PL. XXIII
Fosse
s F. Boucher.
E DE FEMME : L. Marin Bonnet, d’apr
cé
ridicules proportions paraîtraient, si elles étaient debout, les deux femmes de la seconde planche ?
Dans la série bien connue des quatre planches d’après Taunay, Descourtis a été autrement inspiré, et le jour n'est pas loin où, à défaut des beaux Janinet et des Debucourt, elles seront chèrement disputées. Les sujets en sont d’ailleurs plaisants et de nature à n’effaroucher personne, ce qui est un gros élément de succès ; les deux planches primitivement gravées, la Noce de village et la Foire de village, sont aimablement décoratives et l’effet général en est séduisant : les meilleurs exemplaires sont ceux qui portent les armoiries des gentilhommes auxquels elles sont dédiées : la Noce, à un contrôleur général de la Marine, M. Godefroy, la Foire, à R. Hentzy, alors gouverneur des Pages du Prince d'Orange. Par la suite, ces armoiries furent effacées. Quant aux deux autres planches exécutées quelques années après, sous la Révolution, une d'elles attire et séduit, c’est le Tambourin ; la Rixe est la plus dédaignée : une scène de querelle éloigne plus qu'elle ne retient les chercheurs de gracieux avant tout.
L'œuvre gravé de Descourtis n’abonde pas en! pièces
La NocE DE VILLAGE. Vente 11 janvier 1894, avtZt. ., 295 fr. — Vente 12 déc. 1904, 594 fr.
La FoIRE DE VizAGE. Vente 12 déc. 1904, 585 fr.
La RixEe. Vente Hérédia, avt t. 1., 500 fr.
La Forre et la Noce. Vente 19 janvier 1894, 300 fr. — Vente Hérédia, 1.030 fr. — Vente 1° mai 1900, avt I. L, 6.150 fr. — Vente Kuhnen, 1.450 marks.
La ForrE, la Noce, la RixE et le TAMBOURIN. Vente Pommereau, 800 fr. — Vente 28 févr. 1908, 1.655 fr. — Vente Gerbeau, 2.950 fr.
capitales : on lui doit cependant encore deux portraits de femmes, fort gracieusement exécutés, ceux de deux souveraines étrangères : Frédérique-Sophie-Wilhelmine, femme de Guillaume V, stathouder de Hollande, représentée en buste, de face, légèrement tournée à gauche, un grand cordon lui barrant la poitrine ; et Frédérique- Louise-Wilhelmine de Prusse, femme de Guillaume Ier, roi de Hollande, à mi-corps, tournée à droite, mais regardant le spectateur : le premier de ces deux portraits est d’un modelé supérieur au second. Fort recherchés l’un et l’autre, ils atteignaient ensemble, à la vente Alfred Hubert, la coquette somme de ‘6.600 francs.
Dans son œuvre, relevons encore des vues de Paris : deux différentes vues des Tuileries, la Fontaine des Innocents, la Porte St-Bernard, le Port St-Paul ; puis, enfin, le recueil, exécuté en collaboration avec Janinet, des Vues remarquables des montagnes de la Suisse, gravées sous la direction de Monsieur Vernet, Peintre du Roi, en quarante-deux planches, d’après Hentzi et Wolff. Né en 1753, Descourtis mourut en 1820.
Antoine-François Sergent, dit Sergent-Marceau, en raison de son mariage avec la sœur du général Marceau, veuve d’un M. de Cernel, appartient autant au monde
de la politique qu’à celui de la gravure. Né à Chartres,
SoPpHIiE- WILHELMINE. Vente Ligaud, 260 fr.
FRÉDÉRIQUE- WILHELMINE. Vente 10 mai 1894, 190 fr. — Vente Gerbeau, 760 fr.
SOPHIE- WILHELMINE et FRÉDÉRIQUE-W. Vente Hubert, 6.600 fr.
Vues DES TUILERIES. Vente Muhlbacher, les 2 pl., 111 fr.
le 9 octobre 1751, Sergent vint fort jeune à Paris, pour apprendre la gravure et c’est Aug. de St-Aubin qui l'initia aux secrets de cet art ; puis rentré dans sa ville natale, Sergent revenait à Paris en 1789, sans doute électrisé par les premières clameurs de la Révolution. Dès son arrivée dans la capitale, il se lança à corps perdu dans la politique ; nommé d’abord commissaire de police, il était ensuite élu député à la Convention, où il votait la mort de Louis XVI sans sursis ; l’on dit même qu’il approuva la Terreur, tout en en regrettant par la suite les sanguinaires excès ; en tout cas, se rendant compte du rôle un peu trop actif qu’il avait joué dans les journées les plus agitées de notre histoire, Sergent s’exila de lui-même après Prairial : il craignait sans doute les représailles.
Avec sa femme, il s’achemina alors sur Bâle. Rentré en France en 1797, Sergent, proscrit par Bonaparte, dut à nouveau quitter sa patrie. Toujours suivi de sa femme, Emira Marceau, il partit pour l'Italie, séjourna quelques années à Venise, où il grava, en 1808, un portrait de Madame Sergent, planche fort curieuse, mais presqu'inconnue à cause de son insigne rareté, puis se fixa à Turin, où il fut nommé Bibliothécaire de l’Université (1824). Rentré enfin à Nice, Sergent y mourait aveugle, le 24 juillet 1847 : il avait alors 96 ans.
Plusieurs planches intéressantes figurent dans l’œu-
vre de Sergent : outre deux différents portraits en pied
Mrne SERGENT, Vente 20 mai 1899, 210 tr.
[ee]
du général Marceau, l’un gravé en couleurs (c’est le plus agréable et le plus recherché), l’autre en gravure monochrome, puis la Translation des cendres du célèbre soldat (planche publiée à Bâle, par Ch. de Méchel, alors que Sergent résidait dans cette ville), il est encore le signataire d’un bon petit portrait du maréchal russe Czernicheff, d'après de Meys ; on lui doit aussi, d’après J.-S. Duplessis, ceux de Monsieur (Comte de Provence) et de J.-S. Necker. À Bâle, Sergent a gravé un portrait qu'on est fort surpris de trouver dans son œuvre: il s’agit de celui de Marie-Thérèse-Charlotte, fille de Louis XVI : il date de 1795, alors que, deux ans auparavant, Sergent avait voté la mort du Roi; nous osons croire que la fille du malheureux monarque ne poussa pas la complaisance jusqu’à poser devant Sergent et que c’est à son insu que l'artiste exécuta cette gravure.
Parmi les évènements tumultueux dont Sergent fut le plus souvent témoin, nous signalerons, pour son effet très pittoresquement interprété, le Peuple parcourant les rues — de Paris — aux flambeaux ; c’est une de ses meilleures œuvres. Sergent, ainsi que la plupart de ses contemporains, sacrifia aussi à la mode : c’est lui l’auteur
de deux grivoiseries très osées, gravées en 1786, d’après
Marceau. Vente 10 mai 1894, av. la lettre grise, 185 fr. — Vente Muhlbacher, 300 fr. —Vente Destailleur, 205 fr. — Vente Gerbeau, 310 fr. CzERNICHEFF. Vente Destailleur, 80 fr. — Vente 26 oct. 1900, 150 fr. MoxsiEur. Vente de Lapeyrie, 255 fr. — Vente Gerbeau, 440 fr. MARIE-THÉRÈSE-CHARLOTTE. Vente Destailleur, 100 fr. — Vente 10 mai 1894, 66 fr. — Vente Gerbeau, 210 fr. — Vente 27 janv. 1899, 78 fr. Le PEUPLE PARCOURANT.. Vente Soulavie, sans marg®, 135 fr.
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Tue WooMmMaAN TAKING CorrEeE : L. Marin Bonnet.
son maître, Aug. de St-Aubin, et que masque pour les oreilles chatouilleuses, une légende empruntée à la langue anglaise : The First come best served et The Place to the first occupier. Les sous-entendus des titres disent les sujets. Dans le même sens, il a aussi gravé la scène suivante : deux amants ont été surpris en galante conversation dans une grange, et, tandis que la mère querelle la fille, le galant s’empresse de s'échapper par une échelle, peu soucieux d’attendre le père qui s’avance armé d’un gourdin : Il est trop tard, tel est le titre donné par Sergent à cette polissonnerie qui fut exposée au Salon, en 1793, c’est-à-dire en pleine Terreur |
Sergent était un curieux : les premières ascensions de ballons l’intéressèrent cet il nous en a conservé la mémoire dans des gravures exécutées à l’eau-forte ; le Mesmérisme ne le laissa pas indifférent non plus; enfin, 1l a attaché son nom à ce que l’on a coutume d’appeler la petite estampe : des ex-libris et des cartes ; l’une de ces dernières, la carte de ciloyen-député de la Convention, est signée Androphile Sergent, prénom emprunté très certainement au calendrier de l’époque révolutionnaire.
Les bibliophiles connaissent tous sa Collection des portraits des grands hommes, femmes illustres et sujets
mémorables de la France, recueil qui ne renferme pas moins
THE FIRST COME BEST SERVED et THE PLACE TO THE FIRST OCCUPIER. ire vente Muhlbacher, 610 fr.
IL EST TROP TARD. Vente Muhlbacher, avt1. 1, 500 fr. — Vente Destailleur, avt I. L, 150 fr. — Vente 10 maï 1894, 180 fr. — Vente Li’aud, 215fr. — Vente Gerbeau, avt 1. 1., 1.710 fr.
de 192 planches et auquel collaborèrent également sa femme, Campion, Ridé et Roger. On ne recherche guère les planches séparées de cet ouvrage, sauf les planches contemporaines : un certain nombre de portraits d’ailleurs sont purement de fantaisie ; mais les exemplaires complets n'étant pas communs, l’ouvrage se cote en librairie. L'architecte H. Destailleur en possédait un exemplaire auquel avaient été joints trente-cinq des dessins originaux de Sergent.
Madame Sergent, née Emira Marceau (1753+1834) a parfois aidé Sergent dans ses travaux les moins importants. Sergent aimait passionnément sa femme, mais il eut le tort de le proclamer trop publiquement ; il poussa son besoin d’expansion jusqu’à faire connaître, dans une brochure. de tristes et intimes détails sur la situation d’épouse de Mademoiselle Emira Marceau, alors Madame de Cernel, avant de devenir Madame Sergent et que, si n'était avérée sa bonne foi, l’on serait porté à taxer tout au moins de mauvais goût.
La gravure en couleurs ne se limite pas à Janinet, à Debucourt, à Descourtis et à Sergent ; s’ils en furent les plus caractéristiques représentants, il n’en existe pas moins, autour d’eux, d’autres graveurs dont quelques œuvres ne sont pas dénuées de tout intérêt : aussi, avant que de reprendre l’histoire de la gravure à la suite de François Boucher, allons-nous d’abord terminer la présentation de tous les artistes, recommandables par une planche
au moins, qui se sont adonnés à la gravure en couleurs.
Le Cœur, parmi les moins connus, n’est pas le moins intéressant, et l’on a pu attribuer pendant plus d’un demi-siècle à Debucourt une planche presque sûrement de lui, portant en tous cas son adresse: nousfaisons allusion à la Promenade du Jardin du Palais-Royal, dont la composition serait de C.-L. Desrais. Cette importante estampe, d’une composition moins bien ordonnée que ne l’est d’ailleurs celle de la Promenade publique ou de la Promenade de la Galerie du Palais-Royal, et gravée en outre avec plus de lourdeur que les deux planches de Debucourt, eut certainement du succès à son apparition; une copie réduite, qui en fut faite à l’époque, en est la meilleure preuve. Ni la Promenade, ni la Galerie, de Debucourt, ne connurent cet honneur.
Les renseignements bibliographiques font complètement défaut sur Louis Le Cœur et l'on en est encore à ignorer ses dates de naissance et de mort, et jusqu’à son lieu d’origine. On le dit élève de Debucourt.
Le Cœur a signé deux curieuses planches d’après Swebach-Desfontaines, le Serment fédératif du 14 juillet et le Bal sur l’emplacemenx de la Bastille, habilement exécutées ; il a donné un pendant un peu sec à l’Annette et Lubin de Debucourt, avec sa Vieillesse d'Annette
{ LA PROMENADE DU JARDIN DU PALAIS-RoyaL. VenteMuhlbacher, 1.300 fr.; la copie, 200 fr. — Vente Destailleur, 700 fr.; à l’eau-f. p., 105 fr. — Vente Goncourt, 1.360 fr.—- Vente Soulavie, 2.800 fr.— Vente Gerbeau, 1.820 fr.
Le SERMENT FÉDÉRATIF. Vente Muhlbacher, 380 fr. — Vente 17 janvier 1894, avtI. L., 90 fr. — Vente 6 mars 1894, 76 fr.
Le BAL SUR L'EMPLACEMENT DE LA BASTILLE. Vente Muhlbacher, 820 fr. — Vente Destailleur, 410 fr. — Vente 29 nov. 1899, 152 fr.
et Lubin ; il a aussi gravé d’après François Mouchet les Chagrins de l'Enfance, petits chagrins tout bonnement causés par un serin qui s'échappe de sa cage ; les épreuves antérieures de cette dernière et lourde planche, sont aux armes de la Duchesse de Bourbon, prudemment remplacées, pendant les orageuses années de la Révolution, par un simple fleuron. Enfin l’on comprend encore dans son œuvre le Colin-Maillard ou plus justement le Bandeau favorable, puisque c’est le titre que porte cette pièce, d’après Lavreince peut-être, et sur laquelle M. E. Bocher porte le jugement suivant : « Composition de trois personnages... la femme est atrocement dessinée et sa pose st telle qu’elle en est contrefaite ». Chose curieuse, il existe du Colin-maillard, des épreuves avec cette suscription : Gravé par Louis-F. Le Sueur en 1789; faut-il y «voir, comme le croit M. Bourcard, une erreur du graveur de lettres ou bien une œuvre d’un artiste encore, inconnu ? Nous penchons pour la première hypothèse.
Une allégorie anonyme, ia Constitution française, est aussi attribuée à Le Cœur : une épreuve de cette rare
pièce fit partie de la collection Soulavie ; on y voit des per-
LA VIEILLESSE D'ANNETTE ET LUBIN. Vente 11 janvier 1894, 80 fr. — Vente Hérédia, 192 fr.
Les CHAGRINS DE L'ENFANCF. Vente Muhlbacher, 195 fr. — Vente Ligaud, 2° état, 680 fr.
Le CoziN-MaizzArD (par Le Cœur). Vente Ligaud, réemmargée, 450 fr. — Vente 12 déc. 1904, 2.105 fr. — Vente Muhlbacher, avtt. 1, 520 fr. ; avec 1. 1.,115 fr.
La CONSTITUTION FRANÇAISE. Vente Soulavie, 470 fr.
JHARMS OF THE MORNING : L. Marin Bonnet.
sonnages appartenant à toutes les classes de Ia société, témoignant leur joie aux pieds d’un monument surmonté
des Tables de la Loi sur lesquelles une femme la
Nation — inscrit les Droits de l'Homme ; le tombeau de Mirabeau qui figure dans cette allégorie, est l’objet d’honneurs, sauf de la part d’un homme qui, porteur d’une cocarde blanche, « est puni, nous dit la légende gravée, « d’avoir voulu déranger la fête ; il a fait un faux-pas ; « le voilà étendu à terre, se rongeant le poignet de rage « et de confusion... »
Nicolas-François Regnault, né en 1746, a gravé un certain nombre de planches d’une fadeur désespérante : dans son œuvre, où l’on recherche le Matin, le Soir, la Nuit, planches de sa propre composition et où, dans la dernière, le traversin de la belle joue le rôle de l’amant absent, puis Dors, dors et son pendant Ah/s'il s’éveillait nous ne retiendrons que le Bain, d’après P.-A. Baudouin et son pendant, le Lever, d’après son propre dessin : ces deux petites planches ne se recommandent certes pas par un dessin savant, loin de là ! mais l’on ne saurait nier une certaine entente de l'effet, .et, dans le Lever notamment, les reflets du feu de la cheminée, habile-
ment projetés sur la suivante agenouillée dans la
Le MATIN, le Sorr et la Nuit. Vente 6 avril 1894, av! I. 1., 100 fr.
La Nuir, seule. Vente 6 mars 1894, 29 fr.
Dors, Dors et AH! S’IL Ss'ÉVEILLAIT. Vente 17 mars 1894, 49 fr.
LE BAIN. Vente Josse, 530 fr.
Le Bain et le LEvEr. Vente Ligaud, 1.600 fr.— Vente 12 déc. 1904, 1.250 fr. — Vente H,. Destailleur, 1.050 fr. — Vente Barrot, 2.810 fr.
pénombre, prouvent tout au moins de l'observation.
J.-A. Léveillé — et non Pierre, comme on le prénomme parfois — était un élève de Janinet : il naquit à Orléans, c’est le seul renseignement parvenu jusqu’à nous sur ce graveur de quatrième ordre; sa signature se retrouve sur une cinquantaine de planches parfaitement insipides, comme la Circassienne à l'encan et Île Bain interrompu, d’après Borel, Le Combat des Horaces et des Curiaces, d’après Le Barbier l’aîné. On ne trouve à retenir de son œuvre, en faisant preuve de beaucoup d’indulgence, que le Charlatan et la Bascule, gravés d’après Borel auquel Léveillé semble s'être attaché. Ces deux planches, où s'ébattent de nombreux personnages, se recherchent depuis quelque temps et valent, en épreuves bien fraîches, de 1.500 à 2.000 francs. C’est beaucoup d’argent en comparaison de la médiocrité des pièces qui en font l’objet. Mais nous allons fournir, quelques lignes plus bas, un exemple autrement probant de la fascination qu’exerce actuellement la gravure en couleurs sur l'esprit des collectionneurs ou simplement des curieux.
Avec Jean-Baptiste Chapuy (1760+1802) et Jean- Marie Mixelle, nous nous trouvons en présence de gra-
veurs attelés à une besogne fort secondaire : la copie
Le BAIN INTERROMPU et la CIRCASSIENNE. Vente 28 févr. 1908, 205 fr. — Vente du B° Pichon, 35 fr.
La Bascue. Vente 28 févr. 1908, 700 fr.
Le CHARLATAN (de Borel) et la Bascure. Vente 6 avril 1894, 240 fr. — Vente Gerbeau, 1.650 fr.
des planches réputées ; Chapuy et Mixelle se sont cependant parfois échappés de ce cercle borné. et ils ont mis au jour quelques planches dont on ne s'occuperait guère d’ailleurs si elles ne bénéficiaient à la fois du succès de la gravure en cou'eurs et du renom du peintre qu'elles traduisent : tel est, pour Chapuy, le cas des Grâces parisiennes au bois de Vincennes et des Trois sœurs au Parc de St- Cloud, d’après Lavreince, planches qui obtiennent les fortes enchères, bien qu’elles ne soient que de tristes productions ; enlevezles groupes féminins, déjà eux-mêmes mal équilibrés et mal dessinés,et vous n’aurez plus que des paysages où ni sihouettes, ni valeurs, ni plans ne sont observés : ces planches ne soutiennent pas l’analyse, tant elles sont dénuées des moindres qualités qu’on est en droit d'exiger d’une estampe digne de ce nom, et l’on peut résumer ces deux planches d’un mot: c'est enfantin. L’une des planches:les Trois sœurs au parc de St-Cloud, a été aussi éditée sous un autre titre: le Bosquet d'amour. Quant à Mixelle, il ne se montre pas plus heureux que Chapuy, ajoutant encore aux défauts de celui-ci une grande lourdeur d'exécution, par exemple lorsqu'il grave le Désir amoureux, de Baudouin, dont le premier état réside
en un groupe d’amants qui s’ébattent dans des nuages
Les GRACES PARISIENNES AU Bois DE VINCENNES. Vente 12 déc. 1904, 1.345 fr.
LES GRACES PARISIENNES et les Trois Sœurs. Vente Barrot, 10.000 fr. — Vente J. Gerbeau, 5.730 fr.
Le DÉSIR AMOUREUx. Vente Josse, avt t. 1., 300 fr. — Vente du B° Pichon, 1° état, 160 fr.
propices à souhait et qui les masquent,à demi seulement, aux regards curieux d’une jeune femme; dans la suite des colombes les remplacèrent.
C'est également Mixelle qui a signé, outre le Matin et le Roman, d’après Garneret ou Garneray, la Petite Guerre et le Joli petit Serin, deux planches copiées sur les gravures d’Aug. Le Grand, d’après Lavreince : notons que les planches de Le Grand ne portent pas tout à fait les mêmes titres : ce sont Jamais d'accord et le Serin chéri. Signalons enfin de Mixelle, dans son rôle de copiste, Les Joueurs et la Diseuse de bonne aventure, d’après les estampes de l'Anglais William Ward: The Gamesters et The Fortune Teller.
Incidemment, le buriniste Joseph de Longueil (1732 +1792) a gravé en couleurs ; l’on connaît du moins de lui cinq ou six gravures ainsi exécutées, notamment : les Dons imprudents — une jeune femme, aidée de sa camériste, coupe une longue mèche de cheveux à un galant agenouillé à ses pieds — et le Retour à la vertu —
une jeune femme assise sur un lit de repos en aimable
Le Roman. Vente Ligaud, impr. en coul. 310 fr.
Le MATIN. Vente Ligaud, impr. en coul., 150 fr.
Le MATIN et le Roman. Vente Muhlbacher, 210 fr. — Vente Josse, 1er état, 710 fr.
Le Jozr PETiT SERIN. Vente Josse, 905 fr.
Les Joueurs. Vente du B° Pichon, 21 fr.
Les Joueurs et la DISEUSE DE BONNE AVENTURE. Vente 17 mai 1894, 108 fr.
Les Dons IMPRUDENTS. Vente Ligaud, 450 fr.
Le RETOUR A LA VERTU. Vente Ligaud, 365 fr.
Les Dons IMPRUDENTS et le RETOUR A LA VERTU. Vente Destailleur, 430 fr. — Vente Pommereau, 300 fr. — Vente Gerbeau, avt t. 1., 6.600 fr.
LE
: Louis Gauth
INE MARIE-ANTOIN
compagnie, paraît se livrer à des regrets... tardifs. Ces deux planches gravées avec beaucoup de propreté, mais avec lourdeur, laissent deviner un graveur plus habile à manier la pointe et le burin que la gravure en couleurs.
Avec Laurent Guyot, Coutellier, Pierre-Charles Coqueret, Jean-Baptiste Morret, Madame Allais, Pierre- Michel Alix, Levachez, Villeneuve, que nous allons étudier, presque tous les adeptes de l’estampe en couleurs méritant au moins une mention aux yeux des fanatiques auront été évoqués : ce n’est pas une histoire complète de la gravure en couleurs que nous aurons eu la prétention d'offrir au cours de ces pages, mais un résumé suffisant pour en faire connaître l'importance ; nous n’aurons pas toujours été au diapason de la mode, ce vilain mot, quand il s’agit d’une œuvre d’art ; les amateurs nous le pardonneront ; n’en est-il pas d’ailleurs, parmi eux, quelques-uns de notre avis ?
Laurent Guyot, qui signa certaines pièces de l’anagramme « Toyug », né à Paris en 1756, mort on ne sait quand, a été l’élève de deux graveurs au burin, Louis Le Grand et Jean-Baptiste Tilliard, mais c’est vers la gravure en couleurs qu’il se sentit attiré : il n’a pas produit d’œuvres importantes, mais de nombreuses piécettes pouvant s'adapter le plus souvent à des dessus de tabatières, à des bonbonnières, à des boutons. Citons
le Colin-Mailiard et le Concert, la Sentinelle vigilante
Le CoziN-MaïzLarp (de Dutailly). Vente Gerbeau, 250 fr.
et N'aie pas peur, ma bonne amie, l'Isle du Rendez-vous et l’Arrosoir, d’après Dutailly ; quatre motifs de tabatières gravés sur un même cuivre et relatifs à la Séance des Etats-Généraux du 4 mai 1789; une série — complète ? — de dix-huit minuscules médaillons précédés de cetitre : Garniture de bouton au (sic) Révolutions de Parts, le 14 juillet 1789; diverses vues, attaque et prise de la Bastille, enfin, d’après Fragonard, l’Armoire, le Verrou et la Gimblette, réductions des planches de R. de Launay, de M" Blot et de Bertony.
Coutellier n’est guère connu que par des portraits d’acteurs et d’actrices auxquels il semble avoir spécialement consacré son très modeste talent. Ces portraits, d’une facture brillante, sans plus, sont assez recherchés : certains d’entre eux sont rapportés dans des cadres bleus imitant les montages des dessins. En voici les plus connus : Mademoiselle Ollivier, dans le rôle de Chérubin, Mademoiselle Contat, dans le rôle de Suzanne, Madame Dugazon, représentée en paysanne, Mademoiselle Colombe l'aînée, Mademoiselle Maillard, Madame Julien, Carlin
Bertinazzi, en Arlequin, Joseph Menier, Michu.
Le CoiNn-MaILLARD et le CONGERT (de Dutailly). Vente 15 mai 1907, 460 fr. — Vente Destailleur, 126 ir.
ETATS-GÉNÉRAUX. Vente 1904, 100 fr.
GARNITURES DE BOUTON. Vente Soulavie, 615 fr.
M'e Ozzrvier. Vente de Lapeyrie, 101 fr.— Vente 15 mai 197, 90 fr. — Vente Soulavie, 200 fr.— Vente Goncourt, 95 fr. — Vente 13 déc. 990. 78 fr.
Mi: CoNTAT. Vente 6 févr. 1904, 140 fr.
Mme Duaazon. Vente 1882, 65 fr. — Vente 10 mai 1894, 30 fr.
Mie CoLOoMBE L’AINÉE. Vente 18 mai 1900, 46 fr.
Pierre-Charles Coqueret, est un pâle graveur, dont les productions le plus souvent dérivées de l’aqua-tinte, manquent d’accent et de personnalité. Né en 1761, il fut comme J.-A. Léveillé, disciple de Janinet ; il ne fait pas honneuràäson maître, et c’est plutôt à titre de curiosité que nous citons de Coqueret les deux planches suivantes, de la composition de Dutailly : On doit à sa patrie le sacrifice de ses plus chères affections et Il est glorieux de mourir pour sa Patrie; les groupes principaux de ces deux estampes sont présentés dans une gamme assez harmonieuse ; mais le graveur a sacrifié avec une désinvolture sans pareille, tout ce qui lui paraissait accessoire : aussi dans la première planche, soldats, comme chevaux, sont-ils absolument en bois, ce qui n’est pas très heureux. Entre temps, Coqueret s’attaquait au divin Raphaël et gravait une suite de six Amours : il est presqu’inutile d'ajouter que son audace ne fut pas couronnée de succès.
Quant à Madame Allais, née Angélique Briceau, elle est l’auteur d’un portrait de Mirabeau, daté de 1791, — le Mirabeau au visage grêlé — qui révèle de très sérieuses qualités de force et d'observation; c’est une planche caractéristique, digne des plus forts graveurs en cou-
leurs et qui eût mis le nom de cette femme-graveur plus
Mie MarzzaArD. Vente 10 mai 1894, 50 fr. — Vente Goncourt, 37 fr.
C. BERTINAZZI. Vente 28 févr. 1908, 65 fr.—Vente 21 mars 1908, 31 fr.
Micuau (par Coutellier). Vente Destailleur, 29 fr. — Vente Davesne, Gt fr.
ON DOIT A SA PATRIE €@t ÎL EST GLORIEUX DE MOURIR. Vente 6 mars 1894, 65 fr.
MirABEAU. Vente Destailleur, 1890, 19 fr.— Vente Soulavie, 415 fr.
en vedette, si elle n’était pas si rare, par conséquent à peine connue. Depuis une dizaine d’années, nous n'avons vu passer en vente ce Mirabeau, qu’à la vente Soulavie, où, bien que privée de marges, elle atteignit l'enchère de 415 francs.
Madame Allais a encore gravé d’autres portraits de personnages de la Révolution; ils n'atteignent pas, pour la plupart, à son Mirabeau, mais n'en sont pas moins dignes d’égards, notamment ceux de Charlotte Corday, de Joseph Barra, d’Agricola Viala et de J.-J. Rousseau.
Le père de Madame Allais, était un fort mauvais graveur et dont rien n’est à citer; son mari, graveur également, est loin de l’égaler, bien qu'il ne fut pas dénué de tout talent. Madame Allais reste donc l'artiste intéressant de la famille.
Un œuvre de graveur qui demande tout d’abord à être fortement épuré, si l’on en veut dégager les quelques pièces méritant de rester, c'est celui de Pierre- Michel Alix, portraitiste surtout, grand producteur en tout cas.
Né en 1762, mort en 1817, P.-M. Alix, à côté de médaillons sans intérêt aucun, comme ceux de Brutus, de Solon ou de Lycurgue, ou de planches absolument
quelconques — sujets légers, costumes antiques, allégo-
CuarLoTtTE Corpay. Vente Ligaud, 35 fr. — Vente Gerbeau, 190 fr. ; avt t. 1, 220 fr.
J.-J. Rousseau. Vente Ligaud, 24 fr.
Pr XXVIE
DIFFICILE : J. F. Janinet, d'après Nic. Lavreince.
ries — a exécuté des portraits, dont quelques-uns sont ou agréables ou fort bien traités: peu soucieux d’opinions politiques, se pliant au contraire à toutes, au gré des circonstances et des évènements, Alix a aussi bien gravé Marie-Antoinette que Marat, Napoléon que Louis XVIII, Fénelon que Chalier. Entre tant de portraits, il faut nécessairement choisir : en voici les meilleurs : Marie-Antoinette, d’après Madame Vigée-Lebrun, très rare ; plusieurs Bonaparte, dont un d’après Appiani, daté de 1798; Franklin; le Général Berthier, regardé comme l’un des chefs-d’œuvre de la gravure en couleurs ; Le Vachez de Charnois, l’un des plus fins portraits d'Alix; Le Tourneur, estampe sans aucune lettre, où le personnage représenté en costume de Directeur, a été tour à tour signalé comme étant Barras ou Treilhard : MM. Portalis et Beraldi l’ont inscrit sous le nom de Barras, mais une note de Soulavie, contemporaine de la gravure, indiquait celui de Le Tourneur, et c’est à oe dernier nom, que le catalogue des œuvres d’art du xvirie siècle à la Bibliothèque Nationale, s’est définitivement arrêté.
FÉNELON. Vente 19 janvier 1894, avtI. 1., 35 fr.
MARIE-ANTOINETTE (par Alix). Vente Gentien, avt I. 1., 505 fr.
BoNAPARTE. Vente Hérédia, 220 fr. — Vente J. Gerbeau, 210 fr. — Vente Ligaud, 125 fr.
FRANKLIN (par Alix). Vente 20 mai 1901, 42 fr.— Vente 21 mars 1908, avt 1. L., 140 fr.
BEerTHiEer. Vente Ligaud, 200 fr.— Vente Gerbeau, 375 fr.— Vente 18 mai 1906, 270 fr.
Le VACHEZ DE CHArNotis. Vente Ligaud, 20 fr.— Vente Soulavie, 40 fr.
Le TourNeur. Vente 3 avril 1901, 400 îr, — Vente Soulavie, 500 fr. — Vente Gerbeau, 255 fr,
Citons encore d’Alix : Molière, Voltaire en habit rouge, des acteurs ou des actrices, Mademoiselle Maillard, Madame de Saint-Aubin en paysanne, dans la pièce « Ambroise ou Voilà ma journée », Préville, Michu, enfin la célèbre planche des Trois Consuls, avec un bas-relief rappelant la présentation par Barthélemy au Premier Consul de l’acte constitutif qui fixait le Consulat à vie; quel chemin parcouru par cette estampe, de 1882 à 1904 ; en 1882, en vente publique, elle était adjugée vingt-sept francs ; en 1904, dix-sept cents francs!
Levachez, comme Alix, a gravé de nombreux portraits et, dans son énorme production, il faut aussi élaguer ; il est d’ailleurs inférieur à son confrère, et ne peut mettre en ligne que quelques planches rares dans lesquelles se mêle le plus souvent un intérêt historique ou iconographique : deux de ses estampes les plus finement traitées sont ses deux très petits et très rares portraits de Louis XVI d’après J.-S. Duplessis et de Marie-Antoinette d’après Madame Vigée-Lebrun ; citons encore Louis XVI et La Fayette, planche de forme ronde,
Marat, Jérôme Pélion, enfin Kléber.
MouièrEe (par Alix). Vente Ligaud, avt 1. 1, 30 fr. — Vente Rodière, 85 fr. — Vente 17 mars 1910, 110 fr.
VoLTAIRE (par Alix). Vente 15 déc. 1908, 131 fr. — Vente Ligaud, 57 fr.
Mie MarzzarDp. Vente J. Gerbeau, 165 fr. — Vente Ligaud,177 fr.
Mne DE SAINT-AUBIN. Vente Ligaud, 158 fr. — Vente H.de Roissy, 86 fr. — Vente L. Dumont, 155 fr. — Vente Muhlbacher, 95 fr. — Vente J. Gerbeau, 225 fr.
Mrcuu (par Alix). Vente 20 déc. 1909, 220 fr. — Vente 23 janv. 1900, 49 fr.—Vente 15 mai 1907, 95 fr.
Louis XVI (par Levachez). Vente 1899, 125 fr,
Levachez, qui s’adonna plus spécialement à la gravure au lavis, consacra son modeste savoir à la traduction des œuvres de Carle Vernet ; sous ce jour il ne nous appartient plus: ces planches sont en effet postérieures à 1800.
Jean-Baptiste Morret, l’auteur d’une planche que nous décrivons plus loin, dans l’œuvre du peintre Swebach- Desfontaines, d’après lequel elle a été gravée, et qui se trouve être sa meilleure estampe, a aussi gravé, d’après Caresme et Huet, la Culbute imprévue et la Chûâte inattendue, et d’après Augustin de Saint-Aubin, en collaboration avec Sergent et Antoine Phelippeaux (1767+ vers 1835) d’abord, l'Heureux ménage, l'Heureuse mère, la Sollicitude maternelle et la Tendresse maternelle, série de quatre planches, puis avec Phelippeaux et J. Laurent Julien ensuite, la Jardinière et la Savonneuse. Toutes ces planches sont médiocres ; l’on recherche toutefois les deux dernières qui sont galantes.
Villeneuve, graveur et éditeur, offre une antithèse
marquée avec la majorité des graveurs que nous avons
Louis XVI ET MARIE-ANTOINETTE (par Levachez). Vente Destailleur, 680 fr.
KLéger. Vente Destailleur, 51 fr. — Vente Ligaud, 177 fr.
La CULBUTE IMPRÉVUE et la CHUTE INATTENDUE. Vente Ligaud, 100 fr.
L'HEUREUX MÉNAGE, l’'HEUREUSE MÈRE, la SOLLICITUDE et la TEN- DRESSE. Vente Destailleur, 90 fr. — Vente Muhlhacher avec la {re adr. de Blin, 140 fr.
La JARDINIÈRE et la SAVONNEUSE. Vente Muhlbacher, avt t. 1., 300 fr. — Vente Séran, sans marge, 100 fr. — Vente 6 mars 1894, 199 fr. — Vente Gerbeau, avt t. 1, 1.210 fr. — Vente Davesne, sans marge, 605 fr.
cités : ce ne sont alors dans ses planches que guillotines ou têtes coupées; d’une bien médiocre valeur d’art, elles sont du moins typiques par la violence qu'elles affectent contre la Royauté : dans une lanterne, il trace l’image de Marie-Antoinette, « la Panthère autrichienne... la Médicis du 182 siècle. Cette affreuse Messaline, fruit des plus licencieux concubinages.... »; dans une autre lanterne, en manière de pendant, c’est Louis XVI, « voué « au mépris et à l’exécration.… bien autrement monstre « que Charles IX... » Dans d’autres gravures, c’est encore Louis XVI qui est l’objet de rageuses satires : Louis le parjure, Louis le traïtre, lis ta sentence, Matière à réflection pour les jongleurs couronnés — une main tenant suspendue le chef de Louis XVI décapité, d’où s’échappent des gouttes de sang — la Réception de Louis Capet aux Enfers, etc. Il est tout au moins curieux de constater, avec MM. Portalis et Beraldi, que ces élucubrations ultra-révolutionnaires, devaient aboutir chez Villeneuve, en 1814, à des portraits de Louis XVIII de la Famille Royale et même à une image de Jésus-Christ sauveur du Monde !
Ce fut la mode en pleine Terreur, par crainte souvent, par conviction parfois, par intérêt généralement, d'afficher des idées outrancières; ne s’agissait-il pas
de préserver sa propre tête ? Jacques Gamelin, gravant
La PANTHÈRE AUTRICHIENNE et Louts XVI. Vente Muhlbacher, 255 fr. — Vente Soulavie, 115 fr.
MATIÈRE A RÉFLECTION. Vente Soulavie, 42 fr.