PEREGRINI
P.C.. qu'il interprète par les mots : Peregrini Ccsenatis. La pièce où se trouvent ces initiales, dans les arabesques d'un manche de couteau (voir plus loin, n°707), a d'abord été décrite par Regnault- Dclalande, parmi les nielles de Peregrini faisant partie du cabinet Rossi (1822). puis par Ottley parmi ceux de la collection Sykes (n* 1122).
Ce qui lui appartient sans conteste, c'est d'avoir mis en avant l'hypothèse que les initiales S.C. ou SCOF qui accompagnent sur deux pièces le monogramme P barré (voir les n" 703 et 704), et se trouvent seules sur une troisième (notre n° 706), cachent aussi le nom de Peregrini, sous une autre forme, avec l'indication de son prénom. Duchesne émit l'opinion que les initiales S.C. doivent signifier : Stephams C.esenas, et les lettres SCOF : Stephakus Cesenas oi'ts fecit, le nom ou le surnom de l'artiste étanl indiqué en plus par le monogramme P qui les accompagne. Que les pièces portant ces initiales soient aussi de la main de Peregrini, cela semble être confirmé par un précieux petit album de dessins, récemment découvert et acquis par M. le baron Edmond de Rothschild, album ayant incontestablement appartenu à ce graveur, puisque ce sont en général des dessins pour nielles, qu'ils portent son monogramme P barré et qu'au surplus on y trouve collées trois pièces : l'une, inconnue jusqu'ici, la première de la suite de Y Histoire d'Abraham (notre n° 667), avec le monogramme CP barré; une autre, Saint Jérd/ne (notre n° 677), avec la même marque, et une troisième, Arabesques avec une satyresse allaitant deux enfants (notre n* 704), portant précisément réunis le monogramme P barré et les initiales SCOF. Que la première lettre de cette marque signifie Stephanus ou tout autre prénom commençant par une 5, il n'en semble pas moins légitime de reconnaître que l'interprétation donnée par Duchesne est la seule admissible au fond, et elle a son importance, comme nous le verrons tout à l'heure.
Nous avons dit que, dans le catalogue Sykes, Ottley appelle notre artiste Pellegrino di Cesia; il le nomme Pellegrino da Cesio
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dans sa Collection o/' /'ne simtie.s (1826), en donnant une petite notice explicative du fac-similé <1e la Résurrection. Evidemment, d'après l'inscription latine de cette pièce, le nom italien de l'artiste peut tout aussi bien être Pellegrini ou Pellegrino, que Percgrini ou Peregrino; mais nous ignorons les motifs qui ont fait préférer à Ottley l'interprétation <li Cesin ou tin Cesin à celle di Cesena, à moins que ce ne soit la circonstance que Ticozzi1 avait avancé que l'auteur de la pièce dont nous avons parlé comme portant le monogramme P barré et la date 1511 serait un graveur du nom de Pietro, natif de Cesio, village du territoire de Feltre. Et pourtant Ottley a rejeté cette pièce du nombre des nielles. Si Zani l'appelle Peregrini fia Cesena, sans invoquer une autorité en faveur du lieu d'origine, il avoue que l'abréviation Ce' peut également se rapporter à d'autres villes d'Italie.
Pour déterminer ce lieu d'origine, il était de toute nécessité de désigner préalablement l'école à laquelle se rattache cet artiste ; c'est ce que Ducliesne a oublié de faire. Cependant le perspicace Ottley avait déjà averti dans son ouvrage de 18 -Mi que le graveur en question appartenait à l'école de Bologne, et même il a voulu l'identifier avec Fr. Franeia lui-même, sans nous dire toutefois comment, dans cette hypothèse, il se serait tiré d'affaire pour interpréter les monogrammes en question. Le comte L. Cicognara (Menwrie, 1831, p. 50) a vu plus juste en déclarant que les travaux de Peregrini (qu'il appelle Pellegrino) sont postérieurs à l'époque de Fr. Franeia dont l'artiste a dû être un des élèves, et, en raison de cette considération, il a estimé que le lieu de sa naissance serait plutôt Cento, ville voisine de Bologne, que Gesena, localité située entre Forli et Himini, et aussi que l'abréviation Ce* se lit mieux Centetuiis que Cesenatis, le nom latin de Cesena étant écrit dans les inscriptions Cwsena avec ne. Ce dernier argument n'est pas péremptoirc, attendu que, dans un ouvrage latin imprimé en 1625 à Cesena, on lit au colophon : Impressum Cesene, et au sur-
1. Sinria dei lilttmti e tlcqli Artist> <M dipnrtimento delln Piavt ; Belluno, 1813, U I, p.89.
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plus la question de distance d'une ville à une autre ne saurait être invoquée sérieusement pour une époque où les artistes italiens se déplaçaient aisément. Cependant le patriotisme de clocher s'en mêla activement, et différentes localités de l'Italie ont revendiqué l'honneur d'avoir donné le jour à Peregrini. o L'école de Venise, «lit Zanetti, dispute à celle de Bologne cet artiste f/u'o/i vroit généralement né dans le Feltrin. Mais, dans ce cas aussi, il faut lire l'inscription O.P. D. G pourOnts Pkrkchim i>k Cks, et non de Cksio : l'es est un village placé entre Feltrc cl Bcllunc, et Vesiu est, au contraire, un fief du roi dcSardaigne. » On voit que, sous ce rapport, la question reste insoluble, jusqu'à ce qu'on trouve un document positif. Bile importe d'ailleurs peu : il nous suffit de savoir que Peregrini ou Pellegrino était un excellent artiste et qu'il était formé à l'école de Bologne. Ceci admis, nous pouvons laisser disserter à l'infini sur le lieu de sa naissance, l'abréviation Ce' pouvant signifier non seulement Cesenat/s, Centensis, Cesensis, l'esiensis, mais encore Cenetensis (de Ceneda, ville de la Vénétio, Cesanensis (de Cesano, bourg du Milanais), Cecinensis (de Cesina, bourg de la Toscane), etc. Pour le moment, il est communément désigné, à tort ou à raison, sous le nom de Peregrini de Cesena, et nous «levons nous y tenir, faute de pouvoir prouver le contraire.
Les travaux de cet artiste ont été, dès qu'on les eut connus, appréciés à leur juste valeur. Ottley estime qu'ils sont exécutés avec une grande délicatesse de burin et que leur auteur a dû occuper une place privilégiée parmi les niclleurs italiens du quinzième siècle. Duchesne le regarde naturellement comme le plus habile «les orfèvres-nielleurs après Maso Finiguerru, car il ne s'e6t pas arrêté devant la gloire de Kr. Frauda sur ce terrain. Nous rapporterons en entier le jugement de Henouvier1, un maître esthéticien : « Le nicllistc le plus connu, dit-il, après Finiguerra, est Peregrini de Cesena, en Komagnc, que M. Duchesne a signalé comme auteur d'une soixantaine de pièces, et qui travaillait de 1460 à 1480.
I. DrsTyr»* W Art minih-m de» malirft graveurs; Montpellier, 1*53, I" pârtie, p. 34-15.
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Habile dessinateur et graveur plein de délicatesse, il a un style moins élevé, une composition moins originale. Sa Vierge sur un trône entre saint Paul et saint François est plus vieille que celle de Finiguerra et plus commune de type; son Christ ressuscitant est une figurine déjà tout antique et ne différant guère, dans l'expression, de son Diomède. Sa Ve'nus, d'ailleurs correcte et fine, a les formes carrées, l'épaisse chevelure des femmes de Mantegna. Il traite avec prédilection les sujets païens; on peut citer, parmi les morceaux de ce genre, le Triomphe de Mars, Lc'da (pièce non signée), le Char d'Antoine et de Cléopûtre (?). Dans toutes ces compositions, on remarque un mouvement et une accentuation déjà bien éloignés de la placidité des nielles du premier graveur. » M. Georges Duplessis' s'exprime ainsi sur son compte : « Nous devons reconnaître l'habileté singulière dont fit preuve Percgrini deCcsena, qui signa quelques planches d'une rare beauté. De ce nombre, il n'est que juste de classer Diomède enlevant le Palladium et la Hesurrection de Jcsus-Christ, qui assurent à Peregrini une place importante parmi les artistes italiens du quinzième siècle. A une grande habileté d'exécution, il joignait une science de dessin et une préoccupation de la beauté que la plupart de ses contemporains ne possédaient pas au même degré. » M. le vicomte 11. Dclabordc 2 classe aussi les estampes de notre artiste « parmi les produits les plus remarquables de la gravure primitive en Italie ». tout en faisant des réserves à l'égard de leur caractère artistique. « Elles ont, dit-il, ce caractère particulier qu'on y sent des aspirations d'un tout autre ordre que celles dont la plupart des œuvres antérieures ou contemporaines portent l'empreinte. Rien ne se retrouve ici du mysticisme raffiné des peintres graveurs florentins, rien non plus, et à plus forte raison, de la mâle poétique et des énergiques intentions d'un Mantegna. La forme, considérée en elle-même et traduite sans autre arrière-pensée que la