‹ Manuel de l'amateur d'estampes (volume 2)Chapitre 7 sur 119 · Voir l« Pcintiv-yraveur, tome I", page · texte numérisé non relu

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i, LES PU S ANCIENNES CKAYLHES

C'était déjà un premier point de constater ces différences que nous ferons connaître plus tard en détail, mais elles ne prouvaient rien, ou peu de chose, quant à l'authenticité de la gravure du Cabinet des estampes. On ne pouvait rien en conclure ni à l'égard de la date de 1451 ni en ce qui concerne l'attribution de la pièce à Maso Finiguerra.

Nous résolûmes de vérifier enfin le nom de l'autour et la fameuse date qui était la clef de voûte de tout l'édifice. En effet, la seule question, ou du moins la question capitale est de savoir si, en 1451, Maso Kiniguerra a imprimé l'estampe sur une planche en creux, si l'honneur de l'invention de ce genre de gravure peut lui être attribué, ou si même il est l'auteur de la plaque qui a pour sujet Y Assomption ou le Couronnement delà Vierge.

Deux auteurs anciens, nous ne dirons pas contemporains, mais vivant a une époque relativement peu éloignée, ont parlé du nielleur florentin : Vasari ctBcnvenulo Cellini. Le premier, né à Arczzo eu 1512, mourut en 1574; le second, né ïi Florence en 1500, termina ses jours dans la même ville en 1570.

Comme il est probable que Maso Finiguerra, né vers 1 H 0 (Passavant dit 1 i20, d'après Ctaye), mourut dans les années qui s'écoulèrent de 140*) à 1477 nos deux artistes, surtout Ucnvcnulo Cellini, ont pu rencontrer, dans leur jeunesse, des vieillards qui avaient connu Finiguerra *.

Vasari a parlé, à plusieurs reprises, de Mazo Finiguerra. Dans la Vie d' Antoine et de Pierre Pollajuolo (t. I'' r ), il s'exprime ainsi :

« Il y avait aussi, dans le mémo temps, un autre orfèvre, appelé Maso Finiguerra, qui avait une réputation extraordinaire et méritée. Il n'avait pas son pareil dans le maniement du burin et dans l'exécution des nielles, pour faire, dans un petit ou grand espace, un aussi grand nombre de figures, comme le montrent encore certaines Paix exécutées par lui qui se trouvent à Saint-Jean, à Florence, et représentent, en très petit, des sc ènes de la Passion. »

On trouve dans la Vie de Marc-Antoine J, II) le passage suivant :

« L'invention de graver les estampes vient de Maso Finiguerra, Florentin, vers l'an 1400 deN.-S. Il grava sur argent toutes ses pièces.

t. I.a HnH/rajihic yinentlt, publiée par Firiniii-Didot, dit sert 1475.

2. Voir au chapitre des Nielles : De t'A rt de nieller et île ta manière tir faire le nielle, par Ikiiveuuto Cellini.

Avant do les remplir de nielle, il en faisait nne empreinte* avec de la terre, sur laquelle il coulait du soufre fondu, qui restait empreint et couvert des traces du noir de fumée ; ensuite, y passant une couche d'huile, il lui donnait la teinte de l'argent; il fit encore cela avec du papier humide et avec la môme teinte, appuyant ensuite dessus avec un cylindre bien uni, qui non seulement taisait paraître la planche imprimée, mais donnait à l'épreuve l'apparence d'un dessin à la plume. »

Dans tout ceci, comme on le remarque, il n'est pas question de l'Assomption de la Vierge, mais seulement de petites scènes de la Passion. Ia date de l'invention de la gravure n'est pas 1451; Va sari dit vers

Puisqu'on citait Vasari, on n'aurait pas mal fait de relater ce que l'on trouve dans la vie de Pollajuolo. On y lit que ce dernier a fait en concurrence avec Maso Finiguerra quelques sujets {alcunc istorie) où il égala celui-ci par la promptitude, et où il le surpassa dans le dessin (et svpcrollo net disegno).

Lorsque Duchesne traduisait, dans son Essai sur les Nielles, publié en 1826, le chapitre de Benvenuto Cellini décrivant les procédés de la niellure, il ne connaissait pas encore le texte suivant qui émane de Benvenuto Cellini lui-même. On le trouve dans l'ouvrage intitulé : Racconti del Cellini, pi'bblicati net 1S28 dal erudito sig. Dartholomeo Gamba, estratti dal Tratfato dclVarifieeria del Cellini chc serbasi vnanoscritto nella Mareiana in Venezia, récits réimprimés dans la Vita âi Bencenuto Cellrni, publiée par Tassi ; Firenze, 1829, tome ni, Ricordi c documenti, pages 273 et 274.

Voici comment s'exprime Cellini: «Martin (c'est de Martin Schongauer qu'il parle) fut orfèvre; il était né au delà de l'Italie, dans une ville allemande ; ce fut un homme d'un grand mérite tant comme dessinateur que comme graveur, dans la manière de ce pays. En même temps, s'était répandue dans lo monde la renommée de Maso Finiguerra qui a si admirablement exécuté des nielles. On voit de sa main une Paix représentant ic Christ en croix entre les deux larrons, avec beaucoup d'ornements de chevaux et d'autres choses. Elle fut gravée et niellée de la main de notre Finiguerra, d'après le dessin d'Antoine Pollajuolo dont nous avons parlé plus haut. Elle est d'argent, et on la voit dans notre belle église de Saint-Jean, à Florence. »

En 1831, le comte Cicognara, qui connaissait ce passage de Cellini,

publiait une brochure intitulée : Dell' Origine, composition?, decomposizione ed esercUazione delVartc dei n'tcVi. Parte prima.

On y lit ce qui suit (p. 51) : « Il est douloureux d'avoir à se convaincre bien dos fois de la perte de tant de choses précieuses. On ne peut douter que cette Paix citée par Cellini, connaisseur hors ligne, ne soit l'œuvre de Maso Finiguerra. Nous l'avons vainement cherchée à Florence. Elle fut peut-être perdue en 1527, quand les pièces d'argenterie de l'église Saint-Jean furent remises à la République, pour battre monnaie pendant le siège de la ville, comme le dit Gori. Nous croyons qu'elle a pu avoir le sort de tant d'autres ouvrages précieux qui furent brisés et fondus. »

A l'occasion de ce Crucifiement, Cicognara écrivit au cavalier Antonio Ramircz de Montalvo, alors directeur de la galerie do Florence. Il semble résulter de sa réponse que Gori n'ayant pas parlé d'une manière particulière du Christ en croix de Finiguerra, il était probable que cette Paix n'existait plus de son temps, puisqu'il avait fait une mention spéciale de tous les objets précieux qui appartenaient à la basilique; qu'il ne pense pas que ce monument soit resté caché, et que probablement il n'existe plus à Florence.

Il est donc certain que ce directeur no regardait pas comme appartenant à Maso Finiguerra une Paix qui fait partie de la galerie de Florence et qui est attribuée à Matteo Dei. ( Voir Duchesne, n°96.)

Nous aurons plus tard l'occasion de parler de cette plaque d'argent.

La lettre du directeur Ramirez de Montalvo nous amène naturellement a nous occuper de Gori. C'est sur son opinion que repose l'attribution à Maso Finiguerra delà Paix nommée Assomption de la Vierge, et de l'invention de la gravure en croux. Antoine-François Gori, archéologue, naquit à Florence le 9 décembre 1091, au moins deux cent quinze ou deux cent vingt ans après la mort de Maso Finiguerra; il termina sa carrière dans la même ville le 20 janvier 1757.

Millin, qui a rédigé la vie de ce savant dans la Biographie universelle, tout en lui prodiguant beaucoup d'éloges, ajoute comme correctif : « On ne peut se dissimuler que Gori a souvent manqué de critique. » La Biographie générale publiée par MM. Didot dit également : « Un reproche plus grave qu'on peut lui faire, c'est qu'il n'a pas toujours examiné avec assez de critique les monuments qu'il recueillait. »

Maintenant voici comment s'exprime Gori, au sujet des nielles qui

nous occupent, dans son Theanurus tctoruïii diptyehomm; Florentin, 1759, in-folio, tome III (extrait de Duchesne) :

« Auprès de ces précieux monuments, sont exposées deux plaques d'argon t dont on fait usage pour donner et recevoir le baiser de paix ; leur poids est d'environ 20 livres. (Duchesne dit : « La livre de Florence « est de moins de 12 onces : c'est donc un poids d'environ H livres « de France). » Elles sont ornées, continue Gori, de figures de vermeil du plus beau travail, et, par derrière, il y a des poignées d'aigent : l'une, gravée et peinte en monochrome avec du nielle, fut faite avec un soin et un travail incroyables par le célèbre Thomas 7 , fils de Finiguerra, et puisque l'occasion s'en présente, je vais m'étendre un peu sur ce sujet.

« Cette Paix est d'autant plus remarquable qu'elle a donné naissance à l'art admirable de graver au burin sur des planches de cuivre.

« L'habile orfèvre grava, sur une plaque d'argent, des figures représentant le Triomphe et le Couronnement de la bienheureuse Vierge Marie, enlevée au ciel et entourée d'anges, ainsi que d'un grand nombre de saints placés sur le devant de la composition. Son ouvrage n'étant pas terminé et avant qu'il fût chargé de la couverte noire, dite nielle, il lui arriva, par hasard, de vouloir en prendre une empreinte en employant le plâtre et le soufre, co dont j'ai un exemple dans un vieux tabernacle de ce temps, et se servant d'une teinte obtenue par la fumée grasse d'une chandelle. Il voulut essayer aussi ce que produiraient les figures gravées, en appuyant dessus un papier humide. Lors donc qu'il eut vu que le papier appliqué sur la planche rendait fidèlement le sujet qui y était tracé, il arriva, par ce procédé, le premier de tous, à l'art de graver sur cuivre, et a celui d'en tirer des épreuves sur papier, au moyen d'une couleur quelconque mêlée avec de l'huile. »

Gori fait ensuite de Finiguerra le maître d'Alexandre Botticelli et d'Antoine Pollajuolo'; il attribue à ce dernier les vignettes du Dante de 1481, ce qui est une erreur.

Il ajoute plus loin : « Je dis et j'affirme que la première invention et la plus grande gloire doivent en être attribuées a Thomas le Florentin.

\. F.n italien Main, ilimiiiiilif de Tnmmosn.

2. C'ert k U>rl que Gori dit qu'Antoine Poll.ijiiolo fut èV ve Je Finipiiferm. Va«ari lui dnnn" pour maître Bartoluecio Ghibertî, darn l'art de l'orfèvre: ie, mneftro, «joufc-t-il, nTora umlto wrlltnte in taU ffreizio. Il travailla ensuit»' sous [.auront Ohibvrti, auteur d.-s famt'iimv* portas du Kapti^re Ce dernier, né en 1378, mourut en 1 *->!>.

Son ouvrage étant achevé on 1 152, le mémo Thomas, fils de Finiguorra, orfèvre florentin, reçut des syndics du corps de commerce, pour son travail et pour la valeur do l'argent, on florins d'or, 0(5 florins 1 livre 0 deniers, ainsi qu'on en trouve la preuve dans lo grand registre coté AA, de la même année; il est conservé dans les archives de ce syndicat, oit je l'ai ni. »

Il termine en disant qu'il a voulu l'aire dessiner et graver cette superbe Paix chrrtir/iae, mais qu'un ouvrage aussi difficile, rempli d'un aussi grand nombre de figures, couvert d'un émail noir, et surtout dans un tel état de vétusté, aurait nécessité dos dépenses au-dessus de ses moyens.

Sur ce dernier point, il nous suffit de dire que cette Paix, malgré son émail noir et sa prétendue vétusté, a permis, cent vingt ans au moins après l'époque à laquelle écrivait Gori, de se procurer dos photographies très satisfaisantes et qui reproduisent tons les détails de l'ouvrage.

Gori, en qualité d'ecclésiastique et de prieur du baptistère de Saint- Jean, a eu toute facilité pour bien étudier les Paix dont il parle.

Il résulterait de l'examen fait par Gori des doux Paix, qu'elles sont ornées de figures de vermeil du plus beau travail, que par derrière il y a des poignées d'argent, que leur poids est d'environ 20 livres, et qu'enfin Gori a vu le registre coté A A de 1452.

Sur le premier point, faisons remarquer tout de suite que Gori suppose, évidemment, que les montures qui entourent les deux Paix étant du plus beau travail, celle de l'Assomption, naturellement, doit être aussi l'œuvre de Maso Finiguorra, tandis que la simple inspection démontre (pie les montures des deux pièces exposées au musée de Florence sont de la fin du seizième siècle ou du commencement du dixseptième. Ces deux montures sont presque absolument semblables, et la plaque qui représente un Crucifiement est des plus médiocres; elle ne peut être que l'œuvre d'un artiste très inférieur et non celle livrée en I »55.

Quant au poids de 10 livres environ pour chacune, nous allons être bien loin de compte. Nous avons fait peser, avec le plus grand soin, la Paix attribuée a Maso Finiguorra; elle pèse : 1° la plaque niellée, 107 grammes : 2" la monture on vermeil qui l'entoure, 1 kilog. 73 gr.; en tout 1 kilog. 180 gr., qui. réduits en onces florentines, donnent un total de

il onces 10 deniers 23 grains et quelque fraction. Si l'on suivait l'évaluation do Gori, cette Paix devrait peser de 117 à 1 18 onces. C'est une erreur assez grosse, mais passons. S'il avait bien lu le fameux registre AA qu'il affirme avoir vu, il aurait constaté que le poids livré par Maso Finiguerra était de 55 onces il deniers, c'est-à-dire plus de moitié moins de celui qu'il assigne à cette Paix, et, d'un autre côté, si la Paix des Offices est la même que celle qui était à Saint-Jean, c'est près de quatorze en moins. Ces différences valaient cependant bien la peine d'être examinées.

Il aurait dû également citer le texte entier du registre, mais cela lui eut été sans doute fort difficile, attendu qu'il y a tout lieu de croire que, lorsque Gori écrivait, ce prétendu registre était perdu depuis longtemps. En attendant, nous allons donner la traduction du texte relaté dans l'ouvrage de Gaye {Carleggio inedito; Firenze, 1839-40; 1. 1", p. 112) :

« Pour que tous les doutes cessent sur ce point que cette Paix était déjà commencée en 1*50, il me suffit de rapporter le passage suivant d'un dépouillement {spoglio) du grand livre de l'art des marchands ( deW (trie de mercatanti) portant la date de 1450 z : une Paix d'argent dorée, émaillée (srnaltata ) et niellée, du poids de o. 55 d. H (55 onces 11 deniers) qui fut faite pour l'église de Saint-Jean par Thomas Finiguerra. Elle fut payée à raison de fior i largo loncia; elle coûta en tout 66 florins.

« En 1 155, on donna à faire à Matteo, fils de Jean Dei ( Matteo di Giovanni Dei), orfèvre, une autre Paix pour l'église de Saint-Jean; on lui paya 28 florins pour la gravure, la niellure, la dorure, l'émaillerie ; elle coûta en tout, avec l'argent, 68 florins 6 deniers 12 gros. »

Malgré les premières lignes de la citation ci-dessus qui appartiennent à Gaye, toujours sous l'impression de Gori et de Zani, il nous semble que la question est résolue par ces textes. Que disent-Us ? C'est qu'en 1450 (plutôt U52) Maso Finiguerra a fait une Paix, et Matteo Dei une Paix en 1455. On se trouve la désignation du sujet ? Quelque chose dans ces textes peut-il autoriser à conclure que la première est l'Assomption et la seconde le Crucifiement ? Mais nous avous voulu aller plus loin, pour qu'on ne prétende pas que Gori a vu d'autres registres que ceux cités par Gaye.

Mou frère a fait d'activés recherches à Florence pour trouver

les registres de cette époque, mais inutilement. Voilà ce que lui a dit le chevalier Pini, conservateur des planches au musée des Offices : Le sénateur Strozzi, qui vivait dans les premières années du dixseptième siècle, a fait un dépouillement desdits registres. A la suite de ce travail, ils ont été égarés et ne se retrouvent plus. Il n'est pas vrai, a-t-il ajouté, que Gori qui vivait un siècle après Strozzi, ait pu examiner les livres originaux des consuls de Calimala ou des marchands, parce que dans son temps ces livres étaient déjà perdus. Il n'a donc pu voir que les notes et le dépouillement faits par le susdit sénateur Strozzi.

Le conservateur actuel des archives centrales de l'État, où sont déposés les manuscrits de Strozzi, a assuré à mon frère qu'on avait fait faire de nombreuses recherches là où l'on croyait pouvoir découvrir ces livres des marchands : qu'on en avait retrouvé quelques-uns, mais aucun ayant rapport à la question actuelle.

Gori dit en outre : « Une autre Paix, enrichie de damasquinure, représente au milieu le Crucifiement de Jésus-Christ, avec un grand nombre de figures gravées sur une petite plaque d'argent, couverte ensuite d'une peinture noire, dite nielle. Elle fut faite par Mathieu, fils de Jean Dei, citoyen et très habile orfèvre de Florence. Celui-ci ajouta aussi beaucoup d'ornements très beaux, pour lesquels, son ouvrage achevé et livré en 1455, il reçut 08 florins d'or, en considération de la dépense. »

On voit avec quelle amplification Gori a cité le texte de Strozzi qu'il avait sous les yeux, mais ce qu'il a encore oublié de dire, quoiqu'il le sût parfaitement, c'est que : « En 1529, Florence devant soutenir une guerre très périlleuse pour conserver sa liberté, des emprunts forcés furent à plusieurs reprises exigés de ceux que des commissaires nommés à cet effet désignaient comme les cinquante, les cent, les deux cents plus riches citoyens de la République. Toute l'argenterie des églises, aussi bien que celle des particuliers, fut portée à la Monnaie ; toutes les pierres précieuses qui ornaient. les reliques furent mises en gage ; le tiers des possessions ecclésiastiques fut vendu en même temps que les immeubles des corporations d'arts et métiers et les biens des rebelles. » (Simonde de Sismondi, Histoire des Républiques italiennes de. moyen âge; Paris, 18 tO; t. X, ch. m).

Ce fait est d'ailleurs confirmé par Vasari. Dans la vie de Pollajuolo,

CONNCKS AVEC UAÏE 13

après avoir parlé dos scènes do la Passion de Maso Finigucrra cl d'une foule d'autres ouvrages de Pollajuolo, cet écrivain ajoute : Ma di queste et di quelle di Pollajuolo moite, pce i bisogui délia città nel tempo délia guerra, sono state dal faoco distraite, et guaste.

Le premier mot queste signifie évidemment que non seulement les ouvrages de Pollajuolo, mais ceux de Maso Finigucrra, ont été détruits dans les temps calamiteux dont parle Vasari. En effet, ces petites scènes de la Passion ne se retrouvent plus aujourd'hui. Maintenant persistera-t-on a soutenir que les deux Paix qui sont au musée de Florence sont bien les Paix originales dues à Finigucrra et à Mattco Dei? Est-il si difficUe de croire qu'elles ont péri avec tant d'autres chefs-d'œuvre ?

Si l'on veut toujours qu'elles soient les originales, Gori certainement n'a pu en voir d'autres que celles-là ; alors comment expliquer le poids de 10 livres donné par Gori à l'Assomption de la Vierge, ou même les 55 onces 1 1 deniers portés sur le registre, puisque la Paix actuelle ne pèse que il onces 10 deniers 23 grains et quelque fraction?

Comment expliquer en outre que le Crucifie, ne, il, inférieur comme art et peut-être comme poids, ait été payé plus cher que l'Assomption f Cette difficulté a occupé Gori, qui s'en est tiré en insérant ce membre de phrase qui n'est pas dans le registre : en considération de la dépense.

Duchesne aussi a été frappé de cette circonstance, et il l'a expliquée à peu près de la même manière. Il dit dans une note, page Ki7 de son livre : « Quoique cette pièce ait été payée plus cher que celle du Couronnement de la Vierge, il n'en faut pas conclure qu'on ait pensé à cette époque que le talent de Mathieu Dei dût être payé plus que celui de Thomas Finiguerra ; mais il faut seulement réfléchir que dans le prix se trouve compris le poids du métal, et que celle du Crucifiement pesait probablement plus que l'autre. »

Malgré tous ces raisonnements, ce qu'il y a de certain c'est que cette dernière Paix exposée au musée des Offices, celle-là même qu'a vue Gori, ne peut en aucune manière être regardée comme l'original de 1455. Le travail est trop médiocre pour être attribué à Matteo liei, et la monture est postérieure de plus d'un siècle.

Quant à l'Assomption, on voudra peut-être soutenir que l'on a sauvé la plaque et (pie l'on n'a livré seulement que la monture, mais cette assertion ne pourra être appuyée d'aucune preuve.

il LES PLUS ANCIENNES GHAVliULS

On supposera peut-être encore que le travail original de Matteo Dei est un Crucifiement que l'on voit au musée de Florence et qui n'a d'autre bordure qu'un cadre de bois, celui-là même que Ducbesne, dans son livre, attribue à Matteo Dei. Nous allons en donner le poids pour que les curieux puissent bien apprécier ce point.

Cette plaque du Crucifiement pèse seulement 77 grammes, tandis que celle do ? Assomption en pèse 107, un peu plus de 3 onces de Florence.

Maintenant, une dernière réflexion : le poids de 55 onces 11 deniers étant indiscutable pour l'Assomption de la Vierge, on est obligé d'admettre que la monture originaire devait peser 52 onces, ou 1 kilog. 005 gr.

Quant à l'autre Paix qui ne pèse que 77 grammes, outre 30 grammes en plus, il faudrait, pour que le poids fût en rapport avec le prix qu'on a payé, le porter pour cette dernière à 59 ou 00 onces. La monture originaire aurait dû peser 1 kilog. 805 gr.

Dans un temps de suprême élégance, où toutes les proportions taient si exactement observées, aurait-on fait des montures d'un poids semblable pour des plaques de cette dimension ? L'Assomption de la Vierge a 129 millimètres de hauteur sur 80 de largeur ; le. Crucifiement a 124 millimètres de bautour sur une largeur de 79. C'est là une simple observation que nous livrons à l'appréciation des lecteurs.

Dans tous les cas, il résulte de notre examen qu'aucun document sérieux n'attribue à Maso Finiguerra V Assomption de la Vierge et que rien ne prouve qu'en 1152 Maso Finiguerra ait remis ce nielle an corps des marchands. Il est probable que le nom de Finiguerra, cité par Vasari et Benvenuto Cellini, a seul surnagé dans la suite des temps, et qu'on lui aura facilement attribué la pins bello des deux Paix. C'est quelque récit de sacristie auquel Gori a ajouté confiance sans l'avoir sévèrement contrôlé ; on sait que son défaut de critique lui a été justement reproché, et qu'il n'y a pas de dissentiment sur ce point.

Passons maintenant à l'examen matériel de la plaque exposée au musée des Offices et de l'estampe de la Bibliothèque nationale. Nous ne reparlerons pas ici du dessin que Gaburri avait envoyé à Mariette ; nous aurons l'occasion d'y revenir.

Outre la plaque de Florence, on connaît de l'Assomption de la Vierge deux soufres et l'estampe qui fait l'objet de la discussion. Un des deux soufres n'est qu'une ébauche assez légère, où les fonds ne

Mrtms/ j/i' t ti/nn/ffjr t/t\i£j//tr.v par M A'taww /'u/iaf /l'rir /

CONNUES AVEC DATE \o

sont couverts de tailles croisées que dans la partie du haut seulement. L'autre soufre offre la totalité du travail qui est sur la planche en argent. La première empreinte est sortie du cabinet Durazzo pour entrer dans celui de M. de Rothschild ; la seconde, Après avoir appartenu au marquis Seratti et au duc de Buckingham, est aujourd'hui au Brilish Museiun. L'estampe semblerait au contraire provenir d'un tirage intermédiaire.

Elle présente, en la comparant à la plaque du musée des Offices, de nombreuses différences ; les unes ne sont qu'apparentes, les autres sont réelles. L'estampe manque do beaucoup de travaux, mais elle en a quelques-uns en plus. Il faut cependant la considérer avec beaucoup de soin et ne pas s'arrêter, sans un examen approfondi, aux différences que l'on remarque. La comparaison n'en est pas facile : l'estampe est perdue dans un cadre lourd, peu commode à manier ; le verre qui la couvre occasionne aussi un miroitage trompeur.

L'aspect général de l'estampe est celui d'une vignette argentino et légère ; les traits sont grêles et comme êpinglês; elle forme un contraste avec la photographie dont les contours et les travaux sont beaucoup plus mâles et plus accentués. Ce que l'on explique en disant que l'une est une ébauche plus ou moins avancée, et l'autre, une planche complètement terminée.

La première différence qui frappe est celle-ci : dans l'inscription de la plaque et des deux soufres, on lit à rebours : GAVDET EXERCITUS. Dans l'estampe, il y a, selon Hartsch, AVI ; selon Duchesne, AVE au lieu do GAVDET. La gravure de Pauquet faite pour le livre de l'abbé Zani dit AVI, celle de Girardet qu'on voit dans Y Essai sur les nielles porte AVE. Ce point a une telle importance qu'il semble que Zani, Bartsch et Duchesne eussent dû tout de suite s'y arrêter ; ils n'y ont même pas songé. Nous avons, le premier, soupçonné qu'à la place d'AVI ou d'AVE, il pourrait bien y avoir GAVDET. Quoique nous n'ayons pu rétablir ce mot, à force d'employer la loupe, nous avons cru apercevoir d'abord les traces d'un G, après les trois lettres visibles AVE. les traces d'une N, et enfin, un petit T qui touche l'E d'KXERCITVS.

Ensuite, en regardant l'estampe très attentivement, on n'aperçoit pas la double croix sur la couronne de la Vierge, ni le fleuron qui est sur le front du Christ. Ces ornements imperceptibles deviennent visibles à l'aide d'une ou deux loupes. On ne voit pas non plus de

Ki LES PLUS ANCIENNES G H A V L H E S

croix dans le milieu de la volute de la crosse que tient suint Augustin ; au moyen d'une loupe, on Huit par apercevoir cette croix. Derrière saint Jean, il y a un -saint qui paraît avoir beaucoup de cheveux ; en se servant de la loupe, on s'assure qu'il est presque chauve. Saint Jean semble avoir le front partagé par une grosse mèche de cheveux seulement : la loupe permet de reconnaître que, vers la droite, il a encore des cheveux qui couvrent son front. Pauquet et Girardet n'ont pas vu tout cela. Ceci montre avec quelle circonspection il faut procéder. Un peu plus haut que saint Jean, contre le bord de la planche, un saint porte une grosse croix sur la poitrine. On la voit en totalité dans l'estampe; elle est couverte en grande partie par le vêtement, dans la plaque «lu musée des Oflices. La plaque offre beaucoup plus de travaux dans les plis des vêtements et dans toutes les parties que dans l'estampe. Par contre, on voit dans l'estampe, le long du bord du vêtement du Christ, en partant de l'épaule, deux barres qui descendent vers le ventre et au milieu desquelles il y a une série de points ; et ornement n'est pas dans la plaque. Il y a en outre, sur la jambe gauche de saint Jcan-Haptiste, deux traits horizontaux, près des bords de son vêtement, qui paraissent indiquer une espèce de pantalon ; la plaque de Florence n'a rien en cet endroit. Ce sont les seules différences que nous puissions établir, par suite de la difficulté de pouvoir faire une comparaison plus sérieuse et plus approfondie.

Dans toute autre circonstance, nous serions amené naturellement à discuter la question de savoir si l'estampe de la lîibliothèque nationale a été tirée sur une planche gravée ou sur un soufre. Il semble résulter des termes employés par Yasari que c'était sur un soufre 1 que Maso Fiuiguerra tirait ses estampes. Pour êter ce sens aux expressions de Yasari, on est obligé de mettre un point la où il y a un point et une viigulç. et de changer une petite lettre en majuscule.

Haldinucci, savant écrivain, né a Florence vers UuM. dit positivement dans son ouvrage : Xoli:it> de' l'mfrs.suri di r//sr</w>, tome IV, pages W et. i : « Lorsque Fiuiguerra avait gravé un sujet quelconque sur argent pour le couvrir de nielle, il avait l'habitude d'en tirer un moule eu terre, sur lequel il coulait du soufre fondu : il obtenait ainsi une empreinte de son travail ; remplissant alors le creux de cette empreinte avec une certaine teinte mêlée d'huile, il appliquait dessus un papier mouillé, et, par la pression d'un rouleau de bois, il se procurait un..

épreuvo semblable à celle qu'eût donné la planche d'argent, et ses épreuves sur papier avaient l'apparence d'un dessin à la plume. »

Bartsch, en prêtant à Maso Finiguerra l'usage de ce même procédé, a pensé qu'il ne l'avait employé que dans le but de nettoyer un soufre, et qu'il avait ainsi dû sa découverte à un pur effet du hasard.

Si cette discussion n'était pas oiseuse en ce moment, nous examinerions si le noir de fumée mêlé avec de l'huile, ou simplement avec de l'eau, est cause des défectuosités et des lacunes qui sont dans l'estampe de la Bibliothèque; ensuite pourquoi l'on ne rencontre qu'une épreuve de l'Assomption, et postérieurement un second soufre, ouvrage difficile et long, tandis que le graveur pouvait tirer sur papier autant d'épreuves qu'il le voulait. En outre, Duchesne soutient, page 128 de Y Essai sur les Nielles, qu'on ne peut obtenir des estampes d'un soufre, substance trop fragile pour supporter la pression d'un rouleau, mais M. Schuchardt, de Weimar, dans Knnsblatl de 1840, pages 40-99, et encore plus amplement dans les Archives de Naumann, affirme avoir fait des essais qui lui ont réussi, et cela dans le but de prouver la possibilité d'imprimer des estampes sur un soufre. Enfin, Passavant reconnaît dans l'épreuve du Cabinet de Paris des traces des bords de la planche. A quoi servirait de se prononcersur ces opinions diverses? Il faudrait toujours ramener la question à son point de départ : Maso Finiguerra a-t-il ou non remis T Assomption de la Vierge au corps des marchands, en 1452?

Outre les textes et les documents que nous avons déjà cités, nous devons faire connaître certaines opinions qui ont contribué à détruire en Italie la créance qu'on avait d'abord apportée à la découverte do l'abbé Zani. Dans l'ouvrage de Cicognara que nous avons cité plus haut : DeirOrigine, composi zione , decomposizione ed csercitazione dei nielli, on trouve le passage suivant : « On a soigneusement gardé la mémoire de la fameuse Paix de Finiguerra. Elle a donné lieu à de longues discussions et dissertations. La galerie royale de Florence conserve la plaque niellée et originale; deux soufres tirés sur cette Paix existent encore : l'un dans la collection du marquis Durazzo à Gènes, l'autre dans celle du duc de Buckingham à Londres. Cette dernière pièce avait appartenu au marquis Serati 1 , dont Duchesne a rapporté la dissertation, après l'avoir traduite. Finalement, de ce très rare nielle, on allègue qu'il existe une épreuve sur

t. Rt Trtisemttablement k Gori.

papier dans la Bibliothèque royale de Paris, et qu'elle y fut trouvée par l'abbé Zani. Contre cette découverte, il y a une dissertation encore inédite qui sera prochainement publiée par le professeur Vitali de Parme, lequel espère, avec d'excellents arguments, donner la preuve de Terreur dans laquelle sont tombés aussi bien le connaisseur italien que les conservateurs du Cabinet dos estampes do France. »

Ce passage prouverait déjà que Cicognara était assez incrédule à cet endroit.

A ceci doit se joindre la lettre de Vitali au bibliothécaire Angelo Pizzana. C'est ainsi que s'exprime Vitali : « J'ai en ma possession le fameux dessin de la Paix de Maso Finiguerra qui a été possédé par Mariette, sur lequel celui-ci a écrit quelque chose de sa main. Ce dessin est précieux pour moi : il sert à prouver merveilleusement que l'estampe de Paris dont Zani a donné un fac-similé n'est pas vraie (non è verace) et ne peut venir de la Paix originale, comme je l'ai démontré dans la troisième partie de mes Raisonnements encore inédits. » — « Il faut ajouter, dit Cicognara, que Vitali a acheté ce dessin des héritiers de Zani, lequel, d'après Vitali lui-même, avait eu, avant de mourir, beaucoup de doutes sur sa propre découverte... » Ces lignes sont extraites du livre de Cicognara mentionné plus haut.

Pour terminer il ne nous reste rien de plus concluant que de citer le texte exact du registre des marchands :

Libro Grande deW A rte de Mercatanti. S*°. A A. 4452.

Face cCAriento dorala smaltata c nielata di pesodio. 55 d. il si fàp la Chiesa di S. Gio. p Tom". di Finigi krra Orafo c se gli paga à ragione di f. 1 . largo delF oncia 200 costô in tutto f. G6. 71.5 — d: G.

Le chiffre 200 est le numéro de la page de l'ancien registre : cette explication a été donnée par M. le cav. Guasti, conservateur des manuscrits.

Libro Grande delï A Ne de Mercatanti S. u B. 1455.

Pace si dà à fare p la Chiesa di S. Gio. à Mathio di Gio. Dei Orafo è se gli paga f. 28 p. intaglio nielto doratura e smalto, e costô in tulto con VArgenlo f. 08.6.1.2 213^

Ce dernier numéro est celui de la page de l'ancien registre. Qu'on rapproche aujourd'hui tous ces documents de la précipitation avec laquelle cette affaire a été enlevée à Paris, la conclusion ne sera

pas douteuse. Zaui a fait counaître sa découverte après avoir vu le dessin envoyé' eu 1730 à Mariette, mais il ne Ta communiqué ni à M. de Joly, conservateur du Cabinet des estampes, ni à M. Denon. Ceux-ci non plus ne l'ont pas réclamé. Zani s'est bien gardé de le montrer, surtout s'il y avait une note de Mariette qui pouvait contredire son opinion, et enfin si, comme le prétend Vitali, acquéreur du dessin après la mort do Zani, cette pièce était de nature à prouver que l'estampe n'avait pu être tirée sur la plaque du musée des Offices, nous nous expliquons très bien que l'abbé Zani, qui, pour illustrer son livre, devait désirer une grande découverte, se soit hâté d'acheter le dessin qui était chez Alibert. Peut-être alors, croyant que sa patrie avait le mérite de l'invention de la gravure en taille-douce, a-t-il cédé à un enthousiasme de bonne foi, en n'y regardant pas de trop près, mais plus tard, la réflexion étant parvenue à le calmer, il n'est pas impossible qu'il ait eu des doutes avant sa mort.

En présence des textes si nets de Vasari et de Benvenuto Cellini, en présence surtout des assertions erronées et si peu justifiées de l'abbé Gori, nous ne devrions pas hésiter à formuler une déclaration contraire et positive; mais, par condescendance pour uno opinion depuis longtemps accréditée, nous demandons que la découverte réelle ou prétendue do l'abbé Zani, qui attribue à Maso Finiguerra l'invention de la gravure en creux, en s'appuyant sur l'Assomption du Cabinet des estampes de Paris, soit sérieusement examinée en ellemême et dans les documents qui s'y rapportent. Nous insistons pour qu'une investigation approfondie, et qui ne puisse plus laisser de doutes, fasse éclater la vérité dans une aiTaire qui, nous le répétons, a été jugée, nous no voulons pas dire avec une grande légèreté, mais du moins avec une trop grande précipitation'.

Estampe de notre collection.

L'Annonciation, deuxième quart du quinzième siècle. 1425-1435; estampe anonyme que nous avons acquise à la vente Weigcl.

A gauche, Marie devant un pupitre; à droite, l'ange Gabriel; il est courbé, ses ailes sont en l'air. Dans le milieu, un vase avec deux

\. C'egl A|>rf'S avoir communiqué à M. le chevalier l'mi, conservateur des estampes au musée df* Office», Uuil le passage relatif à Maso Finiguerra, qui- nous le publiuns et arec km approbation; il a bien voulu nous autoriser à consigner ici cvtlc .^datation.

20 LKS PU S ANCIENNES CRAYl HES

tiges do lis, au-dessus desquels on voit une colombe. Le caractère et le travail indiquent une origine allemande, et dénotent l'école d'Ulm. La pose et le costume des figures rappellent le deuxième quart du quinzième siècle.

Cuivre.

Dimensions prise* Ict deux traitj en dedans; haut., 189 millim.; larg., 2S4. Wcigel, n° 23.

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