DU CANAL ALIMENTAIRE
Il se compose de l’œsophace, de l’estomac et des intestins. Administration anatomique.
: De l’œsophage. Cette portion du canal alimentaire est la plus embarrassante à préparer, à cause de sa situation profonde et des organes au-delà desquels elle est placée. On ne peut même mettre l’œsophage parfaitement à découvert, qu’en sacrifiant en partie les pourhons ei le cœur ; aussi suis-je dans l’habitude d’en abandonner la préparation et l’étude après celles des organes contenus dans fa poitrine. Au reste, quelle que soit la marche que l’on
suive, voici les précautions qu’il faut prendre.
L’œsophage et le pharyux ne sont qu’un seul et même canal, dont la division est arbitraire, et la ligne de démarcation difficile à déterminer. L’un commence où l’autre finit, et cette distinction a lieu à-peu-près à la hauteur de la partie inférieure du larynx.
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On reconnait l’œsophage à l’étroitesse de son canal, comparée à la grande capacité du pharyax , à son aspect extérieur moins rouge, et à son isolement des parties environnantes. Son étendue se mesure de la terminaison du pharynx à l’estomac. Dans sa marche, il se trouve constamment appliqué sur la colonne vertébrale , caché au col par la trachée-artère, et dans la poitrine par le cœur et le poumon gauche. Par conséquent, il faut ouvrir cette cavité pour le bien voir, soulever le eœur et le poumon gauche, et porter fortement ces dernières parties à droite sans les détacher.
Si on se déc'de à enlever les poumons et lecœur, la préparation
de l’œsophage offrira plus d'intérêt, et ne laissera plus rien à désirer, Dans ce cas, faites une espèce de coupe circulaire à toute la paroi antérieure de la poitriñe, qui se prolonge jusque sur le ventre : les poumons, le cœur, sont alors facilement enlevés ; mais laissez en place les gros vaisseaux, ainsi que la trachée-arière , pour pouvoir vous former une idée des rapports qui existent entre ces parties et l’œsophage. L
Cn pourrait encore, pour ne perdre aucun des rapports de l’æsophage, le découvrir par la partie postérieure. Pour cela, sciez les côtes près des apophyses transverses des vertèbres; séparez la septième cervicale de la sixième, et la dernière dorsale de la première lombaire ; enlevez alors la portion de la colonne vertébrale que vous venez d'isoler; de ceite manière, on voit très-bien tous les rapports de l’œsophage; on a même une idée plus exacte de son passage à travers le diaphragme, mais cette préparation est Jongue et difficile ; elle exige même que l’on sacritie plusieurs cadavres pour l’exécuter. |
De l’estomac. La préparation de cette poche musculo-meim-
braneuse exige absolument qu’on fasse l'ouverture de fa cavité
abdominale indiquée page 117. En écartant fortement le lambeau supérieur du côté gauche, on voit à nu la majeure partie de lestomac. Mais pour avoir une idée parfaite de sa situation et de ses rapports, il faut, de plus, détacher les quatre ou cinq deruières fausses côtes , sous lesquelles il est caché dans son état de vacuité. Le foie le recouvre également en partie du côté droit: els sont s3s
LE
312 MANUEL rapports dans son état de vacuité; mais quaud on le souffle, il prend alors une capacité plus grande , sort de dessous les côtes et le loie, et présente d’une manière plus exacte la figure qui lui est propre. Je ne conseille pas cependant de souffler l'estomac avant d’avoir jeté un coup d’œil général sur les intestins, et même sur tous les organes situés dans la cavité abdominale. La grande exten” son que l’estomac et le tube intestinal soufflés prennent alors, dérange singulièrement les rapports que ces parties ontentre elles ei celles qui les environnent, et il en résulte une espèce de confision pour létude uliérieure des organes abdominaux. Il n’en esi pas de même, lorsque ces précautions préliminaires ont été prises : il est indispensable alors de souffler le tube intestinal ; on en relire même plusieurs avaniages que son étude fera mieux sentir. Ainsi, on verra facilement, par ce procédé, la manière dont l'estomac, progressivement gonflé par l'air, distend les deux feuiilets de Pépiploon, et se rapproche ainsi de ses vaisseaux, qui finissent par s'appliquer sur lui même. La même circonstance a lieu entre lestomac et la raie, qui, plus ou moins éloignée du grand cul-de sac de l'estomac, quand celui-ci est vide, s’en rapproche à mesure qu'il est distendu par Pair, au point d’être alors immédiaitement appliquée sur cet organe.
Avant de passer à la préparation des intestins, distinguez bien les deux orifices de l’estomac : le supérieur , ou cardia , ne présente que des distinctions arbitraires; linférieur, au coniraire , a un caractère qui lui est propre : on le reconnaît à une espèce de bourrelet circulaire, qui forme sa ligne de démarcation entre Pestomac et le premier des intestins grèles ; c’est le pylore. L'étude de lestomac veut encore qu’on l’examine dans’ son intérieur, ce qu’on ne peut faire, sans l’ouvrir dans une étendue plus ou moins considérable. On ne doit pas négliger , non plus, \ de voir l’arrangement de ses diverses tuniques. [Il n’y a point de préceptes à donner pour le premier objet, mais il faut nécessairement pour le second que l’estomac soit fortement insufflé ; sans -cetle précaution, il serait impossible d’y parvenir. Cependant, pour Jun et pour l’autre objet, 1l faut attendre d’avoir étudié tout Pappareil alimentaire,
Des intestins. La préparation de l’estomac ne laisse presque
- plus rien à faire pour le tube intestinal. Mis à découvert par l’ou-
verture de la cavité abdominale, il ne s’agit plus que d'en reconnaître les six divisions, et de leur conserver la place et les rapports que la nature leur a assignés. Le premier, appelé duodénum, occupe la partie profonde de la région épigastrique ; il est caché par une portion de Pun des gros intestins , appelé le côlon transverse, qu'il faut porter en haut , ainsi que le foie et l’estomac ; éntrainez doucement en bas le paquet des intestins jéjunum et iléum , et suivez alors le duodénum , qui marche d’abord paral!lèlement à un corps glanduleux ( le pancréas ), et se porie ensuite le long de la colonne vertébrale , pour se perdre dans le jéjunum, après un trajet de douze travers de doigt.
L’intestin duodénum se reconnaît encore à sa capacité , plus grande que celle des intestins suivans , à sa situation ‘profonde et à l’insertion des canaux cholédoque et pancréatique , qui se fait au côté droit de l’intestin, à deux ou trois travers de doigt de Vorifice pylorique de lestomac.
Les autres intestins ne présentent plus que de médiocres difficultés. Le jéjunum et l’iléum, les plus longs de tous, occupent les régions ombilicale et hypogastrique. Le quatrième (le cœcum), premier des gros intestins , n’est lui-même qu’une espèce de poche, ou le cul-de-sac, logé en totalité dans la cavité iliaque droite. Le cinquième (le côlon }, d’une longueur assez considérable , entoure, pour ainsi dire, toute la cavité abdominale : il se termine vers le côté gauche du bassin par le rectum, placé dans toute l'étendue de la partie moyenne du sacrum , et dont le nom indique la direction.
Plusieurs valvules parcourent la cavité des intestins : la valvule pylorique, celle du cœcum ou de Bauhin, sont les plus remarquables, La manière de les voir est d’insuffler le tube intestinal, de le laisser ainsi sécher deux ou trois jours, et d'ouvrir ensuite le tube, en portant plus particulièrement son atiention sur la valvule pylorique et celle de Baubin ; qui se trouve entre le cœcun et le côlon, et qui forme leur ligne de démarcation. On peut
encore , en plongeant perpendiculairement une portion des intes-
314 MANUËL
üns dans l’eau, rendre sensible telle on telle valvule , et principalement celle du cœcum.
Mais si l’on voulait s’en faire une idée très-exacte, on pourrait encore emporter la portion intestinale qui se trouve entre la fin de liléum et le commencement du côlon. On lie cette dernière , et on distend la pièce en soufllant forlement par la portion de Piléum coupée ; laissant alors sécher le tout, on l’ouvre ensuite avec précaution , en porlant l'incision du côlon au cœcum, du côté droit. En jetant les regards dans l’intérieur, on voit alors un farge repli semi-lunaire : c’est la valvule cœcale.
L'insufflation des intestins et leur état de siccité donnent aussi
Ja faciliié d'examiner leurs différentes tuniques ; ce qui se fait très.
bien encore, en engageant un corps circulaire et solide dans une portion de tube intestinal, et en se servant de ce point d'appui pour disséquer sans diMficulté leurs diverses tuniques.
Le mésentère et les épiploons ne demandent point de préparation : le premier est le lieu commun qui relient les intestins dans leur position respective ; les seconds, au nombre de trois, sont épanouis : le premier (grand épiploon!,sur la masse des intestins; le second, sous Le nom d’épiploon gastro-hépatique, entre le foie, estomac et l’are du côlon ; et le troisième , le plus petit de tous, se voit dans la région iliaque droite : il porte le nom d’épiploon colique. ‘
Dans la préparation des intestins , je n’ai point fait mention de Îa manière de mettre à découvert le canal cholédoque , ainsi que le pancréatique, qui se rendent également dans l'intestin duodénum , me réservant de l'indiquer lorsque je parlerai du foie et du paucréas, auxquels ils appartiennent. Je dois faire observer seulement qu’il faut laisser le duodénum en place, même après son étude, pour prendre une connaissance plus parfaite de la direction et des rapports des deux canaux qui pénètrent tout son
inltrieur, et eu particulier du cholédoque.
sos: DESCRIPTION.
à DE L'&@SOPHAGE.
Gula d. L.; oisophagos d. G..
Situation et rapports. Le long de la colonne vertébrale , entre le pharynx et l’estomac, derrière la trachée-artère au col, le poumon gauche et le cœur dans la poitrine. Frgure. Allongé , cylindrique , légèrement aplati d'avant eu arrière.
Structure etusages. Trois tuniques entrent dans sa camposition. | I
La première , extérieure , commune, celluleuse; la seconc musculeuse, divisée en deux plans, l’un, externe , formé de fibres longitudinales ; l’autre, interne, de fibres transversales ; la trotsième , interne, membraneuse, veloutée, de l'espèce des mu queuses. Chacune des tuniques est séparée par une couche de Ussu cellulaire , et des glandes nombreuses en tapissent l'intérieur. : Les usages de l’œsophage sout de transmeutre les alimens du pharynx dans l’estomac, qui s’y précipitent non par leur pesanteur spécifique , mais poussés de proche en proche par les contractions
successives de ce canal.
DE L'ESTOMAC. Ventriculus d. L.; gaster d. G.
Situation et rapports. Dans la cavité abdominale, dont il occupe la région hypocondriaque gauche ; en devant, il répond aux EU côtes , au foie et aux parois abdominales ; en arrière, au pancréas et xp aorte; en haut, au foie et au diaphragme ; ; en bas, à Parc du côlon; à gauche , à la rate ; et à droite, au foie. Figure. Assez semblable à un cône recourbé de droite à gauche, dont la base répond à gauche, et le ‘sommet à droite. Division, En face, ou plan supérieur , incliné en devant ; en face , ou plan inférieur , incliné en arrière. En bo rd antérieur, appelé la grande
courbure de l'estomac , qui reçoit l'insertion du grand épi ploon; en bord postérieur , appelé la petite courbure , qui reçoit celle du petit épiploon. En grosse extrémité, tournée à gauche, qui répond à la rate; en petite extrémité, tournée à droite , el qui répond à . Pintestin duodénum. On y considère , de plus, deux ouvertures ou orifices , dont un supérieur , appelé cardia , se continue avec l’œsophage, et répond à la partie moyenne et supérieure de la grosse extrémité de l'estomac, et un inférieur, appelé pylorique, qui se continue avec le duodénum, et qui établit, d’une manière très-exacle , la ligne de démarcation de cet intestin et de l’estomac.
Structure et usages. Un nombre de tuniques égal à celles de l’œsophage entre dans la composition de l’estomac. Mais ici, ce qu’on appelle tunique extérieure , n’est autre chose qu’un prolongement du péritoine : c’est la tunique séreuse des modernes. La tunique musculeuse , en outre, offre un troisième plan de fibres , qui , sous la figure de deux longues bandes charnues , sont jetées en mañiere d’écharpe autour de la grosse extrémité , appelée aussi cul-de-sac de l’estomac. Enfin, la tunique muqueuse offre plusieurs dispositions remarquables : 1°. sa surf.ce intérieure, continuellement humectée par un fluide muqueux abondant, est, dans Pétat naturel, d’un rouge parsemé de plusieurs taches bleuâtres; 2°, celte surface intérieure offre aussi plusieurs rides, qui sont Île résultat des contractions de la tunique musculeuse ; 3°. on y voit encore un grand nombre de villosités , rendez-vous commun des vaisseaux de l’estomac ei des ouvertures multipliées, dont les unes : sont les orifices des vaisseaux absorbans, et les autres répondent aux follicules muqueuses , situées dans celte turique. Parmi les rides ou replis de la surface antérieure de Pestomas, il n’en est point de plus considérable que celui qui se voit à l’extrémité inférieure de ce viscère: on lui donne le nom de valvule pylorique : elle est formée , non seulement par un DA. ERTOS de la tunique muqueuse, mais on y trouve également un bourrelet fibreux de forme circulaire, dans lequel les anatomistes ont cru reconnaître des fibres charnues. | |
Les usages de l’estomac sont tr°s-nombreux, et de leur accomplissement résultent les phénomènes Les plus importans de la di-
DE L'ANATOMISTE. 317 gestion. Les alimens, parvenus de l’œsophage dans l’estomac, y subissent une infinité de changemens , qui , tous, ont pour but leur transformation en une substance homogène, d’un blanc grisâtre , lactescente , propre à passer à travers l'ouverture pylorique. Plusieurs causes réunies concourent à ces grands changemens : les plus remarquables sont la chaleur, l'humidité, la présence de plusieurs fluides , le gastrique en particulier, les contractions de l'estomac , aidées et rendues pluseflicaces par celles du diaphragme et des muscles abdominaux, etc.