‹ Manuel de l'amateur d'estampesChapitre 112 sur 144 · LE MAITRE AUX MO.NOGRAMMKS · texte numérisé non relu

LE MAITRE AUX MO.NOGRAMMKS

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L'histoire do la découverte du nom de cet éminent graveurnielleur, dont la personnalité reste encore une énigme, est intéressante. On sait qu'antérieurement à notre siècle on s'était peu occupé des gravures en dehors do «-elles des artistes célèbres, et encore moins des estampes dont les auteurs avaient dissimulé leur nom dans dos monogrammes. Bartseh, le véritable père de l'iconographie (le précieux ouvrage de Mariette étant resté manuscrit jusqu'en 1851), est le premier qui ait décrit, dans le t. XIII de son Peintre-Graveur, publié en 18 11 (p. 205-211), sept petites pièces, lesquelles, tout en portant un des monogrammes ci -dessus: P barré, CP barré ou 0. P. D. C, lui ont paru avoir été exécutées par une même main, et il a introduit dans l'œuvre de cet artiste trois autres gravures de même style, bien que dépourvues de signature. Le nom de leur auteur, appartenant évidemment à l'école italienne, était alors entièrement inconnu, « Le goût particulier, dit-il, répandu dans toutes ces estampes, semble indiquer qu'il a été orfèvrc-niclleur. » Ayant compris parmi ces pièces une estampe de beaucoup inférieure aux autres sous tous les rapports et émanant d'un graveur différent (comme cela a été prouvé depuis), quoique portant le monogramme au P barré, Bartsch, induit en erreur par la date 151 1 qui figure sur cette pièce, en a conclu que l'artiste anonyme dont il s'occupait n'a travaillé qu'au commencement du seizième siècle.

En 1816, Ottley, dans son remarquable ouvrage An Inquiry into the origin and early Ilistory of Engraving (p. 569-572), a décrit deux nouvelles pièces du même artiste, avec les monogrammes P

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barré et (1P barri', et trois autres non signées qu'il lui a attribuées ; mais il ignorait encore son nom.

A cette date, Duehcsne aurait déjà découvert, au Cabinet des estampes de Paris, dans un recueil d'anciennes gravures acquises à la venir Silvestre, en 1811, une pièce représentant la Résurrection de Jésus-Christ et portant dans la marge l'inscription : DK. OPVS. PKHKCJHIM. Œ'. Le dessin et le travail de cette pièce lui avant paru offrir les mêmes caractères que les estampes perlant des monogrammes signalés plus haut, où domine la lettre P barrée indiquant l'abréviation Pkr, il en a déduit tout naturellement qu'elles appartenaient toutes au même maître, dont il tenait enfin le nom. Il ne lui restait plus qu'à interpréter le dernier mot de l'inscription et le monogramme tout entier O. P. D.C. Quant à la faute de latin résultant de l'inutilité de la préposition de, qui rependant ne peut laisser aucun doute sur le nom de l'auteur. Duehcsne la met, avec raison, sur le compte de l'ignorance des graveurs de cette époque, ce dont on a de nombreux exemples; tandis que l'abbé Zani ne voit dans ce fait qu'une boutade de l'artiste. Le dernier mot, exprimé abréviativement, ne pouvant désigner que la patrie de Percgrini, indiquée adjectivement au moyen du génitif, Duchesnc l'a lu : Cœsenatis, et, en vertu de cette inscription, il a interprété la signature composée de quatre initiales par : Opéra Peregrini da Ceserw. Il prétend avoir consigné sa découverte, dès 1819, dans sa Notice des estampes exposées à la Ribliothèque da liai (p. 15), mais il s'est borné à v citer simplement le nom de Peregrini, sans dire un mot de la pièce où il l'avait trouvé. Certes, il avait bien le droit de s'en montrer fier, mais il pouvait se contenter «les éloges (pie lui ont décernés à ce sujet d'abord Brulliot, dans sa Table générale des monogrammes (Munich, 4820). puis Regnault-Oelalande, dans le Catalogue raisonné des estampes dr M. Rossi (1822). C'est pourquoi il a eu tort de reprocher à Ottley, et, avec trop d'acrimonie, de ne lui en avoir pas restitué la gloire, en citant le

l'ERKGHINl

nom de Peregrini à l'occasion de plusieurs pièces de cet artiste appartenant à la collection Sykes dont il rédigea le catalogue pour la vente de 1824. Dans son courroux tant soit peu puéril, il n'a pas voulu se rendre compte que les articles du catalogue Sykes, rédigés très sommairement, ne comportaient ni notes ni discussion, et qu'en somme Ottley. qui était célèbre comme iconographe bien avant Duchesne, a pu, de son côté, faire la même découverte à la même époque, puisque Woodburn a rapporté à Londres, en 1818. de chez Storck, de Milan, une épreuve de la Résurrection de Peregrini, qu'il a vendue à Sykes, dans le cabinet duquel Ottley a pu la voir. D'ailleurs la Notice où Duchesne a cité le premier le nom de Peregrini a pu rester ignorée des iconophilcs étrangers, en raison de sa publicité fort restreinte. En tout cas, Ottley n'a pas donné la même interprétation que Duchesne. puisqu'il appella notre artiste Pelleprino di Cesia. L'auteur de V Essai sur les nielles n'a pas osé faire une semblable revendication de priorité vis-à-vis de l'abbé Zani. qui, à deux reprises, dans son Enciclopedin metodica di belle arti, a parlé de Peregrini sans citer le nom de notre iconophile, apparemment parce qu'il ne devait rien à son initiative. Et il est même probable, à en juger par le ton de sa déclaration, que c'est à l'émincnt abbé qui avait découvert l'existence des nielles mômes que revient aussi l'honneur d'avoir retrouvé le nom de Peregrini et d'avoir identifié l'auteur de la Résurrection avec l'artiste qui s'est servi des monogrammes P et O.P.D.C.'. Duchesne semble même le recon-

< . Voici le teile même de l'abbé Zeni :

* PtitKOBlNi, cioè Pbbegkino, oeak Pellbgrino. — Lo Irovo oosi inarcato : P. — O.P.D.C. — DE — OPVS - PERRGRIM — CE'. U priai» lettera abbreviata io la leg«o Peregrinut : le .litre quattro Oput Peregrini de Cesena, e ali'cpigrafe ti do la rtem spriegailone. Nè mi fa alcuna sorpiw* che quetto maestro abbia toIuIo aoteporre per iicheno ail Opus, la prepoilîiooo De. Queuta è la prima libertà che mi preododi dire a**oluUmeole Ceteaate querto ra»e*tro, che il cet. BarUch diee : « Ce graveur e*t entièrement inconnu. ■ Taluuo lune potrebbe «piegare l'abbrerialura Ce*. C«itro, o Cettron, e leggere totto l'iiuieme Opéra di Cettlh fatta da Peregriuo, ma quett» interpretaiione urebbe troppo *offl»Uca. Tocca gli amatori di Oseua a aapcrei conaervare queato bnvinimo loro ooncittadino, poco conofcinto, e a dilfonderlo dalle penne deglt Ariatarch'. » {Enridoptdia metodim, !«■ part., t. XV, p. 3.12.)

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naître, sans en avoir l'air, lorsqu'il dit : <t J'ai été confirmé dans mon opinion par le savant abbé Zani. qui les a expliquées de la même manière que moi. » Toujours est-il que Zanetti1 et Passavant lui décernent cet honneur. En effet, l'abbé Zani a donné l'explication de ces monogrammes et de l'inscription entière dans la première partie de son Envivfapctfia, t. XV, volume portant la date de 1823, mais qui, sans doute, a clé rédigé vers 1820, son ouvrage ayant commencé en 1818. Il n'avait pas pour cela besoin de la découverte de Duchcsne, ayant lui-même rencontré une épreuve de la Hesitrrection dans le cabinet Durazzo. 11 n'interprète pas le monogramme O.P.D.C. au moyen des mots italiens, mais les traduit par : 0/nts Peregrini de Cesena. Duchcsne n'a pas consulté le tome IX de la 2* partie de cette Enciclupcd 'ta, publié cependant quatre ans (I822> avant son ouvrage, car il y aurait appris (p. 87) l'existence d'une épreuve de la Hestirrection avec l'inscription : Oi»vs Pehegrino. épreuve qui est entrée postérieurement dans le cabinet Durazzo (voir plus loin, p. \\ H, n* 67G). Il n'aurait pas dit non plus que « l'abbé Zani, tout en citant une pièce de Percgrini, ne paraît pas même soupçonner qu'il ait pu en faire d'autres », attendu que l'iconographe italien y déclare positivement en connaître quatre. D'ailleurs, il résultait déjà de la notice sur cet artiste où Duchcsne a trouvé a la confirmation » de son opinion, qu'il a dû en avoir vu au moins trois, puisqu'il y cite deux monogrammes et la signature de la Hesurrection. Mais l'abbé Zani, mort en I82i, n'était plus là pour le rectifier.

Le marquis Malaspina connaissait aussi, en 1824, et bien certainement pas par Duchcsne, le nom de Peregrini de Cesio, dont il possédait plusieurs pièces dans sa collection (Cata/ogo, t. II, p. 7-14).

Duchcsne revendique encore à tort la découverte d'une quatrième marque attribuée à notre artiste et composée des lettres :

1. ■ Docbctoe, dit-il, adapta cette explication (de l'abbé Zani), et lui donna un plui grand déTeloppemeat. » Catalogue Cxcognnra, p. 95.

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