‹ Manuel de l'armurier, du fourbisseur et de l'arquebusier: ou Traité complet et simplifié de ces arts (volume 2)Chapitre 13 sur 58 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ARMES QUI NE SONT PICS EN USAdE.

1 10. Il n'est pas-indifférent, pour l'armurier, de jeter on coup d'oeil ep arrière sur la manière dont furent faites les armes qui servaient à la guerre avant la découverte de la poudre à canon. Les babitans de la capitale peuvent en faire la revue dans nos musées et chez les antiquaires; mais ceux qui habitent les villes des départemens n'ont point celte facilité t il sera d'ailleurs agréable pour tous, de revoir cette partie

' historique de leur profession.

l § I er . AHMKS OFFENSIVES.

La massue, la masse cf armes.

1 1 1 . Les premières armes furent de gros bâtons nommés massues. C'était l'arme d'Hercule. Cette arme, redoutable dans les mains delà force, fut ensuite perfectionnée, on lui fit une poignée, on arma de dents aiguës le bout qui devait frapper, afin de produire de profondes' blessures. L'usage de la massue, abéndop-

"l née pendant les guerres des. Grecs et des Romains %

di l'aimuiiib. 83

reprit faveur dans le moyen âge , lorsque Ici chevaliers eurent tellement perfectionné les armes défensives, qu'il devint impossible de les atteindre avec le glaive, la lance ou la flèche. Dans les combats de cette époque- oa s'attachait à tuer le cheval, ou à renverser le cavalier pour ensuite l'assommer à coups de massue. I«a fig. 11, pi. a, représente une massue garnie de pointes : elle était t suspendue au- côté gauche de l'arçon de la se)le.

112. Vers ce même teins on substitua la massé d'arme ou mail , à la massue qui était lourde et peu

Î)ortative. Charles Martel se servit d'uue masse dans a grande, bataille qu'il livra à Abdéramme, calife des Maures d'JËspagne; cette masse affectait la forme d'un marteau , d'où lui vient son surnom de Martel, Les évèqués, allant à la guerre, se servaient de préférence des masses qui assommaient , parce que 1 église a horreur du sang. Bertrand Puguesclin et beaucoup d'autres chevaliers qu'il serait trop long de citer, étaient armés de masses de formes diverses : nous en représentons deux,, prises au hasard dans le grand nombre : celle, iîg. rs, est un boulet de fer emmanché*, au bout du manche est une poignée au bas de laquelle est un' anneau de fer ou de cuivre : cet anneau servait à suspendre la masse au -moyen d'une chaîne ou d'une courroie au pommeau de la selle.. Le cavalier, d'ailleurs, armé de la" lance et de l'épée , n'avait recours à la masse d'armes que lorsque ses autres armes étaient insuffisantes, ou lorsqu'il les avait perdues ou rompues. Le boulet était quelquefois surmonté d'une pointe, d'autrefois il était recouvert de côtes saillantes et tranchantes qui rendaient ses atteintes plus meurtrières; nous avons réuni ces diverses manières dans la même figure.

La fig. i3 représente une autre masse qu'on nommait aussi flot ou fléau, elle était de même suspendue au pommeau de la selle, le boulet m était Quelquefois hérissé de pointes et suspendu au manene à l'aide d'une chaîne, afin qu'il ne pût être séparé par un coup dé sabre, comme cela pouvait avoir plus facilement lieu lorsqu'il n'était retenu que par une cour-

84 MAPTDBL

rote. Le boulet'pesait de 6 à 9 livres, suivant la force de.eehii qui faisait Usage de l'arme.

11 3. La7mcAe d'armes a affecté une grande quantité de formes, la lie. i£ en donnera uue idée suffi* santé. Les armes des Francs, lorsque Clo vis fit la conquête des Gaules , étaient la hache nommée francisque et l'épée ; ils avaient aussi , mais moins généralement , le' javelot et le bouclier. Procope, en parlant de l'expédition que les Francs firent en Italie sous Théodoric I er , roi d'Austrasie, dit que ce roi, parmi les cent mille hommes qu'il conduisit en Italie» avait fort peu de cavaliers qui étaient tous autour de sa persoune. Ces cavaliers seuls portaient des javelots, tout le reste était infanterie ; ces piétons n'avaient ni arcs ni javelots, leurs armes étaient une épée, une hache, un bouclier. Le: fer de la hache était à deux tranchans, le manche était de bois et fort court. Au moment où ils entendaient le signal ils s'avançaient, et, au premier assaut, dès qu'ils étaient à portée, ils lançaient leur hache contre le bouclier de l'ennemi, le cassaient, puis tuaient leur adversaire avec l'épée.

. On se sert encore maintenant de haches et de cognées 4 mais elles sont plutôt des objets d'utilité que îles armes ; les bâches des sapeurs, destinées à faire des abatis, sont lourde» et solides, leur fabrication est plutôt de la compétence du -taillandier que de celle de l'armurier.

1 14« Projectiles. Le premier des projectiles c'est la fronde qui est faite avec un morceau de cuir et deux courroies; tout le monde connaît cette arme dont on se sert encore comme moyen d'amusement dans diverses contrées de la France. Cette arme très-simple est très-meurtrière; mais il est difficile d'ajuster avec son secours. Les premiers frondeurs lançaient des cailloux ; lorsqu'on en eût fait des compagnies qui prirent rang dans les batailles , on leur donna des balles de plomb pour projectiles.

1 15. L'arc et la flèche sont bannis de nos armées, on en voit encore parmi les troupes russes et turques. En Asie, en Afrique et dans les parties encore sauvages de l'Amérique , ils sont encore en faveur ; chez nous ils ne sont-plus qu'un objet d'amusement dans

de l'abvcii^k. 95

dos campagnes. C'est' cependant l'une des armes les

las anciennes et le plus généralement répandues.

es Grecs, les Romains, mais surtout les rarthes, s'en servaient fort avantageusement. Avant l'usage des armes à feu, la majeure partie des troupes était armée d'arcs, et l'on nommait archers les soldats qui s'en servaient. Les babifan» des villes étaient même obligés de s'exercer au tir de l'arc : c'est l'origkie de» compagnies de l'arc qui subsistaient encore en France avant 1780.. L'usage de l'arc dura jusqu'en 1481 , Louis XI l'abolît pour ses troupes et lui substitua la hallebarde , ou la pique , et le sabre. En Angleterre on faisait grand usage de l'arc , et il y a eu- des lois et ré* glemens pour encoutager les peuples à se perfectionner dans l'art d'en tirer. Sous le règne de .Henri VIII, le parlement se plaignit que les peuples négligeassent cet exercice qui avait rendu les troupes anglaise*» redoutables à. leurs ennemis, et en effet, elles durent en partie à leurs, arcbers le gain des batailles de Gréçi , de Poitiers et d'Azincourt. Par un réglenfreqt d'Henri VIII , chaque tireur d'aro de Londres fut obligé d'en faire un d J if et deux d'orme, de coudrier, de frêne, et d'autre bois ,' ordre aux tireurs de la campagne d'en faire trois; Par le huitième règlement d'Elïzabeth , ebap. 10 , les uns et les. autres furent obligés d'avoir toujours cbez eux cinquante arcs d'orme, de coudrier ou de frêne bien conditionnés. Par le douzième règlement d'Edouard , chap.' a , il est ordonné de multiplier les arcs et défendu de les vendre trop cber, les hieilleurs né pouvaient point valoir plus de six sous buit deniers. Ghaque commerçant qui trafiquait à Venise ou autres endroits d'où l'on tirait les bois propres à faire les arcs , devait en rapporter quatre pour chaque tonneau de marchandise, sous peine de six. sou» huit deniers pour chaque bâton manquant , et, par le premier règlement de Richard lit, chap. 11, il leur était ordonné d'apporter dix bâtons propres à faire des arcs, par chaque tonneau, a peine de treize do us quatre deniers d'amende. On trouve encore des arcs chez quelques montagnards de l'Ecosse et des Orcades. -

Les Sons wc» ne, -sont plus fcûUf envois, Les armu-

Page 1