‹ Manuel de l'anatomiste, ou traité méthodique et raisonné sur la manière de préparer toutes les parties de l'anatomie, suivie d'une description complète de ces mêmes partiesChapitre 181 sur 281 · DU. RECTUM · texte numérisé non relu

DU. RECTUM

Situation et rapports. Le rectum, dernier des gros intestins, forme la terminaison du canal intestinal. Il est situé dans l’excavation du bassin , et s'étend de la fin de VS du côlon à Panus. En arrière 1] répond au sacrum , dont il occupe toute la face antérieure ; en devant , à la vessie chez l’homme , et à la matrice chez la femme. — Figure. Semblable à celle des autres intestins.

ANdr

Structure et usages. Ici se rapporte tout ce que nous avons à dire sur la structure et les usages des intestins en général.

L'organisation intime des intestins est à-peu-près la même pour tous ; cependant elle présente quelques différences qu’il importe de faire connaître. Tous , excepté le duodénum , possèdent une tunique extérieure, séreuse, qui est un prolongement du péritoine. L'absence de cette tunique dans une grande partie du duodéuum, permet à cet intestin de prendre un volume considérable, ce qui lui a fait donner le nom de second estomac { ventriculus succenturiatus ). Cette disposition , f.vorable à l’accomplissement de la digestion , permet aux alimens de séjourner plus long-temps dans cet intestin., et d’y subir les altérations et les changemens que leur impriment les sucs biliaire et pancréatique

Cette tunique fournit au côlon trois espèces de bandes, qui en parcourent presque toute la longueur, el qui donnent lieu à plusieurs bosselures, dont cet intestin tire un de ses principaux caractères. Le cœcum présente la même disposition. Dans les autres intestins, celte tunique n’offre rien de remarquable ; maisil ne faut pas oublier qu’elle n’enveloppe pas les intestins dans toute leur étendue, et que le lieu par où pénètrent les vaisseaux en est dépourvu.

= La tunique musculeuse n’offre point de différence sensible dans toute l'étendue du tube intestinal : elle est également composée de deux plans de fibres, qui, dans l’externe, marchent longitudinalement , et dans l’interne circulairement La longueur des unes et des autres est très variable, et difficile à déterminer. L’exirémité inférieure de l'intestin recium en est dépourvue; mais deux muscles les remplacent : ce sont les sphincters, dont l’exposition a été faite dans la myologie.

La troisième et dernière tunique est celle que Îles auteurs appellent veloutée , mais que des notions plus exactes sur ses usages a fait nommer, dans ces derniers temps, membrane muqueuse. Elle tapisse également toute la surface intérieure des intestins , et présente, dans chacun d’eux , quelques particularités qui méritent d’être connues.

Dans le duodénum , outre plusieurs villosités grenues, ovalaires,

DE L’'ANATOMISTE, 321 celte membrane offre nne grande quantité de replis, appelés valvules conniventes. On y voit également un très-grand nombre de glandes, qui portent le nom de glandes de Brunner. Enfin ë à deux ou trois travers de doigt de sa naissance, le duodénum

- Présente intérieurement un tubercule oblong, pointu à son exirémité, qui est l’orifice commun des conduits cholédoque et pancréatique. Dans le jéjunum et Piléon , les valvules conniventes d’abord très-multipliées, deviennent de plus en plus rares, à me= sure qu’on les examine dans l’iléon. Les glandes qui Les tapissent portent le nom de glandes de Peyer. Du reste, le nofbre et la

disposition des villosités sont à-peu-près les mêmes que dans le duodénum.

À mesure qu’on examine la tunique interne dans les gros intes- tins, on s’aperçoit qu’elle est moins fournie de villosités , de val- | vules, et sur-tout de glandes : ces dernières y sont isolées, et leur volume est plus considérable qu'aux intestins grêles ; mais il ne faut pas négliger de bien voir la forme et la disposition de la valvule cœcale , et de l'appendice du même intestin : ces divers objets réclament toute l'attention de l’anatomiste. | Les usages des intestins sont d’autant plus importans à connaître, que c’est pendant leur séjour dans ces organes , que les alimens sont définitivement élaborés, et que, sous la forme d’une humeur blanche, sucrée, lactescente, ils sont plus particulièrement destinés à la nutrition de l’individu ; en effet > en passant de l'estomac dans le duodénum > ils s'y trouvent soumis à l’action très - puissante des sucs biliaire et pancréatique, et c’est, lors de leur passage dans cet intestin, ainsi que dans le jéjunum et liléon, quils abandonnent alors la plus grande partie de leurs élémens autritifs. Arrivée à l'intestin cœcum » la pâte alimentaire est, en grande partie, dépouillée de ses parties chyleuses et nutritives, ce qui lui donne plus de consistance et de solidité. Ce résidu des alimens parcourt avec lenteur le cœcum et le côlon, La valvule cœcale, qui permet facilement le passage des matières du cœcum dans le côlon, s’opposse formellement à ce qu’elles puissent revenir sur leurs pas, et les force ainsi de parcourir, de proche en proche, toute l’étendue du côlon, et de se précipiter ea

329 A AREAN UE

masse dans l'intestin rectum , dont elles sont expulsées par l’action simultanée des muscles du bas-ventre et du diaphragme. Alors ces matières sont dures, sèches, exhalant une odeur fétide , et complètement dépourvues de fluides nutritifs. Tel est , en peu de mots, l’accomplissement de la digestion , dont Îe Bas et le résultat sont la nutrition de Pindividu.

L'expulsion des urines, qui accompagne toujours celle des matières fécales, est produite par les mêmes causes. La formation des urines, comme celle des matières fécales, est le résultat de Ja digestion, et les unes et les autres en sont le résidu. C’est pour cette raison que nousavons cru devoir lier l'étude des appareils urinaire et digestif, non pas, comme quelques anatomisies l’ont fait, parce que les organes de l’un et de l’autre appareils sont situés dans la même cavité , mais parce que leurs fonctions répondent aux mêmes

vues, et ont les mêmes principes pour cause.

0e (es Bo,, 4o, et 5°, DES VOIES BILIAIRE ET PANCRÉATIQUE. ‘Ici se trouveront exposés le foie, le pancréas et la rate.

Adininistration anatomique.

LS

Du foie. C’est un des organes les plus faciles à étudier , après qu’on a fait l'ouverture de la cavité abdominale. En partie caché par les dernières côtes du côté droit , il suffit en effet de les rompre et de les porter en dehors pour voir le foie en entier; mais c’est aussile viscère dont les rapports sont les plus nombreux et les plus intéressans à connaître. Ses maladies , l'influence qu’il exerce sur les parties environnantes , son volume, son poids et ses importantes fonctions, en rendront toujours l'étude aussi curieuse que profitable. T’anatomiste, le chirurgien, et le médecin sur-tout, peuvent tomber dans de grandes erreurs ; et commettre des faites impardonnables , en négligeant son étade.

Comme je l'ai dit plus haut, le fote est parfaitement à décou-

vert, quand on a enlevé les dernières fausses côtes. Mais cette connaissance superficielle ne suffit pas ; il faut examiner avec soin son éteudue , soit de haut en bas, soit de droite à gauche; il faut voir les Hens qui l’attachent et le fixent en place. On les trouve sur sa face convexe, dans sa grande scissure , et à ses deux extrémités. Le premier porte le nom de ligament coronaire; le second est le ligament suspensoir ou falsiforme ; les deux latéraux n’ont point de noms particuliers. Il faut ensuite examiner Îles rapports du foie avec l'estomac, la rate , le côlon transverse, le pancréas et Le rein droit. Ces divers objets n’ont pas besoin de préparation particulière. Il n’en est pas ainsi de son conduit exciéteur, des objets placés à la surface postérieure, et sur-tout de sa structure intime. La préparation du conduit hépatique est même tellement difficile, que plusieurs élèves en négligent souvent l'étude. Pour le trouver, portez en haut et à draite le bord inférieur et tranchant du foie; faites lirer en même tems en sens contraire le côlon et l’estomac; détachez alors avec précaution le tissu cellulaire lâche qui se trouve dans l'intervalle , ainsi qu’une portion de l'épiploon gastro hépatique, et vous avez sous le scalpel le caual hépatique, Une teinte jaunâtre suite de lexudation de la bile, répandue sur les parties voisines , indique assez le lien où il doit se trouver. Ce canal et le cholédoque, qui en est la suite, conservent des rapports tres-intimes avec la veine-porte et l’artère hépatique. On se lrompera rarement, en se rappelant que la veine-porte est trèsvolumineuse , bleuâtre et située beaucoup plus profondément; que l'artère est placée à gauche du canal qu’elle recouvre en partie ; mais le meilleur moyen de le rencontrer, e’est d’aHer le prendre à son insertion dans l'intestin duodéum , et de le suivre ainsi, d’une manière rétrograde, jusqu’au foie, en ob-arvant qu'il s’unit en chemin au canal cystique ou de la vésicule. C’est la réunion de ce dernier avec lhépatique, qui forme le canal cholédoque.

La simple inspection de la vésicule du fiel suffit pour en faire connaitre la situition et les rapports. Elle n’exige aucune préparation ; il est seulement nécessaire de bien examiner la marche et la direction de son canal ,ainsi que son union avec celui du foie pour la formation du canal cholédoque.

Quand on a satisfait à loutes ces préparations, on peut alors

enlever le foie, et le détacher des objets avec lesquels il contracte

des fortes adhérences, pour en mieux étudier les détails, et surtout ceux de sa face concave , qui sont très-multipliés.

Les préparations plus recherchées du foie consistent à injecter avec le mercure ses divers vaisseaux, et même son canal. On peut aussi faire ces injections avec l'alcool ou des substances résineuses, en les colorant, pour pouvoir mieux suivre la direction de tels ou els vaisseaux injectés; ainsi on pourrait injecter les artères en rouge , les veines en noir, le canal hépatique en bleu, etc. Le but de ce travail est de ie le mode d’anastomose des vaisseaux sanguins, et la manière dont ces derniers se combinent avec les premières radieules des conduits billiaires.

Comme on est parvenu à découvrir, dans ces derniers tés; une nouvelle membrane au foie, il est indispensable d’indiquer la mauière de la rendre visible. Il ne faut rien moins qu’une dissection attentive pour la découvrir. Pour y parvenir, on divise avec précaution la portion du péritoine quirevêt le foie à l'endroit où le ligament suspensenr s’insère dans cet organe. Alors, en soulevant lentement le périloine avec le manche du scalpel ou simplement avec les doigts, on voit au-dessous La membrane en question ; qui est manifestement celluleuse.

De La rate. En soulévant l'estomac, et en le tirant en avant et à droite, on découvre la rate sans difficulté; maïs de cette maniere on change sa situation , et on ne peut avoir qu'une idée très-imparfaite de ses rapports. Il vaut mieux laisser Pestomac en place, briser les fausses côtes du côié gauche , comme on l’a fait du côté droit pour le foie , eton voit alors très-hien la rate. Ce viscère varie beaucoup pour la grosseur et l'étendue. Tantôt réduit au plus peut

volume, la rate ne semble être qu’une petite masse inorganique , appliquée sur la grosse extrémité de l'estomac ; tantôt épaisse , allongée, très-large, elle occupe alors un espace considérable. Quelque multipliées que soient ces variétés, on ne doit pas perdre de vue l’objet principal de son étude , ce sont les nombreux rapports qu’elle a avec Pestomac, tant par sa situation , que par les

COM: unications établies eutre ces deux organes par Ÿ moyen des

. DE L'ANATOMISTE. 325 vaisseaux courts qu'il faut ménager. On manque ce but lor:que, prenant ces vaisseaux pour du tissu cellulaire, on les déchire souk le prétexte de mieux voir la rate: En examinant l'intérieur d’une rate soufflée et un peu desséchée, on la tronve composée de cellules, qui communiquent entre elles : ces cellules elles-mêmes communiquent avec les veines, comme le prouve le passage de l'air des unes dans les autres ; on peut s’en convaincre en répétant cette expérience, ou même en injectant la rate avec les substances | ordinaires des injections. :

Du pancréas. Cette glande, située dans Ia partie La plus profonde de lépigastre, est cachée par le foie, l'estomac et le côlon, et ne peut être aperçue qu'après avoir préliminairement enlevé ces divers objets. C’est le dernier dont on doive s'occuper , et je conseille même d’en remettre la préparation après l'étude définitive de tous les autres viscères abdominaux. Il est.seulement nécessaire de laisser la portion du duodinum, dans lequel s'insère le canal excréteur da pencréas: on a dû le faire pour le canal cholédoque, Ces deux canaux s'ouvrent quelquefois dans lPintestin au même endroit; quelquefois ils le percent dans un lieu différent, mais toujours à une distance très-peu éloignée,

Le pancréas est d'autant plus diffcile à bien mettre à découvértpour les jeunes anatomistes, qu’il présente quelquefois une consistance molle, et pour ainsi dire, cellulaire, ce qui le fait confondre avec le tissu cellulaire voisin, qui est très-abondant dans cet endroit, Sa situation n’est point fixe dans le lieu qu’il occupe, et on lentraîne souvent en détachant les parties qui le recouvrent. Malgré ces légers désavantages, on parviendra à le voir parfaitement, en écartant en même tems l'estomac, le foie et le côlon dans des directions. différentes ; le pancréas occupe l'intervalle mis à nu par ce procédé : il est couché en travers sur la colonne vertébrale, ei n’a guëre moims de huit à dix travers de doigt d'étendue. On le connait à sa couleur d’un rouge très-pâle, et à soû extérieur légèrement bosselé. Lorsqu'on s’est assuré de la présence et du lieu qu’il occupe, et qu’on s’est bien pénétré de sa situation et sur-tout de ses rapports , il faut enlever avec précautiou les parties qui le cachaient , ne laisser que la portion du duo

326 MANUEL dénum, qui recoit le canal pancréatique; ce qui se fait en liant, ayant de les couper , les deux extrémités de cet intestin.

La dissection du canal excréteur du pancréas présente quelques difficultés, tant à cause de sa petitesse, que par sa Situation cachée dans la propre subs'ance de ceite glande. IL naît par des radicules

-très-fines de son extrémité splénique, et marche en serpentant de gauche à droite, pour entrer dans liutestin duodénum à quatre ou cinq travers, de doigt du pylore. On le trouve assez facilement

en enlevant par tranches minces , successives, la partie antérieure

à du pancréas. Lorsqu'on est arrivé à une certaine profondeur , on 3 voit ce canal serpentant horizontalement &ans l'épaisseur de l’organe. Pour le mieux voir cependant, il ne faudrait pas le chercher s à son origine, mais, au coutraire, le prendre à l'endroit de son union avec le cholédoque , ou de son insertion dans Pintestin, et :

le suivre alors d’une manière rétrograde. C’est le seul moyen de ne pas le couper ou le déchirer, ce qui arrive infailliblement quand on veui le mettre à nu de gauche à droite, et dans le sens

de son origine à son insertion.

BU FOIF:

Jecur des L., hepar des G.

Situation et rapports. Dans tout l'hypocondre du côté droit, la région épigastrique et même portion de lhypocondre du côté gauche ; devant la colonne vertébrale , où se trouvent l’œsophage, Vaorte, la veine cave inférieure, et les piliers du diaphragme; derrière les dernières fausses côtes du eôté droit, au-dessous du “diaphragme, au-dessus de l'estomac, du côlon, du duodénum, du moyen épiploon et du rein droit. La situation et les rapports du foie présentent de plus les variétés suivantes dans quelques ci rCOnStances de la vie. Dans l’état de vacuité de lestomic , le foie descend -considérablement ; le contraire a lieu lorsque Pestomac est rempli d'alimens : debout ou assis, Le foie desceud également ; 1l remonte

DE L’'ANATOMISTE. 327 quand on est couché à la renverse; placé sur le eôté droit, il appuie sur les côtes , ne gêne aucun viscère, et le sommeil est alors calme et paisible ; si on se place sur le côté gauche, il appuie sur l’estomae, le comprime, rend la digestion pénible, sur-tout quand on a beaucoup mangé, et trouble le sommeil. Figure. Allongé de droite à gauche , épais supérieurement, mince et tranchant inférieurement. Division. En face supérieure convexe : elle est unie

au diaphragme par le ligament coronaire; en face inférieure -

concave: on y voit les objets suivans , en procédant de droite à gauche : 1°. deux légers enfoncemens qui répondent, Pun au rein droit, Pautre au côlon ; 2, la vésicule du fiel ; 3°. la scissure longitudinale , où se voit insertion de l'artère hépatique , de la veine-porte, du canal hépatique et du ligament suspensoire du foie ; 4°. la scissure transversale ; 5°. le lobe de Spigel , ou petit lobe du foie, et les deux éminences portes; 6°. un large enfoncement, qui répond à l’estomae. Son bord postérieur est incliné en haut : on y voit l’insertion des veines épatiques ; son bord inférieur, inciiné en bas, est mince, tranchant, festoné, et profondément divisé dans la partie moyenne, pour l'insertion de la grande faux du péritoine, ou ligament suspensoire ‘du foie : ses deux extrémités ne présentent rien de particulier.

Page 1