CHAPITRE II
LE PEINTRE DU JOLI : FRANÇOIS BOUCHER ; LES GRAVEURS DE BOUCHER. — LES NOUVEAUX PROCÉDÉS DE GRA- VURE : LA GRAVURE EN MANIÈRE DE CRAYON ET DE PASTEL : J.-C. FRANÇOIS, L.-M. BoNNET, G. DEMAR- TEAU. — LA GRAVURE EN MANIÈRE DE LAVIS : J.-B. LE PRINCE. — LA GRAVURE EN COULEURS : J.-C. LE BLON, LES DAGOTY, JANINET, DEBUCOURT, DESs-
coURTIS, LE CŒUR, ALIX, ETC.
Parmi les élèves d'Antoine Watteau dont nous n’avons pas encore évoqué les noms, l’un d’eux est parvenu à l'apogée de la gloire : c’est François Boucher. Né à Paris, le 29 septembre 1703, mort le 30 mai 1770, François Boucher, prix de Rome à vingt ans, avait été agréé à l’Académie royale dès 1731, ensuite adjoint à professeur, puis professeur en 1737, recteur en 1761, directeur
enfin en 1765, peintre du Roi le 8 septembre de la même
année, à la mort de Carle Vanloo :le protégé de Madame
de Pompadour a connu tous les honneurs qui parfois
couronnent le vrai talent.
Certes, l'on peut discuter ou regretter l'aspect par-
fois boursouflé de ses figures, l'idéal factice qui préside
à ses plus heureuses compositions, ses paysages de théâ-
tre, sa couleur et son dessin conventionnels, au déclin
de sa carrière surtout ; l’on ne saurait nier sa facilité,
son aisance, sa grâce, son inépuisable verve.
« Boucher — ont écrit les Goncourt — est un de ces hommes qui signifient le goût d’un siècle, qui l’expriment, le personnifient et l’incarnent. Le goût français du xvirre siècle s’est manifesté en lui dans toute la particularité de son caractère : Boucher en demeurera non seulement le peintre, mais le témoin, le représentant, ie type.
« Lorsqu’au siècle de Louis XIV succède le siècle de Louis XV, que la France galante sort de la France fastueuse et qu’autour de la royauté plus humaine les choses et les hommes deviennent plus petits, l'idéal de l’art demeure un idéal factice et de convention ; mais de la majesté, cet idéal descend à l'agrément. Partout se répand un raffinement d'élégance, une délicatesse de volupté, ce que le temps appelle la quintessence de l’aimable....
« Le théâtre, le livre, le tableau, la statue, la maison, l'appartement, rien n’échappe à la parure, à la coquet-
terie, à la gentillesse d’une décadence délicieuse. Le
joli, — voilà, à ces heures d’histoire légère, le signe
« et la séduction de la France. Le joli est l’essence de « son génie. Le joli est le ton de ses mœurs. Le joli est « l’école de ses modes. Le joli, c’est l’âme du temps — « et c’est le génie de Boucher. »
L'œuvre gravé de François Boucher est l’un des plus considérables de son siècle. Il se compose d’abord de cent-quatre-vingt-deux eaux-fortes originales, tracées d’une pointe vive, légère, pleine d’accent. Andromède, les Petits Buveurs de lait, formant avec la Tourterelle mise en cage, le Sommeil, et le Petit Savoyard, une série de sujets enfantins, la Petite Reposée, la Blanchisseuse, le Dessinateur, sont parmi les plus agréables planches dues à Boucher, d’après ses propres compositions. Les planches qu’il a gravées d’après Antoine Watteau ou en l'honneur de son maître, sont aussi très belles : le Portrait de Waiteau, la Troupe italienne, la Coquette, le Dénicheur de Moineaux, autant d’œuvres séduisantes choisies entre bien d’autres qui ne le sont guère moins.
Quant aux graveurs qui ont reproduit ses peintures et ses dessins, d’où émergent des sujets religieux, des scènes mythologiques, des pastorales, des allégories, des vues, des paysages, des décorations, des illustrations,
et jusqu’à des modèles de dessin, ils sont légion : presque
ANDROMÈDE. Vente Goncourt, 19 état, 155 fr. — Vente Ligaud, 1e état,130/fr. 1 291état EG. tr.
Les PETITS BUVEURS, la TOURTERELLE, le SOMMEIL et le PETIT SAvoyARD. Vente Goncourt, avt t. adr., 71 fr.
PORTRAIT DE WATTEAU. Vente Goncourt, 30 fr. — Vente Bouvrain. 38 fr.
tous les graveurs de son temps, les amateurs même, ont au moins exécuté une planche d’après Boucher. La liste complète de ces graveurs serait fastidieuse ; nous devons la donner cependant en partie pour en laisser soupçonner l'importance, quant au nombre. Ce sont Robert Gaillard, L.-S. Lempereur, G. Huquier, P. Aveline, CI. Duflos, L.-M. Halbou, A. de Saint-Aubin, L. Cars, J.-F. Beauvarlet, J. Aliamet, J. Ouvrier, J.-B. Le Prince, J.-Ph. Le Bas, S.-F. Ravenet, J. de Longueil, J.-B. Tilliard, N. de Larmessin, Liotard, L.-M. Bonnet, G. Demarteau, J. Ingram, M. Aubert, Et. Fessard, P.-C. Lévesque, J.-B. Michel, P.-F. Courtois, L.-C. de Carmontelle, P.-L. Parizeau, de Lorraine, S.-C. Miger, J.-F. Janinet, J. Daullé, Danzel, Ph. Trière, C.-N. Varin, Voyez le jeune, etc., etc., et jusqu’à des Anglais comme J. Watson et W. Ryland, des Allemands comme Haïd, des Suédois comme J. Gilberg.
Il va sans dire que Boucher eut des imitateurs : parmi eux nous citerons deux de ses élèves, François Ménageot (1744+1816) et Pierre-Joseph Le Mettay (1728+1759). Antiope réveillée par l'Amour, gravée par J.-C. Le Vasseur, d’après ce dernier peintre, se rapproche toutparticulièrement du caractère des compositions de Boucher.
Jean Daullé, l'interprète le plus apprécié du talent de Boucher, était d’ailleurs un bon graveur rompu à toutes les ressources de son art, mais qui s’abandonna trop sou-
vent à son extrême facilité, au détriment du résultat final. I
avait vu le jour à Abbeville — patrie de nombreux
graveurs depuis Claude Mellan — le 18 mai 1703; il mourut en 1763.
Daullé a gravé, à Ia connaissance de M. Em.
Delignières, cent-soixante-quatorze planches parmi lesquelles : la Baigneuse surprise par un triton dont la figure apparaît au milieu des roseaux, les Charmes de la vie champêtre — un galant courtisant deux jeunes bergères assises à la base d’une fontaine, les Eléments, représentés par des Amours, et les Plaisirs des Saisons, en quatre planches, d’après François Boucher. Il a aussi et surtout gravé des portraits : ceux d’Hyacinthe Rigaud peignant sa femme, Elisabeth de Gouy,— pièce qui fut l’un de ses morceaux de réception à l’Académie Royale, où chaque graveur reçu était tenu de fournir deux planches pour son admission définitive —, de C.-A. Gendron, de Claude de St-Simon, de la Comtesse de Caylus, d’après H. Rigaud, de Mademoiselle Pélissier— l'actrice, en pied, assise, au milieu d’un paysage —, d’après H.-F. Drouais, de la Reine Marie Leczinska, d’après L. Tocqué, enfin de
Mademoiselle Lavergne, d’après J.-E. Liotard: ce der-
La BAIGNEUSE SURPRISE. Vente Didot, 35 fr. — Vente Maïiland, 15fr. — Vente Ligaud, 2 épr., 48 fr.
Les CHARMÉS DE LA VIÉ CHAMPÊTRE. Vente 17 mars 1894, 30 fr.
Les ELÉMENTSs. Vente 2 févr. 1910, 68 fr.
Les PLAISIRS DES SAIsons. Vente 1909, 620 fr. — Vente 1882, avtt. L, 750 fr. — Vente H. Destailleur, av! t. 1, 2.050 fr.— Vente 8 avril 1910, 381 fr.
M'e PéÉrissrer. Vente Didot, (avec l’adr. de Jacob) 27 fr. — Vente 1881, (avec l’adr. de Drouais) 33 fr.— Vente 19 mars 1910, (avec l’adr. de Drouais) 40 fr.
Mie LAVERGNE. Vente Didot, 300 fr. — Vente 11 mai 1894, 120 fr. — dre vente Muhlbacher, 130 fr. — Vente Destailleur. 250 fr. — Vente Lacroix, 240 fr. — Vente 1909, 570 fr.
nier portrait qui représente la nièce du peintre, lisant une lettre, est absolument charmant, mais difficile à rencontrer; il a été gravé par Daullé, en collaboration avec Ravenet, et avait échappé aux recherches de M. Delignières.
Robert Gaillard, que nous retrouverons auprès de Greuze, à gravé, d’après Boucher, une quinzaine de planches très répandues parce qu’elles sont aimables, décoratives et qu’il en a été fait de nombreux tirages, les cuivres existant encore chez M. Michel Bernard. Voici les titres de celles qui forment une série, se subdivisant par pendants au besoin: l’Agréable leçon, le Goûter de l'Automne, les Amants surpris, les Sabots, le Messager discret, le Panier mystérieux, les BHURS ‘Chdormills Vénus et les Amours, la Fécondité, le Berger récompensé et l’Obéissance récompensée. Gaillard est encore l’auteur d’une gracieuse pièce qui ne se trouve pas communément : c’est la Marchande de mode.
Jean-Baptiste Tilliard est l’auteur de l’estampe la plus haut cotée jusqu’à présent de l’œuvre de Boucher, dans le domaine des estampes monochromes : c'est ce graveur quia
signé la Bouquetière galante, dont une épreuve atteignit mille
« L’AGRÉABLE LEÇoN. Vente Mailand, eau-f. p., 130 fr.
Le GOUTER DE L'AUTOMNE. Vente Didot, avt 1. L, 65 fr.
LE PANIER MY5TÉRIEUX. Vente 19 mars 1910, 28 fr.
Les BACCHANTES ENDORMIES. Vente Mailand, avt t.1., 46 fr. — Vente Didot, 25 fr. ., ,.
LA FéconpiTÉ. Vente 11 janvier 1894, à l’eau-f. pure, 39 fr.
LA MARCHANDE DE Mon. Vente 17 mars 1894, 34 fr. — Vente Mailand, 20 fr. — Vente Goncourt, 76 fr. — Vente Ligaud, 63 fr.
La BOUQUETIÈRE GALANTE (par Tilliard). Vente Goncourt, 1.000 fr. — Vente Ligaud, 550 fr.
PrXMIT
E BENEDIGITE : 2. Lepicie, d'après J. B. S. Chardin.
francs, en 1897, à la vente des Goncourt. Il ne faut pas confondre cette Bouquetière avec celle, d’après le même artiste, tracée par la pointe de Carogis de Carmontelle,
Maisles estampes qui séduisent le plus dans l’œuvre de Boucher, sont celles gravées à la manière de crayon et à l’imitation du pastel par Jean-Charles François, Gilles Demarteau et Louis-Marin Bonnet.
La gravure à la manière de crayon était alors un nouveau procédé, à peine né et déjà disputé à son véritable inventeur, Jean-Charles François, par L.-M. Bonnet, qui le perfectionna d’ailleurs en y greffant la gravure dite à limitation du pastel, laquelle en est en quelque sorte l’'amplification.
Jean-Charles François, né à Nancy le 4 mai 1717, mort à Paris le 21 mars 1769, avait fait une première application de sa découverte en 1740, puis en 1756, alors que Bonnet n’était encore qu’un enfant ; en 1757, enfin, il présentait à l’Académie Royale le résultat de ses recherches et obtenait une pension de six cents livres pour sa découverte et, l’année suivante, il était nommé graveur des dessins du Cabinet du Roi. J.-C. François, qui rêvait d'entreprendre de vastes publications à l’aide de son procédé de gravure, et qui avait un instant espéré la collaboration des Académiciens, n’eut pas la chance d’aboutir. Il avait, dans ce but, sollicité à diverses reprises des pensions ou des subventions, et une longue correspondance entre François, Cochin et le Marquis de Marigny
en était résultée ; en présence de l’insistance du graveur
qui ne désarmait pas malgré des tergiversations qui équivalaient à une fin de non-recevoir, le Marquis de Marigny, d'accord en cela avec Cochin, arguait invariablement, vis-à-vis du malheureux inventeur, de l’impossibilité de lui fournir des subsides que celui-ci demandait encore la veille de sa mort.
Constamment préoccupé de sa découverte, J.-C. François écrivit même à ce sujet la brochure suivante : Lettre de M. François, graveur, à M. Savérien, sur l'utilité du dessin et sur la gravure dans le goût du crayon. Paris, imp. de Brunet, 1760.
La paternité de la gravure en manière de crayon a plus fait pour le renom de François que les œuvres qu'il a signées, non qu'il fut dépourvu de tout talent, mais ses productions ne s’élèvent pas au-dessus d’une certaine moyenne et il n’y a pas, parmi elles, une planche exceptionnelle : citons ses portraits de Louis XV et de Marie Leczinska, se faisant pendants, celui de Louis, Dauphin de France, en officier de dragons, d’après Aubry, de J.-F. Denis et de Madame C. Denis, d’après Cochin fils, de François Quesnay, enfin: dans ce dernier portrait, J.-C. François a fait intervenir divers procédés de gravure : burin, manière noire, lavis et manière de crayon ; c'était à signaler pour la curiosité du fait. On lui doit
aussi de nombreux portraits — plus ou moins fantai-
Louis XV et MARIE LECzINSKA (par François). Vente B°2 Pichon, 9 fr. — Vente 1909, 150 fr.
sistes — pour l'Histoire des Philosophes modernes, dont il entreprit la publication en 1760 et qui fut interrompue par sa mort ; nous nous trouvons là en présence de bonne gravure de commerce, sans plus.
J.-C. François avait épousé la sœur du peintre Jear- Martial Frédou : il a reproduit plusieurs dessins de cet agréable artiste, des têtes de femmes et d'enfants : ces dernières planches sont ainsi signées « J. C. F. ex. c. P. R. », ce qui signifie : J.-C. François excudit cum privilegio Regis.
La gravure en manière de crayon était un procédé assez simple, qui n'eut qu'un moment de vogue, mais dont on se préoccupe à nouveau ; elle s’exécutait de cette façon : sur un cuivre nu, parfaitement plané, on se servait pour graver, d’une pointe divisée en parties inégales et de roulettes présentant à leur circonférence des aspérités inégales aussi ; cet outil, muni d’un manche à la façon d’une pointe ordinaire, tournait sur son axe et, par des mouvements de va-et-vient calculés, produisait alors un pointillé que l’on avait ensuite le soin de faire mordre après avoir pris la précaution de vernir au rouleau les parties restées ingravées. A ce procédé, simple en apparence, Louis-Marin Bonnet ajoutait, au moyen de jeux de planches polychromées,
de nouvelles couleurs imitant le pastel, jusqu’à en offrir
HISTOIRE DES PHILOSOPHES MODERNES DÉ SAVÉRIEN. (8 parties contenant 8 frontispices et 67 portraits). Vente Sardou, 205 fr.
l'impression de poussière, et atteignant même au trompel'œil.
Bonnet (1743+1793) qui a signé non seulement de son nom, mais encore de l’un de ses prénoms Marin, ou de l’anagramme Tennob, a gravé, au moyen de la gravure à limitation du pastel, plusieurs fêtes de femmes, d’après F. Boucher : l’une d’elles, de grande dimension, est particulièrement connue : c’est une Tête de Flore, en buste, décolletée, tenant d’une de ses mains un panier de fleurs dont l’anse, seule apparaît ; un ruban au cou, des fleurs dans les cheveux, une rose piquée au corsage, font malgré tout, de cette pièce fort mal dessinée, une «image » décorative que l’on recherche avidement ; cette aimable Flore passe à tour de rôle pour représenter Madame de Pompadour,que l’on croit entrevoir partout au xvirie siècle, puis Madame Baudouin, enfin Madame Deshayes, ces deux dernières, filles de François Boucher.
Ces têtes de femmes eurent du succès, et certainement encouragé par un heureux résultat, Bonnet amplifiant toujours, présenta ses nouvelles planches avec des cadres gravés, que même il imprima en... or, afin d'atteindre à l'illusion d’une estampe encadrée. Le The Milk Woman, dont june re-
production accompagne notre Manuel est l’une de ces ima-
TèrE DE FLore. Vente 23 avril 1883, 91 fr.—Vente Muhlbacher, 195 fr. — Vente Ligaud, réemmargée, 395 fr. — Vente mai 1904, 1.250 fr. — Vente F. Doistau, 2.800 fr.
TÊTE DE FEMME. Vente mars 1909, 495 tr.
THE MILK WOMAN et THE WOMAN TAKING COFFEE. Vente 4 mars 1909, 1.080 fr.
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LEs AMUSEMENTS DE LA VIE PRIVÉE : L. Surugue, d'après J. B. S. Chardin.
ges, ainsi que The Woman taking coffee, son pendant, The Pleasures of Education et The Marriage presents, puis The Pretty Noesegay Garle (sic), d’après Greuze, The fine Musetioners, d’après J. Raoux et The Charms of the Morning, 1778. Au bas d’une estampe représentant une Jeune femme en buste, la tête penchée à droite, et exécutée d’après un dessin de Le Clerc, Bonnet a même tenu à préciser la date à laquelle il adapta ses cadres d’or ; voici en effet, ce qu’on y lit: « l’Invention de cette nouvelle manière de graver et d'imprimer l’Or a été trouvée par Louis Marin et mise au jour le 16 novembre 1774. »
Toute cette production de Bonnet est franchement mauvaise, êt, si l’on peut s'étonner de l’ostracisme dont souffrirent jadis Debucourt et Janinet, l’on doit être encore plus surpris du crédit accordé à des estampes de cette sorte, jadis publiées pour les campagnes et les faubourgs, et que les plus qualifiés parmi les érudits et les critiques ne craignent pas, en toute indépendance, de comparer à nos actuelles chromolithographies commerciales.
Comme François, L.-M. Bonnet obtint une gratification du Roi pour sa gravure à l'imitation du pastel.
es planches qui portent son nom ne sont pas toutes
THE PLEASURES OF EDUCATION et THE MARRIAGE PRESENTS. Vente 1909, sans les cadres, 600 fr.
THE PRETTY NoEsEGAY GARLE. Vente 12 déc. 1904, 250 fr.— Vente 1909, 205 fr. — Vente Gerbeau, avt le cadre, 480 fr.
THE FINE MusETIONERS. Vente mai 1907, 650 fr.
THE CHARMS OF THE MoRNING. Vente 3G janv. 1908, 610 fr.
gravées par iui: Bonnet était en effet éditeur en même temps que graveur.
Gilles Demarteau, d’origine liégeoise, est celui des trois principaux graveurs à la manière du crayon qui a déployé une réelle science et un goût délicat dans ses œuvres. Ses planches, d’après Boucher, sont fort gracieuses et rendent à merveille le dessin souple et gras du maître, soit dans ses trois-crayons, soit dans ses planches simplement tirées en sanguine, qui méritent une égale faveur. L'œuvre de Demarteau ne comprend pas moins d’environ sept cent cinquante planches, en bonne partie intéressantes, et dont voici les plus typiques : la Bergére au cœur, une de ses plus grandes pièces, la Bonne Mère, l'Education de l'Amour, le Chat chéri, Femme et Amour (n° 193), les Enfants physiciens, la Danse allemande, les Trois Bacchantes, les Grâces et l'Amour, les Baigneuses et leur pendant, la Leçon de flûte, Vénus couronnée par les amours, planche en largeur, le Sommeil d’'Annette,
Vénus et les Amours, planche en hauteur, Têtes de
LA BERGÈRE AU Cœur. Vente Didot, 17 fr. — Vente Ligaud, 30 fr. — Vente 4 juin 1909, 205 fr. — Vente 8 avril 1910, 145 fr.
LA Bonne MÈRE. Vente 19 mars 1910, 62 fr.
L’'EDUCATION DE L'AMour. Vente 4 mars 1909, 125 fr.
FEMME ET AMoUR (n° 193). Vente 19 mars 1910, 100 fr.
Les ENFANTS PHYSICIENS. Vente Ligaud, 40 fr.
La DANSE ALLEMANDE. Vente Didot, 12 fr.
Les Trois BACccHANTESs. Vente Didot, 75 fr. — Vente Gerbeau,9 fr.
Les GRACES ET L’AMoUR. Vente H. de Roissy, 100 fr. — Vente Davesne, 120 fr.
Les BAIGNEUSES et la LEÇON DE FLUTE. Vente mars 1909, 296 fr.
TÊTE DE FEMME (n° 419). Vente Davesne, 405 fr.
TÊTE DE FEMME (n° 420). Vente 19 mars 1910, 550 fr.
Femmes (n° 419 et 420), Dame brodant, toutes d’après Boucher, à l'exception des trois dernières exécutées d’après Ant. Watteau et Carmontelle. Une des curiosités de l’œuvre de Demarteau, c’est qu’il a pris le soin de graver au bas de chacune de ses pièces un numéro d’ordre qui correspondait à un catalogue à prix marqués qu’il avait fait lui-même imprimer.
Né le 19 janvier 1722, Gilles Demarteau est mort à Paris le 31 juillet 1776. De même que Bonnet, il eut le travers de songer à revendiquer la paternité de la découverte du procédé qu’il employait ; il en fut le plus habile et le meilleur exécutant : cela suffit à sa renommée. Veuton savoir ce que Demarteau cotait ses petits bijoux ? En voici quelques exemples: la Bergère au cœur, une livre 10 sols ; l’Educalion de l Amour, même prix; Vénus et les Amours (pl. en hauteur), 15 sols ; la Dame brodant, 15 sols aussi; les Grâces el l'Amour, une livre 5 sols, et le tout à l’avenant. Avouons que le graveur était fort modeste, car il s’agit ici de ses planches les plus importantes.
D’autres graveurs que François, Demarteau et Bonnet ont aussi employé la gravure en manière de crayon, mais avec infiniment moins de succès et c’est à peine si l’on se rappelle encore les noms de quelques-uns, comme Jean-Baptiste Lucien (1748 + 1806), Madame Lingée, Van-
DAME BRODANT. Vente 17 mars 1894, 16 fr. — Vente Ligaud, 48fr. — Vente 28 févr. 1908, avtt.l., 160 fr. — Vente 17 mars 1910. 136 fr.
L'ŒUVRE (PRESQU’ENTIER DE DEMARTEAU). Vente Destailleur, 744 planches, 10.300 fr.
gélisty, Janinet avec des Oiseaux d’après Pesotte, Jean- Robert Petit (1743 +...) avec Jupiter et Danaë, donné comme pendant à la Vénus aux Colombes de Bonnet, Claude Briceau, Duruisseau, J. Gillberg, Liger, accidentellement Joseph Varin avec le Plaisir de l'Enfance d’après E. Scheneau.
Jean-Baptiste Le Prince, aimable artiste, inventeur d’un procédé de gravure au lavis, a été ainsi dépeint par MM. Portalis et Beraldi, d’après son biographe Jules Hédou : « Un original, qui tout jeune encore va carré- « ment trouver le gouverneur de sa province, lui demande « sa protection et l’obtient, puis à peine adolescent épouse « une femme presque vieille, rompt peu de temps après « avec elle, s’enfuit à l'étranger, est pris par des cor- « saires qu’il charme avec son violon, explore la Russie « d’un bout à l’autre, est présenté au Czar et choyé à « St-Pétersbourg, revient en France, est nommé acadé- « micien, séduit Diderot, invente un procédé de gra- « vure dont il tire des effets ravissants et qu'il ne trouve « pas à vendre, gagne beaucoup d'argent, dépense sans « compter, achète une maison de campagne dans laquelle il doit bientôt mourir, en léguant pour tout héritage « à une jeune nièce qui l’a soigné, une jolie collection de « créanciers. » Voilà l’homme: indiquons brièvement en quoi consistait son procédé de gravure au lavis : Sur
un cuivre plané comme pour une eau-forte ou tout autre
JuPITER ET DANAE et VÉNUS AUx CoLoMees. Vente Davesne, 550 fr-
PrEXN,
La MAITRESSE D'ÉCOLE : B. Lepicié, d'après J. B. S. Chardin.
mode de gravure, Le Prince traçait d’abord le trait à l’eau-forte ; une fois ce trait mordu, il vernissait à nouveau sa planche et, sur ce vernis, lavait — d’où le terme gravure au lavis — au pinceau, avec une encre grasse composée de noir de fumée et délayée dans de l'huile d'olive mélangée à de l'essence de térébenthine. Cette encre, selon qu’elle était plus ou moins vigoureuse, dissolvait plus ou moins fortement le vernis; c'est alors, qu'après avoir essuyé la planche, il la dégraissait et passait sur le cuivre un tampon imbibé d’eau savonneuse et sucrée. Cette eau retenait alors la poudre de résine qu’au moyen d’un tamis il répandait sur le cuivre. Il faisait ensuite chauffer et mordre ce vernis très vaporeux à travers lequel l’eau-forte pénétrait et attaquait l’infinité de grains formés par la poudre de résine. Les premiers essais officiels de Le Prince datent de 1769 ; l'essai officiel de François, d’après un dessin de Boucher, lui est donc antérieur de onze ans ; enfin P.-F. Charpentier comme nous le constaterons plus loin, serait l'inventeur d’un procédé similaire qu'il aurait vendu au Comte de Caylus, mort en 1765. Que faut-il déduire du rapprochement de ces dates ?
L'œuvre de Le Prince comprend près de deux cents pièces; parmi les planches exécutées à l'eau-forte, rien de particulièrement saillant, mais des scènes empruntées à la vie russe, facilement exécutées ; dans les estampes exécutées au lavis, certains sujets de genre, parfois pris
dans ses souvenirs de voyage en Russie, sont fort agréa-
blement touchés, comme les Laveuses, les Pécheuses, la Musicienne, la Jardinière, les Sens, des Paysages. Le Repos, sa plus grande planche au lavis, est une réédition, chez une fille du peuple, du Midi de Baudouin. Il à aussi gravé parfois ses contemporains : signalons sous ce jour deux arabesques d’après Boucher : la Pesche et la Chasse. Quant aux estampes gravées d’après ses peintures, elles manquent en général d'intérêt, et c’est par acquit de conscience que nous signalons l’Amour à l’espagnole, par Aug. de Saint-Aubin et N. Pruneau, l'Amour du travail et l'Amour des fleurs, par J. Chevillet (1729+1790), ces trois planches parmi les meilleures, la Lettre envoyée et la Lettre rendue, l'Enfant chéri et le Bonheur du ménage, par N. de Launay, les Amusements de la campagne, gravé à la manière du crayon, par L.-M. Bonnet, la Crainte, par N. Le Mire : dans un premier état de cette pièce, la femme est seule, mais par la suite on aperçoit la tête de l’amant de la belle qui surgit derrière
les rideaux du lit. Enfin citons quelques femmes russes,
La PEescne et la Casse (par Le Prince). Vente Ouachée, 122 fr.
L'AMOUR A L’ESPAGNOLE. Vente 11 janvier 1894, avt la déd., 100 fr.— Vente Muhlbacher, avtla déd., 80 fr.— Vente Destailleur, avt la déd., 29 fr.
L'Amour DES FrEeurs. Vente du Bvr Pichon, 32 fr. — Vente 6 mars 1894, avt1. 1., 20 fr.
L'Amour DU TRAVAIL et l'Amour DES FLeurs. Vente Ligaud, 85 fr.
LE BoNHEUR DU MÉNAGE. Vente 19 janvier 1894, avt la déd., 19 fr.
L'ENFANT cHÉRI et le BoNHEUR pu MÉNAGE. Vente Destailleur, 76 fr. — Vente 21 mars 1908, 75 fr. — Vente 19 mars 1910, 90 fr.
LES AMUSEMENTS DE LA CAMPAGNE, Vente 19 mars 1910, 120 fr.
La CRAINTE. Vente 30 janv. 1908, 1er état, 45 fr. — Vente 21 mars 1908, der état, 33 fr. ; 2e état, 31 fr.
UNE FEMME RUSSE (assise). Vente 19 mars 1910, 100 fr.
gravées avec beaucoup d’esprit à la manière du crayon, par G. Demarteau ; il en est quelques-unes de charmantes parmi ces dernières planches.
La gravure à la manière du crayon, à l’imitation du pastel et à la manière du lavis, nous conduit insensiblement vers l’estampe en couleurs, leur aînée d’un demi-siècle ; l’on sait son succès énorme actuellement ; nous allons donc en explorer le champ, et plutôt que de suivre l’ordre rigoureux des dates, grouper en un bloc tous ses adeptes, ce qui permettra au lecteur, de mieux embrasser le rôle et l'importance de la gravure en couleurs dans le xvirie siècle.
C’est à Jacques-Christophe Le Blon que revient l’honneur de la découverte, du moins de son application définitive, car précédemment le Hollandais Latsman, le maître de Rembrandt, avait tenté quelque chose d’analogue, en encrant un unique cuivre d’encres de tons différents. Il semble surprenant même à la réflexion que la gravure en couleurs sur cuivre, n’ait pas vu le jour avant les premières années du xvirie siècle, puisque la gravure sur bois avait déjà montré l’exemple, deux cents ans plus tôt, au début du xvi® siècle, avec les camaïeux ou clairs-obscurs de Wechtlin, en Allemagne, d'Ugo da Carpi, en Italie, lesquels en somme procédaient par un moyen équivalent à celui employé par Le Blon, c’est-à-dire par une succession de planches de bois — des planches de cuivre, chez
Le Blon — ne portant chacune que la partie gravée
correspondante au ton.
Avant de connaître le succès définitif, grâce à Janinet et à Debucourt, la gravure en couleurs passa d’abord par les tâtonnements de Le Blon et des Gauthier- Dagoty.
Le Blon, né à Francfort en 1670, de parents français, grava d’abord à la manière noire et c’est avec la pensée de pasticher des aquarelles ou des pastels qu’il se préoccupa d'essais de gravures en couleurs et imagina les planches à repérage, moyen sur lequel nous nous expliquerons plus loin. Après avoir tenté vainement de faire connaître sa découverte à La Haye, il vint à Paris, mais ne fut pas plus heureux ; c'est alors qu’il se rendit à Londrèés, où il put un moment espérer un meilleur résultat : une société, ayant à sa tête le colonel Gy, s'était formée dans le but de réunir ies fonds nécessaires à la mise en œuvre, sur une grande échelle, de son nouveau procédé ; malgré cet appui, il ne réussit qu’à s’endetter. Le Blon revenu en France en 1738, obtint de Louis XV dont il avait gravé l’image, un privilège exclusif en sa faveur ; il n’en resta pas moins misérable, mais Léon de Laborde dément la légende qui le fait mourir à l'hôpital (1741).
La majorité des gravures de Le Blon sont de grande dimension, et l’on ne les rencontre que fort difficilement, pour ainsi dire jamais. Des estampes qu'il a exécutées, les portraits surtout sont intéressants : outre celui en buste de trois quarts de Louis XV, rappelons ceux du
Cardinal de Fleury, de Guillaume, roi d'Angleterre, et de
Marie, reine d'Angleterre, de Frédéric Carondelet, d’après
BD
LE Jeu DE L'OxE : P. L. Surugue fils, d'après J. B.S. Chardin.
Raphaël, des Enfants de Charles Ier, d’après Ant. van Dyck. Parmi les sujets, la Sainte Madeleine, d’après Ant. van Dyck est son œuvre la plus admirée, avec la Vénus du Titien. Le plus bel œuvre qui ait été réuni du père de la gravure en couleurs, se trouve au Cabinet des Estampes de Dresde, où il avait d’ailleurs reçu l’hospitalité, au xvirie siècle même, alors que l’Electeur de Saxe formait un cabinet d’estampes, qui fut le point de départ de l’ouvrage de Heïinecken : Idée générale d’une collection complette d’estampes (1771). Un catalogue raisonné des estampes de Le Blon a été dressé par M. le Pr Singer, du Cabinet des Estampes de Dresde.
Après Le Blon surgit la famille des Gauthier-Dagoty, quine compte pas moins de six de ses membres comme graveurs : Jacques Fabien, originaire de Marseille (1717+1785), ses deux fils, Arnaud-Eloi (....+41791) et Jean-Baptiste-André (....+1786), Jean-Fabien (vers 1725+....), Edouard, fils de Jean-Fabien ? (1745 + 1783), Louis enfin.
Jean-Baptiste-André Gauthier-Dagoty est l’un des plus connus de la famille : c’est à lui que l’on doit le portrait de Madame du Barry, recevant une collation de
son nègre Zamore, la Présentation du portrait de Marie-
Le Cs! DE FLreury. Vente de Lapeyrie, 490 fr. — Vente J. Gerbeau, 2.000 fr.
Me pu Barry. Vente Destailleur, 278 fr. — Vente Ligaud, en noir, 900 fr.
PRÉSENTATION DU ,PorTraitT. Vente Soulavie, 1.500 fr. — Vente 27 mars 1909, 540 fr.
Antoinette à Louis, Dauphin (depuis Louis XVT, en présence du roi Louis XV et de la Cour, puis la Bienfaisance de la Dauphine (Marie-Antoinette secourant un paysan blessé au cours d’une chasse au cerf), trois pièces fort rares, notamment la dernière dont une épreuve était offerte dernièrement à la Bibliothèque Nationale par M. le Baron Carl de Vinck, avec une collection de plus de de vingt mille estampes historiques relatives à la France.
Si quelque vague sentiment d’art préside à la dernière des trois pièces précitées, on n’en saurait dire autant des deux autres ; est-il quelque chose de plus platement dessiné, de plus maladroïitement construit, de plus pauvrement modelé que le portrait de la Du Barry ? Peut-on trouver plus naïvement bébête que la Présentation du portrait de la Dauphine, où la plupart des personnages ressemblent à des poupées et ne sont pas toujours à leur plan, les valeurs comme les proportions n'étant pas observées ? Ces images sans esprit, ni science aucune, n’en jouissent pas moins d’une enviable célébrité. En Allemagne, il y a peu de temps une épreuve de la Du Barry était prisée 4000 marks et un exemplaire. de la Présentation atteignait l’enchère de 1500 francs à la vente Soulavie. L'on ne saurait trop répéter que ce ne sont que des « images », d'une utile documentation si l’on veut, mais rien de plus et ne méritant guère par conséquent l'honneur qu'on let fait:
Le jugement que nous venons de porter sur des plan-
ches de J.-B. À. Gauthier-Dagoty,et qui paraîtra sévère à plus d’un, alors que nous le trouvons modéré, s'applique également, sauf quelques rares exceptions, aux productions des autres Gauthier-Dagoty. La reine Marie-Antoinelle reproduite ci-contre, œuvre de Louis, doit également plus à son extrême rareté — on n’en connaît que cinq ou six épreuves — et aux souvenirs qui s’attachent à tout ce qui à trait à la malheureuse Reine, qu'à sa qualité d'art. Un exemplaire tiré en deux tons, — bistre et sanguine — faisait partie jadis de la collection de Jean- Louis Soulavie, ce prêtre d’Antraigues, en Vivarais, qui abandonna les ordres aux approches de la Révolution, forma une admirable collection de gravures historiques et trouva le moyen de se remarier quatre fois avec la même femme |
A l’exposition d'œuvres d’art du xvrrre siècle, organisée à la Bibliothèque Nationale en 1906, figurait, sous le nom de Fabien Dagoty, une estampe réputée unique : c'est encore un portrait de la Reine, en buste, et portant au bas une légende gravée erronée, mise pendant la Restauration et attribuant la gravure de ce portrait à Barthélemy Roger.
Il existe un portrait d’'Edouard Gauthier-Dagoty,
d’après Heinsius — l'inscription porte Kancsius, mais
MARIE-ANTOINETTE. Vente Soulavie, 2.250 fr. — Vente 28 févr. 1908, 1.600 fr.
En. Dacory. Vente Gerbeau, 1.910 fr. — Vente Defer-Dumesnil. 1.350 fr. — Vente 28 févr. 1908, 2.000 fr.
M. A. Vuañflard, qui a étudié particulièrement l’œuvre des Dagoty, a rétabli la véritable orthographe — à qui la légende attribue bien gratuitement l'invention de la gravure en couleurs. De plus, en dépit de la signature de Carlo Lasinio, comme graveur, au bas de ce portrait, certains amateurs persistent à le regarder comme œuvre de Louis Dagoty. Nous n’en voyons pas la raison.
Dagoty père (Jacques-Fabien) et son fils aîné (Arnaud- Eloi) avaient songé à donner une Galerie universelle, qui aurait renfermé les personnages célèbres vivants de tous les pays ; l'ouvrage fut commencé, mais deux livraisons seulement parurent en 1772. Elles contenaient alors les portraits de Louis XV, de Frédéric II, de Maupeou, de Voltaire, pour le premier cahier ; ceux de l’Impératrice Marie-Thérèse, de Charles-Emmanuel, roi de Sardaigne, du Duc de la Vrillière et de d’Alembert, pour le second. En outre des portraits contenus dans la « Galerie universelle » on connaît encore de Dagoty père celui de l’auteur dramatique Charles Rivière-Dufresny et celui, excessivement rare, de Lemoyne de Belle-Tsle.
Avec Janinet, Debucourt, Descourtis et Sergent, nés à quatre ans de distance, la gravure en couleurs entre
enfin dans sa période florissante; c'est avec eux, avec
VoLTAIRE (par Dagoty) Vente 17 mars 1910, 125 fr.
Durresny. Vente 17 mars 1910, 475 fr.
LEMOYNE DE BELLE-IsLE. Vente 19 mars 1910, mauvais état, indiqué par erreur comme Charles-Emmanuel de Sardaigne, 215 fr.
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B. Lepicie, d'après J. B. S. Chardin.
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Janinet et Debucourt surtout, que le procédé, guidé par des mains autrement expertes, arrive à sa perfection ; c’est à Janinet et à Debucourt que l’on est redevable des planches les plus célèbres de la gravure en couleurs, ce sont leurs œuvres qui provoquent dans les ventes les enchères sensationnelles, exagérées sans doute, mais en tous cas défendables ; Janinet et Debucourt, Debucourt surtout, méritent en effet en partie la réputation dont ils jouissent, contrairement à d’autres de leurs contemporains que la mode a imposés, mais dont le temps, cet épurateur du goût, saura desceller un jour les fragiles piédestaux.
Le nom de Janinet est intimement lié à celui de Lavreince, qu'il a merveilleusement traduit dans trois planches, œuvres fondamentales de la gravure en couleurs au moyen du repérage, et qu'il est à peine besoin de nommer, leurs titres étant sur toutes les lèvres : l’Aveu difficile, la Comparaison, l’Indiscrétion : nous nous abstien-
drons de décrire ici les deux premières puisque nous en
L’'AVEU DIFFICILE. Vente 1882, 145 fr. — Vente Muhlbacher, avt t. 1., avec la robe lilas, 3.000 fr. — Vente 6 mars 1894, avt t. 1., 200 fr. — Vente 11 mai 1894, avt t. 1., 700 fr. — Vente févr. 1908, avt t. 1. 4.510 fr. — Vente Barrot, avt t. L., 10.000 fr. — Vente Gerbeau, avt t. 1. 3.500 fr. — Vente 17 mars 1910, avt t. I. et avt le trait carré, 7.800 fr.
La CoMmpArAIsoN. Vente Muhlbacher, avtt. I1., 610 fr. — Vente 11 mai 1894, 475 fr. — Vente 8 avril 1903, 1.180 fr. Vente 28 févr. 1908, avtt.l., 3.000 fr. — Vente Gerbeau, 1.110 fr. — Vente Barrot, avt t. 1]. 8.100 fr. — Vente 17 mars 1910, 800 fr. — Vente 19 mars 1910, épr. restaurée, 530 fr.
L’AVEU DIFFICILE €t la Comparaison. Vente 15 mai 1907, 3.900 fr.
L’InpiscrÉTIoN. Vente 6 mars 1894, avt t. I., 205 fr. et 285 fr. — Vente 11 mai 1894, avt t. 1.. 1305 fr. — Vente 18 mai 1900, 1.050 fr. — Vente Muhlbacher, avt 1. 1., 1.500 fr. — Vente Ligaud, 550 fr. — Vente 8 avril 1903, 2.000 fr. — Vente Gerbeau, avt t. 1., 4.400 fr.
donnons une reproduction ; quand à la troisième, elle représente une jeune femme cherchant à reprendre une lettre que lui a ravie son indiserète amie. Mais, à ces trois planches formant série, devait-il s'en ajouter une quatrième pour la compléter ? On est tenté de le croire. Dans la collection de M. Maurice Fenaille, auteur du catalogue de Debucourt, figure, au verso d’un exemplaire de la Comparaison, une épreuve d'essai, en un seul ton, d’une autre composition complètement inédite et représentant une Joueuse de guitare,se tenant debout auprès d’une table sur laquelle est un miroir ; deux petits chiens montés sur un fauteuil, sont les deux seuls autres êtres vivants de cette composition. Pourquoi cette planche fut-elle abandonnée ? Nous l’ignorons. Mais il est permis de penser que terminée, elle eut été le complément des trois planches publiées. Une autre épreuve de cette rarissime pièce figura à la première vente G. Mubhlbacher, qui eut lieu en février et mars 1881, sous les initiales G. M. A cette date, elle fut adjugée 755 francs seulement. Actuellement, la même épreuve atteindrait certainement quinze ou vingt mille francs.
L'œuvre de Janinet est important et varié, car il fut non seulement graveur, mais aussi éditeur; dans ses planches personnelles, il a su répandre une grande harmonie jointe à beaucoup de charme, et apporter de la variété, soit qu'il traduisit Boucher, Lavreince, Frago-
nard, Hoin ou Ostade. C’est dire qu’il a su être tour à
tour brillant ou délicat, ferme ou vaporeux.
L'Amour et la Folie, d’après Honoré Fragonard, sont, à notre avis, parmi les planches les plus réussies, non seulement de Janinet, mais encore de l’estampe en couleurs : Janinet y a exprimé avec une souplesse rare, les délicates harmonies que possédaient à n’en pas douter les originaux.
Il a été fait de l’Amour et la Folie, de Janinet — ainsi que de presque toutes les estampes du xvirre siècle de quelque importance — une reproduction assez habile, par les soins de M. Henry Lemoine, l'éditeur de musique connu ; nous la signalons plus particulièrement que d’autres reproductions, car déjà, à diverses reprises, légèrement maquillées, c’est-à-dire jaunies, salies, puis encadrées, elles ont fait l’une et l’autre des victimes.
Reproduction, réimpression, copie, retirage, termes que "nous aurons souvent l’occasion d'employer, semblent avoir de prime-abord, pour les non-initiés, une même équivalence, alors que trois d’entre eux ont au contraire, une signification toute différente et bien précise; c’est ce que nous allons vivement démontrer en quelques lignes, avant que d’examiner les autres planches de Janinet.
Une reproduction, c’est la transposition, par le moyen
de la photographie alliée à la photogravure ou à l’hélio-
La Fozre. Vente Gerbeau. 1.190 fr.
L'Amour et la Forte. Vente Destailleur, 420 fr. — Vente 4 avril 1901, réemmargées, 976 fr. — Vente H, de Roissy. sans marge, 1.440 fr. — Vente Barrot, 3.100 fr.
gravure, d’une gravure au burin, en couleurs, à l’eauforte, etc. Dans le cas présent, nous nous trouvons en face d’un procédé purement mécanique, où l'outil d’un artiste n'intervient parfois que pour obvier à de graves défauts de la photogravure ou de l’héliogravure. Le marché de l’estampe, aussi bien en Allemagne qu’en France, est submergé de reproductions et ce sont elles qui font le plus de victimes chez les collectionneurs qui débutent. Le succès n’appelle-t-il pas la contrefaçon ?
Une copie, c’est la reproduction par un autre graveur, et le plus souvent dans le même mode de gravure que celui de l’original qu’on copie, d’une estampe (bois, burin, manière noire, eau-forte, lavis). C’est le cas, au xvirie siècle, des gravures de Mixelle, de Ruotte, etc., copiées sur des gravures de Smith ou de Ward; c’est encore le cas des estampes de Bartolozzi, copiées par un anonyme qui, dans l'espoir de donner le change, a signé Bartolonii; c’est enfin, plus près de nous, le cas également, pour le portrait de Marie-Antoniette, de M. P. Vigna, d’après la gravure en couleurs de Janinet, pièce dont nous reparlerons quand nous nous occuperons à nouveau de Janinet.
La copie se subdivise d’ailleurs en trois .sections : la copie exécutée à titre d’étude, la copie faite pour s’éviter la peine d'étudier un tableau déjà gravé, puis la copie faite pour sciemment tromper. Cette dernière
est la copie dangereuse par excellence.
XVIIL: