INTRODUCTION
ta ht d'être agriculteur , l'homme fut guerrier et chasseur ; et il ne put être j'un ou l'autre qu'après avoir été armurier. Car la nature ne lui a donné, pour attaquer ou pour se détendre , qu'une intelligence étendue et une main faible, mais apte à devenir habile. Elle a donné aux autres animaux des armes offensives et défensives plu» ou moins .sûres , plus ou moins redoutables ; mais' l'homme , elle l'a recouvert d'un* peau mince, nue » très-facile à lacérer , su jette à toutes les impressions du froid ou de la chaleur; elle lui a, refusé' les dents longues et tranchantes , les ongles robustes ; sa course n'est point rapide \. sa force musculaire est bornée : elle l'a placé dans des circonstances telles» que la conservation de son espèce est tout entière attachée à l'emploi de moyens .étrangers à sa conformation ,'et c'est pour qu'il pût faire cet emploi qu'elle lui a donné l'intelligence, qui le rend incessamment perfectible ; tandis que la brute, plus favorisée à l'extérieur , est restée et restera sans cesse dotée des seules facultés qu'elle eut dès le principe. L'historique des armes de l'homme serait l'histoire de l'homme loi même, et la nuit des tems recouvre ces premiers commencemens ; nous ne ferons donc que jeter un coup d'oeil rapide sur les phases diverses de ce premier des arts.
Les premières armes furent deJourdes massues pour frapper, de longs bâtons pointus pour percer; mais, les pointes de ces derniers s'émousgant , on les arma d'os plus durs , de cailloux tranchans et pointus. Telles furent les premières piques , telles elles sont encore chez les peuples sauvages, privés, parla séparation des tners , de la communication avec leurs semblables , qui est la source de tout perfectionnement. Mais bientôt le besoin des projectiles se fit sentir; les animaux plus rapides , les oiseaux , habitans d'un autre élément , échappaient aux attaques. Le jet d'un caillou exigeait
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trop de précision , trop de force ; la peau d'an animal tué fournit une frondé qui quintupla les forces ; l'arc Tint ensuite , informe d abord , puis léger et perfectionné ; l'arc fut chargé de porter au loin le coup de la pique qui , plus légère , devint la flèche. Telles furent les premières armes offensives , la peau écailleuse d'nn serpent, le cuir d'un taureau, furent tes premières cuirasses : toutes ces armes purent précéder la découverte de l'emploi des métaux qui se perd elle-même dans la nuit des tems.
Après un long tems , les armes devinrent plus par» faites à mesure que le» peuplades, le* nations , se formèrent par l'agglomération des familles, des tribus ; les camps , entourés de fossés et de palissades , devinrent des villes ; les arcs de bois furent remplacés par des arcs d'acier ; la flèche eut aussi un fer pointu ; on forgea des casques , des cuirasses, etc. ; on recouvrit le bras gauche d'un bouclier: c'est dans cet état 2 ue nous voyons les hommes des tems héroïques, les recs d'Homère .se jettent encore par fois des pierres à la main ; mais les frondes , les flèches et les javelots , sont leurs principaux projectiles ; ils combattent avec la lance et Vépée, Les armes reçurent ensuite d'autrea perfection nemens , et l'industrie meurtrière des hommes parait avoir atteint sa plus vaste étendue vers le tems des premiers Empereurs romains, le bélier, la baliste , les tours roulantes compliquent l'art de la guerre : c'est vers ces tems qu'elle est la plus opiniâtre, la plus terrible, la plus meurtrière. La fabrication des armes'se tint a un haut point de perfection pendant la longue nuit du moyen âge , et les chevaliers peuvent, dans leur armement complet, servir de type original offrant un exemple de cette perfection.
Plus tard , une révolution .complète s'opère , la poudre' est inventée ou apportée d'Asie ; toutes les armes vont changer ; tout va se plier à l'emploi de cette nouvelle découverte ; la .force physique cessera d'occuper le premier rang; les batailles ne seront plus a* meurtrières , elles se décideront plus encore par les grandes manœuvres que par lacourageindividnel des combattans ; les armes perdront la diversité qui les approprie à la force de chaque individu, pour devenir
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Uniformes. Le sabre ne se brisera plus sur le casque ou sur la massue , il se croisera avec le sabre ; on ne lancera plus une pierre en retour d'une flèche , mais on donnera une balle pour une balle. Le faible pourra abattre le#brt s'il frappe le premier , parce que la mort viendra aussi sûrement d'un côté que de l'autre ; l'adresse elle-même ne sera plus condition- nécessaire du succès; mas par cela même qu'elles seront ping uniformes , les armes seront plus perfectionnées , elles seront fabriquées par entreprise , et chacun ne se fera • plus son arme, comme cela eut lieu sans doute dans le principe» Dès-lors il y aura moins d'armuriers , mais ils seront plus parfaits ; c'est ce que nous voyons de nos jours.
Il serait donc impossible de faire une histoire exacte et circonstanciée de l'art de l'armurier, ou du moins de placer cette histoire en tête d'un ouvrage destiné à donner la description des, nombreux procédés dont il se compose ; ce travail nécessiterait un classement , une disposition générale , un ensemble de parties qui ne pourraient être déployés que dans un livre particulier. Ne pouvant dont entreprendre cette volumineuse histoire , nous nous efforcerons de donner l'historique de chaque arme dont nous parlerons à nos lecteurs $ par ce moyen , les faits viendront naturellement se ranger à leur place.
Si nous ne considérions comme armurier que celui qui vend ou raccommode les armes, notre tâche serait bornée ; Car l'industrie a compris que le travail partagé se faisait plus aisément et avec plus de perfection ; la fabrique en grand fournit à l'armurier les parties
{>rincipales des armes toutes fabriquées, les canons ,• es lames, les fûts , les .batteries , tout cela se trouve tout fait séparément sur des modèles déterminés , et il ne reste plus à celui qui vend qu'a rassembler, polir, ajuster ces diverses parties. Il en est même beau-coup qui achètent les armes toutes confectionnées et ne font que leur donner un nouvel apprêt. Nous n'aurions donc qne peu de choses à constater dans ce cas, et notre travail se bornerait à dire : Dans telle fabrique se font les meilleurs canons, dans telle autre , les mejUçorçs lajmjs, çtCt } mais ce n'est pas ainsi que
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nous envisagerons l'art de l'armurier ; nous nous figtr» rerons que toutes ics diverses fabrications dont il se compose ont lieu dans une seule et même boutique , et nous rassemblerons dans un seul et même cadre tous les renseienemens que nous pourrons? nous procurer sur ces fabrications diverses.
Afin d'éviter la confusion qui pourrait s'établir dans uri aussi grand nombre de matières , nous classe* rons ainsi nos divers chapitres : i re partie. Disposition du laboratoire. - Outils dont il est garni ; a* Partie. Armes de guerre ; 5* Partie. Armes de chasse ; 4 e Partie. Armes de fantaisie. — Outils et ustensiles propres à l'entretien et au nettoiement des armes. Voyons d'abord la disposition du laboratoire et les outils dont il est garni.
DU FOURBISSECR.
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