UN GRAVEUR, ÉDITEUR, EXPERT ET ICONOGRAPHE
BASAN. — HONORÉ FRAGONARD, PEINTRE ET GRA- VEUR. — JEAN-BAPTISTE GREUZE : LES GRAVEURS DE GREUZE.
L'étude dela gravure en couleurs, que nous n’avons pas voulu scinder pouren mieux embrasser toute l'importance, nous a engagé bien au-delà de l’époque à laquelle nous devions logiquement nous arrêter ; nous nous trouvons donc maintenant dans l'obligation de rebrousser chemin pour revenir aux artistes qui sollicitent plus spécialement l'attention autour de Boucher et de Chardin, en dehors de Baudouin, de Gabriel de Saint-Aubin, de Greuze et de Fragonard, que nous étudierons à part.
Ce sont, dans l’ordre chronologique de naissance : Toc-
qué, Jeaurat, Bouchardon, Aved, C. et L.-M. Vanloo, J. Vernet, Vien, Challe et Schall, Roslin, c’est-à-dire un peintre d'histoire, un peintre de marines, plusieurs peintres de genre, des portraitistes, un sculpteur enfin. | Louis Tocqué, le gendre de Nattier, naquit à Paris || en 1696. Après un séjour en Russie d’abord, en Dane- | mark ensuite, Louis Tocqué revint en France en 1760 et y mourut en 1772. Louis Tocqué fut exclusivement un portraitiste, et sans atteindre à une grande perfection, il a laissé des œuvres qui ne sont pas sans charme Il et sans délicatesse ; il est souvent plus vrai que Nattier, | s’il n’en a pas l'ampleur. Les meilleures planches gravées d’après ses nombreux portraits sont celles de J. Daullé, (Marie Leczinska, en pied), N. de Larmessin, G.-F. Schmidt, (le Comte Nic. Esterhazy), Aug. de Saint-Aubin, J.-G. Muller, | (Louis Galloche) et Ch. Dupuis. Le portrait de Tocqué | lui-même a été gravé, d’après une peinture de Nattier, (| par L.-J. Cathelin.
|| Etienne Jeaurat, qu’il ne faut pas confondre avec son frère aîné, le graveur Edme Jeaurat (1688+ 1738), | doit trouver place dans notre Manuel pour l’Ertemple
| des Mères, gravé par Lucas, le Joli dormir — une aimable
Marie LecziNska (par Tocqué). Vente Didot, 55 fr. | Le Cte Esrernazy. Vente Didot, avt t. 1, 1.020 fr. ; 2e état, 50 fr. ; 3° état, 20 fr.
L'ExemPce DEs MÈRES. Vente Muhlbacher, 100 fr. — Vente 11 janvier 1894, 16 fr. — Vente Goncourt, avt t. 1., 42 fr.
Le Jorr Dormir. Vente Muhlbacher, 56 fr.— Vente Destailleur, 45 fr. — Vente 11 janvier 1894, 36 fr. — Vente du B° Pichon, 30 fr. — Vente H, Lacroix, 115 fr. — Vente 17 mars 1910, 200 fr.
femme qui serait, selon certains, Madame de Lalive d'Epinay —, par Madame Tardieu, née Claire Tournay, l’Eplucheuse de salade, par Beauvarlet, les Citrons de Javotte, par Ch. Le Vasseur. Mais c’est surtout dans les scènes de la rue que Jeaurat excelle : il s’y est intéressé tout particulièrement, et son œuvre en contient de typiques, que Le Vasseur, Duflos et Aliamet nous ont conservées : voici d’abord la Place des Halles où, de « jeunes farauds, par une bizarre manie, viennent faire assaut de gros mots » et se livrent au plaisir de la danse avec des poissardes ; voici la Place Maubert où, pour quelques pommes renversées, une querelle surgit ; l’Enlèvement de Police et le Déménagement d’un peintre, sont également prétexte pour Jeaurat à de pittoresques compositions ; n'est-il pas enfin séduit par le mouvement créé par le Carnaval des rues de Paris ou bien par cette scène, toujours d’actualité, le Transport des Filles de joie à l'hôpital, où l’on voit ces sœurs de Manon Lescaut entassées dans une charrette et semblant supporter avec une douce philosophie les quolibets du peuple.
Jeaurat n'a ni la distinction ni le charme de Chardin,
auquel on le compare parfois et qu’il rappelle incidem-
Le CARNAVAL DES RUES DE Paris. Vente Goncourt, av! I. 1., 32 fr.
Les CITRONS DE JAVOTTE. Vente Goncourt, 11 fr.
Prace MaugErT. Vente Goncourt, avt t. 1., 25 fr.
PLACE DES HALLESs et PLAGE MAUBERT. Vente Destailleur, 60 fr. — Vente Lacroix, 55 fr.
Le TRANSPORT DES FILLES DE JOIE A L’HopiTAL. Vente Goncourt, avt I. 1,67 fr. — Vente 26 oct. 1903, avt 1. 1., 26 fr.
L’AccOUCHÉE et la SERVANTE CONGÉDIÉE. Vente Davesne, 105 fr.
ment, comme dans l’Accouchée, gravée par Lépicié ou la Servante congédiée de Baléchou: il n’en est pas moins un artiste intéressant qui fut d’ailleurs très apprécié de son vivant ; à l’Académie, il parvint au grade de chancelier, dignité que connurent peu de ses confrères. Né à Paris, le 9 février 1699, Jeaurat est mort à Versailles, le 14 décembre 1789 : il avait alors quatre-vingt-dix ans.
Edme Bouchardon, sculpteur, a été un dessinateur prolifique et c’est par milliers que se comptent ses figures exécutées à la sanguine, le plus souvent destinées à servir de modèles ; sa série des Etudes prises dans le bas-peuple ou les Cris de Paris, en cinq suites publiées de 1737 à 1746 et comportant un ensemble de soixante planches, préservera son nom de l’oubli auprès des collectionneurs d’estampes : ces planches, esquissées à l’eau-forte avec simplicité et facilité par le Comte de Caylus, ont été sobrement terminées par Etienne Fessard qui les éditait; elles présentent, en tout cas, un intérêt de précieuse documentation d’où la note de pitié n’est pas exclue, comme dans la planche de la Pauvre vieille Femme, par exemple.
Edme Bouchardon, né en 1698, avait remporté le Prix de Rome à vingt-quatre ans ; il mourut à Paris le 27 juillet 1762. C’est à cet aimable sculpteur qu’on doit les Saisons, ornant la fontaine monumentale de la rue
de Grenelle. Rappelons qu'il avait un frère — Jacques-
ETUDES PRISES DANS LE BAS-PEUPLE. Vente 2 févr. 1910, 285 fr.
Philippe — également sculpteur, mais qui passa la plus grande partie de sa vie en Suède, où il mourut vers 1745.
En ces dernières années, l’attention s’est portée sur un portraitiste d’une certaine habileté, Jacques-André- Joseph Aved, de Douai. Né le 12 janvier 1702, il mourut à Paris, le 4 mars 1766, après avoir été conseiller à l’Académie Royale. Nous avons déjà cité d’Avéd, le portrait d’une actrice, gravé par B. Lépicié ; nous mentionnerons plus spécialement ceux de sa femme et de Mademoiselle Loizerolle, sa belle-sœur, qu’a gravés J.-J. Baléchou ; il nous a représenté sa femme, de face, coiffée d’un chapeau, et sa belle-sœur, assise, faisant tourner un petit rouet posé sur ses genoux ; ce sont en quelque sorte les deux planches les plus agréables qui aient été gravées d’après Aved, dans l’œuvre duquel se trouvent l'Abbé Caperonnier, par Lépicié, J.-F. de Troy, par N. de Launay, J.-B. Rousseau, par Daullé et son propre portrait, par G.-P. Benoist.
Charles-André, dit Carle Vanloo, appartient à une famille d'artistes : il était frère puiné de Jean-Baptiste Vanloo et fils d'Abraham. Il naquit à Nice, le 15 juillet 1705 ; élève de son frère aîné, de B. Lulli et de Legros,
Carle Vanloo obtenait le Prix de Rome, âgé de dix-neuf
AVED, par lui-même. Vente Camberlyn, 11 fr.
Mre Avep. Vente Gerbeau, état, 32 fr.
Mie LorzERoLLE, Vente Defer-Dumesnil, avt t. 1, 110 fr. — Vente Bouvrain (avec Mme Avep) 80 fr.
J.-F. DE Troy. Vente Bouvrain, avt 1. 1., 36 fr.
J.-B. Rousseau (par Daullé). Vente Didot, avt1.1. et l’encr., 590 fr. ; AV LATEST
ans à peine. Son talent lui valut d’ailleurs bien des honneurs ; après avoir été reçu académicien, il devenait directeur en 1763 : l’année d’avant, il avait été nommé Premier Peintre du Roi.
L'on connaît plus particulièrement le portrait de Madame de Pompadour, qu’un graveur d’origine écossaise, Jean-Louis Anselin, a gravé sous cette appellation: la Belle Jardinière, d’après le tableau de Carle Vanloo. Ce portrait recherché existe non seulement avant la lettre, mais aussi à l’état d’eau-forte; nous n’oserions affirmer qu'il soit ressemblant: il diffère sensiblement des autres images de la maîtresse de Louis XV, mais peu importe en la circonstance. Ce qu’on aime dans cette estampe, c'est son aspect plaisant.
Les scènes ampoulées de Vanloo ont été notamment traduites par Beauvarlet et Baléchou. Le premier de ces deux graveurs a exécuté la Confidence et la Sultane — qui serait (encore!) Madame de Pompadour —, puis la Lecture espagnole et la Conversation espagnole, planches d’un travail quasi-métallique. Baléchou est l’auteur d’une estampe,
jadis célèbre, aujourd’hui oubliée : Sainte Geneviève.
La BELLE JARDINIÈRE. Vente Didot, avt 1. 1,510 fr. — Vente 6 mars 1894, 92 fr. — Vente 16 janvier 1894, avt I. 1., 400 fr. — Vente Goncourt,avt t. 1.,300 fr. — Vente Ligaud, 115 fr.-— Vente Defer-Dumesnil, avt 1.1., 820 fr. — Vente H. de Roissy, 405 fr. — Vente Soulavie, 710 fr. — Vente Gerbeau, 510 fr.
La ConNFriDENcE. Vente 8 janvier 1894, av11. 1., 56 fr.
La LECTURE ESPAGNOLE. Vente Didot, avt t. 1, 46 fr. — Vente 6 avril 1894, avt 1. L., 15 fr.
La LECTURE ESPAGNOLE et la CONVERSATION ESPAGNOLE. Vente 1906, 75 fr. — Vente 19 mars 1910, 48 fr.
Enfin, indiquons une gravure de Lépicié, d’après Carle Vanloo : Bacha faisant peindre sa maitresse : on ne saurait aller plus loin dans le manque de naturel. C’est à ce seul titre que l’estampe de Lépicié trouve place ici.
L'un des membres les plus célèbres de la famille des Vanloo, après Carle, est Louis-Michel Vanloo, son neveu, fils de Jean-Baptiste, et qui se consacra spécialement au portrait, genre dans lequel il se révèle au rang d’un Tocqué ou d’un Aved. Louis-Michel Vanloo, né à Toulon, le 2 mars 1707, mourut à Paris, le 20 mars 1771. Quelques-unes de ses peintures ont été gravées par Beauvarlet, Gaillard, M. Aubert et G.-E. Petit. L'on recherche surtout le portrait de Mademoiselle d'Oligny, gravé par Joseph-Ignace Huber, élève de J.-G. Wille (17594...)
Le plus habile peintre de marines que la France ait possédé au xvirit siècle est sans contredit Claude-Joseph Vernet. Né à Avignon, le 14 août 1714, Joseph Vernet manifesta des dispositions pour les arts du dessin dès son plus jeune âge; après avoir reçu des conseils de son père, Antoine Vernet, puis de Philippe Sauvan, il devint le disciple de Adrien Manglard, peintre et graveur (1695-1760), connu par une quarantaine d’eaux-
fortes qu'a décrites Robert-Dumesnil, dans son Peintre-
SAINTE GENEVIÈ VE. Vente Camberlyn, avt1.1., 85 fr. — Vente du 4 juin 1909, avt I. 1., 48 fr.
BACHA FAISANT PEINDRE SA MAITRESSE. Vente 24 févr. 1908, 9 fr.
Mie p’OziGenx. Vente Didot, 11 fr. — Vente du Bor Pichon,105fr. — Vente 17 mai 1894, avt I. L., réemmargée, 59 fr. — Vente L. Mar, 50 fr. — Vente Bouvrain, 50 fr.
Graveur français ; à peine âgé de vingt ans, Joseph Vernet partit pour l'Italie, où il résida jusqu’en 1753. A son retour en France, il fut reçu membre de l’Académie Royale, puis nommé conseiller en 1766. Joseph Vernet mourait le 3 décembre 1789. IL était le père de Carle et le grandpère d’Horace Vernet, qui devaient s’illustrer à leur tour dans les arts, presque jusqu’à nos jours.
Joseph Vernet à gravé lui-même quelques eaux-fortes où l'impression de la lumière prouve une délicate entente de ses jeux ; il passe pour en avoir gravé cinq, mais on ne connaît en réalité, quant à présent, que les deux pièces suivantes : la Plage à la grosse tour et le Retour de pêche, la première en largeur, la seconde en hauteur.
Le nombre des planches exécutées d’après les peintures de Joseph Vernet est assez considérable : les meilleurs de ses traducteurs furent Baléchou, Le Bas, Cochin fils, Aliamet ; nous en pourrions citer vingt autres.
Tout le monde a encore présent à la mémoire, la fameuse Tempête, de Baléchou, aujourd’hui complètement démodée, mais qui fut considérée jusqu'au milieu du xix® siècle, comme l’un des chefs-d’œuvre dela gravure : c'était exagéré ; aujourd'hui on ne prête plus aucune attention à cette estampe, ce n’est guère plus sage. Les premières épreuves de la Tempête, se caractérisent par une faute dans l’ins-
cription où le mot « Compagnie » se lit « Compagine ».
La PLAGE À LA GROSSE TOUR. Vente Camberlyn, 5 fr. 50. — Vente 27 mars 1909, 15 fr.
La TEMPÈTE. Vente Hubert, avec la faute, 80 fr.