‹ Manuel de l'amateur d'estampes du XVIIIe siècleChapitre 15 sur 81 · PL. XXIX · texte numérisé non relu

PL. XXIX

RÉUNION DES PLaisirs : J. l'. Janinet, d'après Leclerc.

Cochin le fils et Le Bas ont gravé, d’après Joseph Vernet, une suite de seize grandes planches connues sous letitre : les Ports de mer de France ; Cochin les préparait à l’eau-forte, Le Bas les parachevait au burin. Ces seize planches, exécutées avec esprit et clarté, font le plus grand honneur à leurs auteurs qui surent éviter la monotonie dans un ensemble qui y prédisposait. Ajoutons que les peintures originales avaient été commandées en 1754 par Louis XV à Joseph Vernet, au prix de six mille livres chacune, et que l’ensemble devait comprendre vingt toiles : en 1762, les seize peintures gravées étaient achevées ; à partir de cette date, plusieurs circonstances empêchèrent le peintre de terminer son œuvre, si heureusement avancée déjà. Quelques années plus tard, en 1776, l’idée d’un recueil des Ports de France était d’ailleurs reprise par Nicolas-Marie Ozanne (1728+1811) qui publiait les Nouvelles vues perspectives des ports de France, dessinées pour le Roi, soixante-douze petites planches gravées par Yves-Marin Le Gouaz (Brest, 1742+ 1816). Ces nouvelles vues, n’ont d’ailleurs ni l'importance ni la valeur des gravures de Cochin et de Le Bas.

Bien que né en 1716, c’est-à-dire avant Baudouin et Fragonard, Joseph-Marie Vien semble appartenir à une époque beaucoup plus proche de la nôtre; c’est qu’en

effet, son œuvre marque une évolution dans l’Art, un

Les PORTS DE MER DE FRANCE. Vente Ouachée, 8 planches seulement, 62 fr, — Vente Sardou, la série complète, 630 fr.

retour vers un esprit plus classique, une étape vers Louis David. Nommé en 1771 directeur de l’Ecole de France à Rome, Vien avait profité de son influence pour essayer de ramener les jeunes artistes à l'étude de l’antique et des anciens maîtres; si Vien n’atteignit pas complètement le but qu’il s'était proposé, il eut du moins la satisfaction de voir Pierre Peyron (1744+1814) s'inspirer complètement de ses principes — la Mort de Sénèque, datée de 1773, est un David avant la lettre — tandis que l’un de ses élèves, David, achevait enfin, avec éclat, la révolution du goût public.

Les estampes gravées d’après les œuvres de Vien sont en infime minorité et n’offrent qu’un médiocre intérêt. Dans la Marchande d'amours, que grava Beauvarlet avec une rondeur désespérante, l’on croît même retrouver la composition d’une des fresques d’Herculanum. Les graveurs n'étaient pas préparés, il faut bien en convenir à la traduction de peintures d’un esprit si différent du goût du jour, et la Vertueuse Athénienne, gravée par J.-J. Flipart, ainsi que son pendant, l’'Offrande à Vénus, de Beauvarlet, laissent aujourd’hui l’amateur indifférent, de même que l’Offrande à Cérès, de Beauvarlet également. Mais Vien a gravé lui-même une quarantaine d’eaux-fortes, parmi lesquelles il convient de signaler une série de cinq Bacchanales en forme de frise,

composées et gravées fort spirituellement, puis la

La MARCHANDE D’AMours. Vente 4 mars 1909, avt t. 1., 48 fr.

Caravane du Sullan à la Mecque, Mascarade Turque donnée à Rome — en 1748 — par Messieurs les Pensionnaires de l’Académie de France, en 32 planches,

Il existe deux artistes dont le nom offre à la prononciation la même consonnance : Michel-Ange Charles Challe et Frédéric-Jean Schall ; il en est alors résulté quelque confusion dans l'attribution réciproque de leurs œuvres gravés, qui ne sont pas sans une certaine similitude d’ailleurs ; nous allons essayer de rétablir ce qui appartient à chacun d'eux, en déclarant d'avance que l'un vaut l’autre : c'est le règne de la vulgarité que relève à peine le piment de la grivoiserie.

Les gravures exécutées d’après Challe — qui a gravé deux Baigneuses — sont les suivantes : les Amans trahis par leurs ombres, par Vogts; la Ruelle, par CI. Nic. Malapeau (1755+1804) ; le Baiser refusé et le Portrait chéri, par Bonnet ; le Souvenir agréable et le Repos interrompu, par G. Vidal ; le Sommeil de Vénus, par Gérard-René Le Villain (1740+1836) ; The officious waiting woman, par Chaponnier, la moins disgracieuse de toutes : il existe de la dernière planche une petite réduction ovale, par

A.-M. de Gouy, avec ce titre: « Chu-u-u » et cette inscrip-

Les AMANS TRAHIS PAR LEURS OMBRES. Vente F. Arnault, 33 fr. — Vente du Bo Pichon, état, 150 fr.

La RuELLE. Vente Ligaud, état, 112 fr.

Le PorTRAIT CcHÉRI. Vente Destailleur, 22 fr. — Vente 27 mars 1909, 300 fr.

Tue OrFricious WaiïTING Woman. Vente 17 mars 1894, 48 fr. — Vente du B°r Pichon, avt IL. 1, 130 fr. — Vente Ouachée, 201 fr. — Vente 30 janv. 1908, en 2 tons, 295 fr. — Vente Gerbeau, av! I. 1., 210 fr, — Vente Davesne, 200 fr. — Vente 8 avril 1910, avt, 1, 1., 580 fr,

tion : « Gravé d’après l’orig! A. Chaponnier. Titre anglais » !

Celles gravées d’après Schall ont pour titre : L’Amant surpris et les Espiègles, que nous avons signalées dans l’œuvre de Descourtis ; la Conviction et la Défaite, Finissez et la Pantoufle, par Gabriel Marchand (1755+...), le Fidèle indiscret, par R. Gaillard ; le Modèle disposé, par Chaponnier ; le Panier renversé, par Etienne Beisson (1750+ 1820) ; la Comparaison, par Bouillard et Dupréel ; le Garde-chasse scrupuleux, par A. Le Grand ; le Bouquet impromplu, par Le Grand également, l'Histoire de Paul et Virginie, par Descourtis. De toutes ces planches, rien n'est en somme à retenir.

Challe était né à Paris en 1718, il mourut en 1778. Frédéric Schall avait vu le jour à Strasbourg.

Comme Lavreince, le portraitiste Alexandre Roslin était d’origine suédoise; il naquit à Malmoe, le 15 juin 1718, et mourut à Paris en 1793, où il avait été retenu par les com-

mandes et les honneurs ; l’Académie, qui ne recevait pas

L’AMANT surPRIs. Vente du Bo2 Pichon, 241 fr. — Vente Cte de L*+** (1902), 680 fr.

Le Mopèze pisposé. Vente 17 mai 1894, 29 fr. — Vente 15 mai

Finissez. Vente 6 mars 1895, 16 fr.

FinissEez et la PANTOUFLE. Vente Muhlbacher, avt I. 1., 155 fr.

LE PANIER RENVERSÉ. Vente Destailleur, 62 fr. — Vente 11 janvier 1984, impr. en coul., 29 fr. — Vente 10 mai 1984, impr. en coul., avt t. L, 126 fr. — Vente F. Arnault, 100 fr. — Vente Gerbeau, avt t. 1., impr. en coul., 415 fr.

Le BouQuET iMPRoMPTU. Vente Rodière, 93 fr.

HISTOIRE DE PAUL ET VIRGINIE, 6 planches, Vente 20 mai 1899, 48 fr. — Vente Cte de L**+* (1902), 115 fr.

L'ELÈVE DiscReT : J. #, Janinet, d'après Nic. Lavreince.

de protestants dans son sein, fit une exception en sa faveur. Parmi les nombreux portraits dus à son facile pinceau et qui ont été gravés, nous citerons: Etienne J'eaurat, par Lempereur ; Linné, par Bervic; S. À. S: Madame Anastasie de Hesse, née Princesse Troubetskoy, en pied, assise, par J. Daullé; François Boucher, par Manuel- Salvader Carmona (1730+1807); Joseph de Laborde, par La Live de Jully (avec la collaboration d’Aug. de St- Aubin).

Avec Baudouin, nous nous retrouvons en présence d’un des maîtres les plus admirés du xviri® siècle.

« Moins robuste, moins ample dans sa facture, moins « décorateur que Boucher — a écrit le maître-graveur « Bracquemond — Baudouin est un dessinateur plus vrai « que son maître. Mieux que lui, il distribue la lumière « d’un tableau. J'entends qu’en illuminant ses ombres « de couleur et d’effet, sans contraste brusque, sans cou- « lisse théâtrale, Baudouin manie le reflet plus naturel- «lement, plus délicatement que Boucher. Pour lui, la « répercussion de la lumière n’est pas seulement une « formule apprise à l’école; il l’a vue et comprise dans la « nature. Il en a fait la base de la conception lumineuse « de ses tableaux.

« À ces qualités de savoir dans la conception de son

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