JETONS DE MARIAGE
L'usage des deniers matrimoniaux (arrha nuptialis) se trouve chez les Francs. Frédégaire rapporte au chapitre X, que les ambassadeurs envoyés à Gondebaud, roi des Bourguignons, dans le but d'obtenir la main de sa fille Clotilde pour leur roi Clovis, contractèrent une sorte de mariage par procuration en remettant un sou et un denier , selon l'usage des Francs.
Le titre de la loi salique fixait trou sous et un denier pour ceux qui épousaient des veuves.
Les anciens rituels nous font connaître l'emploi des deniers de mariage. Tantôt c'était un certain nombre
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\0i JETONS
de pièces de inonuaie courante, tantôt des pièces de fantaisie frappées exprès. D'antres fois, comme on le voit encore aujourd'hui, on les remplaçait par une médaille commémorative.
Bientôt on eut Tidée, en cette occasion, de distribuer des jetons à ses amis et d'en répandre dans la foule. Avant d'en citer quelques exemples, on nous permettra de dire quel rôle les arrhes jouaient dans la cérémonie religieuse du mariage, et quel sens ils avaient.
Le prêtre, après avoir fait aux fiancés les questions d'usage, et donné à l'époux l'anneau nuptial qu'il passait au doigt de sa femme, lui remettait treize deniers que celui-ci déposait dans la main ou dans la bourse de son épouse, en disant : De mes biens je vous doue.
Au diocèse d'Autun, il arrive souvent que l'on présente des arrhes que le prêtre bénit en même temps que l'anneau et en ajoutant cette oraison :
Benedic, Domine, f has arrhas quas hodie tradit hic famulus tuus/ in manum ancillae tuse; quemadmodum benedixisti Abraham cum Sara, Isaac cum Rebecca, Jacob cum Rachel. Dona super eos gratiam salutis tuae, abundantiam rerum et constantiam operum ; florescant sicut rosse ih Jéricho plantatae; Dominum nostrum Jesum Christum timeant et adorent ipsum qui trinum nomen possidet, cujus regnum et imperium sine finepermanetinseculaseculorum. Amen.
On connaît des petites pièces d'argent minces, sans revers, frappées par les abbés de St-Martial (Limoges).
DE MARtAKE.
— s. ■. oua pro nobis. —
Elles étaient distribuées au premier jour de l'an à tous les habitants du monastère et de l'abbaye. Tantôt on y voit les armoiries de la ville de Limoges, à la bande d'azur semée de trois (leurs-de-lis d'or, et au chef barbu de son saint patron, avec les deux initiales de forme gothique, sans légendes.
Les dernières ont été adoptées plus tard pour (es treizains de mariage; on en insérait treize dans la petite capsule d'argent ou de vermeil que le mari donnait à l'épousée après qu'elle avait été bénite par le prêtre consécrateur de l'union. '
Sur trnis petites pièces que nous avons décrites ailleurs, on voit :
DKNIEH TOVRNOIX. — POVR BPOVSEH.
INci. CKHHSTQVN. DENOvs DEVX. — Ai D SI Ce n'esl qu'uH iJeDouBdeui, dbujer rovR.-BPovsER. — oo» n«ii.
Voici une autre devise :
lois. DEStH. «?'*kO-!p î •v'*\ J*})*! désir, i l'aniou-
Dans le champ, l'écusson de France accosté des lettres M — M qui ne sont autre chose que le rébus : aime — «me.
C'est sur des jetoirs que le dernier de nos ducs ; empreint le souvenir de ses mariages successifs :
SE GBCtES SEVnHE^T. — LE COMTE THOWERES.
C— C, initiales de Charles le Téméraire et de Catherine de France, fille de Charles Vil, liées par une cordelière ou lac d'amour. Les fiançailles eurent lieu en1i39.
Nous n'avons rencontré rien de relatif à l'union de Charles avec Isabeau de Bourbon; mais le mariage du duc de Bourgogne avec Marguerite d'Yorck, sœur d'Edouard IV, roi d'Angleterre, en U67, est attesté par les initiales C — M liées, comme plus haut, avec la
1 laquelle il ajouta plus Mrd BIEN m avibrnb.
GKCTOHS DE LA CBAHBUE ubs vihancb.
Armoiries de Bourgogne et de Flandre dans un encadrement mullilobé.
H ne serait pas hors de vraisemblance de rapporter
DE MARUCK. 105
aux fiançailles des ducs de Boui^ogoe les deux pièces suivantes :
aOVNTOVH. SVI. NOVHES. D. — PAR AIOVHS, iVl DONBS. H«a.
L>llribution locale de l'une ne peut être contestée; quant à l'autre, elle offre le mouton, vieux i type monétaire particulièrement cher aux Flamands dont il symbolisait une branche importante de com- { merce.
Lés deux légendes de la première indiquent le cri d'un vaste enthousiasme. On l'entendit en maintes occasions, mats surtout quand le duc Philippe, voulant accomplir le vœu du Faisan et la croisade contre les Turcs, alla conférer avec l'Empereur et les princes de la Diète de Ratisbonne.
Il traversa la comté de Bourgogne et passa en Suisse. Ses alliés, les seigneurs de Berne, lui firent une ré-
ceptioQ superbe. Les petits enfanta portaient des bannières à ses armoiries et criaient : Vive Bourgognel A Baden, à Arau, à Zurich, à Constance, ce fut le même accueil. On venait au-devant de lui; les villes défrayaient toutes ses dépenses ; enfin il était partout reçu comme s'il eût été le souverain, tant sa renommée était grande dans ta chrétienté. En Allemagne, l'empressement était plus grand encore. L'empereur lui-même n'aurait pas eu un tel accueil.
Dans une autre occasion moins solennelle, nous trouvons le même cri; c'est en 1458, lorsque les Gantois firent leur soumission. Dans une fête qu'ils donnèrent au duc, ils surpassèrent en munificence tout ce qu'on avait vu en ce genre. On fit passer devant lui un éléphant, et la tour que cet animal portait était remplie de musiciens qui chantaient des triolets avec ce refrain :
viVB BOURGOGNE est notre cri.
En ce qui concerne l'abréviation màr dans la légende de la sedonde, nous aimons à penser qu'elle est celle de marguerite.
Alors la pièce devrait être attribuée à Philippe le Hardi qui épousa Marguerite de Flandre.
Il est à croire que des recherches faites avec soin amenèrent la découverte de pièces commémoratives des alHances matrimoniales contractées par tous les ducs de Bourgogne de la dernière race.
On trouve de nombreux exemples de profusion lorsqu'il s'agit de mariages royaux. Lorsque Henri IV épousa Marie de Médicis, fille de François de Toscane,
DE MARIAKE. 107
un sema en ({uelque sorte un jeton de faible module où les augustes épous sont représentés se donnant la main avec cette devise ;
EBVNT. DVO. IN CARNE. 1
Les grandes familles suivaient parfois cet exemple, mais avec moins de largesse. Nous en avons un exemple dans le jeton de B. Durey de Noinvilie de Presle. D'un côté sont ses noms et qualités, et au revers tes armes accotées 1° de Noinvilie; 2° de Simiane [d'or, semé de fleurs-de-lis el de tours en nombre égal).
NARIE FRANÇOISE FAULINE
Les nouveaux annoblis par des charges saisissaient avec empressement l'occasion des noces pour produire leur blason à côté de celui de leurs femmes.
Nous ignorons si les deux jetons ci-après furent frappés à l'occasion des mariages de deux membres de la famille Guénégaud, ou pendant le cours de
tOS JETUNS
l'unioQ des époux. Chacun porte d'un côté les armes du mari et au revers celles de la femme.
'. DE GVBNEGAVD. C. ».
Gabriel de Gûénégaud avait épousé, en 1 60i, Marie de La Croix, fille unique et héritière de Claude, vicomte de Semoine, dont il eut trois fils et quatre filles.
>. THES'. DE. LRSPitRGNE