‹ Manuel de l'amateur d'autographes;Chapitre 8 sur 71 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nature de Tautographe. Manuscrits. Lettres. Moyens pour les

authentiquer.

Le mot autographe vient du grec ovtog et ypda^y écrire soi-même. On peut considérer comme autographe, un manuscrit, une lettre qui serait chargée de notes, corrections ou ratures Ëiités par son auteur, bioi que le corps de œ^te. lettre ait été écrit par une main étrangère. ; . .

Il y a diverses natures de lettres.

Trois sortes de lettres jén^uiaient autrefois du sou^ veraîn. i** he^ lettres ée cachet, appelées lettres closes ou clauses; lettres du petit cachet ou du petit signet du roi, signées de lui et contre-signées d'un secrétaire d'état , écrites sur papier Ordinaire et pliées de manière qu'on ne pouvait les lire sans rompre le cachet.

Les lettres de cachet renfermaient toujours un ordre du roi. Il s'agissait d'exil, ou d'ordre aux principaux corps de l'état de s'assembler et de délibérer sur certaines matières.

La lettre de cachet commence par le nom de celui

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à qui elle est adressée : N. Je vous fais cette lettre pour p etc. ^ et finit ainsi : sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

L'histoire rapporte que les lettres de cachet furent une arme redoutable dans les mains du cardinal de Richelieu , qui s'en servait avec prohision pour écarter ceux qu'il jugeait lui être contraires. Ce fut, dit-on, le Père Joseph (du Tremblay), capucin, qui lui suggéra cet expédient. Les histoires du siècle dernier s'accordent à acca3er lé cardinal de Fleury , quoique d'un caractère doux et pacifique, d'avoir expédié trente à quarante ipillç lettres de cachet pour cause de jansénisme. Louvois en avait envoyé quatre-vingt mille pour combattre le proteatantisme.

2** Lettres patentes : elles sont signées du roi, cointre-signées d'un secrétaire d'état^ et scellées du grand sceau (i).

(1) Il y ai^t U groftd sceau et le sceau dauphin. Le grand sceau était celui qui servait à sceller les édits, ordonnances, les déclarations, les lèttt'es patentes, la provision dés charges ou offices , les lettres d'àboliticm, de r^issiéii, de naturalité, et en général toutes les lettres qui s^expédiaient à la grande chancellerie et qui émanaient directement delà ppissance rpyale.

Sur le grand sceau, le roi est représenté assis sur son trône, le sceptre et la main de justice en ses mains; et sur le sceau dauphin, on voit le roi à cheval et armé, un écu pendu à son cou, dans lequel sont empreintes les armes écartelées de. la France et du Dauphiiié; le tout dans un champ semé de fleurs de lys.

Le grand sceau a son contre-scel dans lequel est gravé Técusspn de France : le sceau dauphin a aussi son contre-scel où sont empreintes les armes de France et du Dauphiné avec un ange pour support.

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On les appelle patentes^ parce qu'elles sont ouvertes , tandis que les lettres closes ou de cachet ne pouvaient être lues sans qu'on rompit le cachet qui les scellait.

3* Lettres royaux. On nomme ainsi toutes sortes de lettres émanées du roi et scellées du grand ou du petit sceau, et qui étaient délirrées par la grande chandellerie. Ces lettres sont signées ainsi : Pat" le toi en son conseil y pour le grand sceau , et seulement : Par le conseil j pour le petit sceau. Ces sortes de lettres ne s'expédiaient que lorsqu'il s'agissait d'ac- <:order quelque grâce, ou de traiter des matières de justice.

Les lettres particulières se divisent en deux séries : Vépitre et la missive.

i"" L'épitre était en usage chez les anciens, lorsque des personnes en dignité, des savans, s'écrivaient : Leurs lettres, véritables épîtres, commençaient toujours par cette suscriptiott : (^Cicéron à Attrçus, très illustre personne, où bien très-docte personne, » sans autre qualification que le nom propre* La formule du

Ces ccmtre-scels servaient à joindre à h piiècè principale' Cétléé qtlî èh dépendaient.

Le ëcean datiphhi éeelhfH toutes Us expéditiont du Dauf^hitié, ^rlesqtiel^^oti èmployistlt dé la dre rtrage^, eldepté pour les édits et atttre» éhmt», qui éCaiéi» *seeHé6 ëti ciré verte.

On scellait avec le grdnd ^ceau en cire jaune pTéêqiïc toutes les «tt^dltloite de h gratode dkaricelfefrle , *auf les édifs, lettres de réâlf^iôni et afutrcs lettrés întilnlées : A toui ptt'sem et à venlt, qui l VHfhttt en ciï^e veVte slVec fncs de soie rouge et verte .

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ssJut qui terminait hà lettre était ce seul mot : saiut y ou i^a/e. Rarement ces lettres étaient signées^ quoique presque UMijouf s autographes. Deiios jours, on nomme épttres, de petites- pièces en vers ou en prose.

â"* Les lettres missives ou billets comportent toutes sortes de sujets ^ avec cette différence que , dans les lettres proprement dites , la lettre est terminée par h fommle du salut ^t par la signature, tandis que le billet y qui s'exprime toujours à la troisième personne , n'est presque jamais signé.

Sous le règne de François I" jusqu'au règne de Louis XIY, il était de bon ton^ et peut-être quelquefois assez nécessaire; que quelques-uns des grands seigneurs fissent écrire leurs lettres par un secrétaire et signassent simplement en ajoutant uniquement de leur main la souscription^ ainsi qu'on le voit sur lès mismves de ces t»mpSy votre affectionné ami , etc. , etc.

Nous allons indiquer ici les procédés lès plus usités pour authentiquer une lettre on une pièce autogra^ phe.

Les signes^^actéristiques de l'authenticité des écrits ne sont pas toujours les mêmes. Commentons par ceux émanés des rois. La signature du monarque, le contreseing du secrétaire d'état, le scel ou la marque de ce scel, qui peut facilement se décoller, ne laissent aucun doute sur leur véraeité. A Tégard des édits, ordonnances,^ déclarations, lettres patentes,, outre la signature du secrétaire d'état , on remarque le visa

du chancelim* et l'empreinte du sceau de France. On

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trouve la même chose sur les lettres de grâce , de noblesse , etc. , etc.

On rencontre des lettres de cachet expédiées sou8 les régnes de Louis XV et Louis XVI , sur lesquelles la signature de ces rois n'est que figurée. Ces lettres sont pourtant authentiques : cela prouve seulement que la monarque n^avait pas toujours connaissance des lettre^ de cachet lancées contre telle ou telle personne. Ofk ne doit donc pas conipter pour originales toutes les signatures de rois apposées sur ces sortes de lettres.

Quant aux lettres de particuliers, il n'est pas aussi tàcile de s'assurer qu'elles ne sont pas apogryphes. Il y 4. une foule dWempIes qui prpuvent quprles écriture^ les plus embrouillées ont été contrefaites avec unç grande dextérité.

Il y eut d'habiles iniitateurs d'écritures dans les xvi , xvu et xvin' siècles. En iSg^^ un certain Séba^ien iinita la signature et l'écriture d^ Sébastien diç Portu-^ gai , au point que ce dernier lui-même crut reconnaître des écrits émanés de lui 9 à l'époque où il conibattit en Afrique contre les Maures. EnjiôoS, François Cara, médecin , fabriqua de Êiusses lettres de change , et reçut iodùment à Verjise la somme de i,0oo livres.

...En 1728, un Français, demeurant à Londres, reçat d'un banquier, le sieur Çhalers , trois ou quatre mille livres sterlings sur de fausses lettres de change : ces bjUets étaient accompagnés de lettres ex plic^livqs^ et

Chaters , lorsqu'on les lui présenta , ne douta point d'abord qu'elles n'émanassent de lui.

Ces méprises n'avaient rien qui dût étonner, puis* qu'alors, comme de nos jours, la science des experts ne présentait pas toujours des résultats satisfaisans. Lesexemplessuivans prouvent ce que nousavançons va.

Des chanoines de Beauvais, accusés d'avoir écrit des"^ lettres qui tendaient à troubler la tranquillité publique, furent arrêtés et conduits au château de Vincennes. Le lieutenant de police de la Reynie leur présenta ces lettres avouées par les experts, et que les accusés reconnurent spontanément pour être de leur écriture ; mais après qu'elles leur eurent été lues, ils ptotestérent qu'ils ne les avaient point écrites* En ciTet, leur^criture avait été imitée, et le coupable, ayant été arrêté, subit la peine due à son crime.

On adressa au cardinal de Bissy et à l'abbesse de Jouarre difféi^entes lettres injurieuses et anonymes, et les ennemis d'un sieur Colot, vicaire à Jouarre , répandirent le bruit que c'était ce prêtre qui les avait écrites. Trois experts, maîtres-écrivains à Meaux, ayant comparé ces pièces anonymes avec l'écriture du vicaire, décidèrent unanimement que toutes étaient de la même main. Le cardinal de Bissy ne s'en tint pas là, il envoya lesi lettres à Paris , et quatre autres habiles experts confirmèrent la décision de ceux de Meaux. En conséquence, il y eut un interdit prononcé contre le sieur Colot quoiqu'innocent^ car l'auteur du délit se nomma plus tard.

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Enfin le sieur Fleurv, cure de Saint-Victor d'Orléans, fut accusé d'avoir fabriqué une lettre offensante adressée au Régent et d'aToir imputé cette lettre à monsieur révéque d'Orléans, en imitant sa signature.

On instruisit le procès, quatre experts écrivains de Paris furent entendus et rapportèrent que la lettre avait été écrite par le sieur Fleury. Cepaidant son innocence fht reconnue peu après.

Lorsque l'on veut s'assurer de l'authenticité d'une lettre il faut une pièce de comparaison non douteuse, ou xxnfaC'Simile exécuté avec précision. On étudiera ensuite minutieusement le genre de l'écriture, sa disposition, ses ornemens, et il est certain qu'avec un peu d'habitude on reconnaîtra d'une manière non équivoque si elle est fausse ou si elle émane de la main propre du personnage à qui elle est attribuée. L'écrivain, quelque exercé qu'il soit, ne saurait toujours imiter les contours diversifiés d'une écriture originale. On trouve ordinairement dans une copie de ta contrainte et des différences qui n'échappent point à l'œil exercé. La précipitation, la crainte même de n'imiter qu'imparfaitement le modèle, servent à déceler le faussaire.

Parmi les procédés qu'on doit encore employer, nous indiquerons les suivans.

Il faut examiner la conformité ou la différence du stylo, étudier l'orthographe, la ponctuation, etc., etc. La date de la lettre, le sujet qqi y est traité , mettent aussi souvent sur la voie. On doit s'asMvér si l'indi*

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vidu à pu ) à l'époque ludiquée, écrire telle lettre ou traiter tel s^jet, etc.

On examinera encore la signature, le paraphe , qui diUiàrent quelquefois.

On doit porter aussi la plus grande attention sur le$ ariDç^y la devise^ et la façon dont la lettre a été scellée.

Ayant et pendant le règne de Louis XV , il n'était pas d'usage de se servir d'autre cachet que celui reprodRi«ant las armes de la personne qui écrivait^ k moins q^ l'on écrivit [à un inférieur. Jnsquolà aussi^ on devait cacheter la lettre avec de la cire rouge^ et noire ^ l'on était en deuil, ou que la personne à laquelle on ^^rivait eût perdu quelque prodie. La cire de couleurs fjiveraes ne s'employait qu'entre gens intimes. Ce li'0st que depuis un siècle , environ , qu'on se sert de pains ^ cacheter pour sceller les lettres.

La façon de fermer les lettres n'est point aussi à négliger. La politesse demandait qu'on les pliftt en quatre et qu'on les mit sous enveloppe. Jusqu'au milieu du règne de Louis XV, lorsqu'on omettait ce cévémoxi^yQSk les ployait dans leur hauteur en six ou en huit, pour en forn^er une bande, qui se divisait ensuite en double et dont l'extrémité était entourée d'une soie qu'on fixait des deux cotés par un cachet de cire d'Espagne. L'adresse se mettait sur l'un des c^tés, à droite ou à gauche du cachet ; on ouvrait la lettre en coupant la soie. Ce procédé pour pber et fermer une lettre s'employait encore avant la révolu-

tion de 1 789, pour la correspondance des rois de France et des princes de la famille royale, lorsqu'ils écrivaient à des souverains étrangers. On peut en acquérir la preuve dans les Mémoires de Louis XIJ^^ Paris 1 806 ; 6 volumes in-8'*, t. i", n** i et 2, des/ac-simile^ où le cachet, la soie, l'adresse et les plis de la lettre sont figurés.

Il faut encore examiner attentivement le papier sur lequel la lettre a été écrite. Le papier vergé était autrefois d'un usage général; ce n'est que depuis 1786 qu'on a employé le papier vélin, qui est sans vergeures. Nos rois, les princes et les grands personnages se servaient le plus souvent de papier dont les vergeures représentaient les armes de France. • ^^

. La grandeur du papier à lettre a aussi subi de nombreuses variations. La politesse voulait jadis qu'on écrivît à un supérieur sur une feuille in-folio : on n'écrivait que sur le premier feuillet ; il y avait une grande distance entre le mol Sire^ Monseigneur^ Monsieur^elCy de même qu'entre la dernière ligne de la lettre et la souscription.

On voit ded lettres écrites sur un feuillet volant^ un second feuillet détaché servait k mettre l'adresse.

Enfin la couleur de l'encre est encore une induction aidant à authentiquer une pièce autographe ; avec le temps elle blanchit et prend un ton jaune ; aussi une encre parfaitement noire sur une lettre qui daterait de plusieurs siècles d'existence pourrait à bon droit faire douter de son authenticité.

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A l'appui de ces procédés divers, on pourra consul; 1er encore, i"" Des inscriptions en faux et des reconnaissances d'écritures , par Raveneau, écrivain juré à Paris. Imprimé à Paris en i652, in- 12.

Cet ouvrage est devenu rare, parce que l'auteur qui y indique l'art d'enlever l'écriture, de faire revivre celles qui sont anciennes et presqu'efTacées, les artifices des faussaires pour contrefaire les écritures, non content d'éclairer le public, fit, dit-on, un mauvais usage de sa science; la vente du livre fut défendue, l'ouvrage contenant des renseignemens dangereux. Raveneau fut arrêté à l'occasion de ce livre et des méfaits qui s'en suivirent, et condamné à une peine perpétuelle.

a^ Traité de Fart de vérifier les écritures et signatures contestées^ par F. Flambant. Toulouse, Bénechet, 1809, in-S"*.

3** La brochure de M. St. - Omer. Paris , Bachelier, în-S*^.

4** Le Bulletin de V Académie hbroïcienne , année i835, page 174*

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