A Treatise on UW Engravinfj; Loudon, «839; p
17* I.IVH ES XYl-OoH.VPHIQl ES
;VI* chez Sotheby), représentant un jardin clos avec une fontaine, symboliserait l'Église au spirituel et au temporel. Les quatre anges qui gardent l'enceinte fortifiée, et qui sont armés de glaives et de boucliers armoriés, personnifieraient les protecteurs de la puissance temporelle des papes. Les armoiries seraient celles des principaux chefs du parti gibelin ou impérial : Faigle à deux tètes du premier bouclier désignerait l'empereur Sigismond, et la croix du quatrième écusson indiquerait Amédée, duc de Savoie, ensuite pape sous le nom de Félix V, qui avait pris parti contre les Hussites en 1422, à l'instigation de l'empereur. Sotheby n'interprète point les deux autres armoiries : une rose surmontée d'un chef dentelé, et un cherron.
La figure du bas de la planche VI (IV* chez Sotheby), où l'on voit la fiancée couchée dans un lit, impliquerait l'idée du schisme et de la jalousie entre l'Église romaine et les autres Églises chrétiennes. Les doux jeunes filles qui occupent le haut d'une tour crénelée, et dont l'une dirige une flèche sur la fiancée {Vous acez blessé mon cœur, ma so'ur! dit le texte), représenteraient les partisans de l'Kglise réformée; le bouclier de la seconde jeune fille, portant un lion rampant, désignerait le comte de Flandre ou de Brabant.
Le tonneau placé dans la figure XVIII (IX* planche), où il est question du vin, fait croire a Sotheby qu'il n'y est que par allusion à la communion sous deux espèces; la figure suivante lui semble, par contre, symboliser la communion sous une seule espèce. Cette figure oflrc la vue d'un intérieur aisé ; le feu brille dans la cheminée. Au centre du sujet est la fiancée, symbolisant l'Église. A sa droite, un homme et une femme, en costumes bourgeois, sont à genoux, sans doute par allusion au texte de la légende : « Quand un homme aurait donné toutes les richesses de sa maison pour le saint amour.... ». A sa gauche sont debout deux suivantes, deux filles de Jérusalem, dont l'une tient uue lampe allumée et l'autre un cruchon rempli d'eau qu'elle répand. Sotheby a pris le couple bourgeois pour un moine et une nonne prêts à recevoir la communion, et, malgré les avertissements du texte, il veut faire passer la lampe (« Ses lampes sont des lampes de feu et de flammes ») pour une boite contenant la sainte hostie, et l'eau de la cruche (« Les grandes eaux n'ont pu éteindre la charité [représentée par le feu de la cheminée» pour du vin consacré
La figure supérieure de la XIII* planche représente à gauche une chambre où la fiancée est couchée ; au-dessus, on aperçoit les murs de la cité mystique, défendus par un pape, deux cardinaux et un évéque portant chacun un glaive et un écusson armorié. La partie de droite offre une seconde scène du même sujet, ainsi expliqué parles légendes : « Je me lèverai, je ferai le tour de la ville, et je chercherai dans les rues et dans les places publiques celui qui est le bien-aimé de mon àme. — Les gardes qui font le tour de la ville m'ont rencontrée, ils m'ont frappée et blessée ; ceux qui gardent les murailles m'ont ôté mon manteau.» On y voit, en effet, deux soldats a cheval, dont l'un enlève le manteau de la Vierge couronnée ; le bouclier de l'autre porte pour armoiries une aigle à une tète. Pour Sotheby, cette composition n'est qu'une représentation allégorique de la grande querelle pour les investitures, commencée sous le papô Pascal II et terminée sous Calixte II, issu de la maison des ducs de Bourgogne, à laquelle ferait allusion une fleur de lis qu'on voit sur le bouclier tenu par le pape. Le lion de sable du bouclier du premier cardinal offrirait les armoiries de Robert, comte de Flandre. Sotheby n'interprète point les deux autres écussons. Le manteau que les soldats enlèvent à la Vierge couronnée serait le pallium d'investiture alors en contestation, et les soldats eux-mêmes représenteraient le parti impérial, personnifié par Yaigle des armoiries du bouclier, bien que cette aigle n'ait qu'une tète.
La figure du haut de la planche XV représente un château fort avec des tours, par allusion à ces mots du texte : « Votre cou est comme la tour (de David), qui est bâtie avec des boulevards ». Neuf écussons armoriés y sont appendus. Pour Sotheby cette forteresse symbolise la ville de Rome au pouvoir du parti gibelin, et les quatre écussons du haut désignent : l u celui avec une ècrevisse, le célèbre cardinal Nicolas de la Cusa, dont le nom allemand Krebs signifie ècrevisse; 2° celui avec un lion, le comte de Flandre; .T celui avec une croix, Amédée de Savoie; 4° celui avec une aigle à deux tètes, l'empereur d'Allema»ne.
Knfin, la figure du bas de la même planche, qui représente le lit où est couché le bien-aimé entouré de guerriers (« Voici le lit de Salomon environné de soixante hommes des plus vaillants »), offrirait, selon Sotheby, l'image de la réconciliation prochaine de l'Église. Le lion
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rampant désignerait toujours le comte de Flandre , la fleur de lis, le duc Jean de Bourgogne, qui prit une part active au concile de Constance ; le fuselé, Guillaume, duc de Bavière, protecteur du concile de Baie ; la rose du quatrième écu, Richard, duc de Lancastre, ou même Henri V, roi d'Angleterre.
Dans son désir de systématiser, Sotheby a oublié que l'essence de toute allégorie est d'observer la double unité de temps et d'action, et il a chargé le même artiste des préoccupations politico-religieuses du début du quinzième siècle et de celles qui, remontant à trois siècles en arrière, étaient oubliées depuis longtemps. Toute cette démonstration, longue, pénible et mal assurée, ne saurait être prise en sérieuse considération. Il est bien possible que, conformément aux idées de la première moitié du quinzième siècle, date de l'exécution du Cantique des Cantiques, il s'y trouve quelques allusions aux événements religieux du temps, mais rien n'autorise à y voir d'un bout à l'autre toute une allégorie de caractère politique. On estime, avec plus de raison selon nous, que les écussons armoriés, ajoutés par le dessinateur sans aucune nécessité, sont ceux de la maison de Bourgogne et de la maison de Flandre, avec leurs principales alliances, ainsi que ceux de quelques villes importantes des Pays-Bas. Ainsi s'expliquerait la présence répétée de l'écu de Savoie, dont la maison s'est alliée plusieurs fois avec celle des ducs de Bourgogne, de même que le fuselé de Bavière ; les trois quinte feuilles sont les armes de la niais 3n de Vergy. Dans l'écu des comtes de Flandre figurent bien aussi : 1° Yaigle à une tête de la maison de Brandebourg; 2° les deux bars adossés de la maison de Bar; 3° la croix de Savoie; 4* les trois quinte feuilles des de Vergy. V aigle à deux tètes constituait les armes de plusieurs villes des Pays-Bas, notamment d'Anvers et d'Alost; les deux checrons sont les armes du Hainaut, Vècrecisse figurait dans celles de Condé, la fleur de lis est sur l'écu de l'Artois, le lion rampant sur l'écu de la Flandre, de la Hollande et de la Gueldrc, la croix pleine sur l'écu d'L'trecht. Enfin, les poissons, les quintefeuilles, les clefs en sautoir figuraient sur des écus des corporations de métiers des villes de Flandre.
En définitive, nous pensons, d'accord avec plusieurs iconographes, qu'il ne faut chercher dans cette xylographie qu'une tentative d'exposition graphique du sens mystiquet atribué au songe de Salomon par
saint Bonaventure, dont les idées faisaient alors autorité. On a constaté que, dans un de ses traités, le docteur séraphique applique à la Vierge Marie la plupart des versets du Cantique des Cantiques qu'on lit sur les banderoles de notre série d'images. Sotzmann, déjà cité, a remarqué que la première planche représente les moines d'un couvent se livrant aux travaux de la moisson, et en a conclu que l'idée de notre livro peut avoir été conçue dans un couvent des Franciscains. Or saint Bonaventure ayant été général de cet ordre, cette hypothèse peut ne pas être éloignée de la vérité.
I7K LIYHLS XVI.OdH.VlMIlUl KS
EXERCITItM SUPER PATER NOSTER (oraison dominicale)
C'est encore l'une des xylographies les plus importantes pour l'histoire des origines de la gravure sur hois. Il en existe trois éditions dont deux ont pour titre : Excrcitimn super pater noster. La Serna Santandcr, qui a décrit le premier ce livre extraordinairement rare ', n'a connu que la seconde édition ; la première a été signalée, mais point décrite, par Guichard, à la suite d'une nouvelle description de la seconde, où il s'est contenté de paraphraser ou de développer la notice de son devancier*. La troisième n'a été citée que vaguement.
Chacune d'elles compte dix feuillets de format petit in-folio, imprimés d'un seul coté, au frotton, la première avec de l'encre brune à la détrempe, la seconde et la troisième, à l'encre grise.
Première édition.
Elle n'est connue que par l'exemplaire de la Bibliothèque nationale colorié et incomplet de deux planches(la I re et la IX'). Sous cette première forme, c'est moins un livre xylographique qu'un recueil d'estampes destinées à illustrer un texte manuscrit. Les phylactères des planches ont été laissés en blanc, et dans l'exemplaire de Paris ils portent des inscriptions latines à la main, à l'encre rouge ; les personnages sont désignés en flamand. Au surplus, au bas de chaque planche, il y a un commentaire manuscrit dans cette dernière langue. Le filigrane du papier est l'Arbalète dans un cercle. La hauteur des planches est de 205 et leur largeur de 198 millim.
Le dessinateur a mis, dans son exposition graphique de l'Oraison dominicale, toute la somme possible d'allégorie, conformément aux idées du temps. 11 y fait intervenir deux personnages : un Frère qui demande à Dieu de lui apprendre à prier, et Y Oraison qui est chargée de cet enseignement. Us sont représentés sous des figures d'anges.
!. frictionnait? bibliographique du quinzième ht/,; Rruiclle*, |8*6; t. II, p. 412 40*. 2. HulMin du UUmphitr, IStn, |». I9Î-J01.
UHAISON DOMINICALE
Selon l'explication du commentateur, les ailes symbolisent la liberté spirituelle, la robe blanche signifie la pureté du cœur; les tablettes que l'Oraison porte à la ceinture offrent le symbole de l'attention que doit avoir celui qui prie. Presque toujours, on lui voit, soit sur la poitrine, soit sur l'épaule, un écusson ayant pour armes une croix.
Nous allons donner, pour la première fois, la description complète de cette première édition.
Pl. I. Prologue. Manque (se reporter à la description de la seconde édition).
PI. II. Prière a Dieu. Devant Dieu le père, assis sur un trône ii droite, on voit, à genoux, Jésus ayant derrière lui le Frère et l'Oraison, Sur l'une des banderoles : Pater noster qui es; sur l'autre : Petite cl accipietis.
Pl. III. Glorification de Dieu. Dieu le père est assis dans le indien sursoit trône; à droite, il y a trois anges le glorifiant; à gauche, la Vierge Marie debout présente à Dieu une couronne destinée à l'épouse de son fds, l'Église, agenouillée sur les marches du trône, la tète couronnée et nimbée. Derrière la Vierge, une femme nue symbolisant Vante fidèle. Au-dessous de ce groupe, le Frère et l'Oraison en prière. Le phylactère qui les accompagne porte : In relis meti/icê nom luu.
Pl. IV. Le Rkgne de Dieu. A droite est représenté le Purgatoire sous l'aspect d'un château fort, au-dessus duquel plane un ange : plusieurs pécheurs sont dans les flammes. Dans le haut, à gauche, Dieu le père, vu à mi-corps, dans un nuage; un ange lui présente une àme qu'il vient de délivrer. Le Frère et l'Oraison sont placés au-dessous d'eux, et le phylactère qui est au-dessus porte : Adneniat reynâ tua. Dans cette édition, l'Oraison n'a pas sur elle d'écusson armorié. Au premier plan, sur toute la largeur de la planche, s'étend le fleuve infernal où roulent trois cadavres : celui d'un païen, celui d'un juif et celui d'un mauvais chrétien, coiffé d'un chaperon en easqueiie.
Pl. V. Soumission a la volonté de Dieu. Dan* le haut, vers le milieu, Dieu apparaît à mi-corps dans un nuage. Au-dessous, sur un monticule, un bon chrétien debout, tourné vers Dieu, tient un calice.
180 LIVHES X Y L 0 G K A P H I Q U E S
A droite, est un ange; à gaucho l'Oraison et le Frère, ayant au-dessus de leur tête un phylactère portant : Fiai volûlas tua sic t. Au premier plan, à gauche, un groupe de juifs; à droite, plusieurs païens; des calices brisés sont à leurs pieds. Au centre, deux mauvais chrétiens, coiffés de chaperons et vêti s de houfpelaxdes, tiennent des calices renversés. Il n'y a en tout que deux rouleaux avec inscriptions.
Pl. VI. Le Pain réel et le Pain spirituel. La Charité, représentée par une femme, est assise à une tahle dressée en biais et portant trois pains : le pain naturel, le pain de grâce et le pain de gloire. Trois hommes sont ses convives : un païen, un juif et un chrétien. Sur le devant de la table, on voit un guerrier a genoux, personnifiant la crainte de Dieu. Dans le haut, Dieu le père bénissant. A gauche, au premier plan, l'Oraison et le Frère agenouillés. Le seul phylactère qu'il y ait dans cette planche porte : Panent h coV da nobï.
Pl. VIL Rémission des péchés. Tout en haut, au centre, en voit Dieu le père à mi-corps. A gauche, dans une sorte de chapelle, Jésus- Christ est debout, tout nu, et de sa plaie le sang jaillit abondamment dans un bassin placé plus bas, vers le centre, où trois hommes puisent avec des calices, tandis que trois autres, agenouillés à côté, ont les leurs déjà remplis. Au-dessus de ce bassin, est une femme personnifiant la Charité. Tout en haut, à droite, on voit encore la Charité accompagnée de la Piété. L'Oraison et le Frère sont agenouillés à gauche, au premier plan. Un des quatre rouleaux porte : Dimille nob' débita nva.
Pl. VIII. Les Tentations. Trois femmes personnifiant les Péchés capitaux sont assises à une table abondamment garnie. La première, ayant un diadème pour attribut, représente la tentation diabolique, par l'orgueil et la vanité; la seconde symbolise la tentation charnelle, par la gourmandise et la luxure ; elle a un plat pour attribut; la troisième, personnifie la tentation mondaine, par la curiosité et l'avarice ; elle a pour attribut un sac d'argent. Toutes les trois sont coiffées de larges atours en formé" d'auvent. A l'extrémité gauche de la table, est assis un Frère désobéissant que la Mort saisit par l'épaule ; au-dessus on voit le diable emporter son âme. Tout en haut, à gauche, apparaît
Dieu le père. Au premier plan, du même coté, l'Oraison et le Frère à genoux. L'un des sept rouleaux porte : et ne nos indnca i temp\
M. Deschamps s'est trompé dans l'interprétation de cette planche {Supplément au Manuel du libraire, t.I, col. 471). Il y a vu une satire contre les moines (« l'artiste, dit-il, a voulu personnifier les vices monacaux »), tandis qu'au contraire cette suite a précisément eu pour but l'édification des jeunes Frères ; les figures allégoriques des péchés capitaux deviennent sous sa plume « trois vierges folles » ; il a pris le sac d'argent de l'une pour un hanap, et le diadème de l'autre pour un tambour de basque. Il suffisait cependant de bien regarder et de lire le commentaire de la seconde édition pour éviter de semblables méprises.
Pl. IX. L'Enfer. Manque (voir pour la description du sujet à la seconde édition).
Pl. X. Le Paradis. Il est représenté sous la forme d'un château fort, dans l'enceinte duquel on aperçoit du dehors une foule d'anges. Jésus reçoit à la porte un élu du ciel, la tète tonsurée, tenant à la main un calice ; il est présenté par un ange, derrière lequel se tient une femme personnifiant la Bonne Conscience. Tout en haut, Dieu le père contemple cette scène. Au bas, le bon ange emporte l'âme du Frère obéissant. Au premier plan, à gauche, l'Oraison et le Frère, à genoux; à droite, doux anges. Le rouleau porte : Amen.
Cette première ébauche est encore presque inconnue, n'ayant jamais été suffisamment décrite et aucun fac-similé n'en ayant été donné; c'est cependant incontestablement l'un des plus anciens monuments de la gravure sur bois. Selon Guichard, les planches de cette édition sont « plus grossières » que celle de la suivante qu'il déclare néanmoins être la copie de l'autre. Renouvier* dit que « le style en est hiératique et plutôt imagier qu'artiste », mais que « l'expression en est sérieuse >». « On ne peut y voir, ajoute-t-il, que l'œuvre d'un cartier, étranger même à la confection des caractères xylographiques. Quelle que soit la date relative des deux éditions, la supériorité du style parait
I. Histoire de rorifjïne et drt pi-ngrèi de la grmui-e dam /et Pays-Bas et en Allemagne. BruielK ISGO; p. 80 82.
IS2 LIVRES XYUHJHAPHIQrES
donner à l'une une priorité que l'archaïsme «lu travail fora il donner à l'autre. » Aucun de ces jugements do nous para il juste dans son intégralité. S'il ost permis de (jualiller, avec (ruichard, ces ligures do grossières, cotte épithète no saurait être appliquée qu'à leur taille. a l'iiiexpérioneo de l'outil. C'était assurément, à raison de sa destination, une «ouvre d'imagerie, dont l'auteur ne visait à aucun effet, se bornant aux contours dos personnages ol des objets, sans cherchera on accuser les formes au moyen dos hachures, ce qui no l'empêcha pas non seulement de leur «humer une expression sérieuse, mais mieux que cola : un caractère d'art élevé et de beaucoup supérieur à celui «le l'imitation à laquelle elle a servi «le modèle. La valeur de la composition se défaire suffisamment de la barbarie du rendu, qui do son c«*»té a l'avantage do nous conduire au berceau mémo de la xylographie. Nous ne saurions y voir, avec Renouvi<>r, réouvre d'un cartier, car il est clair qu'elle ne sort point dos mains d'un xylographo «le profession. L'introduction d'un Frère, qui est le pivot mémo de la composition, démontre assez que cotte suite d'images a été conçue et exécutée dans un courent et exclusivement pour l'édification des jeunes novices dans la vie monastique, et non pas à l'usage du grand public, comme tant d'autres xylographies. Son but était de mieux fixer dans l'esprit les préceptes d'un texte manuscrit qu'elle devait accompagner: d'où l'absence de tout texte gravé». Les courtes inscriptions à la main dans les places réservées en blanc sur les phylactères no devaient servir qu'a faciliter la compréhension du sons mystique dos figures.
Les costumes dos hommes et des femmes sont ceux dos étals de Bourgogne du commencement «lu «piinzième siècle ; le texte flamand qui accompagne l'exemplaire «le Paris apporte un témoignage de plus en faveur de l'origine flamande de cette œuvre. D'un autre c«*>té, l'exécution matérielle des planches se rapproche d'une manière frappante de celle de l'estampe du mus« : e de Bruxelles, représentant la Vierge entourée» de saintes et datée de LUS {Voir plus haut, p. :-$). Nous croyons donc «pi on ne saurait assigner à coite première ébauehe do l'interprétation graphique de l'Oraison dominicale une date postérieure à l'année 1 i?'» environ, ce qui la mettrait au premier rang dans la chronologie «les gravures sur bois connues.
OKAISON DOMINICALE
Deuxième Mit ion.
Otto édition est uno copie libre de la précédente. Les inscriptions dos rouleaux ne sont plus. manuscrites, mais gravées dans la planche, de même que les cinq lignes de texte latin imprimées au-dessus de chaque sujet, dont elles sont séparées par un filet. Le tout est enfermé dans un cadre. Dans l'exemplaire de la Hibliothèque nationale, les planches sont collées au dos d'une paraphrase latine manuscrite du Pater nos ter, formant onze pages et terminée par ces mots : Explicit expositio figurai™ super orationem dominicain.
Le dessinateur de cette édition, tout en suivant la précédente, en a souvent changé et amélioré l'ordonnance, amplifié les détails, rajeuni les costumes. Voici les traits principaux ou les différences les plus saillantes.
Pl. I. PnoLoot E. Au milieu d'une forêt, un Frère (le mot Frater est gravé sur son vêtement) est assis devant un couvent, attenant à une église, sur un banc de terre au pied d'un arbre. Il a un livre sur ses genoux, et, les yeux levés vers le ciel, il implore Dieu de lui apprendre à prier (Dhc docc me orare, dit l'inscription du phylactère qui part de sa main gauche). Devant lui se présente un ange personnifiant l'Oraison (U porte sur sa robe le mot Oracio), la tête surmontée d'uno croix, et ayant sur l'épaule droite un écusson chargé d'une croix. Il a pour mission d'enseigner au jeune Frère l'Oraison dominicale (le second phylactère porte : Veni docebo te pater noster). Une rivière coule autour du couvent. La première ligne du texte offro ce titre : Exerciciû super Pater noster.
Pl. IL Un troisième rouleau a été ajouté pour le Christ. L'intitulé du texte est : Pater noster qui es.
Pl. III. La femme nue symbolisant l'Ame fidèle tient un calice dans les mains. Le titre est : In celis sanctificetur nomen tuum.
Pl. IV. L'Oraison porte sur la poitrino l'écusson armorié. Le mauvais chrétien est coiffé d'un chapeau cylindrique, à bords de devant abattus. Le titre est : Adueniat regnum tuum.
1*4 LIVRES XYL0GRAPI1IQUES
Pl. V. Elle a subi de grandes modifications dans les costumes. Les mauvais chrétiens ne sont plus vêtus de houppelandes, mais de justaucorps, et chaussés de souliers à la poulaine. Leurs vêtements sont couverts de taches. L'un est coiffé d'un chaperon entouré d'un bourrelet, avec les appendices passés sous le menton; la coiffe de l'autre est un chapeau cylindrique comme dans la planche précédente. Entre les deux on lit cette inscription : Ducam' in bonis dies nostros. Les phylactères sont au nombre de six, sans compter les tablettes avec inscriptions. Le titre est : Fiat vohtntas tua sicut in celo et in terra.
Pl. VI. La table est dressée parallèlement au trait de la planche. Les trois convives ont les mains jointes, et rien n'indique la présence parmi eux d'un juif et d'un païen, comme dans la première édition. Le guerrier symbolisant la Crainte de Dieu est debout, à l'extrême droite. Les rouleaux sont au nombre de six. Le titre est : Panem nostrum cotidianû da nobis hodie.
Pl. VIL Les coiffures des personnages sont différentes. Les rouleaux sont au nombre de six, sans compter les tablettes avec inscriptions. Le titre est : Et dimitte nobis débita nostra sicut et nos te.
Pl. VIII. Cette planche est tout aussi curieuse et aussi importante, pour déterminer l'âge de cette œuvre, que celle de la première édition, dont elle diffère complètement pour les costumes des trois femmes. Elles ne sont plus coiffées ici de largos atours, mais de hennins élevés. composés d'un bourrelet en pain fendu et d'un voile retombant par derrière. Leur vêtement est une cotardie entr'ouverte en pointe sur la poitrine, et à manches ajustées et collant au bras. Le titre est : Et ne nos inducas in temptacioné.
Pl. IX. Tout en haut, à gauche, Dieu le père apparaît dans un nuage. Au-dessous, l'Oraison et le Frère sont agenouillés sur un monticule. Le reste de la planche représente les supplices de l'enfer. Le lieu de damnation est figuré à droite paf un château fort, dont on voit l'intérieur par une large ouverture. Dans une cuve enveloppée de flammes, on voit pêle-mêle un pape, un cardinal, un évêque, etc. Au premier plan, une diablesse entraîne vers le bouilloir le Frère di'so-
béissant, enchaîné et tenu par deux autres dénions. Il tient à la main un calice renversé. Derrière eux est la Mauvaise Conscience, sous les traits d'une vieille femme tenant dans la main gauche un serpent. Les rouleaux sont au nombre de huit. Le titre est : Sed libéra nos a malo.
Pl. X. Le paradis est figuré par une église. Deux anges placés sur les tours sonnent de la trompette. A l'intérieur, au premier étage, on
VOit DES CARDINAUX et DES ÉVEQUES, et, plus bas, UN ANGE JOUANT DE
l'orgue. Les rouleaux sont au nombre de six. Le titre est : Amen.
L'exemplaire de la Bibliothèque nationale, encore le seul connu, est en parfait état et non colorié. Il provient, de même que celui de la première édition, de la bibliothèque de Joseph Brmens, imprimeurlibraire do Bruxelles, vendue en 1805. Le premier a été payé 1 fl. 8 sous, le second, 4 fl. 5 sous, soit ensemble environ 12 fr. C'était le bon temps! Le filigrane du papier est une Ancre. Les planches ont 181 millim. de hauteur et 192 millim. de largeur.
Sotheby, qui s'était d'abord contenté de reproduire la notice de Guichard (t. II, pp. 137-140), sans recourir à l'examen de l'original, y est revenu brièvement, dans son Mémorandum sur les xylographies de la Bibliothèque nationale, pour affirmer que cette édition est antérieure à celle sans texte et légendes imprimés. Cette thèse ne saurait être défendue. L'aspect seul de notre première édition suffit pour convaincre tout iconophile que c'est biqn à elle qu'appartient la première place, et l'étude comparée des costumes respectifs dans deux éditions apporte à cette opinion une preuve irréfragable. Tandis que la suite d'images sans texte offre peut-être un des premiers essais de la gravure sur bois, dans l'édition avec texte latin l'art est déjà assez avancé : le trait est accusé avec précision, les plis sont plus savants, les hachures jouent un rôle marqué. « En jugeant, par comparaison avec la précédente, dit Renouvier, le travail de cette édition latine, on y voit la main d'un artiste déjà capable d'expression, un tailleur de bois s'exerçant à l'imitation des dessins à la plume, et dont la gravure n'a pas même eu besoin d'enluminure pour produire quelque effet. »
Cette édition figure dans la série de reproductions des Monuments de la xylographie, exécutées par MM. Pilinski et fils.
m i.ivrks xyi.o<;rapiiioi'ks
Kilo a sur tous les livres xérographiques cet avantage inappréciable qu'on peut en préciser la date et le lieu d'origine. On a remarqué, en effet, une parenté très étroite entre elle et les gravures qui ornent un manuscrit portant la date de l't-iO. Ce dernier volume, conservé à la Bibliothèque de Bruxelles, est célèbre aujourdïiui. Son existence n'a été révélée qu'en IH'M, par M. Goetbals mais on n'y lit pas plus d'attention qu'à l'article de Dumortier*. Ni Ottley. ni Guicbard, ni Sotbeby n'en eurent connaissance. Renouvier fut le premier :\ en pressentir et à en signaler l'importance, dans une notice assez détaillée 3 , qu'il compléta plus lard*, mais dont certaines remarques ne sont plus admissibles, depuis la découverte de nouveaux documents. Har/en'' et Passavant" eu ont tiré des conséquences d'une grande portée pour l'histoire de la gravure sur bois. Enfin, M. Alvin-lui a consacré d'abord une petite notice mais plus complète que les précédentes 7 , et ensuite une longue étude qui accompagne une excellente reproduction de toutes les planches de ce manuscrit fameux {Documents iconographiques et typographiques de la Bibliothèque royale de Bruxelles; Bruxelles, 1877; in-fol.). Grâce a cette dernière publication, toutes les questions soulevées par ce manuscrit peuvent être totalement résolues.
11 n'entre pas dans le pla"n de notre travail de reprendre à notre tour la description de ce précieux volume; nous nous bornerons îi consigner les points essentiels.
Le manuscrit en question est un traité mystique intitulé : le Verger spirituel (Spieit"uie Pomceium), où l'âme dé-vote est instruite dans la manière de s'exercer, à chaque heure du jour, dans des méditations pieuses. Douze pommiers y symbolisent les douze attributs divins. Dans le texte de ce traité sont intercalées douze gravures sur bois, imprimées à l'encre grise, d'un seul côté, sur des feuilles séparées, mais portant des numéros qui correspondent au chapitre en tète duquel elles sont
1. Lectures relatives il l'hulotte des sciences, des lettre* et de* art* en Belgique. Rruxelles 1S.TJ. 4 vol. in-8-.t. !«', p. 23.
2. Note! sur T imprimerie. (Bulletin de l'Académie royale de B'Igique, U VIII, 1841.)
II. Des Types et de* Manières ib-s maîtres gmreurs quinzième sièrle. Mi>u([H-llirr, IS."i1;
4. Histoire de l'origine et des progrès de la gravure, «tfj.» cU«V, p. "59-80.