulièrement qu’ils deviennent producteurs de gomme. À ces divers litres ils peuvent rendre d’éminents services en Algérie, soit comme arbres industriels, soit comme arbres de reboisements temporaires et pour préparer le terrain à d’autres essences plus avantageuses.
Il est presque superflu d'ajouter qu’on ne doit pas confondre les vrais acacias avec le Robinia faux-acacia, arbre rustique de l'Amérique septentrionale, aujourd’hui commun partout, et auquel il y a d’autres services à demander.
ACANTHOPHŒNIX rubra WENDLAND. — Grand et beau palmier desîles Maurice et de la Réunion, par conséquent de climat tropical, qui s’est cependant montré rustique à Sydney, près du 34° degré de latitude australe. Il pourrait réussir dans les endroits les plus chauds et les mieux abrités du midi de l’Europe, et plus probablement encore dans le sud de l'Algérie,
ACANTHOSICYOS Lorrida WELWITSCH. — Naras. Singulière cucurbitacée des déserts d’Angola et autres contrées de la Cafrerie tropicale. C’est une sorte de buisson épineux, sans feuilles, qui porte des fruits de la grosseur et de la couleur d’une orange, dont la saveur acidulée est assez agréable. Ses graines, grosses et charnues, sont aussi comestibles. Grâce à un développement extraordinaire de racines, longues souvent de 30 à 40 mètres, et qui s’enfoncent profondément dans le sol aride de ces régions, elle est la seule plante de sa famille qui puisse résister à l’ardeur et à la sécheresse de ces climats, et, par ses fruits, elle devient en quelque sorte la providence des populations barbares qui les habitent. Cette plante a jusqu'ici été imcultivable en France ; peut-être réussirait-elle dans la Sahara algérien; ce serait une expérience à faire.
ACER. — lirable. Genre principal, ou pour mieux dire le seul genre du groupe naturel des Acérinées, exclusivement composé d’arbres et d’arbrisseaux, à feuilles opposées, et qu’on cultive aussi bien comme arbres d'ornement ou paysagers que comme arbres forestiers. Il contient une soixantaine d'espèces, parmi lesquelles nous signalerons principalement les suivantes :
A. campestre 1. — L'érable commun. De l’Europe et du nord de de l’Asie. C’est un petit arbre de 10 à 12 mètres, à large tête touflue, à feuilles caduques, quinquélobées. Son bois est dur et souvent employé à faire des ustensiles agricoles, des vis de pressoirs, des manches d'outils, etc.
A. monspessulanum L.— L’érable de Montpellier. De toutle midi de l’Europe, où il est plus commun que le précédent, dont il se distingue par ses feuilles plus petites, trilobées, luisantes et demipersistantes. On regarde comme n’en étant qu’une variété l'A. creticum, dont les feuilles sont plus franchement persistantes.
A. neapolitanum L. — L’érable napolitain. D’Italie et de Sicile. Arbre de 12 à 15 mètres, à grandes feuilles quinquélobées et caduques. C’est un bel arbre d’avenue, qui est quelquefois employé à remplacer les platanes dans le midi de l’Europe. Il est fréquemment aussi planté dans les parcs.
À. circinatum Pursx.—- L’érable-liane ; du nord-ouest de } Amérique, ainsi nommé de ce que ses branches longues et grêles s’inclinent jusqu’à terre, où elles s’enracinent, formant par là des massifs impénétrables. Cet arbre peu élevé (10 à 12 mètres) et dont le tronc reste toujours grêle, est plus curieux que véritablement utile. Il pourrait cependant servir dans les parcs à abriter le gibier.
À. dasycarpum EnrarT.— L’érable blanc de Amérique du nord. C’est un bel arbre d’une quinzaine de mètres de hauteur, mais moins rustique que beaucoup d’autres espèces du genre. Très convenable d’ailleurs pour la plantation des avenues et des promenades dans l'Europe moyenne et méridionale, pourvu que le sol ne soit point sujet à la sécheresse. Son bois est médiocre comme bois d'œuvre, mais 1l fournit un bon combustible, surtout converti en charbon. On extrait du sucre de la sève, mais en beaucoup moins grande quantité que de celle de l’érable à sucre proprement dit,
A. macrophyllum Pursu.—Le grand érable de l’'Orégon. Du nord du Mexique et de la Colombie anglaise. Arbre de 25 à 30 mètres, de croissance rapide, à bois blanc veiné de fauve, très beau et aussi estimé que celui des Hickorys (Carya) pour les travaux de menuiet d’ébénisterie. L’écorce intérieure sert aussi en vannerie; on en fait des paniers, des corbeilles, des nattes, des chapeaux, ete. On retire du sucre de sa sève, comme de plusieurs autres érables. Ce bel arbre se plaît surtout le long des cours d’eau.
A. saccharinum VANGENuEIN. — L’érable à sucre. Du Canada et du nord des Etats-Unis. C’est un des grands arbres du genre, car il s'élève jusqu’ à 25 et 30 mètres, quelquefois davantage, sur un tronc de 3°00 à 4"20 de diamètre. Son bois est d’une teinte rosée, à grain fin et très fort; aussi lui trouve-t-on de nombreux emplois en menuiserie et en ébénisterie. Son principal produit cependant est le sucre qu'on extrait de sa sève en faisant des ouvertures à lécorce. Les arbres commencent à être saignés à vingt ans, et l'opération peut se continuer pendant une quarantaine d'années sans entrainer leur mort. La quantité du produit varie suivant les individus et aussi suivant leur âge. En moyenne, on retire d’un arbre, pendant une saison, de 12 à 24 gallons de sève, qui rendent en bloc de 4 à 8 livres de sucre; Mais On à vu quelquefois de très gros arbres donner quatre ou cinq fois cette quantité en une seule saison. Le sucre d'érable est l’objet d’un commerce important aux Etats-Unis, et il se prête à tous les usages du sucre de canne. L'arbre fournit en outre beaucoup de potasse, et son écorce est utilisée dans la teinture. Plus d’une fois on a tenté en Europe la culture de l’érable à sucre, mais jusqu'ici avec peu de succès. Il y devient moins grand qu'en Amérique, et donne comparativement peu de sève. Toutefois, ces essais faits au hasard, sans choix des terrains et sans considération pour le climat, ne peuvent pas être considérés comme décisifs négativement, et1l y aurait lieu de les reprendre. Il semble que c’est surtout en Norwège, où le sol et le climat ont beaucoup d’analogie avec celui du Canada, que l’érable à sucre pourrait être cultivé avec succès comme arbre industriel.
A. niveum BLUME. — Des montagnes de l’Inde continentale et insulaire, où il forme des forêts. C’est le plus grand du genre, car il s'élève j jusqu'à 40 mètres et plus. D’autres espèces d’érables ha bitant les mêmes lieux seraient également dignes d’être cultivées, soit comme arbres forestiers, soit comme arbres de parcs et d’avenues. Mais ces arbres sont encore peu communs en Europe.
À. platanoides L. — L’érable du Nord. De la Norwège et de la Suisse. Très cultivé dans toute l'Europe moyenne et septentrionale comme arbre d'ornement. Il s’élève à 20 mètres ou plus, donne un bel ombrage et fournit un bois usité en ébénisterie. En automne, son feuillage prend une belle teinte jaune, qui est d’un effet pittoresque dans le paysage.
A. pseudo-platanusL.—L’'érable sycomore. De l'Europe moyenne et méridionale, ainsi que de l'Asie occidentale. Il s’élève plus haut que le précédent, dont il a tous les emplois dans l’économie domesüque, les arts industriels et l’horticulture paysagère. Il supporte
assez bien les vents de mer chargés de particules salées ; sa sève contient une petite proportion de sucre.
A. rubrum L. — L’érable rouge d'Amérique. Arbre de 20 à 25 mètres, dont le feuillage prend, en automne, une teinte rouge qui le fait rechercher comme arbre paysager. Il aime les terrains profonds, fertiles et frais. Son bois est employé en menuiserie et en ébénisterie. Il sert aussi à fabriquer les ustensiles agricoles, jougs, charrues, vis de presssoirs, etc. Sa sève est sucrée, mais beaucoup moins que celle du véritable érable à sucre.
Plusieurs autres espèces du genre sont devenues classiques dans les parcs et les jardins de l’Europe. De ce nombre sont les Acer oblongum du Népaul, A. Nequndo (Nequndo fraxinifolium ) de l'Amérique du nord, à feuilles pennées, l’A. opulus d'Italie, FA. opulifolium des Alpes et VA. pensyloanicum de l'Amérique du nord; dont l’écorce verdâtre est marbrée de blanc. On pourrait citer encore quelques autres espèces, moins intéressantes au point de vue utilitaire que toutes les précédentes.
ACHILLEA. — Genre de plantes herbacées et vivaces de la famille des Composées, à petites fleurs en corymbes, jaunes, blanches ou purpurines. Toutes les espèces ont les feuilles plus où moins finement découpées; toutes aussi sont aromatiques à quelque degré, et quelques-unes ont des emplois industriels ou médicimaux. Citons, entre autres, les suivantes:
A. millefolium L. —- Le mille-feuilles, ou l'herbe au charpentier, commune dans toute l’Europe. Dans les terrains secs et rocailleux elle est pâturée par les moutons. Elle a produit une variété à fleurs pourpres, qui a trouvé un emploi dans les parterres.
A. moschata Würr. — Une des plantes qu’on désigne dans les Alpes sous le nom de Génipi. Elle est très aromatique et entre dans la composition du thé de Suisse.
A. fragrantissima L. — Espèce sous-arbustive d'Egypte et de Lybie, fortement aromatique et dont les fleurs desséchées sont empoyées en médecine comme toniques. Plusieurs autres espèces sont dans le même cas.
Les À. Clavennæ, serrata, macrophylla, à fleurs blanches, et A. filipendulina, ægyptiaca et tomentosa, à fleurs jaunes, sont souvent cultivées dans les parterres.
ACHRAS. — Arbres et arbrisseaux de la famille des Sapotées, originaires de l'Amérique intratropicale, et dont plusieurs sont.cultivés comme arbres fruitiers. Citons plus particulièrement les suivants :
A. Sapota L. — Sapotillier, Zapote et Nispero des Antilles, dont le fruit passe pour délicieux. Cet arbre est aujourd’hui cultivé dans la plupart des pays chauds. Son écorce jouit de propriétés fébriluges incontestables et remplace quelquefois celle des quinquinas.
Les A. Zapotilla Jaco. et À. vitellina Tussac, des Antilles, sont cultivés comme le précédent, mais leurs fruits ne valent pas ceux du sapotillier proprement dit.
Ex.
A. australis Ferd. von MuiLEr. — Espèce intéressante d’Australie, encore peu connue, et dont les fruits, quoique médiocres, sont comestibles, et pourraient certainement être améliorés par la culture. 11 semble probable que l'arbre s’acclimaterait dans le midi de l’Europe, le nord de l'Afrique et dans tous les pays de climat tempéré-chaud,
ACONITUM. — Genre de Renonculacées, comprenant des espèces qui habitent les hautes montagnes d'Europe et d'Asie. Ce sont des plantes herbacées, à racine napiforme et vivace, repoussant tous les ans de nouvelles tiges. Leurs feuilles sont palmées-incisées; leurs fleurs très irrégulières, remarquables surtout par la forme en capuchon d’un des pétales, situé du côté supérieur, et qui abrite les organes de la reproduction. Les fruits sont des gousses polyspermes, ordinairement au nombre de trois dans chaque fleur. Le genre contient un petit nombre d'espèces, toutes très vénéneuses, et néanmoins introduites dans la culture d'ornement.
A. Napellus L. — Le napel ou capuchon de moine, à racines charnues et à fleurs bleues, indigène sur toutes les hautes montagnes d'Europe. Sa racine, un peu semblable à un petit navet, contient trois alcaloïdes, l’aconitine, la napelline et la narcotine, employées en médecine, mais très dangereuses et dont l’administration ne saurait être ordonnée que par un homme de l’art. Cette racine a causé bien des empoisonnements. Les feuilles contiennent en outre un principe volatil âcre et vénéneux, qu’on retrouve dans plusieurs autres Renonculacées. Les autres espèces du genre participent aux propriétés de l’aconit napel, telles, par exemple, que les À. anthora, à fleurs jaunâtres, des mêmes lieux que le précédent; À. autumnale de la Chine; À. japonicum du Japon, etc.
ACROCOMIA. — Genre de palmiers exclusivement américains, composé d'arbres peu élevés, dont la tige est hérissée de longues épines. Une espèce, l'A. mexicana Karw., haut de 6 à 7 mètres, pourrait être introduit dans le midi de l’Europe comme arbre d’ornement. Il croît sur les montagnes du Mexique vers 1,000 mètres d’altitude, parmi les chênes et les pins, dans des localités dont la température moyenne est de 16 à 17 degrés centigrades, qui est celle d'Alger.
ACTÆA spicata L.— Baneberry des Anglais. Renonculacée herbacée et vivace des lieux élevés et calcaires de tout l'hémisphère septentrional. Sa racine est employée en médecine comme tonique. Dans le nord de l'Amérique, elle passe pour un antidote contre la morsure des serpents venimeux.
ADENOSTEMON uitidum PERSOON. — Grand arbre de la famille des Laurinées, intéressant par ses belles proportions et la beauté de son bois marqueté de veines colorées et très propre aux ouvrages de menuiserie et d'ébénisterie. Originaire du Chili méridional,
V ANRT IE
où il porte les noms vulgaires de Queule, Nuble et Aracua, il serait certainement rustique dans tout le périmètre de la Méditerranée.
ADESMIA balsamica BErRTERO. — Légumineuse papilionacée du Chili, où elle est connue sous le nom de Jarilla. C'est un petit arbrisseau qui produit une gomme balsamique utilisée dans quelques industries du pays.
ÆGICERAS majus GÆRTN. — Petit arbre de la famille des Ægicérées, qu'on rapproche de celle des Myrsinées, abondant sur les bords de la mer, dans le sud de l'Asie et le long des côtes orientales de la Nouvelle- Hollande, où il remplit le même rôle que les mangliers, en maintenant les sables et la bourbe contre le remous des flots. On le rencontre jusqu’au 34° degré de latitude sud, ce qui indique une certaine rusticité.
ÆSCHYNOMENE aspera L. — Légumineuse papilionacée, de l'Asie tropicale et de A Maue, C’est une forte plante vivace, dressée ou flottante sur l’eau des marais. Du jardin botanique de Melbourne elle a passé dans plusieurs parties de l'Australie tropicale, où elle s’est naturalisée. La moelle de ses tiges est employée à faire des chapeaux très légers, et remplace même le hège pour faire des bouchons de bouteilles. Elle porte le nom vulgaire de Solah.
ÆGLE Marmelos L. — Arbre de la famille des Hespéridées, assez analogue à l’oranger et au citronnier, mais demandant pour prospérer une chaleur plus soutenue. Il est originaire de l'Inde, où son fruit porte le nom vulgaire de Bel ou Bael. C’est plutôt un arbre médicinal qu’un arbre fruitier. La décoction de sa racine est considérée au Malabar comme le remède souverain de l’hypochondrie et des palpitations du cœur; celle des feuilles est vantée contre l’asthme, et ses fruits, cueillis un peu avant la maturité, passent pour le spécifique de la diarrhée des pays chauds et de la dysenterie. À ce point de vue, l’arbre mériterait d’être introduit dans toute les colonies intratr opicales. En Europe, ce serait plutôt un arbre d'ornement comme d’autres Hespéridées, et, à cause de son tempérament plus délicat que celui de l’oranger, il ne pourrait guère sortir des serres chaudes ou tempérées, si ce n’est dans les parties les plus méridionales et le nord de l'Afrique.
ÆSCULUS. — Principal genre de la famille des Hippocastanées, comprenant des arbres et des arbrisseaux, à feuilles composéesdigitées, à fleurs en thyrses ou en panicules aux sommets de courts rameaux, produisant de grosses capsules épineuses ou inermes, dans lesquelles sont logées des graines volumineuses (marrons d'Inde), riches en fécule et qui seraient comestibles sans un principe amer dont elles sont pénétrées. Jusqu'ici ces arbres n’ont guère eu d'autre rôle dans nos parcs et nos jardins que de décorer le paysage ; mais, ainsi que nous le dirons tout à l'heure, 1l y aurait d’autres services à leur demander, en utilisant leurs graines à la
nourriture des bestiaux et des volailles. Les espèces les plus intéressantes de ce groupe sont les suivantes, toutes parfaitement rustiques sous nos climats :
Æ. Hippocastanum L. — Le marronnier d'Inde. Arbre indigène du nord de l'Inde, de la Perse, du Caucase et de la Turquie d'Europe, introduit depuis plus de deux siècles en Allemagne et en France, où il est devenu commun, et où il sert principalement à orner les promenades publiques. Suivant les lieux et les qualités du terrain, il s'élève à 12, 15 ou 20 mètres, donne beaucoup d’ombre en été et se couvre de fleurs au premier printemps; mais ses feuilles tombent de bonne heure en automne, et l’arbre reste nu pendant tout l'hiver. Ses fleurs, réunies en thyrses, un peu grandes, blanches avec des macules de couleur carmin, le laissent presque sans rival parmi nos grands arbres paysagers pendant l’époque de sa floraison ; mais cette supériorité n’est pas de longue durée, surtout dans les étés chauds et secs, si habituels dans le midi de l’Europe. Assez souvent, après les pluies d’automne, on voit le marronnier d'Inde donner une seconde floraison, beaucoup moins belle d’ailleurs que la première. Ses grosses graines, connues sous le nom de marrons d'Inde, servent d'habitude à le reproduire; mais quelques personnes les emploient à la nourriture de la volaille, après les avoir fait macérer dans l’eau ou les avoir fait cuire pouren diminuer l’amertume. Nous devons ajouter que plusieurs agriculteurs du nord de la France font aujourd’hui récolter les marrons d’Inde pour les donner aux bestiaux, principalement aux vaches laitières, dont ils augmentent le produit sans nuire à la qualité du lait et du beurre. Les biches, les cerfs et les chevreuils en sont particulièrement friands, et M. Ternaux, le célèbre fabricant de châles, en nourrissait avec grand succès ses moutons et ses chèvres du Cachemire. Les marrons d'Inde cuits sont particulièrement avantageux pour l’engraissement des bœufs. Il est bon de faire remarquer que, dans le commencement de ce régime, les animaux éprouvent quelque répugnance à l’adopter, répugnance qui disparaît bientôt par habitude ; toutefois cette nourriture doit être rationnée, et n’entrer que pour une part modérée dans le régime. Il est évident que la fécule du marron d'Inde serait également alimentaire pour l’homme, si on parvenait à la débarrasser économiquement du principe âcre et amer qu’elle contient.
Æ. rubicunda HorT.— Le marronnier rouge. Presque semblable au précédent, mais de moins grande taille. Il en diffère surtout par ses fleurs entièrement de couleur carmin. Son origine est assez obscure : les uns le disent venu d'Amérique, où aucun botaniste ne l’a signalé jusqu'ici, les autres le regardent comme un hybride issu du croisement du marronnier d'Inde et du Pavia rubra de la Virginie, ce que semble appuyer son peu de fertilité. Ce n’en est pas moins un bel arbre décoratif, qu'on multiplie habituellement par greffe sur le marronnier d'Inde commun.
Æ. indica RoxBG. — Le marronnier de l'Himalaya. Très bel arbre, de 12 à {5 mètres de hauteur, à feuilles demi-persistantes, aussi beau de floraison que les précédents, mais encore peu répandu en Europe. Il existe d’ailleurs plusieurs autres espèces du
genre en Asie, en Chine et au Japon, qu’il serait désirable de voir introduire dans les parcs et les jardins de l'Europe.
Æ. turbinata BLum. — Du Japon. L'arbre est peu connu en Europe. On dit que ses graines sont employées à la nourriture de l’homme.
AGAPETES arborea DC. ( Vaccinium Leschenaullit WiGnr).— Grand arbrisseau ou petit arbre des montagnes de l'Inde et de Ceylan, à feuilles persistantes, couvert de fleurs et de fruits pendant toute l’année. Cet arbre est intéressant au point de vue décoratif, et il l’est aussi par ses fruits, comestibles comme ceux de lairelle. Il appartient à la famille des Kricacées, tribu des Vaccimiées. Plusieurs autres espèces du genre, telles que les A. varieqata, setigera, loranthifolia, vaccinacea, acuminata, etc., toutes des régions montagneuses de l’Inde, pourraient vraisemblablement s’acclimater dans les pays tempérés -chauds du midi de l’Europe, du nord de l'Afrique et de nos colonies intratropicales.
AGARICUS. — Genre de champignons, de la famille des Hyménomycètes, dont le premier élat est un mycelium, assemblage de filaments incolores qui pénètrent dans les substances organiques, mortes ou vivantes, dont ils doivent se nourrir. Arrivé à un certain degré de développement, ce mycelium donne naissance à des masses de diverses formes, qui affectent le plus ordinairement celle d’un parasol ou chapeau, dont la face inférieure est couverte de feuillets ou lamelles sur lesquelles naissent les spores, c’est-à-dire les corpuscules reproducteurs de l'espèce. Ce genre a été subdivisé par les botanistes modernes en divers autres genres, dont le principal est toujours celui des Agarics proprement dits. Plusieurs de ses espèces sont comestibles.
La plus intéressante est le champignon de couches (A. campestris), mdigène dans presque toute l’Europe, et qu'on trouve fréquemment dans les prairies où pâturent des chevaux. On le reconnait à son chapeau blanc ou grisätre en dessus et à ses feuillets sporifères, d’abord roses, puis tournant insensiblement à la couleur lie de vin. Son pied, ou pédicule, est cylindrique et non renfié à sa partie inférieure, par où il adhère aux filaments du mycelium, d’où il tire son origine.
Le champignon de couches est ainsi nommé parce qu’on le voit souvent se développer spontanément sur les vieilles couches à melons, ce qui a donné l’idée de le cultiver. C’est surtout à Paris que cette culture a pris de l’importance et est devenue une spécialité pour certains jardiniers, exclusivement champignonistes. Les Agarics se développant mieux à l'obscurité qu’à la lumière, on a utilisé, pour leur culture, les immenses carrières souterraines qui ont fourni, dans les siècles passés, les matériaux de construction de [a grande ville, et qui sont aujourd’hui abandonnées. Les couches à champignons s’y développent sur plusieurs centaines de kilomètres de longueur, et leurs produits, toujours recherchés, s’exportent dans toute l'Europe et plus loin encore,
L'élément essentiel de la culture des champignons est le fumier de cheval, d'âne ou de mulet, auquel on fait subir quelques préparations avant de l’employer. Descendu dans les carrières, on le dispose en couches ou meules d’une longueur indéterminée, larges de moins d’un mètre, bombées au milieu, et qu’on recouvre de quelques centimètres de terre. Avant cette dernière opération, on a soin d’introduire dans le fumier décomposé de la meule, des galettes, c’està-dire de petits fragments de fumier tirés d’une meule plus ancienne, et bien garnie de ce qu’en terme de jardinage on appelle le blanc. Ce blanc n’est autre chose que le mycelium du champignon. S'il est jeune et de bonne nature, il ne tarde pas à envahir la meule toute entière, et, au bout de quelques jours, à donner naissance à un grand nombre de champignons, qu’on récolte ordinairement dès qu’ils ont atteint le volume d’une noix. C’est à cet état qu’ils peuvent voyager le plus sûrement pour être exportés au loin. En les laissant plus longtemps sur la couche, ils deviendraient plus gros, mais ils perdraient de leur qualité et seraient moins recherchés des consommateurs.
Nous ne pouvons pas entrer ici dans le détail de cette intéressante et lucrative industrie, au sujet de laquelle d’ailleurs beaucoup de traités spéciaux ont été écrits. Nous dirons seulement qu’elle pourrait être pratiquée dans beaucoup de pays où on n’y à jamais songé, quoiqu'on y consomme des champignons importés des cultures parisiennes.
Parmi d’autres Agarics comestibles nous citerons encore :
A. Cæsareus Scuerr. — C’est l’oronge proprement dite, ou la vraie oronge, qu'il importe de distinguer de la fausse { A. muscarius L., Amanita muscaria Fries). C’est un grand et beau champignon, de couleur orangée, qui croît dans les forêts de pins et de sapins d’une grande partie de l'Europe et principalement dans les landes de Bordeaux. Sa chair est supérieure à celle du champienon de couches, mais il ne paraît pas que jusqu’iei on ait essayé de le cultiver.
A. flammeus Fries. — Du Cachemire. Champignon de grande taille et qu’on dit excellent. Sa culture devrait être essayée.
A. ostreatus JACQ. — De toute l’Europe. Il croît spontanément sur le tronc des vieux arbres. C’est une espèce délicieuse et qui était déjà renommée chez les anciens.
Beaucoup d’autres espèces d’Agarics sont comestibles et recherchées dans les pays où elles croissent ; malheureusement elles sont souvent difficiles à distinguer des espèces vénéneuses, et 1l ne se passe guère d'années où on n’entende parler d’empoisonnements par suite de quelque méprise funeste. À moins d’être versé dans la connaissance de ces végétaux, on devrait s’en tenir aux espèces classiques, reconnues partout pour être salubres et seules tolérées sur les marchés publics. Sans entrer dans de plus longs détails sur ce sujet, nous dirons que la plupart des empoisonnements, en France du moins, sont causés par l’Agaric bulbeux (A. bulbosus), qui a beaucoup de ressemblance avec le champignon de couche et croît à peu près dans les mêmes lieux. On len distinguera toutelois à ce
que les lamelles ou feuillets de son chapeau sont blanches et non colorées en rose ou en violet, et surtout à ce que son pied est fortement renflé à sa partie inférieure. L’Agaricus muscarius, ou fausse-oronge, est cause aussi de bien des empoisonnements. C’est un grand et beau champignon, commun dans nos bois en automne, dont le dessus du chapeau est orangé, ou même rouge de sang et parsemé de pustules blanches, qui sont les restes de l’enveloppe (volva) dans laquelle le champignon était renfermé avant de sortir de terre.
AGAVE. — Agave. Genre de plantes herbacées et vivaces de la famille des Amaryllidées et du groupe des anomales, tout entier américain, s'étendant du nord du Mexique et des Etats-Unis méridionaux au Brésil et aux Andes du Pérou. On en connait aujourd’hui plus de 100 espèces, la plupart introduites dans les jardins de l’Europe à titre de plantes curieuses ou d'ornement. Toutes ou presque toutes sont rustiques dans la région de l’oranger, au nord de la Méditerranée.
Les agaves se distinguent aisément des autres Amaryllidées, à leur souche plus ou moins enterrée, rarement élevée de quelques centimètres au-dessus du sol, et couronnée par un grand nombre de feuilles imbriquées, charnues, épaisses, raides, généralement épineuses sur leur contour et terminées au sommet par une épine plus forte et plus acérée que les autres. L’inflorescence, qui part du centre de la rosette des feuilles, est une panicule tantôt resserrée et figurant un épi gigantesque, tantôt à rameaux développés et étalés horizontalement, formant ainsi un grand candélabre. Les fleurs sont irrégulières, d’un jaune verdâtre ou d’un blanc sale, suivant les espèces. Le fruit est une capsule à 3 loges et trivalve, contenant un grand nombre de graines noires et très aplaties.
Malgré le volume et la dureté de leur souche, les agaves sont de véritables herbes, mais parfois gigantesques. Il en est de si énormes qu'une seule de leurs feuilles ferait presque la charge d’un homme. Les hampes de leurs inflorescences, souvent de la grosseur de la cuisse, et presque semblables à de colossales asperges dans les premières phases de leur développement, croissent avec une rapidité qui étonne. Dans l’espace d’un mois elles peuvent atteindre à 8 ou 10 mètres de hauteur. Après la floraison et la maturation des graines, ces grandes inflorescences périssent, et souvent même la plante entière avec elles ; mais alors elle à ordinairement propagé autour d’elle un grand nombre de drageons, qui assurent la conservation de l’espèce et une multiplication plus rapide que par le semis des graines.
Toutes les grandes espèces d’agaves peuvent être considérées comme des plantes industrielles, quoiqu'il n’y en ait qu'un petit nombre qui aient jusqu'ici été réellement utilisées. Nous citerons comme étant les plus intéressantes les espèces qui suivent :
À. americana L.— Faux aloès, Maguey. Du Mexique et de l’Amérique centrale, très répandue aujourd’hui dans toute la région méditerranéenne, où on l’emploie fréquemment pour enclore les
champs, ce à quoi ses fortes épines la rendent propre. Elle y vient sans culture et se propage d'elle-même par les nombreux drageons qu’elle émet autour de son pied. Suivant que le climat est plus ou moins chaud elle fleurit de la dixième à la quinzième année à partir de sa plantation.
Dans un terrain de bonne qualité, profond et un peu frais, l’'agave d'Amérique, à laquelle le vulgaire donne improprement le nom d’aloès (en Roussillon elle porte celui d’atsabare), arrive à de très fortes proportions. Ses feuilles, glauques, formant la rosace autour de la souche, peuvent atteindre ou même dépasser 2 mètres en longueur, sur 20 à 25 centimètres de largeur dans leur milieu, et leur épaisseur, près de leur base, être de 10 centimètres. Elles sont munies de fortes épines ligneuses le long de leurs bords, et terminées au sommet par un dard de quelques centimètres, noir, dur et très acéré, qui peut faire des blessures dangereuses, mortelles même. L'intérieur de ces feuilles est parcouru, à travers un tissu cellulaire épais et succulent, d’une grande quantité de longues fibres blanches, très tenaces, dont on fait en Amérique des cordages tout aussi forts et peut-être plus durables dans l’eau que ceux de chanvre; on en fait aussi des filets et des nattes qui s’exportent en Europe. Le suc de ces feuilles contient de la saponine, et pourrait être utilisé pour le lavage des étoffes, principalement des étoffes de soie. Enfin, au Mexique, on extrait de cette agave, en enlevant les feuilles du cœur quand elle se prépare à pousser sa hampe, un liquide sucré qui se convertit en une boisson alcoolique, le pulque ou vin de Maguey, dont les Mexicains font une grande consommation. D’autres espèces, voisines de celle-ci, sont utilisées de la même manière. Il est regrettable qu’en Europe et dans le nord de l'Afrique on n’ait pas encore songé à tirer de cette plante quelquesuns des services qu’elle rend en Amérique, et cela avec d’autant plus de raison qu’elle croît à peu près partout sans aucun soin.
À. applanata KuNtx.— L’agave blanche. Originaire des mêmes contrées que la précédente. Elle atteint de plus fortes proportions que celle-ci, dont elle se distingue à première vue à la blancheur de ses feuilles, couvertes d’une fine pulvérulence. Comme plante épineuse, elle est plus redoutable qu’elle, surtout par le dard qui termine ses feuilles, qui est plus long, plus dur et plus acéré. Des clôtures faites avec elle seraient infranchissables, et une plaine qui en serait couverte serait inabordable à de la cavalerie; elle éventrerait les chevaux et blesserait mortellemeut les cavaliers. Sa hampe est plus grosse et plus grande que celle de l’agave d'Amérique ; mais ses fleurs sont toutes semblables. C’est d’ailleurs une plante pittoresque au premier chef, et c’est à ce titre qu’elle est cultivée dans quelques jardins de Provence.
A. Salmiana Orro. — Du Mexique et de l'Amérique centrale. C’est probablement la plus gigantesque du genre. Ses feuilles, longues de 2 mètres et plus, sont plus larges proportionnellement que celles de l’agave d'Amérique, d’une verdure moins glauque et peu ou point épineuses sur leur bord, mais elles se terminent par un long dard qui se recourbe vers le haut. Ces feuilles sont de même riche-
ment pourvues de fibres textiles. La hampe de cette espèce, quand la plante est en bon sol, est presque de la grosseur du corps d’un homme. :
A. Zætli KarW.; À. rigida MizLer.— Chanvre sésal des Mexicains. Plante assez semblable à lagave commune, mais avec des feuilles plus étroites, plus longues et plus vertes. On la cultive au Mexique et dans toute l'Amérique centrale comme plante filassière. La récolte des feuilles commence vers l’âge de quatre ou cinq ans, et se continue pendant plus d’un demi-siècle, à condition qu'on empêche la plante de fleurir en coupant la hampe florale dès qu’elle apparait. Si on la laisse croître elle s'élève à 6 ou 8 mètres, et quoiqu’elle fleurisse elle ne produit ordinairement que des bulbilles aériens, qui, tombés sur le sol, s’y enracinent et reproduisent la plante. L’A gave Txtli est assez répandue dans nos jardins du midi de l’Europe, sans y être tout à fait aussi rustique que l’agave commune.
Beaucoup d’autres espèces du genre sont pareillement exploitées pour leurs fibres, telles que les A. Antillarum d'Haïti, À. Parryi du nouveau Mexique, À. Palmeri de l’Arizona, À. filifera de Californie, etc.
Très près des agaves se range le genre Furcræa (Fourcroya de quelques auteurs), dont les espèces sont aussi des plantes filassières, et les Beschorneria, véritables agaves dépourvues d’épines. Toutes ces espèces sont devenues des plantes d'ornement de plein air dans les jardins méridionaux.
AGROSTIS. — Agroslide. Genre de Graminées qui fournit quelques espèces fourragères fort importantes pour la composition des prairies. Parmi elles il faut distinguer :
A. alba. L. — Le fiorin, l'ÆZerd-grass des Etats-Unis. Plante vivace, originaire de l’Europe, de l'Amérique septentrionale et du nord de l'Afrique. On la sème ordinairement en mélange avec d’autres graminées fourragères. Sinclair regarde ce fourrage comme inférieur à la fétuque des prés (Festuca pratensis) et au dactyle (Dactylis glomerata), mais supérieur au vulpin (A/opecurus pralensis).
A. stolonifera. L. — D'une grande partie de l'Europe et vivace. Cette espèce recherche les sols humides et ne craint pas les terres submergées par les pluies d'hiver. Elle est précieuse pour les sols sablonneux, où l’eau s’accumule, et qu’elle contribue à affermir par ses nombreux drageons. Elle convient surtout aux chevaux et au gros bétail.
À. rubra. L. — Du nord de l’Europe et de l'Amérique. C’est le Red top des Etats-Unis, où on le cultive en grand. D’après le professeur Meehan, ce fourrage équivaut presque à la fléole des prés et au paturin (Poa pratensis) et l'emporte sur le dactyle.
A. scabra Wizzp. — Du nord de l'Amérique, où il porte le nom de Æair-grass. Très recommandé, dans ce pays, pour la formation de pelouses et de gazons, d'autant plus qu’il réussit fort bien sur les sols graveleux et maigres, et qu’il résiste à la sécheresse et aux plus
grands froids. Il couvre promptement le terrain, peut donner plusieurs coupes dans une année et est recherché par le bétail. C’est même un des meilleurs fourrages à donner aux vaches laitières. II croît d’ailleurs si serré, qu’il étouffe les mauvaises herbes. On sème de 4 à » kilogrammes de graines par hectare, et moitié plus s’il s’agit de former des gazons.
A. Solandri Ferd. vox MuLzLER. — De l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Excellent fourrage d'hiver dans les terres humides. Sa graine est riche en gluten et en fécule; elle contient aussi de la gomme et une forte proportion de sucre, ce qui explique ses qualités alimentaires.
À. oulgaris WITHERING. — Agrostide commune. De l’Europe et de l'Asie centrale. Plante peu élevée, mais qui croît vite et réussit dans tous les terrains. Seule, ou mêlée aux canches (Aira), elle forme un bon pâturage pour les moutons.
AILANTUS glandulosa L.— Grand et bel arbre du Japon, de la famille des Xanthoxylées, à feuilles composées-pennées etcaduques. Il est rustique dans toute la France, et il croît avec rapidité dans tous les terrains qui ne sont pas arides en été. Considéré d’abord comme arbre de simple ornement, on n’a pas tardé de lui reconnaître des qualités plus sérieuses dans son bois, qui est très beau, d’un jaune pâle, à reflets soyeux et presque aussi résistant que celui du chêne, quoiqu'il soit facile à travailler. Il n’est d’ailleurs sujet ni à gauchir ni à se fendre. Les feuilles de Païlante ont aussi un emploi utile en servant à nourrir le ver à soie qui porte son nom ( Bombyæ Cynthia). Cet arbre intéressant se propage également bien de graines et de rejetons du pied, et on attribue à son odeur un peu forte son mdemnité contre les attaques des insectes ; on assure même qu'il éloigne les pucerons des rosiers et des autres arbrisseaux qui se trouvent dans son voisinage. Quelques personnes le plantent en haies, dont on arrête la hauteur à 150 ou 2? mètres, pour y élever en plein air le ver à soie dont nous avons parlé plus haut. C’est à tort qu'on donne quelquefois à l’aïlante le nom de vernis du Japon, qui appartient à un arbre tout différent.
AIRA. — Genre de Graminées de l'hémisphère septentrional, en général peu élevées et d’une faible ressource pour l'alimentation des bestiaux. L'espèce la plus classique du genre est |A. cæspitosa L., la canche des Français, plante répandue dans tous les pays tempérés, et qui rend d’assez bons services pour le pacage des moutons, dans les terres sablonneuses.
AKEBIA quinata DEGAISNE. — Akébi des Japonais. Arbrisseau grimpant de la famille des Lardizabalées, à feuilles digitées, de cinq folioles ovales-arrondies, à fleurs unisexuées, monoïques, couleur lie de vin. Les fruits de l’akébi sont de grosses drupes allongées, comestibles à la maturité, mais qu’on voit rarement se développer en Europe, probablement par défaut de fécondation. Ce bel arbrisseau, qui est rustique même dans le nord de la France, y est em-
ployé à garnir des treillis ou à couvrir des murs. Il est possible que l’infécondité des fleurs femelles n’ait d'autre cause que l’absence des insectes qui, au Japon, transportent le pollen d’une fleur à l’autre, ce à quoi on pourrait remédier par la fécondation opérée à la main.
ALBIZZIA. — Genre de Légumineuses-Mimosées, qu’on confond souvent avec celui des acacias, dont il ne diffère d’ailleurs qu’en ce que les élamines sont soudées par leurs filets en une sorte de tube dans lequel l'ovaire est renfermé. Ce petit groupe comprend des arbres et des arbrisseaux à feuilles bipennées et jamais épineux. Les fleurs, en glomérules ou en épis, sont blanches ou rouges, quelquefois jaunes ou jaunâtres. Quelques botanistes réunissent le genre Pithecolobium aux Albizzia. Citons plus particulièrement les suivants :
A. lophantha BENrx. — Du sud-ouest de l’Australie. Petit arbre à branches étalées et dont les grandes feuilles font beaucoup d'ombre, aussi l’emploie-t-on souvent pour abriter des semis d’autres arbres dans les lieux exposés aux ardeurs du soleil. Sa croissance est d’ailleurs rapide et il ne rebute aucun terrain. Le bétail en broute volontiers le feuillage. Son écorce contient une faible proportion de tannin, mais sa racine est riche en saponine, dont on tire quelque utilité dans l’industrie. Ce petit arbre est fréquemment culüvé dans nos jardins du Midi.
A. basaltica BENTH. — Petit arbre de l'Australie subtropicale, dont on vante le bois pour sa belle teinte rougeâtre et son lustre soyeux. Les bestiaux se nourrissent de ses feuilles.
A. bigemina Ferd. vox MuzLer. — Des montagnes de l’Inde et du Népaul. C’est un bel arbre forestier, dont on estime le bois pour sa dureté et sa nuance d’un brun foncé. Plusieurs autres espèces du même genre habitent les montagnes de l’Inde, telles que A. subcoriacea, toutes d'assez grande taille et considérées comme arbres forestiers.
A. Julibrisin Durazzini. — De l'Asie centrale, du Caucase au au Japon, connu en France sous les noms d'arbre de soie et d’acacia de Constantinople. C’est un petit arbre d'ornement très remarquable par l'élégance de son feuillage, mais seulement du printemps à l'automne, car ce feuillage est caduc. Sa beauté est encore rehaussée par ses fleurs, dont les longues étamines, rose ou blancrosé, sont rapprochées en forme d’aigrettes. Il est demi-rustique à Paris, et tout à fait rustique dans l’ouest et le midi de la France.
A. latisiliqua Ferd. von MULLER. — Grand arbre de l'Amérique tropicale, dont la large tête s’étale en parasol, et dont le bois, richement veiné, est excellent pour l’ébénisterie. On le dit même plus beau que celui de l’acajou. Cet arbre serait à introduire dans nos colonies intratropicales.
A. Saman Ferd. von MuzLer; Pithecolobium Saman BENTH.— Arbre à pluie, Guango des Mexicains. Arbre de 20 mètres et plus sur 1"50 à 2 mètres de diamètre à la base, et dont la vaste ramure forme un parasol de plus de 100 mètres de circonférence, ce qui en
fait un des plus beaux arbres paysagers que l’on connaisse. Pendant la nuit, ses folioles s'appliquent les unes sur les autres et laissent par là un libre passage à la rosée et à la pluie, ce qui permet au gazon de croître sous son ombre. Le bois en est dur et fort employé en menuiserie, mais la grande utilité de l'arbre réside dans ses siliques pulpeuses et qui sont, comme celles du caroubier, une excellente nourriture pour les bestiaux. Cet arbre intéressant ne réussit bien que dans les pays à la fois chauds et pluvieux.
A. stipulata BENTH. — De l'Himalaya et de la Chine. C’est un arbre d’avenue, donnant beaucoup d'ombre, qui réussirait très probablement dans les parties chaudes du midi de l’Europe et le nord de l'Afrique.
ALCHEMILLA. — Genre de plantes herbacées, la plupart vivaces par leurs racines, appartenant à la famille des Rosacées-Sanguisorbées. Leurs caractères principaux consistent dans leurs fleurs petites, presque herbacées, peu apparentes, d’ailleurs dépourvues de pétales et n’ayant qu’un petit nombre d’étamines. On les reconnaît encore à leurs feuilles palmées ou lobées. Presque toutes les espèces du genre sont montagnardes et constituent un excellent fourrage pour les bestiaux.
Parmi les plus intéressantes à ce dernier point de vue nous devons signaler les suivantes :
A. oulgaris L. — Des régions septentrionales et des hautes montagnes de l’Europe, de l’Asie et de l'Amérique et même de l’Australie. Cette espèce abonde dans les prairies des Alpes et des Pyrénées.
A. alpina L.— Des mêmes régions, et montant, au nord, jusqu’en Laponie. Comme plante fourragère elle est inférieure à la précédente.
Citons, pour mémoire, les À. capensis et À. elongata de l'Afrique australe, et À. pinnata des Andes du Pérou. On en trouve aussi quelques espèces moins connues sur les hautes montagnes d’Abyssinie. Toutes pourraient servir aux mêmes usages que nos espèces indigènes, si on les introduisait sous nos climats alpins.
ALETRIS farinosa L. — Liliacée du nord de l'Amérique, où elle habite les forêts. Sa racine est excessivement amère, ce qui la fait employer en médecine comme tonique. C’est le Colic-root des Américains.
ALEURITES. — Genre d'Euphorbiacées dont deux espèces ont de l’intérêt pour l’acclimateur dans les pays tropicaux :
A. triloba G. ForsT. — Candle nut-tree des Anglais de l'Inde. C’est un grand et bel arbre des îles de la Sonde, de l’Inde et du midi de la Chine, aujourd’hui répandu presque partout entre les tropiques en qualité d’arbre industriel. La pulpe de ses fruits fournit une teinture solide et estimée, et de ses graines on extrait une grande quantité d'huile. Dans le sud de l'Australie, en dehors des tropiques, l'arbre supporte difficilement les faibles froids de l’hiver.
A. cordata Rob. Br. — De l'Asie orientale et du Japon. Cet arbre, qui est renommé pour la beauté de son bois, est beaucoup plus rustique que le précédent, et réussirait probablement dans le midi de l'Europe et le nord de l'Afrique. L'huile extraite de ses graines est siccative et est employée au Japon en guise de vernis.
ALIBERTIA. — Genre de la famille des Rubiacées, tribu des Cinchonacées, dont une espèce, l'A .edulis Ricu. (Genipa edulis L.), donne des fruits comestibles connus à la Guyane sous le nom de Goyave notre. C’est un simple arbrisseau, qui mériterait d’être introduit et cultivé dans toutes les colonies intratropicales à climat chaud et humide.
ALKANNA.— Genre de plantes de la famille des Boraginées, dont une espèce, l'A. finctoria Tauscx., est indigène des lieux stériles autour de la Méditerranée, depuis l'Espagne et le midi de la France jusqu'en Orient, où, de temps immémorial, elle est employée à la teinture, sous le nom d’Orcanette. Plante trop négligée aujourd’hui, et qui rendrait encore des services dans les localités arides et incultes.
ALLIUM. — Plantes herbacées et bulbeuses de la famille des Liliacées, dont quelques-unes sont potagères et quelques-autres considérées comme plantes d'agrément.
A. satioum L. — ['ail proprement dit, connu de tout le monde et cultivé depuis les temps les plus anciens. C’est un de nos meilleurs condiments. On lui a attribué, dans ces derniers temps, une qualité qui serait précieuse si elle était avérée, celle d’être le spécifique de la cruelle maladie de la rage. On a cité, en effet, plusieurs cas de guérison qui auraient été dûs à son ingestion autant qu'à son application en cataplasmes sur les morsures d'animaux enragés; mais le fait n’a pas, semble-t-il, été confirmé par de nouvelles expériences.
A. Cepa L. — L’oignon. C’est un légume de premier ordre et qui est même l’objet d'un commerce considérable pour certains pays où on le cultive en grand. On le croit originaire d'Egypte, et il y élait en usage dès les temps les plus anciens, comme nousle voyons par le récit de la Bible. Il a produit dans le cours des siècles une multitude de variétés, différentes de forme, de grosseur, de couleur et de saveur, qu'on trouvera décrites dans les traités spéciaux de jardinage, principalement dans les Plantes potagères par Vilmorin- Andrieux.
A. schænoprasum. L. — La civette ou ciboulette. Plante potagère indigène de l’Europe, de l’Asie et de l'Amérique du nord. C’est un excellent condiment, partout connu aujourd’hui.
À. porrum L. — Le poireau. Autre condiment, trop connu pour que nous nous y arrélions. Il se plait surtout dans les terres profondes, fraiches et fertiles, où il acquiert presque le volume du bras d’un enfant.
D’autres espèces du genre ont moins d'importance comme plantes
polagères. Citons cependant l'A. scorodoprasum L., du midi de l’Europe, qui ressemble beaucoup au poireau cultivé ; l'A. ascalonicum L., l’échalotte de nos jardins ; VA. roseum et l'A. neapolitanum, du midi de l’Europe, plutôt considérés comme plantes d’agrément, quoique leurs bulbes soient mangés par les gens des campagnes; et l’A. leptophyllum Warricu., de l'Himalaya, dont les bulbes ont plus d’âcreté que ceux de nos oignons, mais dont les feuilles servent de condiment aux habitants de ces montagnes.
ALNUS. — Genre de la famille des Bétulacées, comprenant des arbres presque tous habitants des contrées froides ou tempérées de l'hémisphère septentrional, mais qui a aussi quelques représentants sur les Andes du Pérou et de la Colombie, ainsi que dans les régions antarctiques. On le distingue du genre Betula à ce que ses cônes femelles ne se désagrègent pas en écailles comme ceux de ce dernier. Plusieurs espèces sont intéressantes à connaître; ce sont les :
À. glutinosa GÆRIN. — L’aune commun, ou le verne, de l’'Europe et du nord de l’Asie, où il recherche les bords des cours d’eau. C’est un grand arbre à feuilles caduques, et qui résiste aux hivers les plus rigoureux. Son bois, sans être très dur, se conserve longtemps dans l’eau; aussi s’en sert-on communément pour faire des chenaux, des conduites, des pieux, ete. Sa croissance est d’ailleurs assez rapide dans les terres imbibées d’eau, et il peut y atteindre une taille de 20 à 25 mètres, donnant ainsi des pièces de grosseur et de grandeur suffisante pour la charpente et beaucoup d’autres emplois. On le reproduit aisément de rejets enracinés qui poussent autour du pied, mais plus avantageusement de graines, qui donnent de meilleurs arbres.
À. cordifolia L. — Du midi de l'Europe, et se plaisant, comme le précédent, dans les terres humides. Il s’en distingue par ses cônes femelles deux ou trois fois plus gros et par son feuillage plus aigu. Il sert d’ailleurs aux mêmes usages et il est plus fréquemment cultivé comme arbre paysager.
A. nepalensis Don. — De l'Himalaya, où il monte jusqu’à l’altitude de 3,000 mètres. C’est aussi un grand arbre, de même que VA. nitida Expz., des mêmes régions. Tous deux y rendent les mêmes services que les espèces d'Europe.
L'Amérique du Nord possède plusieurs aunes, dont l’écorce est utilisée pour le tannage des cuirs. On en tire aussi une teinture orangée très belle et mdélébile, ainsi que divers médicaments. L’A. oregana Nurr., de la Cahlornie et de l’Orégon, plus grand que ses similaires d'Europe, fournit un bois d'œuvre assez estimé. Citons enfin les À. japonica et firma, tous deux du Japon, où, entre autres usages, on lire de leurs écorces une teinture noire d’une grande solidité.
ALOË. — Genre de la famille des Liliacées-Aloïnées, riche en espèces, qui sont la plupart de l'Afrique australe, et dont le port est extrèmement varié. La plupart sont de simples herbes, toujours vi--
vaces, quelques-unes deviennent arborescentes et s'élèvent à plusieurs mètres. Toutes se distinguent par l'épaisseur de leurs feuilles, tantôt charnues et succulentes, tantôt coriaces et presque sèches.
Leurs fleurs, diversement colorées, sont en épis ou en panicules,’
leurs fruits toujours capsulaires. Ge groupe de plantes fournit une multitude d'espèces d'ornement à nos jardins, mais beaucoup d’autres sont utilisées par la thérapeutique pour leurs propriélés médicinales. Citons parmi elles :
A. oulgaris Lauk. —- L’aloès à fleurs jaunes, originaire de l’Afrique, mais naturalisé depuis des siècles aux alentours de la Méditerranée, et introduit même en Amérique. En Europe, il croît au milieu des rochers voisins de la mer et dans les lieux les plus arides. Cette plante, connue des anciens, qui déjà l’'employaient en médecine, est celle qui, seule, pendant longtemps, a fourni la drogue connue sous le nom d’aloès, qu'on tire plus fréquemment aujourd’hui d’une autre espèce, l'A. socotrina. Toutes deux sont cultivées en guise de plantes d'ornement.
A. dichotoma L. Fs. — De Cafrerie. C’est une grande espèce, dont la tige ligneuse peut s'élever à 8 ou 10 mètres, et dont la ramure forme une tète de 10 12 mètres de tour. Le tronc lui-même devient très gros, et il est remarquablement lisse. Une autre espèce du même pays, l'A. Barberæe Mir, devient encore plus grande et plus grosse, et on en a vu des exemplaires dont le tronc avait jusqu’à 5 mètres de circonférence à | mètre du sol. Les A. Bainesut et Zeyheri sont presque aussi grands. Toutes ces espèces fournissent la gomme-résine médicinale qu’on extrait des espèces précédentes. Il serait facile de les cultiver dans les parties brülantes du nord de l'Afrique, où elles rendraient vraisemblablement quelques services.
A. ferox Mrzz. — De l'Afrique australe. Elle est arborescente, et remarquable par les grosses épines dont ses feuilles très épaisses sont hérissées. C’est l'espèce qui, au Cap de Bonne-Espérance, fournit le meilleur aloès. L’extraction de cette drogue est assez facile : il suffit de couper les feuilles et de les laisser égoutter. Leur suc épaissi devient, avec quelques préparations, l’aloès du commerce. La plante est d’ailleurs très belle, et elle sert, dans le midi de l’Europe, à orner les rochers et les rocailles artificielles des parcs et des jardins.
Outre les espèces précédentes il y a encore quelque intérêt à eiter les A. linguiformis et plicata, dont le suc est plus doux que celui de l’A. feroæ, et les À. purpurascens et spicata, également exploités par fa droguerie. Au surplus, presque toutes les espèces d’aloès à feuilles charnues pourraient être utilisées de même, entre autres l'A. frutescens, grande plante buissonnante aujourd’hui naturalisée au nord comme au sud de la Méditerranée.
ALOEXYLON agallochum LouREIRO.— Arbre des hautes montagnes de la Cochinchine, de la famille des Légumineuses césalpmiées.
C'est lui qui fournit le précieux bois d'aloès, renommé pour son:
odeur balsamique et ses propriétés médicinales. Quoique originaire d'un pays très chaud, le site très élevé qu’il occupe sur des montagnes
où le climat est tempéré, permettrait de l’introduire dans la plupart de nos colonies, aux Antilles, à la Nouvelle-Calédonie, à Madagascar, elc., partout, en un mot, où le climat est à la fois chaud et humide.
ALOPECURUS. — Genre de Graminées fourragères des climats tempérés de l'hémisphère septentrional, en Kurope, en Asie et dans l'Amérique du Nord. Trois espèces sont particulièrement recommandées. Ce sont :
A. pratensis L. — Le vulpin des prés. Un des meilleurs fourrages vivaces connus, mais qui n’atteint, d’ après Sinclair, son plein développement et toute son excellence qu’à la deuxième ou à la troisième année ; il est néanmoins précoce et donne un fourrage abondant et nourrissant. Tous les bestiaux le recherchent et, suivant plusieurs agronomes anglais, lorsqu'il est semé en mélange avec le trèfle blanc, il peut dès la seconde année nourrir d’une manière continue cinq brebis et cinq agneaux par acre de terre. Toutefois, pour donner de bons résultats, le vulpin doit être semé sur une bonne terre, fraiche ou un peu humide, etil y atteint jusqu’à un mètre de hauteur. Son existence dans le nord de l'Afrique, aussi bien qu'en Europe, indique qu'il pourrait servir à composer des prairies même dans des pays chauds, quand on y rencontre les conditions de terrain et d'humidité que nous avons signalées plus haut. Sa longue durée sur le même sol est aussi une qualité dont il faut tenir compte. En France, l’usage est de semer 20 kilogrammes de graines de vulpin par hectare quand il doit occuper le Terrain seul. I s’allie d’ailleurs très bien avec d’autres fourrages, notamment avec le ray-grass et la houque, ainsi qu’à divers fourrages légumineux.
A. bulbosus L. — Le vulpin bulbeux, ou vulpin des marais. Du centre et du midi de l’Europe, ainsi que du nord de l'Afrique. Moins estimé que le précédent, mais très utile encore pour les terrains marécageux et plus ou moins imprégnés de sel au voisinage de la mer.
A. geniculatus L. — Le vulpin géniculé. Des mêmes contrées que le précédent, et comme lui très utile pour convertir en prairies des terres très humides ou même marécageuses.
ALSTONIA.— Genre de la famille des Apocynées, dont plusieurs espèces fournissent des drogues et des médicaments. Ce sont des arbres et des arbrisseaux de l'Inde et de l'Australie. Une des plus intéressantes est l'A. constricta Ferd. von Muzrer, des parties les plus chaudes de l'Australie orientale. C’est un petit arbre dont l'écorce aromatique-amère est employée contre les fièvres intermittentes, et qui est aussi réputée tonique. Elle est d’ailleurs analogue à celle de l’A. scholaris R. Br., de l'Inde et de l'Australie septentrionale-orientale, connue dans la droguerie sous le nom de dita. On y trouve un alcaloïde particulier, la porphyrine. Tous les Alstonias contiennent dans leur sève du caoutchouc; il y en a même une espèce, PA. plumosa Hook., qui fournit au commerce la gomme élastique de Fidji, suivant le docteur Jos. Hooker.
ALSTRŒMERIA. — Genre d'Amaryllidées de l'Amérique du Sud, principalement du Pérou et du Chili, à racines tuberculeuses. Toutes sont des plantes d'agrément, fréquemment cultivées dans nos jardins. L'une d'elles, l'A. pallida Gramaw, est devenue, au Chili, une plante économique, par la fécule qu’on retire de ses tubercules. Les autres espèces pourraient être utilisées de même. Citons, parmi les plus répandues aujourd’hui, les À. peregrina, Ligtu, psittacina, versicolor et aurantiaca. On à séparé, sans grande raison, des A/stromeria, sous le nom de Bomarea, un petit groupe de plantes également ornementales, dont les plus intéressantes sont le 2. edulis et le B. caldasiana, toutes deux volubiles et à très belles fleurs. Leurs tubercules sont pareillement utilisés dans l'Amérique du Sud, pour la fécule qu’ils contiennent.
ALTHÆA. — Genre de la famille des Malvacées, la plupart à grandes fleurs roses ou violettes, cullivées les unes comme plantes d'ornement, les autres comme plantes médicinales, la plupart arbustives, plus rarement herbacées. Deux espèces sont principalement à signaler : l'A. officinalis L., sous-arbuste des lieux marécageux de toute l’Europe, du nord de l'Afrique et de l'Asie moyenne, utilisée en médecine depuis les temps les plus anciens, pour le mucilage que contiennent ses feuilles et sa racine; c’est la quimauve de nos jardins; et l'A. rosea L., vulgairement le passe-rose, grande plante bisannuelle et trisannuelle, de l'Asie occidentale, mais naturalisée d'ancienne date dans les jardins de l’Europe, dont elle est l’ornement par ses grandes fleurs, roses, blanches, pourpres, jaunes, sim ples ou doubles. Une troisième espèce, indigène des bords de l'Océan, dans le midi de l’Europe, estl’A. (ou Lavatera)maritima L., dontles feuilles grandes et crépues servent à orner les desserts sur les tables.
AMARANTUS. — Genre type de la famille des Amarantacées, contenant un grand nombre d'espèces dont plusieurs sont utilisées en agriculture. Quelques-unes même sont devenues potagères. Citons dans le nombre :
A. Blitum L. — Du midi de l’Europe et de l'Asie occidentale. Herbe annuelle dont les feuilles peuvent remplacer les épinards. La plante sèche contient 10 à 12 pour 100 de nitrate de potasse. Cultivée en bon solelle peut, dit-on, dans l’espace de trois à quatre mois, fournir jusqu’à 200 kilogrammes de salpètre par acre de terre.
A. frumentaceus Hamizr. — De l'Inde méridionale, où on le cultive pour sa graine farineuse assez analogue à celle des céréales.
A. paniculatus RoxB&. — Des parties tropicales de l'Asie et de l'Amérique. Cultivé comme le précédent et pour les mêmes raisons. D’après Roxburg cet amarante produit, en trois mois, sur un mètre carré de terrain, une demi-livre de graine très riche en fécule. Ses feuilles sont d’ailleurs consommées par les bestiaux et même par par la population pauvre du pays.
Plusieurs amarantes sont de belles plantes d'ornement, fréquemment cullivées dans les parterres. Les principales variétés sont les A. tricolor, salicifolius, sangquineus el speciosus.
AMÉLANCHIER. — Arbrisseaux de la famille des Rosacées- Pomacées, à fleurs en corymbes et dont les fruits sont de petites baies comestibles lorsqu'elles sont blettes. Deux espèces méritent d’être cultivées comme arbres fruitiers de second ordre.
A. oulgaris Lank.— De l’Europe centrale et septentrionale. C’est un arbrisseau de ? à 3 mètres, à feuilles blanchâtres en dessous, et dont les baies sont d’un bleu foncé à la maturité. Ces pelits fruits acidulés-sucrés se vendent sur les marchés.
A. Botryapium DG.— Du Canada, où il porte le nom de poirier à raisins( Grape pear des Américains). C’estun arbrede 7 à 10 mètres, beau de feuillage et de fleurs et extrêmement productif, donnant jusqu’à 300 bushels de fruits annuellement par acre de terre. Ses baies, sucrées-acidules, sont agréables à manger, mais elles servent plus habituellement à faire une sorte de cidre ou piquette et des conserves.
Tous les Amélanchiers se plaisent dans les terrains graveleux et siliceux, et peuvent servir à utiliser, en quelque sorte sans culture, les pentes des montagnes dans tous les pays froids ou tempérés.
AMOMUM Mioga Kzæmwpr.; Zingiber Mioga RoscoË. — Scitaminée de l’Asie orientale et du Japon, où elle est cultivée comme plante potagère sous le nom de A/ioga. Les Japonais en mangent les inflorescence avant l'épanouissement des fleurs, cuites de diverses manières ou confites dans le sel. Le Mioga a été cultivé avec succès à Paris, dans ces dernières années, et ceux qui en ont fait l’essai le recommandent comme pouvant s’ajouter à nos légumes ordinaires.
AMYGDALUS.—Amandier. Genre de Rosacées-Amygdalées, en tout semblable à celui des pêchers {Persica), sauf par le fruit, quin’a qu’une enveloppe coriace et sèche sur le noyau; encore paraît-il qu’on trouve quelquelois des amandiers chez lesquels cette enveloppe devient un peu succulente. Il y a aussi une différence assez sensible dans le noyau, aui, chez l’amandier, est lisse et percé de trous, tandis que celui des pêchers est profondément sillonné. Une seule espèce du genre a de l'importance, c’est l’amandier commun.
A. communis L. — Probablement originaire d'Orient, mais cultivé de longue date dans toute la région méditerranéenne, en Europe et en Afrique. Tout le monde connaît les amandes, un des meilleurs fruits secs et de dessert qui existent, très usité aussi en confiserie pour la confection de nougats, de dragées, de pralines, etc. On en tire aussi une huile qui a des emplois en pharmacie et en médecine.
L’amandier a donné naissance à un grand nombre de variétés, à coque dure et à coque tendre, à amande douce et à amande amère. Cette dernière, qui contient une assez forte proportion d’acide cyanhydrique, serait vénéneuse si on en mangeait une grande quantité, mais elle sert à aromatiser des liqueurs alcooliques, en leur communiquant une certaine saveur de kirsch.
La culture de l’amandier est très avantageuse dans les pays secs et chauds du midi de l’Europe, où ses fleurs très précoces ne risquent pas d’être atteintes par la gelée. Aucun arbre fruitier ne convient
mieux pour les terrains rocailleux, calcaires et arides, comme ceux de la Provence et de l'Algérie.
A. microphylla KuNTH.— Sous-arbuste buissonneux, des collines arides du Are mexicain, à 2,000 mètres de hauteur supramarine. Cette espèce est peu connue. Son fruit est globuleux, de la grosseur d’une noisette.
A. cochinchinensis LOUREIRo. — Des grandes forêts de la Cochinchine. Espèce très distincte de l’amandier commun par ses feuilles ovales, sans dentelures, qui rappellent celles de l’abricotier. Ses fruits, ou amandes, ont beaucoup de rapport avec ceux de lespèce commune. Cet amandier mérite d’atürer l'attention des agriculteurs dans les pays intratropicaux.
Il est difficile de dire si les À. arabica, nana et orientalis, décrits par divers auteurs, sont des espèces proprement dites ou de simples variétés de l’amandier commun.
AMYRIS. — Genre de la famille des Amyridées, composé d’arbres et d’arbrisseaux des parties chaudes de l'Amérique, dont plusieurs espèces fournissent des produits de diverses sortes à l’industrie, tels sont les À. Plumieri et À. hexandra DC., de l'Amérique du sud, qui donnent une partie de l’espèce de résine connue dans le commerce de la droguerie sous le nom de gomme Elémi ; Y A. balsamifera L., de la Jamaïque, dont le bois aromatique est employé en ébénisterie sous le nom de bois de rose ; VA. terebinthifolia TEN., du Brésil, grand arbrisseau à tête touflue, très propre à orner les parcs et les avenues, et qui, transporté dans l'Australie méridionale, par les soins de M. Ferd. von Müller, s’y est naturalisé dans des terres arides, non irriguées; enfin l'A. {oæifera des Antilles et de la Caroline du sud, dont le suc vénéneux trouvera peut-être un utile emploi en médecine.
ANACARDIUM occidentale L. — Faux-acajou. Arbre des Antilles et du continent américain, de la famille des Térébinthacées ou Anacardiacées, aujourd’hui propagé par la culture dans tous les pays chauds, en qualité d'arbre fruitier. Son fruit est de forme bizarre, et fait croire au premier abord, aux personnes étrangères à la botanique, que son noyau est extérieur à la pulpe comestible. Cette fausse apparence provient de ce que la pulpe charnue n’est autre chose que le pédoncule même de la fleur, qui s’est renflé et accru au point d’égaler le volume d’une poire ou d’une pomme un peu allongée. C’est ce qu’on appelle vulgairement la pomme d'acajou. Le fruit véritable, situé au sommet de ce pédoncule charnu, est une sorte de noix, la noix d'acajou, dont la coque est imprégnée d’un suc àâcre, qu'on croit vénéneux. La pomme est comestible, succulente, sucrée-acidule et inoffensive.
Il ne faut pas confondre l’Anacardium avec le véritable arbre à acajou, qui est le Swietenia mahogont.
ANDROPOGON.— Genre de la famille des Graminées, comprenant diverses espèces utiles à l’agriculture, el souvent désignées
sous le nom de Sorghum. Plusieurs de ces dernières semblent n’être que des variélés produites par une culture déjà ancienne. Parmi les espèces simplement fourragères, signalons les suivantes :
À. annulatus Fonskar. — De l'Afrique, de l'Asie méridionale et de l'Australie. Bonne plante de prairie, produisant surtout en été et en automne, et donnant un excellent fourrage.
A. argenteus DG. — C’est, dit-on, la meilleure graminée fourragère des Andes du Chili.
À. australis SPRENGEL. — Des parties chaudes de l'Australie. Ce serait, d'après M. Ch. Moore, botaniste et agriculteur de la Nouvelle- Galles du sud, un admirable fourrage vivace pour être pâturé par les bestiaux, sous un climat chaud et sec. Une espèce voisine, des mêmes contrées, l’A. {ropieus SPRENG., pourrait rendre les mêmes services.
À. avenaceus Micax. — De l'Amérique du nord et des montagnes de l'Amérique centrale. C’est une grande et forte graminée, des terrains sablonneux et secs, très recherchée des bestiaux.
À. erianthoides Ferd. vox Muii.— De l'Australie orientale subtropicale. D’après le botaniste Bailey, de Brisbane, il serait difficile de trouver une graminée fourragère supérieure à celle-ci, pour un climat chaud ou tempéré-chaud. C’est une herbe vivace, qui produit d'énormes quantités de foin succulent et nourrissant, et qui se reproduit rapidement de rejets du pied et de graines, même après avoir été broutée au ras du sol par les moutons. Cette espèce serait à recommander aux agriculteurs du midi de l’Europe et du nord de l'Afrique.
A. falcatus STeup. — De l'Inde et de l'Australie septentrionale. Suivant M. Bailey, cette espèce fournit de beaux gazons, compactes et d’une verdure vive. Intéressante au point de vue de l’horticulture pour former des pelouses, là où le climat chaud et sec ne permet pas d'y employer les graminées de l’Europe.
À. furcatus MUENLENBG. — Des Etats-Unis méridionaux. C’est une forte plante de plus d’un mètre de hauteur, dont les stolons et les longues racines sont très propres à fixer les sables maritimes.
A. halepensis Sigrup. — Du midi de l’Europe, de l'Asie occidentale et du nord de l'Afrique. C’est, suivant les localités, un bon fourrage ou une mauvaise herbe, dont on a beaucoup de peine à se débarrasser quand elle s’est une fois enracinée dans le sol. Il y a 2,000 ans déjà, le botaniste Théophraste en faisait l'éloge, et, depuis lors, elle n’a cessé d’être utilisée en Orient pour le pâturage des bestiaux. Son produit, dans les bonnes terres fraîches, est considérable, et on peut en faire cinq ou six coupes dans une année. D'ailleurs tous les animaux de la ferme la recherchent, et ses stolons souterrains, gros et charnus, peuvent même être employés à la nourriture des porcs. Dans la colonie de Victoria (Australie du sud) la plante est cultivée sur les montagnes jusqu’à 600 mètres d’altitude. ;
A. pertusus WiLLp. — De l'Asie méridionale et du nord de l’Australie. Espèce vivace et bon fourrage, une de celles qui résistent le mieux aux longues sècheresses de l’Australie, et qui est moins sen-
sible au froid que plusieurs autres, d’après les observations de M. Bailey, que nous avons cité plus haut.
A. refractus R.Br.— Du nord oriental de l'Australie. Excellente espèce, tant comme fourrage à couper et à sécher que commefourrage vert à pâturer. Elle donne un foin abondant en été, et saracine est aromatique.
A. sericeus R. Br.— Des parties les plus chaudes de l'Australie et aussi, paraît-il, de la Nouvelle-Calédonie. Cette espèce abonde dans les déserts australiens, où elle rend des services importants pour l'élevage des moutons, comme herbe à pâturer. Elle est vivace, et à ce titre elle pourrait être naturalisée dans le Sahara algérien.
Plusieurs espèces d’Andropogon sontutilisées par l’industrie des parfums, à cause des principes aromatiques que contiennent leurs rhizomes; citons parmi les plus classiques sous ce rapport :
À. calamus ROYLE. — De l'Inde centrale, déjà connu des anciens. C’est de cette espèce qu’on obtient par distillation l'huile essentielle de Nemaur, très usitée dans la parfumerie de l'Orient.
A. citratus DC. et À. nardus L. — La citronnelle de l’Inde, exploitée comme le précédent et pour les mêmes usages.
A. squarrosus L. — Vulgairement le vétiver, aujourd’hui très usité en Europe, et dont les racines sont souvent employées pour parfumer le linge et les étoffes, et en éloigner les insectes. Cette plante est depuis longtemps cultivée en Algérie, pour les besoins de la parfumerie locale.
Citons enfin l’A. formosus, dont les fortes touffes, hautes de 2 à 3 mètres, sont l’ornement des pelouses dans les parcs et les grands jardins.
Pour les Andropogon Sorghum et À.saccharatum, voyez Sorghum.
ANÉMONE. — Genre de Renonculacées qui fournit plusieurs plantes à nos parterres, la plupart remarquables par le brillant coloris de leurs fleurs. Toutes appartiennent à l'hémisphère septentrional, quelques-unes même n’habitent que les hautes montagnes. Elles sont vivaces par leurs tubercules radiculaires, qui passent l’hiver sous terre et développent leurs fleurs au printemps et en été. Citons, comme les plus habituellement cultivées, les suivantes :
A. pulsatilla L. — La pulsatille. De l’Europe et du nord de l'Asie. Plante des coteaux calcaires, dont les grosses fleurs violettes et velues sortent de terre aux premiers jours du printemps. Elle a eu jadis quelque emploi en médecine, mais elle est presque abandonnée aujourd’hui.
A. alpina L. — La pulsatille des Alpes; jolie plante à fleurs blanches ou blanc-rosé, jaunes dans une de ses variétés. Sa culture dans les jardins est difficile et réussit rarement.
À. coronaria L. — L’anémone des fleuristes. De l’Europe méridionale et de l’Asie occidentale; cultivée depuis des siècles dans nos jardins, où elle a donné de nombreuses variétés, à fleurs simples, doubles ou pleines, souvent très grandes, et dont le coloris varie du blanc au rose, au rouge de sang et au bleu. Gette belle espèce ali-
mente un commerce assez important chez les fleuristes de l'Europe.
A. pavonina L. — L’anémone œil de paon. Du midi de l'Europe, à grandes fleurs rouge cinabre où vermillonnées. Elle paraît n'être qu’une variété de l’A. fulgens, dont les fleurs rouge de sang sont éblouissantes. C’est peut-être par croisement avec l'espèce suivante qu’elle donne des variétés à fleurs violettes ou dans tous les tons du pourpre. Elle devient souvent pleine par la culture.
A. stellata L. — L’anémone étoilée; à fleurs plus petites que celles des précédentes, mais à pétales plus nombreux, ordinairement de couleur lilas, mais variant souvent au rose, au blanc et au violet.
A. apennina L. — L’anémone des Apennins, d'Italie. Charmante petite plante à fleurs bleues, simples ou pleines.
A. japonica DC. — L’anémone du Japon. Beaucoup plus haute de tige que les précédentes. Superbe plante, à fleurs roses, rouges ou blanches, simples ou doubles, dont la culture a tiré plusieurs variétés intéressantes.
A. hepatica L. — L'hépatique ou herbe à la Trinité. Du midi de l’Europe, où elle habite les cotaux calcaires. Elle se distingue des précédentes par ses feuilles simplement trilobées et non découpées. Ses fleurs sont d’un bleu tendre, plus rarement blanches ou roses.
Nous passons sous silence beaucoup d’autres espèces également cultivées, et que les amateurs peuvent se procurer chez les fleuristes de France, d'Angleterre ou de Hollande.
ANGOPHORA. — Genre de Myrtacées-Leptospermées, voisin des Eucalyptus et, comme eux, originaire d'Australie. Les Angophora diffèrent des Eucalyptus en ce que leur corolle est composée de pétales libres et non transformée en opercule, ce qui est le caractère propre des Eucalyptus, ainsi que nous le dirons plus loin. Ce sont de grands arbres à feuilles aromatiques, et dont le bois peut être employé comme bois d'œuvre. Nous n’en connaissons jusqu'ici que les trois espèces suivantes :
A. lanceolata DC. — Grand et bel arbre, déjà introduit en Provence et en Algérie, où il rivalise avec les Eucalyptus par sa rusticité et la rapidité de sa croissance. Sa tête touffue et d'une verdure vive en fait un arbre d'ornement et d’avenue, en attendant qu’on lui trouve d’autres emplois.
A. intermedia DC. — Du sud-est de l'Australie, plus recommandable que le précédent par la grande taille à laquelle il arrive en peu d'années, et qui atteint souvent à 40 ou 50 mètres. Son bois est dur, résistant, mais traversé par des veines de résine kino qui en limitent l'emploi pour les travaux de charpente. Il est recherché cependant pour les pièces qui demandent à la fois de la souplesse et de la légèreté. En Australie, on extrait de ce bois la résine kino, qui sert à divers usages. Cet arbre, qui est probablement aussi rustique que le précédent, mériterait d’être imtroduit dans les cultures forestières du midi de l'Europe.
A. subvelutina Ferd. vox Muzz. — De la Nouvelle-Galles du Sud. Il est presque de la taille du précédent, à bois tendre quand il
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est encore vert, mais très dur lorsqu'il est sec, et, par suite, très recherché dans le charronnage. 11 contient aussi une forte proporlion de résine, dont un seul arbre peut fournir jusqu’à deux gallons.
ANONA. — Genre de la famille des Anonacées, dont plusieurs espèces produisent des fruits renommés, parmi lesquelles il faut citer les suivantes :
A. Cherimolia Mizrer. — Du Mexique et du Pérou; arbrisseau très répandu entre les tropiques, et qu’on retrouve dans quelques jardins du midi de l'Espagne et de l'Algérie. Sa culture pourrait remonter plus au nord, à l’aide de l’espalier et de quelques abris en hiver. Ses fruits sont délicieux; ce sont, ainsi que ceux des espèces suivantes, les Custard-apples des Anglais.
A. squamosa L. et À. muricata DC. — Deux autres espèces, également recommandables par la beauté et l’excellence de leurs fruits. Elles sont cultivées dans toutes les colonies intratropicales ; aux Antilles leurs fruits portent le nom de pommes-cannelles.
A. reticulata DCG.— Des Antilles. Espèce sauvage, dont les fruits médiocres s’améloreraient probablement par la culture.
ANTHEMIS nobilis L. — Camomille romaine. Plante herbacée, vivace par ses racines, de la famille des Composées radiées, indigène dans une partie de l’Europe et le nord de Afrique. C’est une plante médicinale bien connue. Ses fleurs, qui en sont la seule partie utile, contiennent une huile volatile particulière et deux acides très analogues aux acides angélique et valérianique, auxquels elles doivent leurs propriétés.
La camomille romaine est cultivée industriellement dans quelques pays, notamment en France. Elle demande une terre forte et une bonne exposilion au soleil. On la multiplie par division des vieux pieds, qu'on plante en automne en pépinière, pour les mettre en place au printemps suivant ; lorsque le plant s’est un peu développé, on le butte avec de la terre pour empêcher les tiges de s’étaler et les fleurs de traîner à terre. On commence à récolter des fleurs dès la première année, mais c’est surtout à la seconde que cette récolte est productive. On cueille les fieurs lorsqu'elles sont aux troisquarts ouvertes, et on les expose au soleil pour les faire sécher. Il faut 100 kil. de fleurs fraîches pour fournir de 33 à 34 kil. de fleurs sèches, prêtes à être livrées au commerce, emballées dans des tonneaux.
L’A. tinctoria L., du midi de l'Europe et de l'Orient, simplement annuelle, fournit une teinture jaune qu’on extrait de ses fleurs.
ANTHISTIRIA. — Genre de Graminées fourragères des contrées tropicales de l’ancien continent et d'Australie. Elles servent toutes à l'alimentation des bestiaux, quoiqu’elles ne soient pas encore entrées dans la culture régulière. Deux espèces principales sont à signaler : S
A. avenacea Ferd. von MuzLer.— De la Nouvelle-Galles du Sud.
C’est une plante vivace que le docteur Bailey, de Brisbane, considère comme une des graminées les plus productiv es de l'Australie, aussi bien comme fourrage à faucher qu’à faire pâlurer sur place. Elle produit en outre beaucoup de graine qu'on peut faire consommer à la volaille et aux bestiaux.
A. ciliata L.; À. australis R. Br.— Elle est connue en Australie sous le nom d'herbe aux Kangourous, mais on croit l'avoir trouvée aussi dans le sud de l'Asie et dans une grande partie de l ‘Afrique. Nous en parlons ici à cause du grand intérêt qu’il y aurait à la propager dans les pays chauds, où elle rendrait indubitablement de grands services par ses qualités fourragères. L'analyse chimique y a fait découvrir de fortes proportions d’albumine, de gluten, de sucre et de gomme, ce qui explique sa valeur alimentaire.
Plusieurs autres Anthuistiria seraient encore à recommander, entre autres l'A. membranacea Linpz., excellent fourrage qui prospère dans les plaines désertiques les plus arides de l'Australie.
ANTHOXANTHUM. — Genre de Graminées, dont une seule espèce a quelque importance comme plante fourragère; c’est l'A. odoratum L., la flouve odorante des prairies d’ Europe. Son produit est des plus faibles, mais elle se recommande par sa précocité et son odeur aromatique, qui rend plus appétissant pour les animaux de la ferme le foin auquel elle est mêlée. Elle est vivace et vient dans tous les sols, mais c’est dans les terres profondes et fraîches qu’elle atteint toute sa perlection. À la Nouvelle-Zélande, où elle a été transportée d'Europe, elle conserve sa verdure toute l’année, et on l’y considère comme un bon fourrage, malgré son peu d’ampleur. L’ analyse chimique de la flouve a fait reconnaitre que son parfum est dû à la coumarine, principe qui existe vraisemblablement dans les Andropogon aromatiques dont il a été parlé plus haut.
ANTHYLLIS. — Genre de Légumineuses papilionacées, des parties tempérées et tempérées-chaudes de l’ancien continent; comprenant des herbes et des arbrisseaux. Une de ses espèces, l'A. oulneraria L., connue en France sous les noms d’anthyllyde vulnéraire et de trèfle jaune, a acquis depuis un demi-siècle une certaine notoriété en agriculture. C’est un fourrage vivace, qui réussit surtout dans les terrains secs et calcaires, et qui est à la fois plus abondant et plus nutritif que le trèfle incarnat. Il convient, soit en sec, soit en vert, à la nourriture des chevaux, et mieux encore à celle des vaches dont il augmente la production laitière. L’anthyllide se sème, suivant les circonstances, au printemps dans une céréale, ou en automne sur une terre qui a produit du blé, et dont on se borne à gratter la surface par un labourage superficiel ou un hersage. C’est, en quelque sorte, une demi- jachère, qui laisse reposer le sol, tout en donnant un certain produit.
ANTIARIS. — Genre d’'Artocarpées, des îles de la Sonde, des Moluques et des Philippines, dont une espèce, l'A. toxicaria L., qui est l’Antiar des Javanais et le Bohon-Upas des Malais, passe pour
un des arbres les plus vénéneux qui existent. Les Javanais et les Malais sont habiles à composer avec son suc laiteux le poison dont ils enduisent le fer de leurs flèches, et ce poison est si actif que la moindre blessure dans laquelle il pénètre entraîne presque infailliblement la mort. Un poison de nature végétale devient souvent, lorsqu'il est administré à propos et à dose convenable, un médicament héroïque, et il y aurait lieu d’expérimenter à ce point de vue celui de l’Antiar. C’est à ce litre seul que nous en parlons ici.
API0OS. — Genre de Légumineuses papilionacées, de l'Amérique septentrionale, connu surtout par une espèce, l'A. {uberosa MOENCH, qui à fait beaucoup de bruit lors de son introduction en Europe, vers le milieu du siècle. Klle devait, disait-on, remplacer la pomme de terre, qu’on croyait menacée de disparaître par suite de l’invasion du Peronospora infestans. L’illusion n’a pas été de longue durée; l’Apios produit en effet quelques tubercules, qui sont à la rigueur comestibles, mais auxquels il faut deux ou trois ans pour atteindre le volume d’une pomme de terre moyenne. De plus, la plante élant grimpante par ses liges volubiles, sa culture devenait trop dispendieuse eu égard à son faible produit. Elle serait complètement oubliée aujourd’hui si elle n’avait trouvé quelque emploi dans le jardinage d'agrément, où on s’en sert pour garnir des treillages et des berceaux, qu’elle orne de son feuillage penné et des grappes de ses petites fleurs purpurines.
APONOGETON.— Genre de plantes de la famille des Joncaginées, essentiellement aquatiques et dont les feuilles flottent à la surface de l’eau. Deux espèces méritent d’être signalées; ce sont les suivantes :
A. crispus THuNB&. — De l'Inde et de la Nouvelle-Galles du Sud. Les petits tubercules de ses racines renferment une excellente fécule, qui sert d’aliment à quelques peuplades. La plante pourrait être utilisée dans les mares et les élangs d’une faible profondeur, qui, par là, donneraient un certain profit.
A. distachyus THun8G.— De l'Afrique australe, naturalisée dans quelques rivières de l’Europe méridionale, même en France, où on l’emploie communément à orner les bassins, par ses feuilles longuement elliptiques qui flottent sur l’eau, et par ses fleurs blanches portées sur un long pédoncule, qui se divise en deux branches à son sommet. La plante est rustique dans le midi de la France, où elle se reproduit d'elle-même par ses graines et par les tubercules de ses racines. Une autre espèce, l'A. monostachyus, plus rare dans les collections, est appelée à rendre les mêmes services.
C’est sans raison suffisante qu'on a séparé des Aponogeton une autre espèce de Madagascar sous le nom d’Ouvirandra fenestralis Curtis. C’est un véritable Aponogeton, presque semblable à l’espèce naturalisée, sauf cette curieuse particularité que les feuilles y sont réduites au réseau de leurs nervures, dont l’entrecroisement représente une dentelle délicate flottant sur l’eau. Cette espèce n’est pas assez rustique pour se développer à l'air libre sous nos climats,
et on ne peut la cultiver que dans les aquariums des serres chaudes, à titre de curiosité végétale.
AQUILARIA Agallocha, RoxBG.—- Bois d’aigle, bois d’aloës. Très grand arbre de l'Inde, de la famille des Aquilariacées, renommé pour son parfum et depuis longtemps employé en médecine. Ce AE un est dù à une résine rougeûtre dont le bois est imprégné, et qui sert d’encens en Orient.
Plusieurs autres arbres du même genre donnent aussi des résines, mais moins estimées, comme parfums, que celle de cette espèce.
ARACHIS. — Genre de Légumineuses papilionacées, du Brésil, et qui ne contient jusqu'ici qu'une seule espèce :
L’A. kypogæa L., dont les graines sont l’arachide du commerce. La plante est herbacée et annuelle, à feuilles composées et à fleurs jaunes. Ce qu’elle offre de particulier est que ses fleurs, après la fécondation, s’enfoncent en terre, pour y grossir et y mürir leurs fruits, sortes de gousses réticulées, contenant communément deux graines, qui ont quelque chose du goût de la noisette, sans toutelois la valoir. De là le nom qu’on leur a donné, en France, de pistache de terre. Ces graines sont très huileuses, et c’est là ce qui en fait la véritable valeur. L’arachide est cultivée en grand dans plusieurs pays intratropicaux, principalement à la cote occidentale d'Afrique, d’où les navires en apportent des chargements à Marseille. L'huile qu’on en relire est surtout employée à la fabrication du savon. On a essayé à plus d’une reprise de cultiver l’arachide daus le midi de la France ; elle y mürit, mais la culture en est trop dispendieuse pour donner du profit; aussi y est-elle complétement abandonnée. Sous un climat plus chaud, la plante pourrait être cultivée en qualité de fourrage, car elle est reconnue très nourrissante et surtout avantageuse aux vaches laitières, auxquelles on donne tout à la fois l’herbe et les fruits appendus aux tiges. Il faut toutelois les laver pour en faire tomber la terre. Les sols légers, sablonneux et calcaires sont ceux qui conviennent le mieux à cette culture.
ARALIA, — Genre de la famille des Araliacées, comprenant des arbrisseaux et des plantes herbacées, dont plusieurs ont de l’intérèt comme plantes industrielles ou d'ornement. Telles sont les suivantes :
A. papyrifera L. — De la Chine. C’est un sous-arbuste de 3 à 4 mètres, à larges feuilles palmées, et dont la moëlle, blanche et épaisse, sert à fabriquer le papier de Chine. Cette espèce, de même que plusieurs autres Araliacées, est assez commune dans les jardins du midi de l’Europe, où elle joue le rôle de plante d'ornement.
A. cordata THUNBG. — Oudo, Doku-Quatz des Japonais. Plante herbacée, à racine vivace, grosse et charnue, universellement cultivée en Chine et au Japon dans les champs et dans les jardins potagers. C’est un excellent légume par sa racine qui se mange cuite à la manière des scorsonères, et par ses feuilles qui s’apprètent de diverses manières ou se mangent crues en salade ; mais il
faut au préalable les avoir fait blanchir par le bultage, comme on le fait pour le céleri. La plante est rustique dans toutes les parties de la Chine, et elle l’est aussi en France, où des essais de culture faits au Jardin des Plantes de Paris ont parfaitement réussi. Ce légume sera probablement adopté un jour dans toute l’Europe.
ARAUCARIA. — Arbres superbes à fleurs dioïques, de la grande famille des Conifères, origimaires de l'hémisphère austral. ‘On les trouve dans l Amérique du Sud, l’Australieet quelques îles de l’océan Pacifique. Tous se font remarquer par la noblesse de leur port, leur grande taille, leur verdure perpétuelle, et quelques-uns par leur rusticité en Europe et le volume extraordinaire de leurs cônes femelles. Peu d'arbres peuvent rivaliser avec eux comme ornements du paysage ; mais ce sont aussi des arbres forestiers qui se recommandent par les qualités de leur bois et la résine qu'ils sécrètent.
A. Bidwillii Hook.— De l'Australie orientale, où les indigènes le nomment Zunya-Bunya. C’est un arbre de 40 à 50 mètres de hauteur, de forme pyramidale et garni de branches étalées depuis le pied jusqu’au sommet. Ses feuilles sont serrées, lancéolées-aiguës, luisantes et d’une verdure sombre. Ses cônes femelles sont de la grosseur de la tête d’un homme, et les grosses graines qu’ils contiennent sont comestibles comme des amandes. Le bois est dur, à grain fin, très agréablement veiné; aussi est-il recherché pour les ouvrages de menuiserie et d’ébénisterie.
L’A. Bidoilli a élé introduit en Provence, où il se montre très rustique, résistant même aux hivers qui maltraitent les orangers. Quelques-uns de ces arbres, hauts de 10 à 12 mètres, produisent des cônes femelles qui, faute d’être fécondés, restent stériles. Les arbres des deux sexes devraient être cultivés à proximité les uns des autres.
À. brasiliensis À. Ricu. — Du Brésil méridional. Arbre de 50 à 60 mètres, assez analogue au précédent par le port et le feuillage et rustique au même degré. Ses graines sont comestibles, et son bois très estimé pour la g grande char pente. On en extrait aussi beau-
coup de résine et de térébenthine. C’est un des rares arbres de l'Amérique du sud qui constituent à eux seuls des forêts. On en voit ca el là de beaux exemplaires dans les parcs et jardins de la basse Provence.
À. Cooki Rob. Br. — De la Nouvelle-Calédonie, où il forme de vastes forêls. Sa hauteur dépasse quelquefois 60 mètres. Ce bel arbre ne semble pas devoir être rustique dans le midi de la France, mais il pourrait l’être sur le littoral du nord de l'Afrique.
À. Cunninghami AtTon. — De l'Australie orientale, entre les 14° et 32° degrés de latitude. On le trouve aussi dans la Nouvelle- Guinée, au dire du v oyageur Beccari. Sa hauteur estde 50 à 60 mètres, sur 150 à 2 mètres de diamètre à la base du tronc. Son bois, qui est susceptible d’un beau poli, est recherché pour les ouvrages de menuiserie et d’ébénisterie, mais le prix en est assez élevé dans le pays de production. Ce bel arbre ne réussirait point en Europe, mais il pourrait être introduit dans les colonies intratropicales, au Brésil
et autres pays exempts d'hiver. On le connait sous le nom vulgaire de Pin de Moreton.
A. excelsa R.Bn.; Colymbeael Futassa de quelques botanistes. — Le pin de Norlolk. Arbre magnifique qui arrive jusqu'à 70 mètres de hauteur sur 3 mètres de Sue tre à la base. Ses branches régulièrement vertücillées par élages successifs et ses rameaux couverts d'un épais feuillage linéaire en font un des plus majestueux ornements de nos parcs méridionaux. Il est rustique dans la région des orangers, où on en voit déjà quelques beaux exemplaires. Son bois, dans le pays d’origine, est surtout employé pour la charpente et les constructions navales.
A. imbricata PAYON. — Du Chili et de la Patagonie. Arbre remarquable par ses belles proportions, son port pyramidal et la verdure sombre de son feuillage, raide, coriace et terminé par une pointe aiguë. Il n’est pas moins remarquable par sa rusticité, qui lui permet de prendre un beau développement dans l’Europe occidentale, jusqu'au-delà du 55° degré de latitude. On en voit de grands et beaux exemplaires dans les parcs de la Bretagne, de la Normandie et de l'Angleterre. Il est dioïque comme les précédents, et présente une grande inégalité de taille suivant le sexe, les individus mâles ne dépassant guère 14 à 15 mètres, tandis que les mdividus femelles en atteignent plus de 40. Ses cônes sont très gros, et ses graines comestibles servent à la nourriture des indigènes de l’'Amérique australe. On calcule que 18 arbres en plein rapport suffisent à nourrir un homme pendant toute une année. Le bois est blancjaunâtre, parcouru de veines de couleur plus foncée, léger, facile à travailler et susceptible d’un beau poli. Il convient admirablement pour les constructions navales et la menuiserie. Sa résine, de couleur claire, exhale l’odeur de l’encens, qu’elle pourrait remplacer jusqu’à un certain point. L’arbre se plait sur les collines sèches et rocailleuses.
A. Rulei Ferd. von Muzzer. — De la Nouvelle-Calédonie. Arbre magnifique, couvert d’un grand feuillage luisant et de proportions superbes. Comme arbre de paysage il est de premier ordre, et on ne peut pas douter ‘que son bois n’ait de la valeur, mais son origine intratropicale n’en permettrait pas la culture en Europe. C’est aussi de la Nouvelle-Calédonie que nous viennent les À. Mulleri, Balansæ et montana, encore peu connus. La Nouvelle-Guinée possède aussi quelques espèces d’araucarias qu'il y aurait de l'intérêt à introduire dans nos colonies intratropicales, les Antilles particulièrement.
ARBUTUS. — Arbres et arbrisseaux de la famille des Ericacées, propres aux régions tempérées et tempérées-chaudes de l’hémisphère septentrional, à feuilles persistantes. Leur caractère botanique le plus saillant consiste dans leurs corolles en forme de grelot, blanches ou roses, et dans leurs fruits charnus et comestibles. Leur principal usage toutefois est d’orner nos parcs et nos jardins, où déjà plusieurs espèces sont communes. Les plus imtéressantes sont :
A. Unedo. L. — L’arbousier commun, connu aussi sous le nom d'arbre aux fraises, parce que ses fruits sphériques, muriqués et
d’un rouge vif, ressemblent beaucoup à de grosses fraises. Leur saveur est assez agréable et on en fait, en Corse, une sorte de cidre. L'arbre est indigène de l’Europe occidentale et méridionale ; il s'élève à 8 ou 10 mètres, mais on le taille ordinairement en buis-
son dans nos jardins. $es fruits, qui sont fort jolis, paraissent quel- ”
quefois sur les tables.
A. Andrachne L.— De la Grèce et de l'Orient; remarquable par son grand feuillage, son écorce très lisse et ses grappes de fleurs blanches. Ses fruits sont comestibles comme ceux de l’arbousier commun, mais il est moins rustique que lui.
A. Mensiesit Pursx. — Des côtes occidentales de l'Amérique du Nord. C’est le plus grand du genre, car il s’élève jusqu’à 40 mètres et plus, sur 2 à 3 mètres de diamètre à la base. Sa croissance est relativement rapide, et son bois d’une extrême dureté, mais il ne réussit bien que dans les terres argileuses profondes. Soit comme arbre forestier, soit comme arbre paysager, ce grand arbousier mériterait d’être introduit en Europe, principalementau voisinage de la mer.
L’A. longifolia L., des Canaries, un peu sensible au froid, n’est cultivé à l'air libre que dans le midi de l'Europe, en qualité d’arbrisseau d'ornement.
ARENGA. — Genre de la famille des Palmiers, ne comprenant qu'un petit nombre d'espèces, dont une, l'A. saccharifera, de l'Inde, des îles de la Sonde et des Moluques, joue un rôle considérable dans l’agriculture de ces régions. C’est un arbre de 8 à 10 mètres, quelquelois beaucoup plus grand, et qui ne fleurit et ne fructifie qu'une fois dans sa vie. Son principal produit est la sève sucrée qu'on en retire, en coupant successivement les rameaux de sa vaste inflorescence (spadice). Cette sève est convertie en boissons al-
cooliques, mais on en extrait aussi du sucre, qui fait l’objet d’un
commerce assez important. L'arbre périt épuisé par ces saignées répétées, mais on trouve encore dans la moëlle de sa tige une quantité considérable de fécule. Les couches extérieures de cette tige sont excessivement dures, et elles persistent seules après l’excavation de l’intérieur ; aussi les emploie-t-on à divers usages domesliques. Les pétioles ou grandes côtes des feuilles fournissent des fibres noires, semblables à des crins de cheval et très tenaces, dont on fait des cordes, des cables, des étoupes pour le calfatage des navires, des matelas, etc. Cet arbre utile ne peut pas sortir de la zone intratropicale. Il existe cependant une espèce d’Arenga dans les provinces méridionales du Japon, qui s’acclimaterait probablement dans le midi de l'Europe.
ARGANIA. — Genre de la famille des Sapotées, qui ne contient probablement qu’une seule espèce, l'A. sideroxylon DC. ou Sideroæylon Argan L.,eonnu en France sous le nom d’Argan du Maroc. C’est un arbre épineux, de taille moyenne (7 à 12 mètres), à petites feuilles raides et luisantes, qui croît sur les collines arides du Maroc, mais qu’on n’a point trouvé en Algérie, où il y auurait quel-