‹ Manuel de l'antiquité slaveChapitre 13 sur 46 · PREMIÈEES RELATIONS CONCERNANT LES SLAVES · texte numérisé non relu

PREMIÈEES RELATIONS CONCERNANT LES SLAVES

strictement, pour la période des origines, aux seuls événements mentionnés au commencement de ce chapitre.

Les premières relations sûres concernant les Slaves datent du I^^ et du n^ siècles de notre ère. Les Slaves apparaissent sous le nom de Vénèdes [Venedi, Venadi, Veneti, Oùevébai). Ces relations sont les suivantes :

Pline {Nat. Hist., IV, 97, écrite vers 77): «quidam haec habitari ad Vistulam usque fluvium a Sarmatis, Yenedis, Sciris, Hirris [corr.] tradunt » ; Tacite {Germ., 46, écrite en 98) : « hic Suebiae finis. Peucinorum Yenetorumque et Fennorum nationes Germanis an Sarmatis ascribam dubito . . . Yeneti multum ex moribus traxerunt: nara quidquid inter Peucinos Fennosque silvarum ac montium errigitur, latrociniis pererrant, hi tamen inter Germanos potius referuntur, quia et domos fingunt et scuta gestant et pedum usu ac pernicitate gaudent: quae omnia diversa Sarmatis sunt in plaustro equoque viveutibus » ; Ptolémée (mort vers 178, Geogr., III, 5, 7): « Katéxei he xr\y ZapiaaTiav ëGvri \itf\OTa ■ oî bè Oùevébai Tiap' ôXov t6v OùevebiKÔv kôXttov ko.! u-rrèp xf^v AaKiav TTeuKÎvoi xe Kai Baaxépvai » ;

{Geogr., III, 5, 8) : « rrapà xôv OùicrxouXav Troxajaôv ukô xoùç Oùevébaç fùGujveç, eîxa <t>ivvoi eixa XoûXujveç » ; {Geogr., III, 56): <-. xà OùevebiKà 6pr\». A ces témoignages peuvent être ajoutés un peu plus tard: celui de la carte de Peutinger, qui date à mon avis de la fin du III® siècle, et où l'on ti'ouve deux fois la mention Venadi Sarmate^ l'une en Dacie, l'autre entre le Danube et le Dniester ; — puis celui d'une énumération grecque des divers peuples, composée à peu près au commencement du m® siècle (Aia,uepicr|aou xnç ^i]ç à.TrocjTTacriaâxiov), et oii se trouvent les noms Bap5ou\o(, Kouabpoî, Bepiboi, évidentes corruptions de BavbouXoi et Beviboi; — enfin celui du périple de Markianos (c. 400), où se trouve de nouveau le OùevbiKÔç kôXttoç (II, 38, 39, 40), emprunté à Ptolémée.

Ces premières relations authentiques nous montrent les Vénèdes- Slaves comme une grande nation (iiiéYicTxov eOvoç), répandue au delà de la Yistule entre la mer Baltique (la baie des Yénèdes), les Car-

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pathes (les montagnes des Vénèdes) et la résidence des Feucini et des Fenni.

Tels nous apparaissent les Slaves aux premiers siècles de l'ère chrétienne. Les témoignages antérieurs ne sont pas sûrs. ''De tous ceux qui ont été recherchés avec l'intention d'accroître l'ancienneté historique des Slaves, il n'en est que deux auxquels il puisse être accordé un certain degré de vraisemblance: la note de Cornélius Nepos (94-24), oïl il est question d'Indi poussés par une tempête de « la mer indienne » {indica aequora) jusqu'aux bords de «la mer septentrionale», oii ils furent pris par le roi des Bataves et présentés au proconsul A. Metellus Celer en 58^; — puis une série de traditions anciennes, selon lesquelles l'ambre provenait du pays des Hénètes ou Énètes, à l'embouchure du fleuve Eridanos, qu'on identifie avec le Pô 2.

Les Indi et les indica aequora ne peuvent être rapportés à l'Hindoustan, car il n'est pas admissible qu'une tempête puisse chasser un navire jusqu'à la côte de la Germanie. Il est évident qu'il ne s'agit pas ici des Hindous, mais d'un autre peuple ayant un nom semblable, à savoir les «Vendes» ou «Yindes», qui ne sont autres, avec ce nom germanique [Weiiden), que les Yénèdes des auteurs romains. Quant aux traditions sur l'origine de l'ambre, il convient de rappeler que le pays des Vénètes italiens ne produisait pas cette substance précieuse, alors que, par contre, la Baltique en fournissait jadis une quantité considérable aux pays méditerranéens et que le commerce en existait déjà au cours du II® millénaire avant J.-C. On peut dès lors admetti*e que la localisation traditionnelle de l'ambre dans l'Italie septenti'ionale (la Yenise historique) ne provient que d'une confusion des Vénèdes baltiques avec les Vénètes italiens, ceux-ci étant, à vrai dire, plus connus des historiens que ceux-là. Mais, il faut le reconnaître, l'explication de ces deux témoignages remontant à l'antiquité peut assurément être récusée.

Les Vénèdes de la Baltique sont en toute certitude des Slaves. On en a plusieurs preuves. D'une part, leur habitat aux I^r et II® siècles de l'ère chrétienne coïncide avec celui des Slaves au VI® : ces derniers seulement l'ont quelque peu débordé au cours de la grande migration

' Cité par Pomp. Mêla, III, 5, 45. Cf. Pline, II, 170.

^ On trouve déjà cette légende chez Hérodote (III, 115), Hésiode (Hes. fragm., éd. Marckscheffel, 355), Skylax (c. 19), Skymmos (v. 188) ; cf. aussi Berger, Geschichte der tvissenschaftlichen Erdkunde der Griechen (I, p. 29).

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