CHAPITRE PREMIER. i
Des Autographes en général.
Dans les siècles les plus reculés, on a attaché une grande importance à la conservation des manuscrits^.
Chez les Juifs, les tables de la loi, les écrits de Moïse , ceux des prophètes , étaient conservés dans le sanctuaire ménle, comme un endroit inviolable.
Les Romains avaient un respect profond pour les écrits de leurs souverains. Ils recueillaient leurs édits avec un soin religieux et les plaçaient dans les temples
SOUS la protection des dieux. Certains écrits de leur» empereurs, comme l'avaient été ceux de leurs rois, étaient renfermés dans leurs tombeaux. Les tablettes enduites de cire, où les savans avaient déposé les fruits de leurs doctes travaux , étaient exposés dans les endvfii» i^Ucs pour l'aistructfon ûa peuple.
Chez les Orientaux, on recevait à genoux, des mains de l'envoyé, le fîrman de l'empereur. A sa vue, le fier calife descendait de son coursier et se prosternait jusqu'à terre : les portes des villes s'ouvraient à l'approche du courrier porteur de la missive impériale.
Pourquoi donc tous les manuecrits originaux des historiens de ces nations, des législateurs, des poètes , des savans;ne se sont-ils point conservés jusqu'à nous? C'est qu'un grand nombre de ces autographes a été sacrifié plus tard à la poKtîqtte ombrageuse de certains conquérans, ou à l'esprit de domination de certaines corporatioris totôléi^ântès. Ainsi , à Athènes , les manuscrits de Protagoras furent brûlés parce qu'ils traitaient de magie; à tlbme, te sénat livra aux flammes ceux de Numa , qu'on retira de son tombeau çqjparm des écrits dangereux^ en opposition à la religion nouvelle qu'un conquérant voulait établir ; Augus^ fît éprouver un sort pareil aux écrits satiriques de jLabiénus, et il en fut de même de l'ouvrage de l'historien Crémuti^s Cofdus. Plus tard , les manuscrits d^jérius et ceux de Nestor ius eurent aussi les honoeurs du bûcher.
Néanmoins^ à côté de ces déplorables profanations^
D\UTOGRArPHËS. 7
un grand nombre d'hommes illustres, de sa vans distingués, se livraient avec lih aèle éclaii^ à la conservation des autographes. Mais l'invasion des Barbares,, les ravages des Normande, en détruisirent encore un grand nombre. En France, les Anglais nous spolièrent de Dfos archives nationales , et les emportèrent au-delà '<les mers, et si quelques manuscrits importans survécurent à ces ravages , c'est aux moines à qui l'histoire , à qui les lettres doivent «la conservation de ces documens Taras et précieux.
Dans des temps meilleurs , à la renaissance des lettres, ces hommes laborieux, loin de s'approprier exclusivement ces richesses, facilitèrent aux savans :1a connaissance de ces écrits , et les multiplièrent avec le tenqia, grâce aux nombreuses copies qu'ils en firent du fond de leurs retraites monacales. Chaque couvedû: avait taiors ses manuscrits à montrer aux visiteurs, et c'était dans \euv& trésors, non ioin des reliques <fes saints , qu'ils plaçaient ces autograjphes précieux.
Des couvens , les autographes sont passés dana le^ bibliothèques de Fraiioe|d'Alktnagne, d'Angletei^re;, d'ItaKe.
» La bibliothèque de Vienne possède les sQaxanl;i9*quatorze premiers chapitres du Poème de Thes>erdanky écrits de «la main ;dè l'empereur Maximilien V%
A Fulde, on voit leoianusci^H; des Qu€itre Émn^ giksj écrit de la main de saint Boniface. ^
Le Musée de Londres conserve un recueil in-f<oilio , contenant un grand nombre de leltresauiC^raphes.des
roiâ d'Angleterre. On distingue dans quelques-unes de ces lettres le style et la belle plume de la reine Elisabeth.
A Prague est une Table de logarithmes, autographe de l'astrononoe Ticho-Brahé.
La bibliothèque de Bologne renferme les manuscrits du pape Benoît XIV, ceux du célèbre naturaliste Aldrovandre, ceux de Caspi et d'Eustache Manfredi.
Chez les dominicains de la même ville , on voit le manuscrit du Pentateuque , qu'on prétend avoir été écrit par Esdras.x
Zurich possède le manuscrit original de Quintilien et un grand nombre de lettres autograplies de Jeanne Gray au savant Bullinger.
A Genève , on montre les Lettres et les SermaUs de Cahin.
La bibliothèque du Vatican possède le manuscrit autographe des Èpigrammes de Pétrarque.
Celle de St - Giovani à Carbonara , en Sardaigne , le manuscrit de la Jérusalç^ délis>rée^ei ceux des autres ouvrages de Torquato 'Bpssoet de Bemardo Tasso.
Celle de St-Dominico Maggiore^ le manuscrit autographe de Pontanus.
C'est à Berlin qu'est le volume écrit par Albert I", duc de Prusse, où il a tracé à son fils les règles et les principes d'un bon gouvernement.
A Cracovic est VEncjclopédie latine^ écrite de la môin de Jérôme de Prague, pendant qu'il gémissait dans les pri&ons de Pilsen , en Bohème^
d'autographes. 9
A Varsovie , on conserve des Journaux militaires écrits de la main du grand Sobieski.
La bibliothèque de Pétersbourg renferme les. négociations du czar Pierre P% la correspondance de Mensîcoff, en 37 vol. in-folio, et l'Instruction de Catherine II pour rédiger un nouveau code. Ce dernier ou^ vrage est renfermé dans un vase de bronze magnifique.
M,.Fredenheim , savant suédois, qui a déterminé à Rome la véritable étendue du forum, possède à Stockolm les Mémoires d'aider Sasfius^ ambassadeur en Suède à la paix de Westphalie , et des lettres originales de Charte^ XII, Frédéric P% Louis XV, Stanislas, roi de Pologne, de la reine Ulrique-Éléonore , et du cardinal Judice, premier ministre d'Espagne.
A Upsal , on voit un Traité d^astrojiomie écrit de la main du roi Ulric XIV, en i566.
La bibliothèque du Roi , à Paris , si riche en autographes par les acquisitions qu'elle a faites des manusr crits originaux rassemblés par Pierre et Jacques DupUy, de Béthune, Loménie de Brienne, Gaignières, Du^ fourny, Louvois, Colbertj^amare , Baluze, de Mes' mes,Ducange, Lancelot, Doat, Serilly, Sautereau, etc., possède des autographes, depuis Charlemagne jusqu'à nos jours, des rois, des souverains étrangers , des ambassadeurs, des guerriers, des ministres, des savans, des écrivains, des poètes, etc., etc. Si l'on veut avoir une idée plus complète de la nature de ces pièces originales, on peut consulter : i** Essai sur la biblio* thèque du roi ( par Le Prince ) ; Paris , 1 783 , petit
in- 12; a" Recherches sur les bibliothèques ^ par M. Petit-Radel. i8i8, ih-8^
Il semble que le sort des autographes ait suivi de près celui des belles -lettres, des sciences et des arts. Toutes les fols que fleurirent ces branches de l'esprit humain , les autographes turent recherchés et conservés avec soin. Lorsque les belles-lettres, tes sciences, les beaux-arts éprouvèrent des révolutions qm amenèrent leur décadence, les autographes furent détruits ou enfouis dans l'obscurité.
£0 France, d^uis François P% époque de la renaissance des lettres^ les manuscrits furent d'un secom^s fnmiense pour collationner et rétablir les textes d'une foule d'ouvrages importans et jusque-^là împârjfaits; aus^^ on ne s'en tint j^us alors aux premiéros copies qui tombèrent sous lu main ; mais k dé&ut du manuscrit original , ce fut sur des copies du t^fnps et faites sous les yeu^c d'hommes éclairés que les éditions nou^ veUes furent publiées et enrichirent les bibliothèques nationales et particulières. On fit plus encore, pour constater authentiquemeUlf un &it historique impor- XjasûXy on rechercha les pièces oi'^inales de l'époque^ lès correspondances , les minutes même des lettres des personnages qui avaient fi^;i3ré dans cet épisode ^ ^ l'idée de rassembler ces matériaux historiques, ces lettres autographes en ^collections particulières, s'empara de quelques-uns des écrivains toccupés de ces recherches scientifiques. Un peu pins tard, ce goût se propagea et ce fut alors que se formèrent ces riches et
d'autoohai^hes. I I
nombreuses collections cpti conservèrent au pays une foulé de docttOiiekis précieux.
La preniièi^ coUection connue d^autographes, titres, pièces bistoriques , etc., etc., Ait celle formée par Antoine LoiiaMiE ii^ BrienKb , ambassadeur de Henri IV, piitô 'secrétàiceMd'état , mort en i638. Cet homme célèbre avaitràssemblé avec beatsiooup de soin toutes les lettres aifttograplid&, pièces historiques | mémoires, qui finrent^ensuitedasséespar Mlii. Dupuy. Ces dérntiers en firent des ^copies qu'ils disposèrent sous des titres généraux «t en composèrent un corps de trois cent quarante volumes in-folio. Loménie de Brienne, pour indemniser MM. Dupuy, leur laissa tes originaux et garda lé6 copies. Cette collection Ait acquise par Louis XIV, qui la fit placer "dans b bibliothèque , en 1 656, sot» te nom de Fonds de Srienne.
Dans le méitte temps , ^erre Ï>up'uy, né en i58ï , mort on i65i^«t Jacques, son frère^ né en i586, moil en 1 656, èntrepripent de ibrmer une collection de mà^ niiscrîts, pièces originales traitant <!tes offices et dignités, des droits et prérogatives de la couronne, et particulièremifeiit;ide8 traités de paix , d'alliances, trèv^, etc. , d'uû très^rand nosnlbre àe ^lettres autogt^pfaes t3^au«> leurs iprecs, latins , (français^ italiens, etc., et des plus grands hommes dm slvh* siècle, s^r différens points importans de la littiératore. Les frères Dupuy conisacrèrent l'espace de quarante années à compléter -ces importantes arohives, qu'ils léguèrent de^leor vivant au rcfi Louis Xllt.
Philippe , comte de Béthune, mort en 1 665 , père d'Hyppolite frère de Maximilien duc de Sully, avait été employé sous Henri IV, et sous Louis XIII , dans diverses négociations importantes. Dans ses différentes ambassades , il recueillit les lettres originales et les pièces historiques qu'il trouva sous sa main. Son fils hérita du même goût et grossit considérablement le recueil que Philippe avait commencé. Michel de MaroUes, abbé de Yilleloin, contribua aussi à l'agrandissement de la collection de M. le comte de Béthune. Voici ce qu'il dit à ce sujet, à la page du catalogue de ses ouvrages : (( J'avais recueilli avec grand soin plusieurs » lettres, négociations... qui ont passé depuis dans le » cabinet du roi, par les mains du feu comte de Bé- » thune , qui les aimait passionnément. » Parmi les pièces recueillies par les comtes de Béthune, père et fils, il y a environ mille lettres originales (de l'an i3oo jusqu'au xv' siède ) de la plupart des rois , reines , princes et princesses , de leurs grands-officiers et ministres, dont on peut tirer des documens utiles pour l'histoire.
Gaignières (Franc-Roger de). On a peine à comprendre comment un homme , dont la fortune était médiocre , a pu rassembler et mettre en ordre tant de pièces différentes ; imprimés, manuscrits, estampes, dessins^ tableaux, cartes géographiques, etc.
Par acte passé en 1 7 1 1 , en présence de M. de Torcy, acceptant pour sa majesté ( Louis XIV ) , et par son ordre, M. de Gaignières fit don au roi de sa riche
D^ AUTOGRAPHES. l3
collection^ s'en réservant la jouissance sa vie durant. A sa mort, en 1716 , cette collection passa dans la bibliothèque royale , où elle est encore aujourd'hui désignée sous le non) de Fonds de Gaignières.
La collection de manuscrits se divise ; i^ ne plus de quatre-vingts volumes in-folio, dans lesquels sont renfermés des titres originaux avec les sceaux et monu* mens concernant les archevêques et évéques.
Q^ Plus de vingt volumes de titres originaux ou extraits, armes et tombeaux , concernant divers abbayes , abbés , abbesses , et pièces de plusieurs provinces de France.
3"" Environ cent soixante volumes contenant des lettres originales des rois, princes, princesses, ministres , ambassadeurs de France et des autres états de l'Europe , depuis Charles VII jusqu'au règne de Louîs-le-Grand.
4** Environ cent dix volumes de mémoires , dé^ pèches , Tettres diplomatiques autographes.
5*^ Un recueil considérable de chartes et cartularires de plusieurs élises et monastères du royaume.
Ces ouvrages sont en original avec les sceaux, et conservés dans des portefeuilles.
Caille-Dufourny, auditeur des comtes de Lorraine, homme distingué par la parfaite connaissance qu'il avait des anciens titres et de toutes les pièces historiques de cette chambre, recueillit les titres, lettres et renseignemens sur les duchés de Lorraine et de Bar. Le roi en fit l'acquisition en lyiSj
l4 MANUEL
et cette précieuse collection est ccmservée à la biUio* thèque du roi, sous le nom de Fonds Duf&urny.
L'abbé de Louvois , bibliothécaire du roi , légua , par son testament , ses livres et sa collection de ma* nuscrits à la bibliothèque du roi.
Cette collection forme trois cents volumes in-folio ; ils coatiennent des dépêches, mémoires et négociations depuis 1640 jusqu'en 1 660 ; phis trente-deux portefeuilles ou boites remplis de papiers concernant les aifaiœs d'état , depuis 1649 jusqu'en 1699.
Balu^s (Etienne), né en i63o, mort en 17 18^ Écrivain célèbre et bibliographe passionné, ce savant , dont le nom est cher à la république des lettres, s'était formé une collection précieuse de manuscrits, dont la bibliothèque du roi fit l'acquisition en 17 19.
Ces manuscrits forment de nombreux reo«ieils. On y remarque une grande quantité de chartes originales^ bulles et pièces détachées ^ toutes trés^précieuses. Les plus importantes sont :
i"" Environ deux cent cinquante-huit bullefrdes papes.
n^ Des chartes originales, des conciles et statuts de l'ordre de Cluny , au nombre de plus de deux cent vingt ; des lettres concernant diverses aM>aye8, églises, monastères , etc. ; et des quittances des services communs du pape et des cardinaux; décimes, affaires ecclésiastiques , depuis le ix* jusqu'au xv* siècle.
3^ Nombre de chartes des ix>l8 de France, qui commencent à Louis^le-Débonnaire et finissent à Louis XI.
D^UTOGRAPHES. l5
4"" Lettres, actes, titres, etc., de cUAiéreas rois, comtes, ducs^ abbés^ concernant la Catalogne, l'Aragon , etc. ^
5"* Lettres, actes, titres, réglemens concernant le Languedoc, donnés par des rois, ducs, etc.
S"" Titres de la nnaison de la Jugie , dans laquelle il y a deu^ cardinaux .
j^ Un recueil de mélanges contenant : lettres, décrets r ordonnances , testamens , délibérations , elic; , des roi», Pbilippe*le-Hardi , Louis, comte de Flandre ; des comtes de FOrcalquier ; de Charles II , rot de 8i^ cile; de l'empereur Henri VII; de Jean, cardinal de Clermont; de Raoul, sîre de Sandeley^ trésorier d'Au:^ gleterre ;: de l'empereur Ferdinand au pape ^ île Saléas Marie Sforce, elc , etc.
8® Plusieurs recueils de lettres ot^ioales de Gaston d'Orléans I, des cardinaux de Richelieu et Ma2a<rin 9 et d'autres ministres, agens , etc. , 9"^ Onze grands rouleaux contenant des pièces cri* ginale&sur l'interrogatoire^ jugement et condamnation des Templiers;, etc.
Mësmes ( J.-Ant. de), premier président, membre de l'Académie française , né en i66i , mort en 17:23. Sa coUectioa^ riche de plus de six cents irolumes , se compose de traités de paix et d'alliances avec le& différentes puissances de l'Europe ; de mémoires sur les forces et sur l'état de chaque nation ; sur les droits et les prétentions du roi , des ambassadeurs ; des négociations, entre autres celles de l'illustre comte
l6 MANUEL
d'Avaux, depuis 1628 jusqu'en i65ô, et la v collection des mémoires originaux de la ligue , commençant k l'année ^579.
La bibliothèque du roi a acquis cette précieuse collection , en 1 73 1 .
CoLBERT ( J.-B. ), né en 1619 , mort en i683. La collection Colbert était une des plus riches qu'on connût jusqu'alors. Outre les pièces originales les plus curieuses par leur antiquité , il s'en trouvait un trèsgrand nombre du ministère du cardinal Mazarin (i), et un recueil des titres , mémoires , instructions , lettres , etc., concernant le royaume et les affaires étrangères. En outre , soixante portefeuilles de pièces originales sur diverses matières ; des diplômes de nos rois, depuis Philippe-Auguste jusqu'à François I•^
Enfin, Pierre-Daniel Huetj évoque d'Avranches, membre de l'Académie française , né en 1 63o , mort en 1721, avait conservé et réuni en collection toutes les lettres de sa correspondance. Parmi ces lettres on en remarque soixante-quinze du savant Leibnitz.
Elles sont conservées à la bibliothèque du roi sous le nom de Fonds Huet,
On trouve , outre ces collections particulières , des recueils d'autographes , décrits et désignés dans les catalogues de livres de d'Aguesseau , Lamoignon , de Thou, Goissin, Le Tellier, Bigot , Buttaux, Dufay,
(1) Ce recueil est conservé à la bibliothèque du roi sous le nom de Cinq cents de Colbert.
d'autogkaphes. !^
du cardinal Dubois , d'Hoym, maréchal d'Eôtrées, Burette, Danty-d'IsnardjTurgot de St-Glair, Rothelin, etc. Les autographes se ressentirent du vandalisme exercé sur tous les objets d'art par les démagogues de la ré-^ volution de 1 789. Les collecteurs de livres, qui , la plupart^ possédaient aussi des manuscrits et pièces originales , furent signalés et dénoncés comme recelant des titrés de noblesse, ou entretenant des correspondances avec les aristocrates. Dans une visite qui fut faite chez Duplanil , le traducteur de la Médecine domestique dé Busching , Tun des commissaires aperçoit dans un rayon de bibliothèque des cartons et des liasses de papier ; il secoue là poussière , et laisse tomber quel-> ques lettres de Turenne, de Louis XIV et d'écrivains célètHnes. Il apostrophe alors en ces termes le tremblant Duplanil : « Tu dis que tu n'es pas aristocrate , )) toi , et tu entretiens des correspondances avec ce ty- » ran , avec ces docteurs ? » Duplanil a beau lui faire remarquer que depuis long-temps les personnages étaient morts ; « c'est égal, réplique le commissaire, y) puisque tu as osé recevoir leurs lettres , et plus en* » core les conserver, tu y passeras. » Toutefois, lés parchemins , les lettres furent saisis. Ces dilapidations^ ne s'arrêtèrent point seulement chez les particuliers; mais les parchemins, les papiers renfermés dans les bibliothèques publiques ^ furent emportés et em[^oyés a faire desgargousses (i). Si par hasard quelques amis
(1) C'est ainsi qu'oA peut s'en convaincre par les décrets «rendas
i 8 MANUEL
d^ leitix}& osaient s'élever contre ces destructions de ifionumons de sciences et d'btstoire y cent voix couvraient ia motion : Plus de nobles, plus de titres de no()lesse , plus de sa\fanSy plus d^écrits d^eux j plus de lii^res I s^écvml'On.
Il résulta de ces nombreuses saisies un amas consi* dérable de lettres autographes , titres, diplômes, chartes y etc. y dont il fut ordonné un auto-dorfé général. Suivant un décret de l'assemblée nationale, du 4 juillet 1793, on nomma une commission pour faire exécuter ce brûlement digne des temps de barbarie. Ameilhon Ait l'un de ces commissaires, et ne s'acquitta que trop bien de son mandat. Voici ce qu'il écrivait , te 24 janvier 1793, au procureur-général syndic du département de Paris : a Je suis chargé de vous pré- » venir que les commissaires nommés pour l'examen
à cette malheureuse époque. Des circulaires furent envoyées dans tous les départemens pour ordonner la saisie des papiers et parcfiemini. Vokî l'extrait de Tune de ces circulaires qui en fera connattre Fosprit. Gettq i^^ce fait partie de la eoUeetio^ de ^ Villenave.
« Aux citoyens administrateurs du directoire du district de taagres, 91 janv. l7dE^
» Par un décret du S de ce mois, citoyens, la convention nationale » QrdMin« que tous les parchemins existans dans les ci-devant cham- » br.^9 des comptes et autres dépôts publics, bibliothèques particuwlières, etc...., et qui se trouvent propres à faire des gargousses »> pour le service de Tartillerie des ports de la république , soient re- » mis à,la disposition du ministre de la mwrinQ , etc. , et^. »
» des litres du cabinet des ordres du ci^evant roi , dé- » posés à la bibliothèque nationale, sont prêts k re* » mettre aux commissaires du département environ » deux cent soixante-*dix volumes et cart(Mis qui res- » tent encore à détruire. C'est au directoire à fixer la » jour qu'il lui conviendra de choisir pour le brdk^ i) ment y dont le pubKc doit être averti par dos affi- )) cbes, etc. Signé : Âmeilhon. » Le 1 4 février, il écrivait au même procureur^énéral : « Citoyen , ... je vous renvoie. l'état cv-joint des divers articles qui se trou- » vent encore dans le dépôt des ci-devant ordres du ci- » devant roi, et qui doivent faire la matière d'un der- » nier oralement, ...Se suis avec les sentimens de la )) fraternité républicaine, etc. Signé : Ameilhon. » Suit, la note^ des dii^rs articles qui restent à brùjer : a Cent vingtrJiuit volumes reliés et trente^uatre bottes contenant des pièces et titres pour le ci^devani ordre du St- Esprit et autres du ci-devant roi ; deux volumes de blasons pour lesdits ordres ; trente^juatre volumes de papiers et titres originaux qui ont servi à composer V Armoriai général de France; cent soixante-six volumes de la collection dite, Collection de Le Laboureur; deux volumes de Lettres ée no-^ blesse et de grâce; quinze volumes contenant des Preui^es pour l'ordre de St - Lazare et pour entrer à l'école Militaire; plus, une boite remplie de Preuves pour être admis dans les ci- devant chapitres nobles. )) Il résulte, de ces pièces originales, qu'Ameilhoi^ concourut et présida au brulement de six cent cin^
quaiite-ileux volumes, boites ou carions. Cet acte de vandalisme , dirigé par un historien , fut pour l'histoire une perte irréparable (i).
Cependant, pour essayer d'arrêter ce torrent dévastateur, le i4 frimaire an ii(5 décembre i-ygS), Grégoire s'éleva contre ces brùlemens , et dans une allocution pleine de force et de vérité, il s'écriait à la tribuiie : « Tandis que la flanune dévore une des belyt les bibliothèques de la république ^ tandis que des )) dépots de matières combustibles semblent menacer » encore d'autres bibliothèques^ le vandalisme redou- » ble ses efforts. Il n'est pas de jour où le récit de quel- » ques destructions nouvelles ne vienne nous afïli- ))ger... Observons aux brûleurs de livres, titres^ y) papiers^ et aux nouveaux iconoclastes, plus fougueux » que les anciens, que certains ouvrages ont une grande )) valeur par leurs accessoires , que certains titres et n papiers sont d'un grand secours pour V histoire n des peuples et des individus; le Missel de la cha^ )) pelle de Capet, à Versailles, allait être livré pour foire )» des gargousses , lorsque la bibliothèque nationale )> s'empai^a de ce livre, dont la matière, le travail des » vjgaottes et les lettres historiées sont des chefs<l'œu- » vre, etcv *> Sur la motion de Grégoire, la convention
(1) Les pièces citées ci-dessus font partie de la collection de M. Villenave, et tout ce qui est dit sur Ameilhon est extrait de l'articie Ameilhon, par le même M. Villenave, pag. 261-62; du t. 56^ de la Biographie universelle de Michaud .
d'autographes. 31
ordonna ) séance tenante, de faire cesser les brûlemens ^t les dilapidations (i).
Get état de choses , qai n -^vait duré que trop long^temps, cessa enfin ; lès belles lettres, les sciences et hs arts trouvèrent un protecteur dans le chef d^un nouveau gouvernement. Les savans , et les rangs de ceux qui avaient échappé au glaive des Cannibales étaient bien éclairciS) osèrent se livrer de nouveau à l'étude , et, écrivains impartiaux , tracer l'histoire «de là crise que la France venait d'endurer. Ce fut alors cpie l'importance des autographes fut de nouveau reconnue ; mais où rencontrer des autographes importans, des documens précieux ? un ai grand nombre avait été la proie défit flammes !--.^ Il ne restait aux collecteurs que ces {ûèces de rebut destinées au pilon par l'adminiatration , ou vendues à l'épicier^ après décès de quelque personnage célèbre , par ses collatéraux afiafmés. Ce fui donc chez les épiciers ; que des hommes pleins d'amour pour les matéri<mx historiques ne dédaignèrent pas de venir s'asseoir pour trier ces papiers nombreux et orner leurs cabinets des pages échappées à l'investigation maladroite de quelqu'emplojré iUétré. C'est ainsi que nous avons souvent rencontré, livrés à ces pénibles rechercher, MM. Villenave , Monmerqoé, Alexandre Martin ^ le colonel Morin, Berthevin, etci, dont le savoir et le :(ète rappelaient les deBrienne, les Dupuy , les de Mesmes, etc. , etc.
(1) Voyez le discours de Grégoire sur les Destructions ope-
^ 2 , MÂNVEL .
Toutefois, de la recheit^he de cespiéces de l'administration révolutionnaire , on passa à celle de récriture de tout individu dont le nom avait été illustré par des actions remarquables , ou par des travaux importans. L'arrivée à Paris des archives du Vatican, et celles des villes conquises par nos armées triomphantes, servit à «souhait les collecteurs. Nous avons vu à cette époque des charretées de diplômes, bulles et lettres des papes, lettres des rois , enfouies chez l'épider et encombrer sa boutique. Quelle riche moisson pour les amateurs!. . C'était le bon temps pour les chercheurs d'autographes : et ce fut de cette époque que le goût des collections devint moins rare. C'est alors qu'oïi qualifia autographe y la pièce , la lettre écrite par la personne dont on rencontrait l'écriture. Enfin on distingua deux aortes d'amateurs ; les uns, et c'étaient les plus instruits , ne s'attachant qu% l'importance du sujet que traitait telle pièce; les autres ne recherchant que Fhomme célèbre, quelque sujet que traitât l'écrit émanant de lui.
Peu d'années suffirent pour voir se former de riches et nombreuses collections de lettres, titres, pièces historiques, etc. En i8i4> les collections Villenave, Ber thevin , marquis de Chateaugiron , Monmerqué , Alexandre Martin, etc., etc., tenaient déjà un rang distingué , et fournirent à l'homme studieux , à l'écri-
rets par U. vandcdisme^ lu le 14 frimaire an ii, imprimerie natiolude, inh4<>.
d'autooraphes. ^3^
vain impartial de nombreuses pages pour notre histoire politique et littéraire.
Depuis l'année i8i4 ? le goût des collections d'autographes s'est accru considérablement à Paris, et s'est répandu en Angkîterre , en Hollande , en Allemagne. L'accroissement du goût des autographes devait nécessairement leur acquérir une valeur commerciale. Tous les amateurs d'alors n'étaient pas assez zélés ou assez instruits pour aller déterrer, au milieu de vieilles paperasses, des curiosités autographiques; ils n'y eussent pa6 téi^ours trouvé d'ailleurs les pièces qu'ils dédiraient, surtout, faire entrer dans la colleelion qà'rU formaient; aussi, en 1822,011 annonça à la suite d'une vôUte de livrer deii lettres autographes de personnages célèbres. Il y eiït foule , et dès lors les lettres et pièGéa autographes acquirent une valeur qui s'est fiOUteoue jusqu'à ce jour, et qui ne saurait aller qu'en augmentant, tfàahd oh oonsidére Paotroisseftient rapide du nombre des amatetirs^ français et étrangers. .