‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 53 sur 90 · LE FILAGE ET LE TISSAGE DES ETOFFES · texte numérisé non relu

LE FILAGE ET LE TISSAGE DES ETOFFES

celui d'ouvrier en poix étaient exercés par de nombreux spécialistes *. Les formes de ces grands récipients étaient variées, comme d'ailleurs les noms les désignant : deza, vëdro, okpvù, korù, Içkùno, ^adïlbû, qui sont des mots slaves, alors qu'on a emprunté à l'étranger bùcïvï, bùcîka (de l'allemand boteche ou du grec (3g3tt'.ç) « tonneau », d'où le nom de l'ouvrier (becvar), fcadï (du grec /.a3oç) « grande cuve », kûbïlï (ail. kubeï) « baquet, cuveau », nûstvy (de l'ail, nuosk) l( jatte », et d'autres encore 2. Les plus usités parmi ces récipients étaient des seaux de bois cerclés de fer, munis d'une anse mobile (fig. 90) : on les trouve constamment dans les tombes du Xe au XIIe siècle, sur tout le domaine slave3.

Le filage et le tissage des étoffes.

La fabrication des étoffes était l'une des occupations constantes des femmes et des filles. Celles-ci tiraient leur fil de la laine des brebis ou des fibres du lin (« linum augustifolium ») et du chanvre (« cannabis sativa »). Les témoignages littéraires et archéologiques abondent en cette matière. Les pesons que la fileuse attachait au fuseau sont très nombreux dans les trouvailles datant des IXe et Xe siècles, et nous en connaissons même un, provenant de Kiev (fig. 92), qui offre une inscription slave 4.

Le tissage se faisait, il y a dix siècles, sur un métier évidemment plus rudimentaire que celui que nous trouvons encore aujourd'hui dans les villages slaves, mais dont pourtant la structure générale était la même. La terminologie se rapportant au tissage (parties du métier et du tissu, noms indiquant les procédés du travail, etc.) est identique chez tous les Slaves et remonte à une haute antiquité5. Elle est slave commune, et les Magyars l'ont adoptée

1 Les ouvriers en poix (sing. pkdnik « picarius ») sont mentionnés dans des chartes du XIe siècle 0V. star. SloO., III, p. 329).

2 Pour de plus amples détails, voir Ziv. star. Slov., pp. 320, 326.

3 Ziv. star. Slov., III, p. 329.

4 Ibidem, III, p. 337.

0 J'en ai dressé un tableau spécial dans Ziv. star. Slov., III, p. 336. Dans un travail ré-

Fig. 91 . — Sainte Vierge

au fuseau de Sainte-Sophie de Kiev).

aussitôt après leur arrivée dans l'Europe centrale l ; il n'est pas possible de supposer qu'elle ne se soit développée qu'à une époque postérieure. On ne saurait donc douter dans ces conditions, que, vers la fin de l'époque païenne, comme à l'époque historique, les femmes slaves aient su filer et tisser. Le fuseau (vrëteno) est dans la main des femmes le vieux symbole

Fig. 92. — Pesons de fuseaux provenant de trouvailles slaves (le n° 13, trouvé à Kiev, est le peson portant une inscription slave).

attesté par les œuvres d'art aussi bien que par l'histoire. Le métier à tisser était selon toute vraisemblance un appareil qui se tenait « debout », comme son nom même l'indiaue : stanû, stavù (du verbe stati « se tenir debout »).

cent, M. Gavazzi, du Musée de Zagreb, a complété par de nouveaux détails nos connaissances sur le métier slave ancien, qui, à son avis, était plutôt horizontal (tt Praslavenski tkalacki stan», Zbornik za nar.zivol, XXVI, 1926).

1 Voir Miklosich, Denkschriften de l'Académie de Vienne, Phil. hist. Classe, XXI, p. 15.

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