DE LA SYNOVIE
Cette humeur, que lon avait crue jusqu'ici fournie par de prétendues glandes placées dans Pintérieur des articulations
mobiles, doit être, avec plus de raison, considérée comme une
sécrétion des membranes synoviales où capsules des articulations,
Lorsqu'on lexamine, séparée de la masse du sang, elle se présente sous l'apparence d’un fluide visqueux, blanchätre et transparent. Sa nature, onctueuse et filante, la rend très-propre à lubréfier les rbée articulaires mobiles, à faciliter leur ghissement réciproque et à modérer les effets fâcheux de leur pression, Sa quantité, qui n’est point la même dans les diverses artie culations , est toujours analogue à l'étendue et à la variété des mouvemens que permettent ces articulations. Cest elle qui parait être la cause de ce gonflement plus ou moins considérable de.
quelques articulations , et qui portent le nom d’hydropisie des. articulations.
DE LA MYOLOGIE.
EXPOSITION PRÉLIMINAIRE
Malgré les travaux des anatomistes modernes, le système musculaire m’a paru susceptible d’être présenté sous un point de vue plus méthodique, et qui, d’ailleurs, s’accorde davantage avec les brillantes applications de la physiologie moderne.
Les anatomistes ont divisé les muscles d’après des combinaisons particulières que la nature est loin d’avouer; car elle n’a Jamais eu l’intention de faire des museles longs , larges , ou courts; mais:
elle a distribué dans chaque région du corps les organes néces-: saires pour lé
exercice et l’entretien des fonctions qui leur sont: propres, et la ne qui en est résultée appartient toute entière: à la conformation des parties , et non à un arrangement particuler , soi-disant naturel ; enfin, tes surfaces du corps n’ont point été faites pour recevoir tel ou tel muscle; mais, au contraire ,. chaque muscle a été organisé et disposé de manière à s’accom-. moder à la figure de la surface sur laquelle il s’est développé, et surtout aux usages qu’il doit remplir. '
D’après cette courte exposition ,je pense qu’on peut diviser tout.
DE L’'ANATOMISTE. 109 Lë système musculaire en trois ordres bien distincts de muscles, qui différent essentiellement par le lieu qu’ils occupent , par leur structure, et surtout par leurs usages. “
Ier oRDRE. Muscles à grands mouvemens de flexion , d'extension et de rotation : ils forment l’ordre le plus considérable du système musculaire ; la masse seule de chaque muscle, pris en particulier, est ordinairement très - volumiveuse. Cet ordre se trouve principalement aux membres; ce sont les muscles locomoteurs par excellence ; on les rencontre partout où il est nécessaire que de grands mouvemens de flexion ou d'extension s’exécutent : on les voit au bras, à lavant-bras, à la main , à la cuisse, à la jambe, à la partie postérieure et latérale du cou: dans tous ces endroits ; les mouvemens sont étendus et très-manifestes. Ce sont ces muscles qui ont excité le plus de recherches , et fixé davantage lattention des anatomistes : ceux de la face les ont singulièrement embarrassés ; et ne pouvant pas les faire entrer dans leur système de classification générale , la plupart en ont renvoyé lPétude à la splanchnologie. |
La forme allongée appartient exclüsivement aux muscles du premier ordre : ce sont eux que les anatomistes ont appelés mus-. cles longs; mais cette longueur diffère singulièrement dans les uns et les autres; plus prononcée dans les muscles de la cuisse À elle est presque réduite à rien dans ceux de la main, qu'ils ont placés dans les muscles courts ou petits ; cependant ce sont absolument les mêmes organes, et tous ont la même dimension en. partage, c’est la longueur; s’ils diffèrent par l’étendue, la structure et les usages restent les mêmes.
Structure. Tous les muscles de cet ordre ont une structure analogue : composés en grande partie de fibres rouges, ils sont ordinairement terminés par une portion allongée , blanche, appelée tendon. En prolongeant l’étendue réelle du muscle ») Sans aug meuter la longueur de sa portion rouge , le tendon contribue à rendre sa contraction plus énergique , puisqu'il est prouvé qu'un muscle est d'autant plus fort, que ses fibres sont plus courtes et. plus multipliées.
Comme les membres sont les parties qui exécutent les plus
119 | MANUEL grands mouvemens, c’est aussi là que se voient presque tous Îes.. muscles du premier ordre. Mais on remarque que leur forme: s'éloignetoujours davantage de celle que nous leur avons assignée, à mesure qu'ils sont destinés € à exécuter des mouvemens moins étendus , mais non moins énergiques; ce qui permet de diviser le premier ôrdre en deux genres. |
1° Muscles à fiexion et à extension. Presque tous parallèles à la longueur des membres , allongés, renilés dans leur milieu, et toujours terminés par un ou deux tendons, dont la grosseur et la longueur sont relatives à l'étendue et à P énergie des mouvemens. :
2, Muscles rotateurs ; € de la station. Moins ailongés que les précédens , ayant tous un point très-large d’insertion au tronc, terminés cependant par un tendon qui se rend aux membres.
1e. Orore. Muscles du tronc , à mouvemens bornés , concentrés. Moins nombreux et moins forts que les mascles de l’ordre précédent , ils occupent cependant des espaces plus considérables. On … les voit exclusivement au tronc : leur principal caractère est tout dans leur largeur extrême et leur peu d'épaisseur ; répandus sur ne très-grande surface, ils eussent surchargé le corps d’un poids inutile et incommode , si leur volume eût égalé celui des muscles à grands mouvemens.
Si Pévidence et l’étendue du mouvement caractérisent estel ment les muscles de l’ordre précédent, ceux du tronc sont surtout remarquables par les efforts qu’ils manifestent pour résister au déplacement. On ne peut les appeler muscles locomoteurs; car, dans la progression , loin de la précipiter , leur contraction , au contraire ,; tend coustamment à ramener la hgne de gravité dans le centre , et à maintenir l’équilibre , continuellement rompu par le déplacement des membres inférieurs : il est vrai qu’en fixant le tronc d’une manière, pour ainsi dire , immuable , ils ajoutent à la sûreté et à l’exactitude de la progression ; leurs points d’insertion multipliés, leur grande largeur , expliquent la nature de leurs usages, s “
Structure. Composés en grande partie de fibres rouges, contractiles, la partie blanche l'emporte dans plusieurs muscles de cet
ærdre. Cette partie blanche est épanouie sousyla forme d’une toile mince, qui, n'étant pas susceplible de contraction ; Ôte à la partie contractile la faculté d’agir sur des surfaces, qu’il eût été inutile, et même nuisible, de mettre en mouvement. La largeur de ces muscles, qui est leur caractère le plus fräppant, a pour usage principal de s’accommoder à la figure dés surfaces , Sur lesquelles ils sont développés. Les anciens admettaient dans tous les musc'es un point fixe où d’origine , el un point mobile ou d'insertion , cé qui les avait portés à les comparer à un rat écorché ; mais où. retrouver celte figure dans les muscles de l’ahdomen ?
IIT-. Orore. Âfuscles à expression, cutanés, & mouvemens très= variés. Les muscles de cet ordre ne se voient, ni aux extrémités ; ni au tronc; ils semblent appartenir plus particulièrement à la face , aux organes des sens et de la déglutition ; quoique soumis, en grande partie , à la volonté, nous ne sommes pas toujours les maîtres d’en augmenter ou d’en diminuer l’action. Leur jeu varié, la vivacité et la promptitude de leurs mouvemens ont mis l’homme bien au-dessus des animaux. Ces derniers, les quadrapèdes surtout , et en particulier les grands carnassiers, possèdent au plus haut degré de perfection les muscles des deux ordres précédens; mais l’homme seul peut donner une idée des passions qui l’agiteni, peut varier à l'infini la mélodie de sa vois. Sous ce rapport, on a très-bien observé que les animaux, même les plus parfaits, ne faisaient que des grimaces , tandis que l’homme , au contraire, peut, à son gré, peindre les passions les plus violentes, comme les sentimens les plus doux.
Les muscles de cet ordre sont, en général , peu volumineux ; mais comme ils sont tout muscle, pour ainsi dire , le mouvement le plus varié, le plus prompt, est leur caractère spécial ; presqué tous vont se perdre à la peau, où même s’y insèrent de toutes parts : 1c1, point de tendon , point daponévrose, point de figure déterminée et semblable pour tous; leur figure est aussi variée que leurs mouvemens ; et leurs mouvemens plus prompts que la pensée, Peu connus jusqu'à ce jour, les physiologistes en ont dédaigné l'étude , et semblent l'avoir abandonnée aux nécromanciens, aux bateleurs , aux prétendus physionomistes , à tous ces charlatans
412 MANUEL enfin , qui, forts de motre crédulité , osent parler de choses qu'ils ignorent absolument. Cependant les muscles de la face sont susceptibles des plus ingénieunses et des plus brillantes considérations. Qui pourra jamais rendre la vivacité et la finesse d'expression des muscles qui meuvent les lèvres ? 3 __ Structure. Entièrement charnus, les muscles de cet ordre sont
également susceptibles de se contracter dans tous les points de leur petile masse ; point de parties tendineuses, aponévrotiques , qui mn’eussent servi qu’à gêner la vivacité de leur action. Chargés d’exprimer jusqu'aux moindres nuances des passions , il était nécessaire que la totalité du muscle füt également irritable. Sous ce rapport , ils sont, pour ainsi dire , séparés du reste du système musculaire : ils ne servent ni aux mouvemens de flexion et d’extension , ni à ceux de rotation, etc. À eux seuls ils forment un système musculaire séparé et distinct, par leur situation, leur structure et leurs usages. La fibre qui les compose paraît plus fine , plus délicate, plus parfaitement organisée que dans tous les autres muscles, et le nombre et la grosseur des vaisseaux qui les pénètrent , semblent établir encore davantage cette différence. Telles sont les considérations nouvelles que j'ai cru devoir placer à la tête de la Myologie. |
Je passe aux notions générales et préliminaires de la dissection,
que je n’ai point placées au commencement de l’Ostéologie , parce que cette dernière n'exige que des préparations très-simples, et que Les élèves ne commencent réellement à disséquer qu'à la Myologie. Qu'on ne m’accuse point de manquer de méthode : si j’ai de préférence adopté celle que je soumets au public dans cet ouvrage, c’est qu'après bien des réflexions j'ai vu que je ne pouvais pas en suivre d’autre; car j’ai dû constamment me rapprocher de la manière dont les élèves étudient , et préférer ce qui peut leur être
utile, à ce qui aurait pu plaire à mon imagination.
Lo. 24
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