‹ Manuel de l'amateur d'estampes du XVIIIe siècleChapitre 11 sur 81 · ÉDUCATION DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE L'AMOUR

F, Boucher.

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M. Fenaille décrit également deux autres portraits : portraits de femmes, à l’allure bourgeoise, qui,sans nul doute, sont de l'entourage de Debucourt. Toutes deux sont assises de profil, sur la terrasse d’un jardin, et ne sont pas sans quelque ressemblance entr’elles ; l’une, tenant une rose de la main gauche, ne serait autre que la femme de Debucourt, d’après la note manuscrite suivante, se trouvant au bas d’une épreuve possédée par M. Fenaille : Mme Debucourt, Dessiné et Gravé par de Bucourt en 1803. Ces deux portraits sont fort rares, et le second ne se rencontre pour ainsi dire jamais; M. Fenaille est certainement l’un des rares amateurs qui peuvent se vanter d’en posséder un exemplaire.

Debucourt, qui avait été agréé à l’Académie royale en 1781, comme peintre, mourut à Belleville-Paris, au n° 18 de la paisible rue des Bois — encore existante —., le 22 septembre 1832.

Le spirituel talent de Debucourt est apprécié depuis longtemps déjà, en dépit de la iégende en partie véridique, qui veut que les épreuves de ses planches, de la Promenade publique plus spécialement, aient servi d’enveloppes d'emballage. Edmond et Jules de Goncourt, qui ont fort judicieusement analysé son talent et son œuvre, dans leur Art du XVIIIe siècle, n’ont pas peu contribué à familiariser les amateurs avec le nom de Debucourt, et nous ne pouvons nous défendre de retranscrire ici quelques-unes de leurs fines observations sur

le « métier » de Debucourt :

Q Il y a là un grand art de petit graveur. L’agrément de ces planches, l'illusion qu’elles donnent, cette harmonie qu’elles ont dans la vivacité et le bariolage, révèlent une science bien remarquable, un maniement bien habile et bien délicat des outils du graveur.

« Debucourt, en effet, a poussé plus loin que personne le travail de ses dessous. Il s’y est appliqué avec un soin, une légèreté de main, une maîtrise dans l’infiniment petit du procédé, qu'il est intéressant d’étudier, si l’on veut lui rendre toute justice, dans les essais, bien rares à rencontrer, de ses épreuvesen noir. Il existe un de ces tirages de la Noce au château où l’on peut voir, à l’état vierge, la finesse des travaux, la transparence des tons dégradés, tout le piquant des petites touches dont les physionomies sont éclairées. Mais peut-être où toute la délicatesse, toute la spirituelle et consciencieuse dextérité de l’adroit graveur, se révèlent le mieux, c’est dans ces commencements de planches gardés par M. Jazet, travaux fragmentaires, parcelles de scène, qui nous font voir, pour ainsi dire, Debucourt gravant. C’est d’abord un trait, un simple trait mordu à l’eau-forte, fin comme dessin d’une plume de corbeau. Dans ce trait, le berceau du graveur, auquel succédera plus tard la lourde roulette, s'attaque à un petit bonhomme, à une figure de femme, la caresse, la modèle, avec toutes les délicatesses et

toutes les dégradations de l’ombre ; et reberçant et

regrattant, l’outil délicat et magique finit par étendre

« sur toute la planche une douceur d’estompage. C’est « la manière noire, le procédé d’où sont sorties ses plan- « ches les plus réussies, les plus peintes : le Menuet.….. »

Voici d’autre part, le portrait physique et moral qu'Henri Bouchot a tracé de Debucourt : « On dit de « lui qu'il fut en tout de son époque. Grand et mince, « à la façon des beaux cavaliers de l’Empire, amusant « conteur de gaillardes histoires, plus imprévoyant qu’un « muscadin, très doux en toutes choses, caustique juste « assez pour n'avoir pas eu que des amis. Son profil un peu « tombant de penseur, les lignes spirituelles et gaies de « sa bouche, toute sa physionomie de brave homme « à laf fois et de critique timide, nous ont été gardées « par un physionotrace, un portrait naïf de Debucourt « à la quarantaine, avec sa perruque bien arrangée, « son co! large et sa cravate lâche. »

Quelques planches seulement ont été gravées d’après Debucourt : le Juge ou la Cruche cassée (dont le cuivre existe encore), par J.-J. LefVeau';l’ Humanité ou Bienfaisance du Roi, par L. Guyot, en 1787 ; Vive le Roy, par Augustin Le Grand. Cette dernière gravure, qui représente un colporteur montrant une image de Louis XVI à des paysans saisis d’admiration, a subi, en peu de temps,

une triple transformation adéquate à autant de chan-

Le JucE où LA CRUCRE CASSÉE. Vente 26 oct. 1903, eau-f. p., 40fr.; avt la déd., 50 fr.

L’'HumaniTÉ. Vente Soulavie, 135 fr. — Vente Davesne, 211 fr.

VIivE LE Roy. Vente Soulavie, avec le port. de Louis XVI, 55 fr.: avec le décret, 50 fr. ; avec le portr. de Bonaparte, 76 fr.

gements successifs dans le régime de la France ; à l’image du Roi succéda le texte du Décret du 18 Floréal: puis le fameux décret, à son tour discrédité, céda la place à une effigie de Bonaparte. Ce cas d'utilisation d’une planche à tout propos n’est pas unique dans le domaine de l’estampe. Dans deux autres gravures de V. Vangélisty et de N. Le Mire, le roi-martyr est remplacé par le futur fondateur de la dynastie impériale, tandis que dans une estampe de Simonet, Bonaparte, encore, supplante cette fois Voltaire, qui avait lui-même détrôné la Comtesse d’Artois. Dans une importante planche d’Alix, où Bonaparte et ses deux collègues au Consulat, Cambacérès et Lebrun, se trouvaient réunis, l’image de Cambacérès subsiste seule dans une transformation de seconde main. Une allégorie en l’honneur du Comte de Vergennes, devint par la suite une pièce prônant Necker d’abord, Marat ensuite.

Charles-Melchior Descourtis, qui partage avec Janinet et Debucourt la faveur du public, n’a ni la tenue du premier, ni l'esprit et le goût du second de ces artistes. L’Amant surpris par une jeune personne qui lui bande les yeux de ses mains, le pendant de cette pièce surtout, les Espiègles, dérobant les vêtements de deux baigneuses qui n’en peuvent mais, sont des gravures de qualité

très moyenne, exécutées d’après F. Schall: de quelles

L'AMANT sURpPRIs. Vente 19 février 1894, 130 fr. Les EsPièGes. Vente 17 mai 1894, 103 fr.

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