Les voici pour mémoire
N* 629. Grand Reliquaire, avec tix nielles décorant le» |bord» et le noeud du piédouebe. 26 500 fr. N« 632. Grand Calice «ur piédouebe, avec do petit» médaillon» niellé» au culot, »ur le nœud et •iule pied. 1600 fr.
H" 636. Petite Croix formant reliquaire, enrichi de médaillon* niellé». 910 fr. N» 611. Pied de Calice enrichi de nielle» »ur argent. 510 fr. N' 637. Croix procewionnelle avec »ix nielle* tur argent. 450 fr.
N' 675. CaUce avec coupe en vermeil, le noud orné de »ii petit» médaillon» en argent niellé. 705 fr.
N» 682. Couronne de vierge, avec petit» médaillon» niellés sur argent. 150 fr.
xsviii INTHOUCCTION
Saint-Jean, à Florence, et représentent, en très petit, des scènes de la Passion*. »
Le célèbre orfèvre Benvcnuto Cellini, Florentin, contemporain de Vasari , s'exprime en ces termes : « Kn même temps s'était répandue dans le monde la renommée de Maso Finiguerra, qui a si admirablement exécuté des nielles. On voit de sa main une Paix représentant le Christ en croix entre les deux Ifimms , avec beaucoup d'ornements de chevaux et d'autres choses. Klle fut gravée et niellée de la main de notre Finiguerra, d'après le dessin d'Antonio Pollajuolo, dont nous avons parlé plus haut. Elle est d'argent; et on la voit dans notre belle église de Saint-Jean, à Florence. »
Au siècle dernier, Gori, prieur de ce baptistère, a trouvé, dans un registre des marchands, que Maso Finiguerra, orfèvre, reçut en 1152 la somme de 66 florins 1 livre 6 deniers en payement (Yttne Paix en argent doré, émaillée et niellée, qu'il avait exécutée, aux frais des syndics du corps de commerce, pour la même église.
Enfin, plus tard, on a découvert, dans les livres d'administration de l'Œuvre de Saint-Jacques de Pistoïe, qu'en I î.»7 deux chandeliers d'argent, avec ornements en métal fondu et dorés, ont été commandés à Tommaso di Antonio Finiguerra, Piero di Bartolomeo di Salis et compagnons, orfèvres à Florence, au prix de 522 florins et 15 soldi, et que le compte en fut payé en 1462*.
Que sont devenus tous ces travaux d'art du maître florentin ? Les petites scènes de la Passion dont parle Vasari n'existent certainement plus, de même que les deux chandeliers, dont les ornements d'ailleurs n'étaient sans doute pas niellés. Au sujet de la Paix citée par H. Cellini et représentant le Christ
1. Ciampi, luttera... »opra Caulore di due candehrri iFargenta falti per l'opéra di San Jaraprtdal 1457 al 1462, ron alU* notizir relative all'arte drlt'Orefieeria; PiMr.ja, 1814.
2. Vaju.fi, Opère, MU. Milau^i, I. III [Xi.-A™ l'oit >ju«l.>;. »7.
INTRODUCTION xut
en croix, il y a controverse ; on croit qu'elle a également disparu; mais M. Milanesi l'identifie avec une superbe Paix conservée au musée tic Florence, et dont le sujet concorde parfaitement avec la description de Cellini. On trouvera plus loin une notice détaillée à cet égard (p. 17, n* 7.")).
Reste la Paix de 1452, dont malheureusement le sujet n'esl pas désigné dans le registre de la corporation des marchands qui en firent les frais. Néanmoins Gori, de son autorité privée, a proclamé que cette Paix n'est autre que celle représentant le Couronnement de la Vierge, Paix qui de son temps faisait partie du trésor de l'église Saint-Jean , et figure aujourd'hui au Musée spécial du Bargello. Comme elle est d'une beauté remarquable, on a cru Gori sur parole, et cette affaire a entraîné de grosses conséquences. Sur quelles preuves s'appuvait-il pour émettre cette opinion? Il n'en donne, aucune, mais évidemment il n'a fait que commenter à sa façon les mentions de payements du registre dont nous avons parlé. Il y a constaté que deux Paix, sans indications de leurs sujets, avaient été exécutées pour l'église de Saint-Jean, l'une en 1152 par Maso Finiguerra, l'autre en l-i.V) par Matteo Dei ; et comme il en a précisément trouvé deux dans le trésor confié à sa garde , il en a conclu que ce ne pouvaient être que celles-là, sans s'inquiéter si même leurs poids correspondaient à ceux énoncés dans le registre des marchands. Si la Paix avec le Couronnement de la Vierge est assez belle pour en autoriser à priori l'attribution à un artiste de la renommée de Finiguerra , en revanche l'autre, représentant un Crucifiement (voir p. 17, n" 71), est trop médiocre pour qu'on puisse* oser en inlligcr la paternité à Matteo Dei. Mais il ne faut pas demander tant de sens critique et tic science au bon prieur qui fait de Finiguerra le maître d'Antonio dcl Pollajuolo et de Sandro Botticelli, et attribue à ceux-ci les gravures du Dante de 148 1. Nous ne répéterons pas ici lous les arguments qui ne permettent pas d ue-
xxx INTRODUCTION
ceplcr l'appréciation de Gori comme un article de foi ; ils sont longuement développés dans la première partie du tome I" de cet ouvrage, de même que dans la notice que nous avons consacrée plus loin à la Paix en question (p. 28, n° 102). Déjà en 1811 le baron de Rumohr s'est vigoureusement prononcé contre cette identification , en vertu d'excellentes raisons ; et simultanément avec M. Dutuit la question a été reprise en 1881 dans le même sens, cette fois-ci par un Italien, M. Milanesi, éminent critique d'art et savant annotateur de la dernière édition de l'ouvrage de Vasari. A l'heure qu'il est on veut bien reconnaître que l'attribution de la Paix ci-dessus à Finiguerra n'est pas prouvée doeumentairement, mais on se réfugie encore sur le terrain de l'esthétique, comme l'a fait Passavant, pour dire que du moment que cette Paix surpasse en beauté tous les ouvrages de ce genre connus jusqu'ici , pour cela même on a le droit de l'attribuer au plus distingué entre les nielleurs florentins de cette époque. On peut bien accorder à cette opinion la valeur d'une hypothèse admissible, mais elle ne revêt aucun caractère de certitude. Le critérium de la comparaison avec une œuvre authentique de Finiguerra nous manque, et il n'est pas permis de soutenir que nul autre de ses contemporains n'était capable d'exécuter un travail semblable. Malgré sa beauté, nous nous imaginons que les Paix gravées par Finiguerra la surpassaient encore sous ce rapport, pour qu'un orfèvre illustre, son compatriote, Bcnvcnuto Ccllini, né seulement trentesix après la mort de Maso, et qui, par conséquent, était en mesure de bien connaître les travaux de celui-ci, n'ait pas cru devoir désigner nominativement le Couronnement de la Vierge, qu'il a dû voir dans l'église de Saint-Jean, tout en citant de la main de cet artiste un i'ritci/irmenl conservé alors au même trésor. M. IL Fisher ' estime que l'argument tiré par M. Dutuit, de
1. Introduction to a Catalogue of the wty italian prints in the British Muséum; Londres, 1886, p. 13.
INTRODUCTION xit\
la non-conformité du poids de la Paix exécutée par Finigucrra en 1452 avec celle du Couronnement de la Vierge, est sans valeur, attendu que cette dernière ne se présente plus dans son état primitif. Kn formulant cette objection, il s'est bien gardé de rapporter la réponse qui y a été faite d'avance. Cependant, si l'on veut être impartial, au lieu de persister quand même dans Terreur du passé, pour laquelle la critique ne saurait admettre de prescription, on est obligé de reconnaître que cet argument , introduit pour la première fois dans la discussion, a au contraire une valeur considérable. La Paix de 1452 pesait 55 onces 1 1 deniers de Florence ; celle du Couronnement de la Vierge, dans son état actuel, pèse 41 onces 16 deniers 23 grains. Il est vrai que la monture en vermeil qui l'entoure (elle pèse I kilogr. 73 gr. ) ne date que de la fin du seizième siècle ou du commencement du dix-septième siècle; mais comme la plaque niellée seule ne pèse que 107 grammes, il faudrait, pour compléter le poids indiqué dans le registre des marchands, que la monture primitive eût pesé 1 kilogramme 665 grammes, c'est-à-dire qu'elle eût été plus lourde que la monture actuelle et encore plus disproportionnée avec le poids et les dimensions de la plaque niellée, ce qu'il est impossible d'admettre : c'eût été contraire au bon goût et au sens décoratif des artistes florentins du quinzième siècle.
Dans sa biographie de Marc-Antoine, l'historien Vasari a inséré, au sujet de l'invention de l'art de multiplier les épreuves d'une planche gravée en creux, le passage suivant : « L'invention de graver les estampes vient de Maso Finiguerra, Florentin, vers l'an 1460 de N.-S. Il grava sur argent toutes ses pièces. Avant de les remplir de nielle, il en faisait une empreinte avec de la terre, sur laquelle il coulait du soufre fondu, qui restait empreint et couvert des traces du noir de fumée ; ensuite, y passant une couche d'huile, il lui donnait la teinte de l'argent ; il fit encore cela avec du papier humide et avec la même teinte, appuyant ensuite dessus
mu INTUOOLCTION
avec un < ylindre hit*n uni, qui non seulement faisait paraître la planche imprimée , mais donnait à l'épreuve l'apparence d'un dessin à la plume. »
Gori, armé de eette déclaration, affirma que c'est la Paix avec le Couronnement de la Vierge qui « a donné naissance à l'art admirable de graver au burin sur des planches de cuivre », et il l'a cru d'autant plus qu'il possédait une empreinte en soufre de celte plaque niellée, ce qui, à ses yeux, concordait à merveille avec le dire de Vasari. Il ne manquait plus «pie de trouver une épreuve sur papier de cette composition.
Or, en 1 797, l'abbé Zani en découvrit une à la Bibliothèque nationale de Paris. Pour le coup, le récit de Vasari parut irréfutable, et le savant abbé, en proclamant sa découverte, en 1802, crut que le droit de Finiguerra à la gloire d'avoir doté le monde du procédé de tirer des épreuves d'une planche gravée en creux était définitivement établi.
Dans Y Essai sur F Histoire de la découverte de l'impression des estampes, inséré en tète du tome XIII de son Peintre-Graveur (181 1), Hartsch, à l'encontre de ses compatriotes, sans dénier à Finiguerra l'honneur de cette trouvaille inconsciente, déclare que l'artiste ne sut en tirer aucun parti, a Finiguerra, il est vrai, dit-il, avait fait sa découverte ; mais il semble qu'il n'a pas senti l'importance des résvdtats qu'il en aurait pu tirer, et que, par conséquent, il n'a pas eu le désir de faire un pas de plus pour la perfectionner. 11 est presque certain qu'il en est resté là ; qu'il s'esl contenté d'avoir obtenu son soufre, cl au surplus d'avoir tire de celui-ci une couple d'épreuves. A cet égard donc, nous le répétons, la première estampe doit être considérée plutôt comme un produit du hasard que comme le résultat d'une invention précédée par des recherches et des combinaisons. Mais ce qui est étonnant, c'est que cette découverte, même déjà communiquée à quelques autres orfèvres, resta dans la même imperfection encore plusieurs années , savoir jusque* vers 1100. Tout ce que l'Italie a fourni d'estampes impri-
INTUODUCTION xh.i.
niées pendant cet espace de temps se borne, à ce qu'il paraît, à celles d'un petit nombre d'ouvrages niellés, dont la couleur grise et l'impression peu parfaite semblent attester qu'elles n'ont été pareillement tirées que de soufres, et partant en très petit nombre. »
Dans l'opinion de Barlsch, on le voit , les épreuves de nielles n'étaient pas tirées sur les plaques elles-mêmes, mais sur des empreintes en soufre, ha manière dont Ynsari a agencé et ponctué ses phrases peut légitimer l'une et l'autre interprétation. Baldinucei (Ifî86), puis Zani, avaient adopté cette dernière. Ottley, Dudiesne et d'autres l'ont rejetée, estimant (pic cela était matériellement impossible, en raison de la fragilité du soufre. Cependant, M. Schuebardt, de Weimar, a fait des essais <pii ont prouvé le contraire1. D'ailleurs, la chose en elle-même n'a pas grande importance, car il s'agit avant tout du principe même de l'invention, et non de la façon d'opérer. Toutefois, les partisans du tirage sur soufre s'en prévalent pour insinuer (pic l'épreuve du Couronnement de la Vierge a été imprimée bien après l'achèvement de la plaque niellée, et que, par conséquent, elle n'offre nullement un des premiers essais de la multiplication des estampes. Ajoutons qu'aujourd'hui l'opinion de presque tous les iconophilcs est que celte épreuve fut tirée sur la plaque elle-même.
Dans cette question de paternité présumée, les dates sont tout. S'il fallait se conformer docilement aux affirmations de Gori , la naissance de la gravure au burin daterait de 1152, puisque c'est à cette année qu'il fait remonter l'achèvement de la Paix avec le Couronnement de lu Vierge. Or, nous avons vu que ce n'était là qu'une hypothèse. Le récit de Vasari, en raison de l'autorité de l'écrivain et de la date de sa rédaction, est d'un tout autre poids. Or, il dit que « l'invention de graver les estampes » eut lieu vers l'an l iGO, et celte expression, qui ne sau-
I. KumtblaU, 18<«, pp. <9 «t Naumoim s Arrfiiv, 1V« aim<«, p. GO et *uiv.
MKLLRS. C
xxxiv INTRODUCTION
rait s'appliquer à une date antérieure de huit années, exclut forcément celle fixée par Gori. Bien qu'il soit amplement démontré aujourd'hui que Vasari fut souvent mal renseigné, même dans le domaine de l'histoire de la peinture, qui lui était plus familière que le reste, on ne pouvait infirmer son témoignage tant qu'on ne produisait pas une estampe sûrement antérieure à l'année 1 ICO. C'est pourquoi l'opinion du baron de Humohr et de quelques-uns de ses partisans ne sut prévaloir contre la thèse consacrée par Lanzi, Bartsch, Ottlcy et tant d'autres. Mais, dès la seconde moitié de ce siècle, la question a changé d'aspect. On a trouvé des estampes allemandes, gravées sur métal, datées de li'iti, Iiâ7 et 1 158 *, et dès lors, grâce surtout à la première, il a fallu reléguer parmi les légendes inspirées par l'amour-propre national les prétentions de Vasari et de Gori à la priorité de cette invention en faveur de l'Italie. Il est vrai que ces estampes appartiennent encore au domaine de l'imagerie et ne constituent nullement des œuvres d'art, mais elles démontrent la matérialité du fait, au profit de l'Allemagne, le seul j>oint qu'on ait débattu pendant longtemps. MM. Duplessis s et le vicomte Henri Delaborde3, se plaçant sur le terrain de l'esthétique, ont assurément raison lorsqu'ils proclament que le véritable inventeur de la gravure sur métal est l'artiste des mains duquel sort la première oeuvre réellement belle, et Finiguerra aurait droit à ce titre, s'il était démontré que le Couronnement de lu Vierge est incontestablement de lui et que son exécution remonte à l'année 11.V2. Si même on lui en concédait la paternité, la daleci-dessus est aujourd'hui inadmissible. Nécn mars 1 i2(»,Maso Finiguerra ut enterré à l'église des Ognissanti le î\ août lifii 4. Par conséquent, il est plus croyable qu'il ait exécuté ce beau nielle à un âge plus avancé qu'à vingt-six ans, et plutôt vers 1462 ou