Et scd'us angl'us efl\tdit
&&. Et qrtus angeVs effudit. . .
£",€. Et sexlus angl's efftidit. . .
JHJtl. Et septim' angl's. . .
UU. Et uenit vnus de vij angVis. . .
Et post ha (sic) vidi. . .
Et cox dethrono (sic). . .
<Û©. Et duit m scribe. . .
HH. Et vidi vnû angelu. . .
&S>. Et apprehensa est bestia. . .
Et vidi sedest (sic). . .
Et di/abl's q seducebat eos. . .
152 LIVRES XYLOGRAPHIQUES
Pl. 44, sign. XX. Et ego ioh's vidi. . .
— 45 — Et ohdit (sic) in flutuu. . .
— 46 — A&. Et dûb m designis. . .
— 47 — S/uttus Au»' wftdi. . .
— 48 — 33- SCûs ioh'cs iacentibJ morluis.
A la vente de la bibliothèque du chevalier de Bearzi (1855) a figuré une édition xylographique de l'Apocalypse, qui a été achetée au prix de 6,000 francs, somme fort élevée pour l'époque, par M. Pioche, banquier à Paris. M. Tross, rédacteur du catalogue de cette collection, a consacré à ce précieux volume la petite note qui suit (n° 1577) :
« Volume xylographique très ancien, imprimé en couleur bistre. Il est parfaitement complet, et contient 48 feuillets entièrement gravés en bois et coloriés à l'époque. Heinecken ne cite pas cette édition, qui est la puis ancienne de toutes. Les gravures sont très caractéristiques, et sont des monuments pour l'histoire de l'art au commencement du quinzième siècle. Outre le texte xylographique on latin, notre exemplaire a encore, sur 12 feuillets intercalés, un texte en allemand de l'époque. H commence : Hye hebt sich an das buch der haymlichn offenbarung sancti || Iohannis zu teusch wye das das dye geschrifft vn flgurn || in disem puch zu lateyn. . . »
Il est regrettable que le savant M. Tross ne nous ait pas dit en quoi celte édition diffère des autres et quels en sont les caractères les plus saillants. Nous ne nous arrêterons pas à l'opinion qu'il exprime qu'elle est la plus ancienne de toutes et que son exécution date du commencement du quinzième siècle : nous nous bornerons à rappeler que Sotheby, qui a pu avoir un calque de la première et de la dernière page de cot exemplaire, a déclaré ,(t. II, pp. 5O"-50') qu'il ost de la même édition que l'exemplaire de Gottwic. D'après nos renseignements, M. Pioche, en quittant la France, a cédé ce volume à M. Niel, et nous ignorons son sort ultérieur.
Sotheby a exprimé l'opinion que cette sixième édition dérive de notre cinquième ou première d'Heinccken ; le fac-similé de la première page, donné dans le grand ouvrage de M. Weigel, nous permet de constater qu'elle en est, pour les compositions, une copie assez
servile. L*iconophile allemand qui, dans sa longue notice, a étudié parallèlement ces deux éditions, n'a trouvé que des différences insignifiantes dans les sujets des planches. Chose caractéristique! les blasons sont partout les mêmes, notamment ceux de la planche XIX. Il n'y a que les légendes qui varient sensiblement, pour les abréviations, la disposition des lignes et la division des mots. Le graveur y a corrigé quelques erreurs parmi celles dont le tailleur do l'édition précédente s'est rendu coupable, mais en revanche il en a commis de nouvelles.
M. Weigel place l'exécution de cette édition vers 1460, et lui assigne pour patrie Nuremberg. D'après la chronologie de Sotheby, elle serait un peu postérieure à cette date.
Édition douteuse.
La célèbre bibliothèque delà maison Spencer possède le bois original de la seconde planche des Apocalypses xylographiques, appartenant à une édition inconnue, si toutefois elle a jamais existé. Il serait, en effet, bien extraordinaire qu'on n'en n'eût pas conservé un seul exemplaire, • pas même un feuillet isolé : ce qui nous porte à croire qu'il ne faut voir là qu'un essai qui n'eut pas de suite. Des épreuves de ce bois ont été tirées à plusieurs reprises, entre autres pour la Bibliotheca Spenceriana de Dibdin (t. I ,r ), et pour l'ouvrage de Sotheby (t. II, p. 50").
Cette planche est une copie très fidèle de celle de notre quatrième édition, y compris les légendes, tracées avec moins de fermeté. Celle du haut porte : Trahamus iokânc ad pfectù. . .; celle du bas: S" ioh'es româ mittiV . . Ce qui est à remarquer, c'est que les deux sujets n'y sont pas séparés simplement par une ligne de démarcation horizontale, mais qu'ils constituent deux tableaux indépendants, encadrés individuellement et isolés par un blanc assez large.
Dibdin place l'exécution de cette planche entre 1420 et 1430, mais d'après la date assignée par Sotheby à la quatrième édition (voir cidessus, p. 138), elle serait de beaucoup postérieure.
loi LIVRES XYLOGRAPHIQL'ES
Nous nous sommes étendu sur cette xylographie, en raison des problèmes qu'elle soulève et aussi parce que ce sujet n'a jamais été présenté d'une manière aussi complète. Nous avons pu rectifier les erreurs assez nombreuses de nos prédécesseurs, ajouter do nouvelles et importantes remarques et arranger nos descriptions de telle sorte que, désormais, en nous prenant pour guide, on saura aisément à quelle édition appartient un feuillet isolé quelconque de V Apocalypse.
En terminant, il ne nous reste qu'à constater qu'il n'a été fait de cet ouvrage aucune édition typographique, ni même aucune imitation. La lacune est complète entre la dernière édition de l'Apocalypse et l'œuvre magistrale d'Albert Durer (1498).
HISTORIA BEATjE MARLE VIRGINIS (le cantiqub des cantiques)
Cet ouvrage xylographique, désigné sous le titre de : Historia seu Providentia B. Virginis Mariœ ex Cantico Canticorum, offre une suite de trente-deux images allégoriques où la Vierge est représentée comme symbole de l'Église chrétienne. L'allégorie et le texte explicatif ont été empruntés au célèbre poème biblique attribué au roi Salomon, d'où le nom vulgaire de Cantique des cantiques, sous lequel cette xylographie est connue communément. C'est encore une de celles qui ont suscité le plus de controverses, et certaines questions litigieuses qu'elle soulève no recevront probablement jamais une solution irréfutable.
Hcinecken l'a traitée avec dédain, en l'appelant non seulement «l'ouvrage le plus gothique de tous les autres», ce qui est absolument contraire à la vérité, mais en disant qu'il est « si informe qu'il n'en peut résulter aucune gloire à l'artiste qui l'a produit », jugement qui est loin de faire honneur à son discernement artistique. Aussi la critique a-t-elle cassé, de la manière la plus formelle, son verdict superficiel, en proclamant que le Cantique des cantiques est un chefd'œuvre. Déjà Zani, au commencement de ce siècle, l'a jugé supérieur au Spéculum humanœ salcationis, ce qui n'est pas peu dire, louant surtout la sveltesse des figures, l'ordonnance de la composition et la Anesse de la taille. Un éminent iconophile anglais, Ottley, admire lalégèreté et la grâce de ces estampes et en appelle le graveur le Parmesan de VEcole flamande. Renouvier donne une adhésion complète à ces éloges en ajoutant que « la disposition des groupes est d'autant plus louable qu'elle s'éloigne des thèmes ordinaires dont l'artiste trouvait tant d'exemples dans l'iconographie vulgaire peinte et sculptée ». « Le sujet, dit-il, est ici vraiment neuf et traité de main de maître; les costumes, fort simples, y ont une élégance rare ». Passavant exprime aussi l'opinion que « les compositions, dessinées d'une main très exercée, sont finement gravées sur bois». Sotheby déclare que non
156 LIVRES XYLOGRAPHIQUES
seulement c'est une œuvre d'art d'un grand mérite, mais qu'au point de vue historique (on verra plus loin pourquoi) c'est la plus intéressante de toutes les productions xylographiques. Sous le rapport de la valeur artistique, il n'y a donc rien de nouveau à dire à cet égard, sauf à répéter que c'est un chef-d'œuvre incontestable.
En ce qui touche à l'origine de cette œuvre d'art, Heinecken seul l'attribue à l'Allemagne, sans s'en montrer fier cependant, car il trouve qu'elle ne fait nullement honneur à ses compatriotes. Plusieurs bibliographes du siècle dernier la donnent à Laurent Coster. Zani ne s'est point prononcé, mais Ottley n'a point hésité à y voir la main d'un artiste des Pays-Bas. L'empreinte de l'école de Van Eyck y est en ofTcthors de discussion. Renouvier a constaté que les costumes des femmes, qui portent, par-dessus la robe à plis de corps, le surcot échancré sous l'aisselle et laissant voir la tournure des hanches, sont ceux qui étaient de mode à la cour de Bourgogne. On est généralement d'accord pour lui assigner, comme date d'exécution, la première moitié du xv* siècle. Sotheby ne fait pas remonter au delà de 1445 la confection du modèle original. Passavant, au contraire, émet l'opinion que « les figures très allongées rappellent l'école qui florissait à Harlem sous Dirk Steuerbout », et il en attribue l'exécution au même maître que celui qui a fait Y Alphabet figuré daté do 1464 (au Musée britannique et à Baie), concluant de là que le Cantique des cantiques appartient à la même époque. Nous laissons à d'autres le soin de prouver s'il a raison ou non.
Mais ce qui divise le plus les iconographes, c'est la détermination du nombre d'éditions de cette xylographie, et la question de savoir dans quel ordre elles ont vu le jour. Elles sont toutes du même format in-folio et comptent seize feuillets imprimés d'un seul côté, au frotton, d'abord à l'encre grise, ensuite à l'encre noire. Chaque planche offre deux sujets en largeur, entourés d'une simple bordure, sans aucune marque ni signature. L'imposition est probablement par cahiers de quatre pages, sans qu'on puisse la déterminer sûrement, faute d'exemplaires brochés.
Scriverius d'abord, et Dibdin ensuite, ont cru, eu égard à la finesse de la taille, que les planches du Cantique des cantiques ont été gravées sur métal, sur de 1'étain disait le premier. Leur opinion n'a
pas prévalu, et les cassures traversant des planches entières prouvent assez qu'elles ont été gravées sur bois. Ottley a démontré, en plus, grâce à ces mêmes cassures, que ces planches ont été exécutées deux par deux, soit quatre sujets à la fois, sur un même bloc de bois.
Heinecken, qui n'a vu que quatre exemplaires de cette œuvre (si toutefois il a vu celui de la Bodléienne d'Oxford et celui de Verdussen, d'Anvers), n'a reconnu que deux éditions bien distinctes. La première se distinguerait, selon lui, d'abord par l'absence de tout titre, ensuite par la faute viro au lieu de vino dans la légende de la première planche, enfin, par des particularités telles que la présence de deux brebis seulement à îa douzième planche, et de quatorze roses à la quatorzième. La seconde (dont il n'a vu que l'exemplaire défectueux de Harlem), aurait pour signes distinctifs un titre en bas allemand ajouté au haut de la première planche, la correction vino au lieu de viro dans la première légende, trois brebis à la douzième planche, et dix-huit roses à la quatorzième. Heinecken veut bien reconnaître que cette édition a été faite en Hollande, ou plutôt aux Pays-Bas « d'après t original gravé en Allemagne ».
11 faut évidemment se montrer indulgent pour l'iconographe saxon de n'avoir rien dit de plus à ce sujet avec des moyens de contrôle aussi restreints, mais assurément il n'y a pas lieu de le glorifier, et, à plus forte raison, de rabaisser ses successeurs en iconographie, qui ont ou la possibilité et le mérite d'avoir mieux approfondi la question que leur devancier. C'est pourquoi on ne saurait prendre au sérieux le verdict, un peu fantaisiste, de l'auteur du Supplément au Manuel de Brunet. « Il y a, y lit-on, de cette xylographie plusieurs tirages (?) avec corrections et différences ; il y a de plus trois éditions bien distinctes. Heinecken, Sotheby, Weigel, se sont tout naturellement {1) trouvés en désaccord sur l'ordre à imposer à ces éditions et à ces tirages, c'est-à-dire que le premier ayant émis une opinion raisonnée, le second a dû, pour ne pas paraître copier, et pour dire quelque chose de nouveau, émettre un avis contraire, et le troisième et les autres ont procédé exactement de la même manière. Ce qu'il y a de plus clair dans tous ces classements arbitraires des xylographies, c'est qu'ils ne reposent sur aucune donnée scientifique et qu'ils sont toujours le
158 LIVRES XYLOGRAPHIQUES
résultat d'hypothèses, c'est-à-dire abandonnées à la fantaisie ou au sentiment du classiflcatcur. Les classera qui saura et qui osera!» Malgré cette restriction, l'auteur du Supplément au Manuel ébauche un système do classement particulier, ce qui m'encourage à oser aussi présenter le mien. Une étude imparfaite des trois exemplaires de la Bibliothèque nationale lui Ht commettre la faute de les considérer comme appartenant à trois éditions différentes, ce qui n'est pas. La première qui y est décrite est un second exemplaire de la troisième édition d'après Sotheby, mais tiré à l'encre noire et non plus à l'encre grise ; la Bibliothèque ne possède pas la seconde édition selon le classement de Sotheby.
On se trompe complètement quand on prétend qu'on ne saurait établir, sur aucune base scientifique, un classement rationnel des éditions de cette xylographie. Assurément l'absence de documents positifs ne permet pas de fixer l'ordre successif des éditions avec assez de précision pour convaincre les contradicteurs, mais l'état actuel des études iconographiques offre assez de points de repère et de comparaison, pour qu'on soit autorisé à présenter un classement par voie de déduction logique avec une certitude suffisante. C'est une argumentation par trop superficielle que celle de Heinecken et de ses partisans, en vertu de laquelle l'antériorité d'une édition serait prouvée péremptoirement, tantôt par la présence des fautes dans le texte, lorsque ces fautes n'existent pas dans une autre édition, tantôt par l'absence de certains détails de composition, quand on rencontre ailleurs des amplifications à cet égard. On peut remarquer que dans les productions xylographiques il n'y a jamais, dans une même œuvro, qu'un type unique de composition autour duquel se rangent soit des imitations plus ou moins variées, soit des copies plus ou moins fidèles. A cette époque, où la propriété littéraire et artistique n'était point garantie, toute œuvre à succès engendrait des plagiats ou des contrefaçons, et les auteurs de ces dernières ne se recrutaient pas assurément parmi l'élite d'artistes. H n'y a jamais eu, en somme, qu'un seul créateur, quand l'œuvre était originale, et qu'un adaptateur, lorsqu'elle dérivait d'un modèle manuscrit antérieur. Dans ce dernier cas, on a déjà vu, à propos de V Apocalypse, que la première édition xylographique ne peut être que celle qui se rapproche le plus du
modèle ; dans le premier, on ne peut assigner le premier rang qu'à celle qui offre le plus d'originalité.
En ce qui concerne le Cantique des cantiques qui nous occupe, l'identité de composition dans tous les exemplaires connus (les différences ne portant que sur des accessoires de peu d'importance) prouve qu'une seule édition constitue l'original, dont les autres ne sont que de simples copies, et du moment que nous nous trouvons en présence d'un chef-d'œuvre de conception et d'exécution, la première édition est celle qui est la plus parfaite sous tous les rapports. Le créateur d'une œuvre de si haute valeur était incontestablement un artiste supérieur à ses contrefacteurs serviles, de sorte que ces derniers n'avaient point à améliorer sa composition en y ajoutant un moulin, une brebis ou quelques arbres de plus, et certes ils ne s'en souciaient guère. Quand l'imitateur se sentait la force de faire mieux que l'auteur du premier modèle, il ne s'emparait que du sujet pour lui donner une forme artistique supérieure, comme cela a eu lieu pour VArs moriendi, et, dans ce cas, son but principal était de produire une nouvre d'art. Par contre, lorsqu'il s'agit d'un copiste, qui ne travaillait que dans un but mercantile, son unique but devait être de produire à peu de frais et sans doute à bon marché, de sorte que, loin de chercher à compliquer sa besogne, il se préoccupait plutôt de la simplifier, en retranchant beaucoup de détails (c'est ce que nous avons vu à propos de Y Apocalypse). N'oublions pas, en outre, que ces xylographies s'adressaient surtout aux classes peu aisées, au peuple; qu'elles s'écoulaient dans les foires et par l'entremise des colporteurs, et que, par conséquent, ce n'est pas une brebis ou quelques arbres de plus ou de moins qui pouvaient augmenter ou diminuer le chiffre de la vente. Pour ce qui touche au texte des légendes, il est clair que le créateur de l'œuvre, s'il n'était pas lui-même assez compétent dans cette matière, s'adressait à quelqu'un qui fût apte à les dessiner et graver avec soin, tandis que les vulgaires contrefacteurs, simples tailleurs en bois et dépourvus de toute instruction, étaient toujours exposés à commettre des erreurs, ne comprenant point le texte qu'ils copiaient.
De ce qui précède, il résulte que de toutes les éditions du Cantique des cantiques la première est celle qui offre le type le plus élégant, la composition la plus riche et le texte le plus correct. Le perspicace
160 LIVRES XYLOGRAPHIQUES
Ottley avait déjà exprimé l'opinion que la plus correcte devait être la première.
Nous avons vu plus haut que Heinecken n'a reconnu que deux éditions. Sotheby en décrit trois : la première, avec le mot correct cino à la première planche, et les deux autres avec la faute cù-o, dont Heinecken n'a connu qu'une. Quant aux exemplaires portant, en tète de la première planche, cette inscription en guise de titre : DU is die voersintcheit vâ Marié der mocT godes Eû is gehetê in laty Càtic (Ceci est la préfiguration de Marie, mère de Dieu, et appelée en latin cantique), inscription que Meerman et d'autres déclarent être en flamand, mais qui, selon Heinecken, est plutôt en bas allemand, et, d'après Brunet, en bas saxon, tous les iconographes de nos jours cstiments qu'ils ont été tirés sur les mêmes planches que l'édition avec le mot cino, dont ils ne constitueraient qu'une variante.
On a longuement disserté sur la question de savoir si les exemplaires de l'édition avec le mot vino, pourvus du titre, ont précédé ou suivi ceux sans le titre. Ottley a d'abord cru que ce titre n'était qu'une simple falsification, faite après coup, pour légitimer les prétentions delà ville de Harlem à l'honneur d'avoir été le berceau de l'imprimerie, mais ensuite il est revenu sur son opinion pour déclarer que ce titre a bel et bien été imprimé à l'époque même, et que les exemplaires de ce genre constituaient l'édition originale du Cantique des cantiques. Sotzmann', le D' Waagen 1 et M. Berjeau ont adhéré à cette opinion. Sotheby l'a partagée tout d'abord, pour la rejeter ensuite et soutenir que le titre a été ajouté postérieurement aux blocs de bois primitifs. Dans l'hypothèse de l'identité des planches employées pour le tirage de ces deux sortes d'exemplaires, Sotheby aurait absolument raison en vertu de ce fait matériel que deux planches, dans les deux exemplaires connus avec titre, ont une cassure longitudinale qui n'existe pas dans ceux sans aucun titre. Cependant la question est toute autre. Sotheby déclare avoir comparé page par page l'exemplaire avec le titre qui se trouve au Musée britannique avec celui dépourvu de ce titre et faisant partie de la bibliothèque de lord Spencer, sans être parvenu à constater
I. A elle* te Getekickte der Xylographie («Un» le HUloritches Tatchenbuch, deRaumer; Leipzig, IR37, pp. 449-599).
S. Tretuuret of art in Great Brilain, t. I (1854), p. 306.
CANTIQUE DES CANTIQUES Ifi
aucune autre différence entre les deux. J'ai comparé à mon tour l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, le second connu de la même édition que celui de lord Spencer, avec le fac-similé publié par M. Berjeau de l'exemplaire du Musée Britannique avec le titre'. Cette reproduction n'étant pas scrupuleusement exacte, j'ai fait contrôler les points douteux sur l'original même, et il résulte de cet examen qu'il y a là non pas deux tirages faits à l'aide des mêmes planches, mais deux éditions distinctes dont l'une est la copie de l'autre. Les différences qu'elles offrent sont assez nombreuses et assez sensibles pour écarter tout doute à cet égard, et il y a lieu de s'étonner que Sotheby ne les ai pas remarquées. En ce qui touche le droit de priorité, il est clair que l'édition avec le titre est postérieure à celle qui n'en a pas, conformément aux exemples fournis par l'histoire de l'imprimerie.
Il existe donc, non pas trois, niais quatre éditions du Cantique des cantiques, dont deux avec le mot vino et deux avec la faute viro. Avant d'énumérer toutes les particularités distinctives qui les caractérisent, et d'une manière plus explicite qu'on ne l'a fait jusqu'à ce moment, je dois faire observer que l'ordre des planches de ces différentes éditions n'est pas toujours le même et qu'il vario selon les exemplaires, sans être en général conforme au récit biblique. Il est probable que ces transpositions sont du fait des relieurs, mais comme l'ordre primitif ne saurait être déterminé à défaut d'exemplaires brochés, je me conformerai, dans l'indication des planches, à celui observé dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale et qui est aussi celui de l'exemplaire avec titre du Musée Britannique. Cet ordre diffère légèrement de celui suivi par Heinecken, et il paraît être celui de l'impression, à en juger par la position des Hligranes dans l'exemplaire Scriverius.
Première édition.
Pl. I. Haut. Légende de gauche : 0$cul<'t r utc oscnlo oris mi q'a meliora sunt vbera tua vino. La barrikrk de rentrée du couvent est
1. Canticum cantieorum, reproduced in fac-iimile, from the Scriverius Copy in the Brttuh Muséum. With an historicat and bibliogrophkat Introduction, tnj J. Ph. Berjeau. London Trûboer, 1860. In-fol.
1G2 LIVRES XYLOGHAPHIQUES
Mi" xi B d'une clavette, et le montant (le droite est ombré de tailles horizontales.
Bas. Légende de gauchi? : Capul luTi ut carmeV. . . D'une plante, à droite, sort une branche plus élevée.
Pl. 11. Haut. Légende de gauche : Traite me post te currenï in odore sic) nngeloif tuolf. Le bout du rouleau, à gauche, touche au trait de la planche, et il y a une fleur entre le rouleau et la jeune suivante.
Bas. Légende de gauche : lùi diltûs [dilectus] me' loq'ï. . . Une plante est sous les pieds de la Vierge. Entre celle-ci et le Christ, au-dessous de l'arbre, il y a, à gauche, une touffe d'herbes, et, à droite, une grande plante a fleurs. Derrière le Christ, on voit d'abord une touffe d'herbes, et, au-dessus, dans le coin du bas, une grande plante fleurie.
Pl. 111. Haut. Légende de gauche : Qualis est dilectus (nus o ptdcherrtu uudierTi. Au, milieu, sur une montagne, il y a un moulin. Vers la droite, au-dessus de la main gauche de la Vierge, il y a deux arbres.
lias. Légende : Aduiro .sic, pour adiuro eus filte ihrm p capreas tcfuosqi (sic) càpoif. ne susdit-lis [sic) dilectaut meam. . . Il y a six arbres sur la montagne, dont un à deux rameaux.
Pl. IV. Haut. Légende de gauche : Erût cerba ^sic, pour rbei-a) tua sicul bntri rince odor oris lui sicut malorh punicorum (et non pomoi'UM, comme lit Sotheby . Derrière les ceps de vigne apparaît unarbre; sous les pieds du Christ on voit une plante, et une autre, à droite, près du bord.
Bas. Légende de gauche : Ortus conclusus est. . . Derrière le Christ, sur une petite éminence, il y a un arbre. Vers le milieu, à droite, on voit une grande plante d'où sortent quatre branches, et au-dessus de la fontaine, à gauche, se trouve une autre grande plante. Le Christ est en dehors de l'enceinte. Dans la légende du bas ou lit pfla.
Pl. V. Haut. Légende de gauche : DilecV me' m et ego ille (sic) ij pasitur 'sic; inf tglia. Une plante est derrière le Christ et une autre
CANTIQUE HE S CANTIQl ES 1G3
derrière la troisième des suivantes de la Vierge, et le rocher du fond de ce côté est anguleux. Au bas du premier rouleau, à gauche, il y a une pierre. Au-dessous du lis, dans le bas, il y a une fleur. Bas. Légende de gauche : Pulch'esut gene tue. . .
Pl. VI. Haut. Légende de gauche Que habitas in orlis amici auscultât : fac me audire voeë tua. Entre l'arbre et la Vierge il y a
DEUX GRANDES PLANTES. Au pied du Christ, Une PLANTE FLEURIE.
Bas. Légende de gauche : Quo abijt d'dectus tu'. . . Il y a onze roses sur la couverture du lit. Dans le coin du bas, à droite, on voit une plante.
Pl. VII. Haut. Légende de' gauche : Descl'di i ortû nucû. . . Au milieu d'un verger, entouré d'une haie, le Christ parle à la Vierge derrière laquelle il y a deux suivantes. Dans cet enclos, on voit quatre arbres chargés de fruits et un cinquième en dehors de la haie, à gauche. Le feuillage de l'arbre qui est à droite, sur le versant d'un monticule, touche au cadre. Dans le coin du bas, de ce côté, il y a une large plante fleurie.
Bas. Légende de gauche : Aperi î!î soror mea. . .Au pied du Christ, et derrière lui, il y a une plante.
Pl. VIII. Haut. Légende de gauche : Indica ni que diliyit aïa mea. . .Dans le fond, il y a cinq arbres dont deux sur le monticule de droite. Entre le Christ et la Vierge s'étend une rangée de pierres en avant de laquelle on voit trois brebis et une chèvre.
Bas. Légende de gauche : Anima mea liqfà est. . .
Pl. IX. Haut. Légende de gauche : Quis m det te frein meû il H'cnià te foras. Derrière la Vierge il y a une petite pierre ayant l'aspect d'un insecte.
Bas. Légende de gauche : Fauus distillàs labia tua mcl et lac. . .
Pl. X. Haut. Légende de gauche: Si dederit homo oêm subslâciû suà. . .
Bas. Légende de gauche : Que ê ista q ascendit de deserto. . . Le? arbres sont au nombre do neuf, dont trois garnissent le rocher, i droite.
104 LIVRES XYLOtiHAPMQUES
Pl. XI. Haut. Légende de gauche : Eccc dilecto meo et ad me côitersiq iliï. Derrière la Vierge il y a une plante. Le paysage offre quatorze arbres; celui placé derrière le Christ est à deux rameaux.
Bas. Légende supérieure : Qui pulchrc (sic) sV gress' tue. . . Le paysage est garni de dix arbres, dont plusieurs à deux rameaux.
Pl. XII. Haut. Légende de gauche : Dilecte mj egrediaut in agrû. . . A l'extrême gauche il y a. dans le mur, une petite ouverture ronde.
Bas. Légende : Facicut ^sic) mirre. . . Par l'ouverture qui se trouve derrière la femme, à gauche, on voit deux plantes.
Pl. XIII. Haut. Légende de gauche : Surgà et circuibo ciuitalê p vicos et plaleas. . . Les tours rondes, sur le premier plan, ont chacune une ouverture circulaire. La tête du cheval du cavalier portant Técu A Vaigle est hien visible. Le dallage de la chambre de la Vierge est en mosaïque. Sur le terrain de devant il y a quelques traces d'herbes.
Bas. Légende de gauche : Comedite amici et bibile. . . Le banc sur lequel les personnages sont assis est à dossier garni d'une frise sculptée fleuronnée. Le pilier, à droite, n'est pas ombré.
Pl. XIV. Haut. Légende de gauche : Tola pulchra es arnica mea. . . Derrière le Christ on voit une plante, et de l'herbe dans le pli du terrain qui occupe le coin gauche. Dans la chambre, le rideau à droite est placé en guise de hamac. Dix-huit roses sont rangées sur le lit.
Bas. Légende de gauche : Ecce pulchra es arnica mea. . . A droite, au-dessus du lit, un rideau plié ; la tête du lit est sculptée; il y a dix-sept roses sur la couverture.
Pl. XV. Haut. Légende de gauche : Mille clypei pendèt ex ea omis annalura forciû. Derrière l'ange, sous le rouleau, on voit une grande plante a fleurs, et une autre entre la Vierge et l'ange, au bas de la tour. Le bout du rouleau, au bas, à droite, est écarté du trait de la planche.
Bas. Légende de gauche : Ego donnio et cor meïi eigilat. Dans le bas il n'y a qu'uN seul rang de carreaux. Le bois du lit est très apparent.
Pl. XVI. Haut. Légende de gauche : Pone me vt signaculû sup cor tuum. L'ombre portée des vêtements sur le parquet est indiquée devant le Christ et derrière les femmes.
Bas. Légende de gauche : Spîs eV vt lyban' (sic) electiis. . . Entre le Christ et la Vierge il y a une plante. Le paysage est orné de cinq arbres, dont quatre sur le rocher à gauche.
On no connaît de cette édition que deux exemplaires : celui de la bibliothèque de lord Spencer, décrit par Sotheby qui en a donné un fac-similé de la première page, et celui de notre Bibliothèque nationale, bien plus beau et d'un tirage antérieur ; il provient de Gaignat(351 livres 19 sous) et de Mac-Carthy (15(50 francs) ; le filigrane du papier est une Ancre surmontée d'une ligne blanche (haut., 256 millim. ; larg., 125). Ils sont contre-collés, mais non coloriés. M. Pilinski vient de publier un excellent fac-similé de cet exemplaire 1 .
D'après Sotheby, le D r Kloss, à Francfort, possédait un exemplaire de cette édition, mais incomplet de six pages.
C'est à tort que M. Deschamps (Supplément au Manuel du libraire) dit qu'un exemplaire do cette édition a figuré dans la vente Weigcl. Il possédait YHistoria Beatœ Mariœ Virginia, mais cet ouvrage n'était autre que le Defensorium dont nous aurons l'occasion de parler plus loin.
Deuxième édition (avec titre).
Nous plaçons ici l'édition portant en tête le titre en flamand ou en bas-saxon que nous avons rapporté plus haut. Il n'est pas possible de lui assigner sûrement un rang chronologique par rapport aux deux éditions qui vont suivre, mais il est probable qu'elle est la deuxième en date.
1. M. Adam Pilinski a entrepris, arec le concoure de son fils, de reproduire en fac-similé loules le* xylographies qui offrent un intérêt réel. Celle publication, portant le litre général de Monuments de ta xylofjrnphit, a commencé cette année et se poursuit activement. Parmi les xylographies déjà décrite* dans no» feuilles précédentes et qui Tiennent de paraître, figurent : CAn Moriewîi, exemplaire ayant appartenu à M. Didot, probablement nnique, et aussi la septième édition de Heinecken; la Bible de* Pauvret, première édition d'après Heinecken ; V Apocalypse, première édition de Heinecken. Ces reproductions, faites sur les exemplaires de la Bibliothèque nationale, se distinguent, comme tous les travaux du même artiste, par une rare exactitude, et elles peuvent, pour les études, tenir lieu des originaux. Le tirage est limité à 100 exemplaires. (Paris, place de la Sorbonne, *.)
Ifif, LIVRES X YLOn R AIW1 IQK ES
J'ai déjà dit qu'on no saurait la considérer comme provenant d'un tirage fait sur les mêmes planches que l'édition précédente, thèse soutenue par Sothehy et acceptée de confiance par tout le monde : la reproduction donnée par M. Berjeau nous a révélé des différences assez tranchantes. C'est donc une copie, mais d'une fidélité telle qu'il faut une comparaison très attentive pour s'apercevoir qu'il n'y a pas identité absolue, de même qu'on l'a vu pour la deuxième édition de l'Apocalypse. Je regrette de n'avoir pas pu étudier parallèment les deux éditions sur les originaux mêmes, mais ils ne se trouvent réunis dans aucun établissement. La reproduction publiée par M. Berjeau n'est certes pas parfaite, c'est pourquoi je ne m'arrêterai pas à une foule de petites variantes qu'on y trouve, mais qui n'en sont peut-être pas en réalité. Je me bornerai à signaler celles qui sont incontestables.
Pl. I. Haut. La barrière n*a pas de clavette.
Pl. II. Haut. L'arbre qu'on voit dans le coin gauche supérieur a lk feuillage régulier Ai' sommet, et non plus une sorte de triangle noir provenant de l'empâtement du bois.
Pl. VII. Haut. Le feuillage de l'arbre placé sur le monticule, à droite, ne touche pas au trait carré de la planche.
Pl. VIII. Haut. Il y a quatre touffes d'herbe sur le terrain du second plan, entre la Vierge et les deux suivantes, tandis que cette place est blanche dans l'édition ci-dessus.
On ne connaît non plus de cette édition que deux exemplaires : l'un, incomplet de sept planches, est conservé à la bibliothèque de l'hôtel de ville de Harlem ( flligrano du papier : Tète de bœuf surmontée d'une ligne verticale, terminée au bout par un sautoir); l'autre, non colorié, ayant successivement appartenu à Pierre Scriverius, au comte Rendorp, à Heber (acheté 31 1. 10 sh., en 1823), et enfin aux libraires Payne et Foss qui l'ont 'payé 25 1. seulement en 1835, et l'ont revendu au Musée Britannique. Sotheby en a donné les fac-similés de la première et de la dernière page. Le filigrane du papier de cet exemplaire, mais à huit pages seulement, est un Unicornc ; les autres n'en portent aucun.
CANTIQUE DES CANTIQIES
Troisième édition.
Sotheby s'est contredit clans son ouvrage an sujet de celle des éditions à laquelle il faut assigner le second rang. Dans le premier volume (page 78}, il accorde cette place aux exemplaires pareils à celui de la bibliothèque Bodléienno d'Oxford, mais quelques pages plus loin, de même que dans l'index do ce volume, et au troisième volume (p. 108), il la revendique pour l'exemplaire Cracherode du Musre Britannique. C'était là son opinion définitive, car il l'a maintenue dans un opuscule publié en 1859 et consacré spécialement à la classification des monuments xylographiques de la Bibliothèque nationale. Nous devons déclarer que cette fois-ci l'iconographe anglais s'est complètement trompé et que son examen n'a pas été sérieux. Il est facile d'acquérir cette certitude à notre grand établissement national, en comparant entre eux les admirables exemplaires non coloriés de la première édition et de la prétendue troisième avec les fac-similés des trois planches de l'exemplaire Cracherode données par Sotheby, et cette comparaison ne peut être faite dans aucune autre bibliothèque, ces deux éditions ne se trouvant réunies nulle part ailleurs. On arrive rapidement à constater que l'édition classée par Sotheby au dernier rang- est d'abord, au point de vue de l'art, de beaucoup supérieure à celle représentée par l'exemplaire Cracherode, et qu'ensuite elle dérive directement de la premièreédition, dont elle est une copie assez fidèle, modifiée ou simplifiée dans beaucoup de détails, tandis que l'édition qualifiée de seconde ne doit rien à l'original, et n'est qu'une copie do seconde main, faite sur la précédente et confinant déjà à l'imagerie.
Voici les principales différences qui distinguent cette édition de la première :
Pl. I. Haut. Dans la légende do gauche, le mot vino a été estropié en vmo. La barrière de l'entrée du couvent n'a pas de clavette, et le montant de droite n'est pas ombré.
Bas. La plante placée à droite n'offre pas de branche plus élevée. Dans la légende de droite, on lit : ih:rm, au lieu de ilirVm.
\m LIVRES XYLOr.RAPHIUl'ES
Pl. II. Haut. Le bout du rouleau à gauche ne touche pas au trait de la planche, et la plante fleurie qu'on voyait entre ce rouleau et la jeune suivante a été* remplacée par une touffe d'herbes.
Bas. La plante qui était sous les pieds de la Vierge y est toujours. Celle qui figure à gauche du Christ n'a plus de fleurs. Derrière le Christ, au lieu d'une grande plante fleurie occupant le coin entier, on ne voit qu'une touffe d'herbes.
Pl. III. Haut. Il n'y a point de moulin sur la montagne, et il n'y a qu'uN arbre au-dessus de la main de la Vierge. Bas. Il n'y a que quatre arbres sur la montagne.
Pl. IV. Haut. Il n'y a pas d'arbre derrière les ceps de vigne, ni de plante sous les pieds du Christ, de même qu'à l'extrême droite, près du bord.
Bas. Il n'y a pas d'arbre derrière le Christ, ni de grandes plantes à droite de la fontaine, près du phylactère, ni à gauche de la fontaine, au-dessus de la vasque. Le premier plan à gauche est modifié, et le mur est continué de manière que le Christ se trouve en dedans de l'enceinte.
Pl. V. Haut. Il n'y a de plante ni derrière le Christ, ni derrière la dernière femme à droite, et le rocher du fond, de ce côté, est arrondi. La pierre qui était au bas du premier rouleau a été remplacée par une touffe d'herbes.
Pl. VI. Haut. Il n'y a pas de plantes entre l'arbre et la Vierge, et la plante fleurie au pied du Christ a été remplacée par une touffe d'herbes.
Bas. Il n'y a pas de plante dans le coin droit, sous le phylactère, et on ne voit que neuf roses (au lieu de onze) sur la couverture du lit.
Pl. VII. Haut. Cette planche a été singulièrement simplifiée : on n'y voit plus ni verger, ni clôture ; le Christ s'entretient avec la Vierge au milieu d'un champ parsemé de touffes d'herbes. Il n'y a plus que deux arbres (au lieu de cinq), et les deux suivantes ont également été supprimées, de même que la plante fleurie du coin du bas, à droite.
Les rochers superposés, du même côté, ont aussi disparu, et ont été remplacés par un monticule uni, pointu.
Bas. Les plantes grasses, devant et derrière le Christ, ont été remplacées par des touffes d'herbes.
Pl. VIII. Haut. Il y a cinq arbres, comme dans la première édition, mais la rangée de pierres a été supprimée au milieu, et le troupeau ne compte plus que deux brbbis et uno chèvre.
Pl. IX. Haut. Il n't a pas de petite pierre derrière le Christ.
Pl. X. Bas. Il n'y a que sept arbres (au lieu de neuf). Le rocher à droite est plus rapproché du trait du cadre, contre lequel on voit une indication du troisième arbre.
Pl. XI. Haut. Il y a dix arbres (au lieu de quatorze); celui placé derrière le Christ est simple. La plante derrière la Vierge a été remplacée par une touffe d'herbes.
Bas. Le paysage n'offre que huit arbres (au lieu de dix).
Pl. XII. Haut. Il n'y a pas d'ouverture dans le mur à l'extrême gauche. La pierre derrière la Vierge a été remplacée par une touffe d'herbes.
Bas. On ne voit point de plantes derrièro la femme, à gauche.
Pl. XIII. Haut. Les tours rondes do l'enceinte fortifiée n'ont point d'ouvertures circulaires. La tête du cheval du second cavalier n'est point visible. Le dallage de la chambre de la Vierge n'est pas en mosaïque. Pas de traces d'herbes sur le devant.
Bas. La frise sculptée, fleuronnée, a été supprimée : la muraille est unie et partout ombrée de tailles horizontales.
Pl. XIV. Haut. La plante derrière le Christ a été remplacée par une touffe d'herbes. Le pli de terrain dans le coin gauche est blanc. Le rideau plié en guise de hamac n'existe plus : il n'y a que la draperie tout unie. Sur la couverture du lit on ne voit plus que quatorze roses (au lieu de dix-huit).
170 LIVRES XYLOGRAPHIQIES
Bas. Pas de ridrac pué au-dessus du lit, dont on ne voit pas non plus la tête. Les roses sur la couverture sont au nombre de seize (au lieu de dix-sept).
Pl. XV. Haut. La 'plante qui était à gauche entre le rouleau et le cadre n'existe plus. Celle placée derrière l'ange, sur le rouleau, n'a plus de fleurs; celle qui figurait en avant de l'ange a été remplacée par une touffe d'herbes.
Bas. Le bois de lii n'est plus visible, et il est remplacé par une seconde rangée de carreaux non ombrés.
Pl. XVI. Haut. Le dallage est blanc partout, sans ombre portée des vêtements des personnages. Le fût du pilier de droite manque entièrement.
Bas. Il n'y a que trois arbres {au lien de cinq). La plante entre la Vierge et le Christ diffère de celle de la première édition, de même que les rochers à gauche.
Aucun fac-similé de cette édition n'a encore été donné, et elle n'a jamais été suffisamment décrite, bien qu'on en connaisse plusieurs exemplaires. La Bibliothèque nationale en possède deux : l'un, imprimé à l'encre grise et au frotton, et revêtu d'une charmante reliure en maroquin vert, signée de Derôme (le filigrane du papier est tantôt un Croissant, tantôt une Fleur de houblon ; l'autre, lourdement imprimé à l'encre noire et au frotton, mais fort beau et très pur, relié en maroquin vert par Hamfln, le relieur de Loménie de Brienne (c'est sans doute par erreur que l'exemplaire décrit au numéro 3 du catalogue de Lair, et vendu 550 fr. en 1791 , est indiqué comme étant relié en maroquin rouge). L'auteur du Supplément au Manuel de Brunet a présenté ce second exemplaire, tiré à l'encre noire, comme appartenant a une édition indépendante; l'erreur provient de ce que, par inadvertance, il a pris la chèvre de la planche VIII pour une troisième brebis. La marque du papier de cet exemplaire est une grande Tète de bœuf surmontée d'une croix, sur le bois de laquelle s'enroule un serpent.
L'exemplaire dont se sont servis les écrivains anglais est celui de la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, dont nous ignorons la provenance. 11 est colorié et on n'en connaît pas d'autre en Angleterre de cette
édition. Il a pour filigrane une Tête de bœuf, surmontée d'une ligne verticale, terminée en forme de croix, et, à deux pages, l'Agneau pascal entouré d'un cercle.
Heinecken affirme que celuf de Verdussen, d'Anvers (vendu 182 florins en 1776), était de la même édition, mais la chose n'est pas certaine et nous ne savons même pas où a passé cet exemplaire.
Sotheby assigne à cette édition la date approximative de 1460. Il croit qu'elle a vu le jour plutôt aux confins de l'Allemagne que dans les Pays-Bas ; nous sommes d'une opinion opposée
Quatrième édition.
Cette édition diffère peu de la précédente, dont elle est une copie, c'est pour cela qu'on les a confondues ensemble jusqu'à la démonstration faite par Sotheby. Nous avons dit ci-dessus pourquoi on no peut lui assigner que le dernier rang. La planche XV surtout fournit des arguments décisifs à cet égard. Tandis que, dans l'édition précédente, elle ne s'écarte de l'original que dans les accessoires de second ordre, il n'en est pas de même pour celle-ci, où visiblement elle ne procède plus de la première édition, mais seulement de la seconde, avec plus de simplifications encore, comme par exemple la suppression presque complète du pilier de droite dans la figure du bas.
Il ne nous est pas possible de signaler toutes les différences qui distinguent cette édition delà précédente, remarques qui seraient souvent peu intelligibles. Nous nous bornerons aux plus saillantes.
Pl. II. Bas. La plante qui était sous les pieds delà Vierge a disparu. La touffe d'herbes entre la Vierge et le Christ a été remplacée par une petite plante a fleurs, et, à sa droite, on a substitué à la plante fleurie une autre, à sept feuilies, mais sans fleurs. Derrière le Christ, au lieu de deux touffes d'herbes, on voit vers le milieu, une plante a feuilles étalées, avec deux tiges fleuries, et, au-dessous, uncTouFFE d'herbes.
Pl. IV. Bas. Dans la légende du bas, on lit: Pfla, au lieu de y/ta.
Pl. V. Haut. Au dessous du lis qui est au milieu il y a une touffe d'herbes à la place de la fleur.
172 LIVRES XYLOGRAPHIQUES
Pl. X. Bas. Le premier plan diffère sensiblement
Pl. XIII. Bas. Le pilier de droite est ombré.
Pl. XV. Haut. Entre le premier rouleau et le cadre, à gauche, il n'y a que des hachures, comme dans l'édition précédente, et la fleur n'y figure plus. La touffe d'herbes placée en avant de l'ange, près du bord, a été remplacée par une plante qui se trouve à gauche de la tour dont le bas a disparu dans un repli de terrain. Le bout du rouleau, dans le bas, à droite, est kngaok sous le trait du cadre.
Bas. La draperie du lit diffère. Le pilier de droite est à peine visible, et le fut de celui de gauche est difforme.
Pl. XVI. Haut. Il n'y a plus de pilier à l'extrémité droite. Bas. La plante entre le Christ et la Vierge a été remplacée par une touffe d'herbes. Une partie de rochers à gauche ont disparu.
On n'a encore cité de cette édition que l'exemplaire colorié, ayant appartenu au Rev. Cracherode, et conservé au Musée Britannique. Le filigrane du papier est tantôt une Téte de bœuf, semblable à celle de l'exemplaire de la bibliothèque d'Oxford, de l'édition précédente ; tantôt un P d'une forme particulière. Sotheby en a donné trois pages en facsimilé : la première, la deuxième et la quinzième. Il en place l'exécution vers 1450. Cette édition peut bien être de provenance germanique.
C'est aussi à l'une des deux dernières éditions qu'appartiennent les deux autres exemplaires signalés avec la faute viro à la première planche : T celui du comte Pertusati, relié avec une édition de la Bible des Pauvres, et qui est aujourd'hui à la bibliothèque Brera, à Milan; c'est d'après cet exemplaire qu'a été faite la première mention de cette xylographie, dans un périodique allemand intitulé Dos Merhwiïrdige Wien (Wien, 1727 ; in-4°, p. 110), et Heinecken a fait copier le fac-similé de la première page qui y avait été donné ; 2° l'exemplaire de Crevenna, d'Amsterdam (vendu 200 florins en 1789), dont nous ignorons la destinée.
On le voit, aucun exemplaire de ces deux éditions n'a passé en vente dans ce siècle, ce qui prouve l'extrême rareté de ce livre précieux.
Au début de cet article, nous avons dit que la présente xylographie offrait une allégorie où, à la fiancée biblique du poème attribué au roi Salomon, on a substitué la Vierge symbolisant l'Église chrétienne. Plusieurs iconographes, cependant, ont voulu attribuer à cette œuvre une portée plus grande, en soutenant que l'artiste dessinateur a eu pour but non pas de fournir un nouvcl.aliment aux tendances mystiques de son siècle, mais de présenter en images les luttes politico-religieuses qui préoccupaient ses contemporains. Ce qui a donné naissance à ces hypothèses, ce sont de nombreux écussons armoriés, qu'on voit sur quatre des planches du Cantique des Cantiques, et qui n'ont que faire là-dedans. Ainsi à la IV planche ils sont portés par quatre anges, en guise de bouclier, et par un seul à la VI* planche; un pape, deux cardinaux, un évèque et un guerrier en sont munis dans la première figure de la XIII* planche ; neuf écussons sont appendus au mur de la grande tour crénelée, dans la partie supérieure de la XV planche ; quatre autres sont tenus par des guerriers rangés près du Ht du bien-aimê dans la seconde figure de la même page. Les armoiries qui couvrent ces écussons ne sont nullement de fantaisie mais très réelles, et presque toutes différentes.
M. Chatto 1 a suggéré le premier que ces écussons impliquent une allusion directe au concile de Baie, qui élut, en 1439, au siège pontifical Amédée de Sacoie, sous le nom de Félix V, en opposition au pape Eugène IV, mais cette hypothèse ne s'appuie que sur une base bien fragile, rien que sur la présence, dans deux planches (IV et XV), d'un écusson ayant pour armoiries une croix, qui constitue aussi les armes de la maison de Sacoie.
Sotheby est allé beaucoup plus loin. Pour lui, le livre entier est une allégorie politique et historique relative aux divisions intestines de l'Église de Rome, et semble rappeler trois circonstances : 1° la querelle pour le pallium d'investiture, entre le pape Pascal II et l'empereur Henri V, de 1 1 il à 1 i 15 ; 2" l'hérésie hussite touchant la communion sous deux espèces, et le concile de Constance ^1 l 14-1 42 4) ; 3° le grand schisme d'Occident sous Urbain VI. terminé en 1419, sous Nicolas V» Il a exprimé l'opinion que l'idée de cette œuvre a probablement émané des Calixuns ou Hussites de Bohème. La figure du bas de la planche IV