‹ Manuel de l'amateur de jetonsChapitre 73 sur 102 · AUTUN · texte numérisé non relu

AUTUN

A part des monnaies épiscopales et une médaille commémorative de la construction de son nouvel hôtel de ville, nous ne sachions pas qu'Autun ait produit d'autres monuments métalliques que des méreaux. Sa Cathédrale est sous le vocable de saint Lazare appelé plus vulgairement saint Ladre, parce que Ton confond Tami du Christ avec Lazare le lépreux qui donna son nom aux lazarets et aux léproseries ou ladreries.

On ne sait à quelle époque remonte l'emploi des méreaux dans l'église d'Autun. Tous ceux que l'on connaît sont sans légende; d'un côté se trouve Lazare sortant du tombeau, et généralement de l'autre les armoiries.de la Cathédrale qui sont de gueules, à une croix ancrée de sable borgée d'argent.

Le type de ces pièces est assez moderne^ et la raison en est dans la persistance de l'usage de vivre en commun. Cet usage fut établi sous la seconde race de nos rois, et on suivit longtemps la règle tracée, en 765, par Chrodegaud, évêque de Metz. Le Concile d'Aix-la-Chapelle fit, en 816, un règlement pour les chanoines, et l'église d'Autun l'adopta des premières. A cet effet, elle construisit un cloître que son évêque Jonas rendit ensuite plus vaste et mieux approprié aux besoins. Il donna en outre des fonds suffisants pour subvenir à l'entretien et à la nourriture des chanoines. Ceux qui possédaient un patrimoine le conservaient et ne recevaient, pour le service de l'église, que la nourriture. Les autres avaient de plus le vêtement ou une pension.

La nourriture consistait en un potage de deux portions à dîner et une à souper, plus quatre livres de vin équivalant environ à trois chopines de Paris.

L'habillement se composait, tous les ans, d'une chape, deux tuniques, deux chemises, et du cuir pour la chaussure. On recommandait la propreté, mais l'affectation était défendue.

Les chanoines faisaient un service assez rude ; ils devaient se lever à minuit et se rendre ensuite à l'église. A deux heures venaient les Nocturnes, puis Matines et Laudes, etc. D'après les usages anciens, dans les solennités, Tofiice durait toute la nuit.

Les nocturnes avant été réunis aux matines, on fut obligé, pour rendre Iss chanoines plus assidus, de rapprocher successivement cet office du commence-

DE BOURfiOfiHE, 3SI

ment du jour. On en vint à ne le chanter qu'à cinq lieures. C'est à cette époque que nous croyons voir naître la nécessité des méreaux. Enfin, le zèle se ralentissant encore, on délibéra, en 1696, que pour ftter toute excuse aux ptus paresseux, les matines ne commenceraient en hiver qu'à six heures. La même décision fut prise pour l'été en 1 731 . Le méreau qu'on y recevait valait dit-on autant que tous ceux des autres offices ensemble c est peut être celui du plus grand module dont voiCi une vanete

1587 — S V L (Sanclus Lazsrus V deniers.)

tandis qu'aux offices de la journée on se servait de celui d'un module beaucoup plus petit, que nous avons donné plus haut.

Quant aux distributions, voici ce que nous en savons : En 1199, i'évêque Eudes, dans le but de faire cesser les cérémonies scandaleuses qui avaient lieu à l'occasion. de la fête de la Circoncision, assigne des distributions à ceux qui assisteraient modestement à la messe de saint Etienne et de la Circoncision. En 1 228, Anselle, doyen du Chapitre, fait un accord avec frère Pierre, prieur de Saint-Racho , par lequel celui-ci doit toucher pour le vin, pitance et distributions, cent sols payables aux Saint-Martin d'hiver et d'été. De

plus, il est dit qu'il aura, comme un chanoine, les distributions en deniers qui se feront pour les défunts, les processions et les sépultures, s'oit qu'il soit présent ou absent, et n'aura rien à celles qui se font aux messes ou heures, s'il n y assiste pas. Il touchera deux sols pour le repas du réfectoire, les jours de Pâques, de Noël et Saint-Lazare, en assistant. Il touchera aussi les distributions des antiennes de TO, présent ou absent. En 1247, il fut convenu que l'on serait moins sévère sur la nécessité de l'assistance, et lorsque les religieux assistaient avec le prieur, on leur faisait part des distributions au chœur.

Jehannette Jacquin, qui se qualifie de couturière prébendière de Saint-Léger, c'est-à-dire une des treize femmes chargées d'entretenir les linges et ornements d'église, de raccommoder et de confectionner les habits des enfants de choeur, fonda, vers la fin du quinzième siècle, son anniversaire de pain et de vin.

Vers le même temps, l'évèque, d'accord avec les députés du Chapitre, décrète que si les chapelains enfreignent les statuts sur l'absence, ils perdront leurs revenus au prorata de l'absence. Quelques chapelains recevaient à certains jours un petit morceau de lard.

On trouve, en 1749 : lorsqu'un chanoine veut s'absenter, il est obligé de prévenir le pointeur. Le cardinal Rolin avait affecté à la Maîtrise des fonds nécessaires pour son entretien; il avait en même temps fondé quatre canonicats dont les titulaires devaient être pris parmi les anciens élèves de la Maîtrise. Il

paraît que ces chanoines de fortune (c'est ainsi qu'on les désignait) n'étaient pas admis à l'intimité des autres chanoines ; aussi était-ce parmi eux qu'on choisissait le pointeur, dans l'espoir qu'il remplirait ses fonctions avec plus de sévérité et ne se prêterait pas à des actes de complaisance.

En 1742, les diacres en retard de s'avancer à la prêtrise ne touchent que les deux tiers du revenu de leur prél)ende en assistant, et sont pointés n'assistant pas.

Nous ignorons si la distribution des méreaux et le pointage avaient lieu simultanément ou à des offices différents, ou si ces deux modes de constatation de la présence se succédèrent. Lors même qu'on ne trouverait aucun méreau de Saint-Lazare et qu'il ne serait pas question de pointeur, on serait certain que l'un ou l'autre ont existé, puisque, le 7 juillet 1661, après bien des disputes et des variations, le Chapitre interprétant en sa faveur le décret du Concile de Trente, il fut décidé que les chanoines pourraient prendre des vacances; mais que, comme on ne connaissait pas dans l'église d'Autun de gros de prébende, et que tout le revenu consistait en distributions journalières, celui qui s'absenterait au-delà du temps prescrit perdrait tous ses revenus au prorata.

Il existe encore d'autres variétés des méreaux de Saint-Lazare portant au revers des chiffres. Nous pensons qu'ils sont le produit des piles et trousseaux rendus au Chapitre par arrêt de 1577.

Page 1