‹ Manuel de l'anatomiste, ou traité méthodique et raisonné sur la manière de préparer toutes les parties de l'anatomie, suivie d'une description complète de ces mêmes partiesChapitre 96 sur 281 · SIXIÈME ET SEPTIÈME RÉGIONS · texte numérisé non relu

SIXIÈME ET SEPTIÈME RÉGIONS

ÉPICRANIENNE ET FACIALE.

Muscles du sommet de La tête et de la face.

Je réunis dans un même article la préparation et étude des muscles de ces deux régious, parce qu’il est difficile de les séparer. Ces muscles sont, pour le sommet de la tête, l’occipito-frontal : les trois auriculaires, le surcilier et le pyramidal ; ceux de la face sont : l’orbiculaire des paupières , le releveur des ailes du nez et de la lèvre supérieure , le releveur propre de la lèvre supérieure , le triangulaire du nez, les deux zygomatiques, le canin , le triangulaire du menton, le carré, le myrtiforme, la houppe du menton,

le buccinateur , et l’orbiculaire des lèvres.

Administration anatomique.

La préparation des muscles de la tête et de la face a toujours été regardée commeune des plus délicateset des plus difficiles dela myologie : en eflet, autant les muscles du tronc veulent être disséqués à grands traits, autant ceux de la face demandent de dextérité et de lenteur. Quelques-uns sont enveloppés de graisse , d’autres reposent sous un tissu cellulaire dense et très-serré; d’autres encore ne sont

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recouverts que par une enveloppe cutanée , tellement mince, qu’on! peut à peine distinguer l'intervalle qui les sépare : toutes ces considérations réunies rendent donc la préparation des muscles de la: face extrêmement difficile. Mais une circonstance indépendante de: ces premiers inconvéniens peut rendre encore plus embarrassante la préparation de ces muscles; c’est la mauvaise qualité du sujes.

En effet, on ne saurait dire jusqu’à quel point il est difficile de disséquer les muscles de la face des sujets infiltrés ou de ceux qui ont péri à la suite d’une mort violente , de la strangulation, de l'apoplexie etc. ,etil vaut mieux, dans ce cas , remettre son tra-

vail à un autre tems, que de l’employer en pure perte; car je défie

le plus habile anatomiste de trouver et d'isoler exactement les

muicles de la face d’un sujet infiltré, par exemple. La trop grande

quantité de graisse en rend également la dissection pénible et désa-

gréable ; la disposition de ces muscles explique, jusqu’à un certain

point, la nature et la cause de tous ces inconvéniens ; tous se ren-

dent à la peau, en suivent les mouvemens, et, comme elle, obéis-

sent aux agens qui la distendent. Perdus dans la graisse, le tissu

cellulaire ou l’eau épanchée, on ne les saisit qu'avec peine, et on

ne parvient jamais à les fixer. C’est pour cette raison qu’on est dans

Vhabitude , par exemple , de placer dans la bouche et dans lin-

tervalle des lèvres et des gencives, des corps plus ou moins durs et

solides, qui, en soulevant les parties extérieures , offrent un point

d'appui, qu’on trouve difficilement sans cette précaution. Au reste,

un plus long préambule sur cet objet n’applanirait que très-peu

les difficultés de la préparation qui nous occupe; c’est en indi-

quant la manière de disséquer chacun de ces muscles en particu-

lier, qu’on parviendra mieux à les faire disparaître.

De l’occipito - frontal, Il est rare que les élèves qui veulent préparer ce muscle pour la première fois , ne lPenlévent pas avec la peau du crâne. Il lui est si intimement adhérent, et le muscle Jui-mêmeest si mince, que la faute en est bien pardonnable, Pour ne pas y tomber, ohservez. les précautions suivantes : au lieu d’inciser la peau, de la racine du nez à la protubérance occipitale externe, comme l’'indiquent les auteurs, commencez , au contraire , cette ingision vers la région auriculaire, comme

si vous vouliez procéder à l’ouverture de la tête ; mais n’enfoncez que très-peu le scalpel , et ayez l'attention de ne couper absolument que les tégumens, parce que pour éviter l’inconvénient de couper l’occipito-frontal par lincision ordinaire, vous diviseriez nécessairement les auriculaires, qui sont encore plus minces. Il est vrai que dans eet endroit la couche du tissu cellulaire est un peu plus abondante, et sous ce rapport on a moins de risques à courir. |

Du milieu de la première incision on doit en prolonger une seconde qui aille gagner le sommet de la tête, de manière à faire deux lambeaux, dont l’un est renversé en devant ct l’auire en arrière Mais on ne doit détacher la peau, qui doit former l’un ou lautre lambeau, qu'a mesure qu’on met le musele à découvert; ou bien on peut encore, après la première incision indiquée plus haut , enlever la totalité de la peau du crâne de desant en arrière, en la coupant dans le milieu, à mesure qu’on la détache. Après tant de peines et de soins on n’a cependant qu'un seul muscle à découvert ; mais celui qui parviendra , pour la première fois, à bien mettre à nu loccipito-frontal, aura déjà fait de très-grands progrès dans l’art de disséquer.

Des trois auriculuires. En enlevant la peau du crâne pour voir l'occipito-frontal, on a dû mettre à découvert une très-grande partie des auriculaires, qui demandent d’autant' plus de soins, qu'ils sont quelquefois très-pâles et si minces, qu’à peine peut-on les rendre visibles , même par attention la plus scrupuleuse. Pour en voir plus facilement les traces , tirez en divers sens la totalité de l'oreille , et étudiez-les dans lemême instant : un peu plus tard, ils sont desséchés et ne reparaissent plus.

Du surcilier. Prolongez une incision longitudinale de la bosse frontale , au bout du nez et même jusqu’au menton. Détachez ensuite la peau , de dedans en dehors, et de haut en bas, dans une étendue indéterminée , puisque la dissection de tous les muscles de la face demande qu’elle soit enlevée, dans ce sens , jusqu’au menton. Mais pour le surcilier , il suffit de le faire de manière à mettre seulement à découvert une portion de l’orbiculaire des paupières : alors coupez en travers sur le trajet de l’arcade surcilière le mus-

cle occipito frontal; portez l’instrument'avec ménageèment dans cet endroit, car le surcilier est dessous. Il ne faut que renverser, les portions de l’occipito-frontal divisées, pour reconnaitre le surcilier, dont les fibres marchent dans la direction de l’arcade ellemême : c’est la seule manière de le bien voir.

Du pyramidal. Ce petit muscle n’étant qu’un prolongement de Poccipito-froutal il suffit, pour le voir, d'enlever la peau qui couvre ce dernier sur la racine du nez : mais si on n’y preñd garde, on peut l’emporter avec Ja peau. Pour le rendre plus apparent, il faut tirer fortement en haut l’occipito- frontal, dont il n’est d’ailleurs qu’un prolongement.

. De l’orbiculaire des paupières. La difficulté de la préparation de ce muscle vient surtout de sa forte adhérence à la peau et de la grande laxité de cette dernière. Le muscle lui-même et la peau deviennent si minces vers le bord libre des paupières , qu'il faut toute l’habitude de la dissection pour conserver l’orbiculane intact; et si, comme cela arrive quelquefois , les paupières sont dans un état de bouflissure, alors les difficultés sont encore plus grandes : peut-être ne sera-t-il pas mal de se servir d’ün scalpel plus délié que ceux dont on fait usage pour le reste dela myologie. Alors procédez à la dissection de la peau, en la mettant dans la tension la plus parfaite; faites tirer en bas, en mêine tems, le bord libre de la paupière supérieure, et poursuivez la séparation de la peau jusqu’au grand angle de l'œil : arrivé R, continuez votre dissection de bar t en bas, de dedans en dehors,

et, de cette manière, vous mêlLez de caen à à découvert-le: transverse du nez et les releveurs de la lèvre, et tout à fait en dehors les zygomatiques, surtout si vous prolongez un peu en bas VPisolement de la peau. IL est même assez convenable de préparer de suite tous les muscles de la face parce que l’étude de chacun. en particulier, après la dissection de la peau, se réduit à peu de chose , et que les rapports nombreux qu’ils présentent gent qu’on les voie dans leur ensemble. Enlevez donc toute la peau de la face : allez doucement, parce qu’elle est lâche, abondante en tissu cellulaire, en graisse, et que les muscles, de leur côté,

sout quelquefois très-pàles.

FT

Voici le peu de soins qu’exige ensuite chacun d’eux en parui-

‘œulier.

Du releveur des ailes du nez et de la lèvre supérieure, et du releveur propre de la lèvre supérieure. Ces deux muscles sont un peu recouverts dans leur partie supérieure par l’orbiculaire, qu’il faut soulever et porter en haut pour les bien voir. Tirez en bas le bord libre de la lévre, pour mieux distinguer les deux releveurs ; quelquefois on les sépare facilement, souvent on éprouve de la difficulté; alors la description doit suppléer.

Du transverse du nez. En partie caché par les deux précédens ,ilest appliqué sur les parties latérales du nez. Sion néglhige d'étudier ce muscle dès l'instant où il est mis à découvert , il se sèche et disparait : hâlez-vous de le bien voir, en tirant en sens inverse et en bas les ailes du nez, ce qui rend plus apparentes les fibres du muscle transverse.

Des zygomatiques. Comue les releveurs , les zygomaliques sont un peu recouverts en dehors par l’orbiculaire dans leur partie supérieure ; en portant fortement la peau en bas eten dedans, ce qui se fait en saisissant Pangle de la bouche avec une érigne, on isole bien ces muscles, surtout sil y a de la graisse, parce qu’ils ont peu de surface, et une longueur assez remarquable. Wr

Du canin. Enlevez, ou mieux encore, écartez , sans les déta cher, les muscles précédens; débarrassez-vous de la graisse qui enveloppe le canin , et mettez à nu ce muscle qui est couché dans la fosse canine : rien n’est plus ais* que cette préparation, quand celle des autres muscles de la face a éié bien faite.

Du myrtiforme. L'élève qui n'est point guidé dans la préparation de ce muscle ne le trouve jamais, parce qu’il le cherche constamment où il n’est pas, et qu'il emporte en voulant le découvrir : en effei, ce n’est pasen dehors, mais eu dedans de la lèvre supérieure qu’il faut le mettre à nu: Soulevez donc cette lèvre, portez-la en haut, et divisez alors avec précaution, dans sa partie moyenne , la membrane qui la recouvre intérieurement : là, voustrouverez les deux petits muscles myrtiformes, presque uuis l’un à l’autre , et séparés seulement par un tres petit espace.

Du triangulaire du menton, Placé sur la mâchoire inférieure ,

178 MANUEL il suflit d’enlever la peau qui le recouvre pour le mettre à nu : un peu de tissu cellulaire se trouve interposé. Faites tirer en haut le bord libre de la lèvre inférieure ; par ce moyen simple et facile vous disséquerez mieux le triangulaire.

Du carré’ du menton La préparation du triangulaire à mis également à nu le carré, qui enést récouverten partie, et qui demande les mêmes attentions. Les deux carrés se confondent vers la syrmphise du menton avec la bouppe du même nom. Ea peau adhère fortement à ce muscle; le tissu cellulaire et la graisse s’entremélent à ses propres fibres, ét en rendent la séparation très-difficile ; mais il faut se contenter de bien enlever la peau ,et ne pas pousser plus loin la dissection de ce muscle.

De la houppe du menton. Celui-ei est entremèlé dans les deux muscles carrés au miliea du menton, dont il forme la partie la plus saillante ; il faut donc inciser ces deux derniers de haut en bas, et les écarter en dehors pour voir le musele de la houppe, qui est placé dessous; mais en Les divisant, ne portez pas l’instrument trop profondément , daus la crainte de diviser également le muscle de la houppe.

. Du buccinateur: Pour vair parfaitement ce muscle , il faut, de toute nécessité , placer dans la bouche, et sur les côtés principalement, du papier mâché , du linge, ou un autre corps qui fasse saillir la peau des joues; par ce simple procédé on déceuvre déjà la plus grande partie du buccinateur , dont les points &’insertion se font aux deux mâchoires; mais sa partie postérieure , cachée sous le masseter, ne peut être bien aperçue qu'après avoir enlevé ce dernier ; il faut donc en abandonner la préparation après celle du masseter : cela est d'autant plus néeessaire, qu’il faut tâcher de saisir cette occasion pour voir la marche du conduit de la parotide , dont la terminaison a lieu dans le milieu , à peu près, du buccinateur, et qu'il faut conserver.

- De l’orbiculaire des lèvres. S'il est convenable de placer un corps quelconque dans la bouche ou entre les lèvres , pour la préparation de quelques-uns des muscles de [a face , 1l est indispensable de le faire pour l’orbiculaire des lèvres; sans cette attention, il serait presque impossible de le préparer. La peau qui recouvre

DE L'ANATOMISTE. 179 les ièvres est si mince , qu’en cherchant à la disséquer on emporte toujours une partié plüs Ou moins considérablé dé lorbiculaire. Cé muscle fui-même n’est autré chosé que Île résultat de la disposition des autres muscles de la face, qui le forment en grande Partie ; en sé rendant aux lèvres. L'essentiel, pour le préparer , est de mettre les lèvres dans la tension la plus parfaite, et d’enlever la peau avec beaucoup de lenteur et d'attention. Si onne prépare pas ce muscle de suite , et qu’on atteude un jour seulement pour le terminer et l’étudier , il se sèche , se racornit, et on ne peut plus en tirer aucun parti.

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