‹ Manuel de l'amateur d'éditions originales, 1800-1911Chapitre 12 sur 15 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des extraits de revue et de leurs tirages à part.

Comme complément à une bibliothèque d'éditions originales, un certain nombre d'amateurs, cédant à la préoccupation littéraire qui doit toujours dominer dans la constitution d'une collection de ce genre, rassemblent également certains périodiques contenant des écrits littéraires des auteurs contemporains les plus réputés, qu'ils aient ou n'aient pas été recueillis en volume.

Manuel de l'Ainnleiir d'Edilions originales

Etant admis ce principe que l'édition originale est recherchée surtout comme première forme d'un texte, on ne pouvait négliger le périodique où ce texte a paru souvent sous une forme différente et permettant des comparaisons empreintes d'un intérêt indisculal)le. Les revues n'ont qu'un défaut, c'est delrc un peu encombrantes, sauf pour le bibliophile qui dispose de quelque place. Les prix auxquels on peut se les procurer sont encore fort raisonnables aujourd'hui.

A plus forte raison doit-on accueillir les extraits de ces revues qui constituent des documents littéraires de premier ordre. Ainsi on ne peut nier l'intérêt d'un recueil des livraisons de la Revue de Paris consacrées à la première version châtrée, et combien 1 de Madame Bovary, de Gustave Flaubert, ou de la Nouvelle Revue, qui publia premièrement le Crime de Sylvestre Bonnard, d'Anatole France. Ces deux revues et la Revue des Deux Mondes contiennent une foule de publications de ce genre; les petites revues littéraires, qui ont fourmillé depuis la guerre, enferment de précieuses révélations du même genre, notamment le Mercure de France, qui nous offre la première version d'Aphrodite, de Pierre Louys, parue toutefois sous un titre différent.

Si ces extraits présentent de l'intérêt, il est encore dépassé, bibliophiliquement parlant, quand

Manuel de l'.[inaieur d'Edilions originales

l'auteur s'est donné la peine de les faire précéder d'une couverture, d'un titre et d'une pagination spéciale. La voilà, cette fois, la véritable édition originale tirée à très petit nombre pour les amis de l'auteur et mise hors commerce. Elle constitue une curiosité littéraire de tout premier ordre, dont la valeur n'a pas encore été appréciée suffisamment. Nous avons conseillé même, pour la distinguer de l'édition originale parue en librairie, de l'appeler : édition pré-originale, et cette désignation paraît avoir fait fortune.

Enfin certains journaux ont eu, assez fréquemment, l'attention de faire tirer à part, pour l'ofifrir à leurs nouveaux abonnés, la réunion en volume de feuilletons déjà parus dans leurs colonnes. Quand ces tirages portent sur des œuvres d'auteurs de premier ordre, on ne peut nier qu'ils ne constituent aussi des documents très désirables. Ils sont généralement devenus fort rares, les bénéficiaires ne les ayant presque jamais conservés. L'Eldorado, de Gautier, publié par le Figaro dans ces conditions, vaut 200 fr. en bon état, et nous sommes surpris de la valeur modeste qu'on attribue aux publications similaires faites d'œuvres de Guy de Maupassant : Une vie, par exemple, son chef-d'œuvre; de Zola, etc.. Ce sont des curiosités bonnes à prendre et à garder pour un bibliophile.

Manuel de V Amateur cT Editions originales

Des manuscrits originaux.

Le comble de l'édition originale s'il est permis de s'exprimer ainsi, est sans aucun doute, le manuscrit de l'auteur, car il n'en existe qu'un seul exemplaire, à moins que l'écrivain n'en ait gardé devers lui des copies, ou des monstres encore plus intéressants, car il est rare qu'une copie autographe ou même manuscrite ne diffère pas d'une autre, antérieure ou postérieure.

Il convient donc, toujours dans le même ordre d'idées, de collectionner les manuscrits des éditions originales. Mais c'est là une denrée fort prisée maintenant dans le commerce et quelque peu rare. La plupart des manuscrits sont conservés par leurs auteurs, qui les lèguent ensuite soit à leur famille, soit à leurs amis, soit à des bibliothèques publiques.

Beaucoup d'autres, publiés préalablement dans des périodiques, constituent de la copie, pour employer le mot technique qui sert à les désigner, détruite au fur et à mesure avec celle du journal.

Enfin, la machine à écrire est venue encore restreindre le nombre de ces manuscrits, qui ne passent plus dans les imprimeries qu'à l'état d'épreuves, quelquefois corrigées de la main de

Manuel de rAmaleur d'Edilions originales

l'auteur. Ce n'est plus que de la poudre de manuscrit original. Il est vrai que, dans ce dernier cas, l'auteur a souvent gardé la copie autographe.

Pour tous ces motifs, les manuscrits littéraires contemporains se raréfient de plus en plus -et tendent conséquemment à obtenir des prix de plus en plus élevés.

Il serait même nécessaire, dès à présent, de conserver, sous la forme de découpures les extraits de feuilletons de journaux ou de revues, version première et véritablement originale de nombre d'œuvres littéraires. On n'imagine pas quelle difficulté on éprouverait déjà à réunir, par exemple, l'œuvre de Maupassant parue dans la presse périodique. Cette tâche ingrate a été réalisée récemment à propos d'une récente édition complète de ses œuvres. Elle a été fort délicate. Mous nous permettrons même de dire qu'elle n'a pas lait la preuve de beaucoup de délicatesse littéraire de la part de son auteur qui s'est laissé aller à confondre, dans un but de lucre, les œuvres publiées de son vivant par l'auteur avec celles qu'il avait jugées lui-même moins dignes de lui faire honneur, en renonçant à leur reproduction en volume. On aurait dû au moins les publier isolément, pour éviter une confusion préjudiciable à la mémoire du défunt, bien que l'auteur n'était pour rien dans leur publication. C'est ce qui a du reste été fait, depuis, pour

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Flaubert, ce eu quoi ou a été mieux couseillé, sans doute.

Certaines collections de quotidiens sont rarissimes et, sauf à la Bibliothèque Nationale, il devient impossible de les rencontrer. Les amateurs qui seraient disposés à se livrer à ce genre de recherches, n'en trouveront plus la matière sils tardent quelque peu. Ce serait vraiment dommage, car en dehors des remarques curieuses que les comparaisons avec l'édition originale permettent de relever, nul doute qu'il ne se perde ainsi des productions d'un réel mérite qui, pour un motif quelconque, n'ont pas reçu les honneurs de l'impression en volume tout en restant cependant dignes de passer à la postérité.

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