‹ Manuel de l'armurier, du fourbisseur et de l'arquebusier: ou Traité complet et simplifié de ces arts (volume 2)Chapitre 6 sur 58 · DISPOSITION DE L'ATELIER · texte numérisé non relu

DISPOSITION DE L'ATELIER

é. Nous n'avons rien de bien spécial à dire sur ce sujet : la disposition de l'atelier de T armurier en boutique dépend de la manière dont est situé le local dont il jouit. S'il s'agit d'établir un atelier en gratid , et si l'on a le choix de l'exposition, on fera bien de choisir le nord. Les établis seront placés près des jours, la forge dans le fond , ou dans le centre de l'atelier , si le jour vient de tous les côtés : on devra faire en sorte qu'il se trouve dans lesenvirons des eaux fraîches, bonnes pour la trempe.

OUTILS QUI GARASSENT l'aTELIEB.

Ces outils sont très-considérables à préseat, surtout que les trois- états sont réunis en une seule et même profession.. Les outils et ustensiles sont la força complète avec enclume , tas , bigorne , marteaux divers de grosseurs assorties, les limes, les râpes, les écouennes', les compas droits , -courbes , divisés et autres; des- calibres doubles et simples pour roder les puix et les tèles dé vis ; des calibres de bois pour servir lie modèles à tailler les fûts; des filières simples et

l8 MARUKL

doubles garnies de leurs tarauds ; des pinces, des étaux à pied , à main et à agrafl'e , des tenailles ordinaires et à chanfrein ; des ciselets , des matoirs , des gouges , des ciseaux à bois et des burins-ciseaux pour couper le fer , des' rabots , des planes ou couteaux à deux manches : des équarissoirs ou alésoirs à 4 et 5 pans : une machine à percer , étrier ou potence : des fraises , an tour à barre fort et robuste : de£ arçons , des porteforéts, des scies de toute espèce : une meule et des, pierres à affûter, des règles équerres, et autres ustensiles servant à tracer.

Indépendamment de ces outils qui sont lestplus essentiels, l'armurier doit encore avoir, dans sa boutique , des cisailles fortes et a main , des grattoirs , des brunissoirs, dés mandrins ou matrices, comme ntandrin de plaque, mandrin de gardé, mandrin de corps, mandrin de branche, mandrin de bout et autres, des rosettiers , et une infinité d'autres outils servant à la confection des gardes et poignées : mais qui se sont modifiés considérablement depuis que les armuriers se sont décidés à acheter les fils métalliques tout tirés et au numéro convenable ; opération qu'ils faisaient jadis eux - mêmes , et qui- exigeait l'emploi de filières et d'autres appareils dont ils peuvent maintenant se passer. Nous allons décrire successivement chacun de ces outils , en en donnant la figure chaque fois que nous la croirons utile pour l'intelligence du texte.

SI LA FOBGB.

La forge se compose d'un soufflet et d'un bâtis ou foyer.

• Le Soufflet»

7. Le soufflet de forge est à deux ou à trois vents. On peut forger avec deux soufflets simples, dont l'un souille tandis que l'autre aspire; mais cette disposition tient à l'enfance de l'art, et maintenant il n'est aucune forge où les soufflets simples soient employés, on se sert toujours du soufflet à double vent, Nous n'entrerons pas dans les détails de la construction des ftoufflets , rarement l'armurier se livre à cette fabrica-

tion, il achète un soufflet tout fait; nous devons seulement lui faire connaître les conditions dont U' réunion constitue un bon soufflet.

Le soufflet est composé de trois planches et d'une peau de vache. La planche inférieure qui est mobile se nomme le volant, le battant, ou le ventilateur. La planche du milieu se nomme le diaphragme, elle est immobile ; la planche de dessus se nomme le recouvrement.

La planche du milieu est fixée après un morceau de bois percé dans sa partie supérieure qu'on nomme la -iêtière, c'est après cette têtière qu'est attaché un bout de canon qu'on nomme buse-.

Mais, comme la peau qui remplit les espaces qui se trouvent entre le ventilateur et le diaphragme, et entre ce diaphragment le recouvrement , serait sans soutien , on la maintient par des cercles dé bois ou de fer qu'on nomme nervuret. Les nervures tiennent après la têtière, non* pas invariablement, mais sont assemblées avec elle soit par des brisures , soit au moyen de pitons entrés dans la têtière dans lesquels les bouts des nervures en fer sont engagés, soit au moyen de vis faisant pivot, si lea nervures sont en bois.

La planche du bas, ainsi que le diaphragme, sont percés dans leur centre d'une ouvertureplus ou moins large selon la grandeur du soufflet : c'est par ces ouvertures qu'ont lieu, savoir : la prise d'air par le ventilateur et la transmission d'air par le diaphragme. Ces ouvertures sont recouvertes de planchettes nommées clapets, et l'ensemble se nomme soupape.

Comme les. soupapes doivent se mouvoir librement et fermier hermétiquement lorsqu'elles sont abaissées , les clapets, qui doivent être laits avec une matière légère et non sujette à se tourmenter ou se voiler , telle que du carton pour un petit soufflet, du bois blanc ou du sapin pour .un grand soufflet, sont garnis par le côté qui vient s'appliquer contre les ouvertures d'une peau souple ou d'une étoffe "moelleuse. Dans les grands soufflets on se sert de peau de mouton avec sa laine, o» de peau, de lapin avec son poil , qu'on colle sur le clapet , le poil en dehors. Dans les petits soufflets on emploie de la peau blanche, dite peau de gant, ou <*-

taffetas qu'on laisse dépasser des trois cotés du clapet, afin' que l'air condensé appuie sur ce taffetas et intercepte toute communication avec l'extérieur. Le clapet tient après la planche au moyen d'une j>eau faisant charnière sur 1 un de ses grands côtés ; et , afin que dans l'inspiration il ne s'ouvre pas trop et ne puisse retomber en arrière, effet qui pourrait avoir lieu et laisserait la soupape ouverte, on le. retient, soit par . une bande de peau laissée assez lâche pour qu'il puisse s'ouvrir convenablement , soit par un ressort qui cèdsj à l'effort du v.ent lorsqu'il s'introduit impétueusement dans le vide, et qui ensuite concourt avec l'air condensé à fermer la soupape. Dans quelques soupapes les clapets sont circulaires et afiectant la forme d un cône tronqué renversé y ils entrent dans des trous coniques et forment ainsi' une exacte fermeture ; mais elles sont moins en usage que celles dont nous venons dé donner la description ; c est l'ensemble de ces pièces qui constitue la carcasse du soufflet.* Nous devons ajouter que le diaphragme reçoit en outre une bande de fer très-plate à laquelle il adhère par des vis ou des clous. Cette bande -de fer est terminée, à ses deux extrémités, par deux bouts arrondis dans la partie qui dépasse la plus grande largeur du diaphragme : ces bouts servent à supporter le soufflet sur le bâtis, on les nomme oreilles.

L'espace compris entre le ventilateur et le diaphragme doit être de moitié moins grand que l'es- Èace compris entre ce diaphragme et le recouvrement, e premier espacé s'appelle la culotte, ou mieux, il prend le nom de la planche inférieure et se nomme le ventilateur. L'espacé double du premier compris entre le diaphragme et le recouvrement se nomme rètervoir d'air. Si le soufflet a neuf nervures, il y en aura six au réservoir, trois à la culotte. S'il n'a en tout que six: nervures, ce qui est la mesure des soufflets de moyenne force , on en mettra quatre au réservoir et deux à la> culotte ; dan) les petits soufflets on se contente de mettre deux nervures en haut et une en bas.

La peau qui recouvre le soufflet doit être souple et entretenue telle par. l'ouvrier qui la graissera de tems en. tems ; «lie doit adhérer de toutes parts après 1*

DE l'aKMUHIEK. s|

carcasse : toute perte d'air serait on défaut , on s'assure qu'un soufflet est bon en bouchant la buse ave© la main et en l'emplissant d'air. Si le recouvrement ne retombe que trés-fentement et d'une manière non perceptible à l'œil, c'est un signe que le soufflet est convenablement fabriqué. Il semblerait en théorie que ce recouvrement ne devrait pas retomber, la buse étaut close; mais cet effet n'a jamais lieu, l'air s'échappe toujours, soit par la soupape, soit par d'autres issues qu'il est impossible de reconnaître. Si le recouvrement retombe proinptement, c'est une preuve que le soufflet est mal fabriqué, et qu'il y a quelque perte grave d'air. Pour la trouver, on promène lentement la flamme d'une chandelle autour du réservoir, afin de reconnaître l'issue par les oscillations de cette flamme, ou bien encore, on répand sur la têtière, et aux endroits quel'on soupçonne, une pondre légère, sciure de bois blanc et sec ou autre , et t'oq ne tarde pas à reconnaître la perte d'air. On la bouche alors avec de la peau et de la colle-forte, et, lorsqu'il est possible , en ajoutant des clous. v

On voit, parla disposition de ce soufflet, qu'il n'entre d'air à chaque inspiration du ventilateur qu'un tiers de la capacité totale du soufflet , et qu'il faut deux inspirations pour que le réservoir d'air soit rempli. Ces deux inspirations ne sont jamais suffisantes , quelle que soit la perfection du soufflet ; mars ordinairement le réservoir a atteint son maximun de plénitude après la troisième inspiration , lorsque toutefois la buse est hermétiquement fermée ; il faut quatre ou cinq coups lorsque la buse est- ouverte. Au moyen de cette division par tiers, on obtient un vent continu assez soutenu pour la forge ordinaire.

On a maintenant des soufflets beaucoup plus parfaits : les soufflets à la Rabier^ ntr'autres donuent, sous un moindre volume, beaucoup plus de vent; mais nous ne faisons que les indiquer en passant , parce que les armuriers ne font, pas de la forge leur principale occupation , et qné ces diverses descriptions nous entraîneraient hors des limites de l'ouvrage ' que noua avons -entrepris. '

Le soufflet est* assez ordinairement suspendu au

plancher, au moyen d'un bâtis en bois ou en fer, dont on concevra l'idée par l'inspection de la planche I r * , figure l* e G, Le levier I se nomme brantoire : par^devant un fil de fer ou une corde supporte la poignée J , qui doit être à la portée de l'ouvrier lorsqu'il attise son feu. A l'autre extrémité de la branloire est également attachée une tringle ou une corde correspondant à un piton ou crochet K , attaché avec des vis après le ventilateur et supportant en outre un boulet* ou tout autre poids * servant à bâter la descente du ventilateur, lorsque la pression opérée par la main de l'ouvrier sur la poignée J vient à cesser. C'est à Paîde du mouvement de bascule de la branloire qu'on fait jouer le soufflet.

Le Foyer.

8. Le foyer se compose de deux parties distinctes ; Vâtrè'j, la cheminée J

L'âtre est un bâtis fait en briques s' élevant de terre un peu au-dessous de ceinture d'homme. Il se compose de deux petits murs. en briques , appuyés contre un gros mur quelconque : lorsque ces deux petits murs, parallèles entr'eux, sont élevés à hauteur convenable, on les recouvre par des bandes de vieux fer croisées entr'elles , on recouvre ces bandes de tuilots , de briqués cassées, de: terre grasse, c'est ce qu'on nomme la paillasse» On perce ordinairement cette paillasse ôrun trou correspondant au-dessous de la forge : dans le fond sur le côté , ce trou sert d'écoulement au mâchefer et aux ordures* , Dessous la paillasse, entre les (feux murs , se place un baquet rempli d'eau , servant à la trempe et à asperger le feu , on peut y mettre aussi la provision de charbon : mais, comme cet endroit dans le fond reçoit par le trou de la paillasse le mâchefer et les cendres^ il convient mieux de mettre le charbon à part et de côté en dehors de la cavité dans laquelle il est sujet a trop sécher.

Au-dessus de la paillasse s'élève l'âtre proprement dit. C'est un bâtis de briques à plat et présentant le bout à l'action du feu, au milieu de ce bâtis est renfermée la tuyère. On appelle ainsi un parallélipipède de fonte percé d'un trou connue "par son centre et

sk l'aimckibi. a3

dans le sens de son grand côté. L'orifice le pins évasé du trou est placé par-derrière, le plus petit par-devant» du côté du feu; c est dans l'orifice postérieur que vient s'engager le bout du canon du soufflet , qui a pu suivre les courbes nécessaires, pourvu tout» fois qu'il ne s'y rencontre point de coude anguleux , le canon est l'intermédiaire entre la buse et la tuyère. Si les circonstances locales l'exigent , rien ne s'oppose à ce que la buse elle-même s'engage dans la tuyère; mats il vaut a mieux qu'il y ait uu conduit intermédiaire. Le vent est plus fort et l'intérieur du soufflet ne risque pas d'être brûlé par les corps tncandescens qui peuvent v pénétrer. Ce canon peut être fait de toute matière ; il est ordinairement en tôle, ou bien, mieux encore, c'est un canon de fusil , coudé , étiré et évasé.

Depuis quelque tems on vend des plaques d'atre, gardes-tuyères en fonte qui sont très-commodes, et qui s'opposent à la prompte détérioration de l'atre; cet plaques carrées ont quatre écbancrures livrant passage au vent , quand la force du feu a altéré une des fa ces, on change d'échancrure , et, coin Dde il y en a. quatre, on peut changer quatre fois , et' quatre autres fois encore en changeant la plaque de face. Quant aux tuyères à courant d'eau fraîche , elta sont encore trop peu connues pour que les armuriers qui n'attachent pas une importance majeure à la construction de leur forge en fassent dès-à-jSrésent usage.

On consolide le bâtisen entourant la paillasse d'une large bande de fer scellée par. les bouts dans le gros .mur contre lequel la forge est. adossée.

9. LaWxcmïnet autrement dite hotte, vantait, etc., se fait ordinairement en scellant dans le mur une bande de fer, de même forme, mais plus forte et'plus grande, que celle qui ctint la paillasse : cette bande eât en outre renforcée par' deux arcs-bou taris en fer également scellés dans le mur; sur cette bande on pose de grandes planches de plâtre, ou simplement de bois qu'on recouvre de plâtre, on les incline de manière 4 former l'entonnoir renversé , et l'on réserve par le haut une ouverture qui -correspond au tuyau de la cheminée : on fait avec du pUtre, sur le devant, uu record saillant sur lequel on pose te» poinçon^ à ebaud,

!>4 MAWOEL

les calibre* , les compas , et autres outils servant ha* biluellement à forger. Assez souvent l'assortiment des

})inces est étalé sur la pente de la partie antérieure de a botte.

Nous avons dessiné, planche I", fig. I re , l'ensemble d'une forge de grand atelier à laquelle on peut arriver de tous les côtés, parce qu'elle se trouve située dans le centre , les quatre cotés éclairés de l'atelier étant garnis d'établis. - *

À est le socle ou soubassement.

B le bâtis en brjques à plat dé, forme octogone, au milieu duquel est réservé un vide servant aux usages que nous avons indiqués,' et en outre à mettre les outils.

G la paillasse circulaire, portée par. des .supports en fer. • " '

D le bâtis de l'âtre.

E. vaste entonnoir renversé, en tôle, supporté par une ceinture de fer appuyée sur quatre pi Lier s égale * ment en 1er. . /

F tuyau en tôle , suivant la direction convenable, pouvant monter directement , soit à travers le toit et sortir au-dessus, ou aller, parle moyen d'un coude ^ communiquer avec un corps de cheminée voisin. • H soufflets.

Les autres lettres du renvoi ont reçu leur' explication plus haut.

. Les armuriers, pour forger, peuvent «faire usage de charbon de terre; mais, comme ils ont peu souvent besoin à la forge, peut-être feront -ils mieux de se servir du charbon de bois.

Accessoires de la Forge,

10. Indépendamment de là forge, qui est assuré* ment la pièce principale, on doit avoir des tisonniers, des ringards, des pinces de formes variées, un goupillon podr jeter de l'eau sur le feu, des clouieres, des tranches, des étampes et des poinçons, des supports nommés servantes, des chandeliers brisés.

Le tisonnier, représenté fîg. a, 3 delà même planche, se fait tantôt droit, fig* a , tantôt à crochet fîç. 3, ou

ds l'abmcsieb. 25

U fait plus on moins fort; lorsqu'il est lourd, il sert de coutre peur casser le charbon qui est trop gros.

Le ringard est an bout de fer sacrifié , après lequel on soude les morceaux de fer qu'il serait difficile de forger en les tenant avec les pinces.

Les pinces à forger sont faites en fer croisé retenu

par une goupille. On ne se donne pas la peine de faire

un chat, c'est- à dire de faire passer une branche dans

l'autre, comme cela a lieu pour les pinces soignées. La

fig. 4 représente la pince plate ordinaire; la fig. 5 une

pince pour tenir de côté les fers ronds ; la fig. 6 une

pince à tôle et autres fers plats ; la fig. y une pince

pour les fers carrés pris de côté ; la fig. 8 une pince

propre à saisir' en bout les fers ronds. On fait la même

pince propre à saisir en bout les fers carrés : nous

n'avons pas cru qu'il fût nécessaire d'en donner la,

u figure. Toutes ces pinces s'outrent par l'usage ; mais

alors on les chauffe et on leur fait reprendre sur l'en-

clume leur forme première.

Le goupillon , fig. 9 , se fait de plusieurs manières. Assez souvent on se contente de faire' une boucle dans le bout d'uqe bandelette de fer, et de passer dans ce bout des chiffons et de la filasse ; d'autres fois on tord deux forts fils defer, et l'on prend entr'eux de. longues soies : cet ustensile est peu important , la majeure partie des ouvriers se servent d'un ballet de bouleau ou de> bruyère à manche court, qui remplit très-bien l'objet qui est dé faire tomber de l'eau en pluie sqr le feu. ' .

On appelle clouiére, fig, 10, un tube de fer plus ou moins fort suivant la forée , des clous' qu'on veut faire , qui est percé au centre d'un trou par lequel on fait passer la tige du elon ; en frappant sur le fer trèschaud , on applatît le bout excédent la clouiére et on formé la tête du clou. ,

Les tranches, fig. 11 et i5, sont des couteaux d'acier trempé, avec lesquels on coupe le fer lorsqu'il est chaud. Il y en a de petits {Voy. fig.'n ) qui ont une soie* qni s'engage dans un trou pratiqué suri'enclùme, et qu'on u oui me mit: elles prennent alors le nom de tranchets. Pour s'en servir, on fait rougir te îèv; on le ï«se à l'endroit qu'on veut couper sur le tranchet , e t

96 MÂNOtt

on frappe dessus à grands coups de marteau. Si le morceau de fer n'est pas coupé on le retourne et on frappe de même de l'autre côté. Assez souvent il n'est pas nécessaire d'en agir ainsi : le tranchet l'entaille assez profondément pour qu'il n'y ait plus qu'à le rompre en le ployant sur la quarre de l'enclume. Lorsque le fer est trop gros ou lorsqu'il est plat et d'une forme qui rende l'emploi du tranchet difficile, ou même impossible , on se sert de la tranche proprement dite, {foy. fig. i5), qu'on emmanche dans un morceau de fer fendu , si l'on craint de se brûler en la tenant avec la main. Ces tranches et tranchets sont sujets à se détremper par suite de leur contact avec le fer chaud ; c'est pourquoi on a soin de les plonger de tems à autre dans l'eau pour les tenir froids, et, lorsqu'ils sont devenus tout-à-fait mous par suite d'un long usage et malgré U précaution dont nous venons de parler» on les trempe de nouveau pour leur rendre leur dureté.

Les élampes sont des outils dont on ne saurait donner le dessin , parce qu'il y a autant d'étampes qu'il y a de formes diverses à donner au fer. Nous avons choisi pour l'exemple V 'astragale, le carré ,ou listel j fig. ta et i5. L'étampe est quelquefois double , lorsqu'il s'agit de contre profiler les objets. L'étampe, fig. Î2 et i3, est un morceau de fer massif ayant par-dessous une tige ou queue ajustée à l'œil de l^enclume dans laquelle elle s'introduit , par-dessus , à l'endroit profilé, elle est garnie d'acier soudé à chaude portée sur la masse et auquel on a donné le dessin convenable. Lorsqu'on se sert de l'étampe , il faut avoir soin de la vider à chaque instant des pailles et mâchefers qui s'y amassent nécessairement uon frappe sur le fer rouge posé dans l'étampe, soit immédiatement , soit au moyen de marteaux emmanchés affectant une forme particulière et qu'on nomme chasses : on frappe sur ces (Lasses avec le marteau à deux tètes nommé masse. Si l'empreinte doit avoir lieu des deux côtes, on se sert de l'étampe double qui se compose de deux ét« mpes ordinaires, dont l'une, l'inférieure, se plate, ai.jsi que nous venons de le dire, sur l'enclume ; l'étampe supérieure affecte ia formé «Tuas forte chasse*

di i'ahmphiih. a 7

on, pour mieux dire, d'une masse ; sur l'une des têtes de ce marteau est le dessin qu'on veut étamper : on frappe devant avec-un marteau sur l'autre tête, tandis que le forgeron tient l'étampe en place au moyen d'un long manche en bois.

Les poinçons servent i percer des trous ronds , carrés, rhombes ou rhomboïdes ; ces poinçons sont eu feç aciéré par le bout et trempé convenablement ; les fig. i4 5 id, 17 et 18 en donneront une idée suffisante. Gomme ils sont destinés à opérer sur du fer chaud , il faut avoir soin de les tenir froids , en les pion* géant de tems en tems dans L'eau, ainsi que nous venons de le dire pour les tranches : on trempe également de nouveau lorsqu'il sont devenus mous par suite d'un usage prolongé.

On nomme servantes des supports en fer qui servent a tenir, dans une position horizontale, ou toute autre voulue , les fers longs qui sont au feu. ta forme de ces servantes . est variée à L'infini : certains ouvriers en font de très commodes et de très - élégantes. Noua donnons , fig. 19 et ao, les formes les plus» connues après PS, qui est là plus simple de toutes , mais dont l'usage est plus borné. La pointe -a , fig, 19 , fait pivot : elle est enfoncée dan» une bûché debout., servant d'ailleurs dé billot à , bâcher , ( dégrossir les bois a la la hache), elle vire sur ce pivot et reçoit entre ses branches b, virant sur la goupille c, le fer à supporter. La servante, fig. ao, a la faculté de se hausser ou baisser a volonté ; on là suspend quelque part après un clou planté dans le plafond , aptes une traverse sur laquelle elle peut glisser , après tout autre chose , au moyen du crocheta ; la bride 6, «'engageant dans la crémaillère c, permet de hausser ou de baisser le bras d qui , virant d'ailleurs sur le pivot /"/augmente la portée de ce bras ; quant aux chandeliers brisés dont nous avons parlé en récapitulant les accessoires de la forge , il est inutile d'en donner la description , tout le monde en a vu après les pupitres des ùiusicien's, et ailleurs.

. , • L'Enclume*

1 1 . Un armurier ne peut se passer d'avoir plusie*- «ucluwes, une grosse «nclume de forme ordinaire.

28 MAKUEL

sieurs bigornes et de petites enclumes d'établi; il doit aussi avoir un tas d'acier sur sou billot. Sans parler de bigornes et bigorneaux, et autres mandrins propres à des fabrications spéciales et dont nous parlerons lorsque nous décrirons ces fabrication».

L'enclume est une masse de fer recouverte d'acier : «on lui donne des formes diverses» selon les usages auxquels elle est destinée : il' y a cependant une forme commune et ordinaire qui est adoptée pour diverses professions , c'est celle dont les armuriers font usage et que nous avons représentée , fig. ai , pi. i re .

Les enclumes sont du poids de i5o à 5oo livres. Les armuriers choisissent un terme moyen. On fait de bonnes enclumes à Paris et dans les environs ; mais ce n'est pas dè-là qu'on les tire' le plus souvent , parce que le prix en est trop çlevé. A Nçvers où a' des enclumes fort bonnes au prix de q5 cent, ou un franc la, livre , faites suivant modèle fourni , qui sont trèsbonnes. Quand on 'achète une enclume , on l'éprouve en passant sur la table un caillou qui doit scintiller vivement. Gomme il y a une manière de produire ce feu pétillant en donnant le coup d'une ou d'autre façon, l'acheteur doit faire lui-même l'expérience : on éprouve encore l'enclume en la sonnant , c'est-à-dire en frappant dessus avec un marteau s elle doit rendre un son pur et retentissant. Il arrive souvent qu'une enclume est dure dans un endroit et tendre dans un .autre : cet effet, qui a lieu lorsque la masse n'a pas été également chauffée partout lors de la trempe, est très* pernicieux et est la cause de déformations importantes, Si les endroits (tara se trouvent sur les quarres et vers les bigornes, l'enclume est sujette à s'écorner. Souvent même l'extrémité pointue peut être abattue d'un coup de marteau. Si* ces endroits sont suffisamment durs pour résister, il arrive assez souvent que le milieu.de la table est mou, et alors ce milieu s'enfonce et la. parfaite horizontalité de la table est détruite, et tous les forgerons savent qu'on ne fait de bon ouvrage que sur des tables exactement planes. Pour s'assurer fi les enclumes ont été convenablement trempées , ou plutôt si on les a fait revenir convenablement , car c'est plutùt de cette seconde opération que dépend la

oi i/armchiii. a^

bonté de l'instrument, on les tatera avec nne bonne lime neuve ou avec la pointe bien friande d'un burin de graveur. Dans une trempe bien revenue , la partie moyenne , le milieu de l'enclume est dur , les bigornes sont moins fermes. On tatera de même. à l'entour de la bigorne ronde pour s'assurer si l'acier est bien remployé par-dessous ; si cette bigorne était seulement aciérée en-dessus et qu'elle ne te fût point sur les côtés et même par-dessous, elle serait promptement déformée lors de fcmboutissement des viroles.

On voit, fi g. ai, une enclume posée sur son billot; a est la table, 6 l'œil dans lequel on passe la soie des tranchets #t des étampes, c le corps de l'enclume , d la bigorne ronde, t ta bigorne carrée, /"est- le billot de bois de bout. L'enclume est tenue sur ce billot par son propre po\da et par des -clous qu'on plante autour ; le billot deséfflcurele pied de recela me, afin qu'il soit loisible au forgeron d'y faire tomber les petites pièces eneore chaudes et d'y déposer les compas, poinçons, calibres et autres outils qu'il doit avoir sous la main pendant qu'il forge.

L'enclume doit être plaeée à portée de Ta forge ± mais pas assez prés pour £êner les raouvemeûs de l'ouvrier, elle ne aoit être ni trop élevée ni 'trop basse; nous ne donnerons pas la hauteur en chiffres , parce qu'elle dépend de la hauteur delà taille de celui qui s'en sert.

La bigorne est urie enclume plus légère que la pre* mière , ayant un long pied, et les deux' pointes beau-* coup moins camuses ; on eri fait des petites qui ne pèsent point une demi-livre, et des grosses de y 5 livres et même davantage, tous les nombres intermédiaires sont remplis; la bigorne o?e "l'armurier pèse de 17 à a5 kilog., il en aura en outre une petite de 1 à a kilog*. pour mettre sur l'établi.

Tout ce que nous ayons dit des qualités et des moyens d'essai de l'enclume se rapporte à 1a bigorne.. Ainsi qu'on le voit , fig. 2,3, la bigorne n'est point simplement posée sur le billot, elle est terminée p*r le bas par une soie qui «'enfonce dans le billot jusqu'à /W we» le lenitanent a ^oppose k une jhtroductr

30 v MÀWBEt

indéterminée qui pourrait occasionner l'écartement efc la rupture du billpt.

Le tas d'acier, fig. a3, n'est pas d'une nécessité absolue pour l'armurier; mais il lui est utile dans un grand nombre de cas, la table de l'enclume en peut tenir lieu; mais, souvent mise à l'épreuve d'un travail

Îiénihie, cette table se tient rarement rase et polie, et es ouvrages délicats ne sauraient s'y faire aussi bien que sur le tas, qui est un peu bombé sur son centre et on l'entretient d'ailleurs presque poli et exempt de toutes empreintes. Le tas sent spécialement à dresser des planches métalliques , opération qui se ferait difficilement sur l'enclume. * . •

Les tas sont sujets à être plus durs sur les oôtés qu'an centre, : -la raison en est facile à comprendre. Lors de la .trempe , et à l'instant de l'immersion , ces côtés anguleux sont refroidis bien plus promptement et- saisis plus parfaitement que le centre, vers lequel reflue la chaleur ; ce centre, refroidissant plus lentement, est moins dur; un bon tas est donc une chose rare, et l'ouvrier doit apporter toute son attention lorsqu'il s'agit d'en faire l'acquisition. Les tas trempés au robinet, ceux trempés à l'ordinaire , mais qu'un trempeur habile a su faire revenir convenablement en faisant foncer la couleur des angles, tandis qu'il garde le jauue au centre, doivent -être préférés, et c'est encore à l'aide de la lime ou du burin de graveur que l'acquéreur pourra le tâter et s'assurer de sa boht'é.

Ainsi qu'on le voit dans la figure, le tas est -terminé dans la partie inférieure par une soie qui entre dans le billot ; un épaule ment t. 'oppose à ce que l'outil fasse coin et s'enfonce indéfiniment dans ce billot.

Quelques tas ont un de leurs quatre côtés arrondi ; c'est une bonne précaution, on fait de ce côté les ployures qui ne- doivent point être à vive-arrête.

Marteaux,

19. La forme et le poids des marteaux dont l'armurier fait usage sont assez Variés ; cependant ils n'ont rien de bien particulièrement remarquable et qui s'éloigne de la forme des marteaux dont on se sert dani

DI t^AHUUBIBB. 3l

le* auties^professions, des marteaux à forger, des marteaux à river: nous avons représenté, fig. a4, pi. I r# , un marteau de forge ordinaire.

Tons les marteaux doivent être aciérés sur la tête et sur la panne. Ce que nous avons dit de la trempe des tas s'applique à la trempe des marteaux.

U y a des marteaux à panne, d'autres à traverses. l»a panne est la partie, amincie opposée à la tête qui est ronde, carrée, ou mieux, carré long; lorsque cette panne est tournée dans le sens du manche, le marteau prend Je nom dé marteau à traverse, les armuriers en font usage. Quant aux marteaux a ciseler, aux marteaux à bois, etc. , il est inutile d'en parler , tout, le monde le* connaît.

JUs Limes,

i3. "La lime est l'outil qui répare l'es erreurs du marteau , qui dresse et égalise les surfaces , qui façonne les contours, qui agrandit les trous ou entailles. 11 est rare que le forgeron,, quelle que soit son habileté, ne laisse 'quelque chose à faire à la lime. En armurerie toutes tes pièces sont limées, aussi un .armurier doit-il être bon limeur. On appelle ainsi l'ouvrier qui , dans un grand atelier, se sert spécialement de la lime. On est rarement bon forgeron et bon limeur à la fois ; le forgeron a la main trop fatiguée par la pesanteur du marteau : l'œil affaibli par l'aspect continuel du feu et du' fer incandescent, et le limeur doit avoir, l'oeil exercé et la main légère. Pour les pièces qui doivent être trempées , la lime est l'intermédiaire entre le marteau et la meule :, c'est donc un dés outils les- plus nécessaires.

Cette grande utilité de la lime est la cause de sa grande variété de formes. Comme on. l'emploie à toutes sortes d'ouvrages , il faut qu'elle s'approprie à chacun d'eux ; il y a donc une distinction à faire entre les limes.

Nous parlerons plus bas des râpes qui sont des limes a bois : quand on dit simplement Ume  cela s'entend des outils chargés d'opérer-leur effet sur les métaux. lies limes prennent de* noms differens , açlon leui forme et selon leur taitie.

Si MA5CU.

«Les limes se font, soit avec de l'acier, sojt avec du fer qu'on convertit ensuite en acier sur sa, superficie : opération qu'on nomme trempe en paquet, et qui, étant d'un usage commun dans l'art que nous décrivons, nécessitera un chapitre particulier.

Les noms provenant de la forme des limes sont : earreau, plaie, mi-ronde, ronde ou queue de rat y tiers point ou triangulaire, feuille de sqptle , à refendre, greiettes, rifleir.

Les noms se rapportant à la taille sont : rude, bâtarde, demi-doucê, douce ou fine.

On distingue dans une lime la lime*et la soie. La soie est la partie qui entre dans le manche : on a soin or» dinairement dépasser la soie au feu pour la détremper, ou du moins pour la faire revenir , afin de la rendre moins sujette à casser. •

Le carreau est. une grosse lime rude , taillée sur les quatre faces» affectant la forme de parallélépipède allongé, terminé en pyramide tronquée, il sert à dégrossir l'ouvrage , ( *'oy. fig. £>}• Cette lime est faite ordinairement en boa acier, parce que les ouvriers la font retailler lorsqu'elle a blanchi. Il y a aussi des carreaux d'acier de bas aloi ; mais alors ils sont trempés en paquet.

Le carreau est difficile à mener , vu sa pesanteur ; si on le fair supporter sur l'objet qu'on lime , il arrondit la pièce au lieu de la dresser : pour agir convenablement avec le carreau, il faut le maintenir dans une position horizontale et le pousser vivement dans cette situation.

La lime plate n'a point de dimension , ni de tajHe fixes. Quant aux dimensions, il y en a qui approchent du carreau, et l'échelle est suivie de six lignes en six lignes, jusqu'à celles qui sont moins longues que le doigt ; quant à la taille , il s'en trouve de toutes le* façons, à cette exception prés, que les plus petites ne sont que demi-douces ou fines , et plutôt fines, qu'autrement. Les grandes limes et les moyennes sont rudes, bâtardes, demi-douces ou douces, selon le besoin de l'acheteur, {Voyez fig. 44)*

Une lime plate bien faite doit être parfaitement droite et «voir une faible bombure sur cLacnn de ses

db l'abmoiieh. 53

côtés larges : ce qui rend la lime plan épaisse par le milieu que par le bout , un des côtés étroits est taillé, dans un seul sens, le quatrième côté reste ordinaire* ment sans taille : ce côté uni sert dans maintes circonstances, .lorsqu'on lime dans des angles dont oo ne veut atteindre qu'un côté. Lorsque les limes sont voilées, défaut qui s'est manifesté lors de la trempe» elles ne rendent uu bon 'service que du côté de la bombure , et en général elles sont rebutées par le» acheteurs. . -

La demi-rondfi, (Foy. ùg. 4*)., est également de toutes les dimensions et de toutes les tailles : on s'en sert peu.dansylcs tailles rudes. La demi-ronde est une lime commode , mais qui n'est que rarement d'une nécessité absolue , puisqu'on peut faire presque toujours, avec la. plate Ou la ronde» la majeure partie des ouvrages pour lesquels elle est employée* La demi-rendé est' sujette, a être voilée du côté du rond, le côté plat faisant le ventre : on doit les bomoycr en les achetant, pour les avoir droites, .on doit faire attention aussi à la taille sur les angles : c'est souvent par cet endroit qu'elles pèchent; ces tailles étant peu profondes, la lime blanchit promptement dans cette partie , et sont usage en est restreint. La demi-ronde est terminée) par une pointe plus ou moins aiguë. <

La queue de rat est une Kme ronde et affectant lav forme d'un cône très? allongé , on n'en trouve que trèspeu de rudes , les bâtardes sont moins rares ï depuis» quelque tems on en fait à taille Une qui sont très-» bonnes, mais sujettes à s'encrasser, attendu quelles? tailles sont seulement dans le «ens circulaire : en général, la taille de la queue de rat est pins grosse « à qualité semblable , que celle des autres limes. Cet outil est spécial, il ne sert que dans les trous et lea parties rondes où la demi-ronde ne peut passer , ( Voy* fig-45). " ' . •

Le tiers-point, fig. 3a , est une des limes, après la plate , la plus connue, et la plus employée ; sa • coupe offre un triangle éq'ûi latéral; on voit peu de gros tiers-points ; sa taille n'est jamais rude, elle est rarement bâtarde , presque toujours demi douce , quelquefois fine , mais toujours forte. Le tiers-point sert à

34 MÀHTTEL

affûter les scies , à limer dans les angles, ainsi que le* autres limes» et particulièrement. Cette lime a été parfaitement faite en Angleterre, et nous les tirions de ce pays ; mais, depuis quelques années, les tiers-points français ont acquis une haute réputation ; sans parler de ceux de rlaoul, qui surpassent tous les autres ; ceux de Schmidt et de Montmousseau jouissent d'une^uste célébrité. Le tiers-point nf étant pas un outil spécialement propre à l'armurier, nous n'entrerons dans aucun détail sur ce qui concerne cet outil intéressant.

La feuille de taule, fi g. 46 9 est une petite lime demidouce ou douce, mi- plate, coupant sur ses deux longs côtés ; elle sert a fendre les têtes des petites vis, à atteindre dans des parties peu ouvertes ; elle n'a pas la taille croisée ; le -milieu est marqué par une nervure qui se prolonge d'un bout jusqu'à l'autre ; les tailles sont à droite et à gauche de cette nervure en sens contraire.

La Ctmt à refendre , fig. 47 •> est large et très-plate ; il en est qui ont moins d un millimètre d'épaisseur sur deux centimètres , et même davantage, de largeur; elles servent à fendre les têtes de vis , et, en général , ainsi que l'indique leur nom , à faire des coupures profondes et peu larges dans le fer. La lime à refendre est un outil difficile à tremper et utile dans un grand nombre de cas.

On la remplace souvent par un morceau de lame de scie à métaux, qu'on pince entre deux joues en fer unies entre elles par des vis. On ne la laisse saillir que de la hauteur voulue ; elle prend alors le nom de stie à dossier, dosseret ou doûière, ou encore iime à dessiér*j parce au© c'est souvent un morceau de lime à refendre que 1 on insère entre ces deux joues : la fig. 48 en donnera Tidee ; elle a cela d'avantageux qu'elle est moins sujette a se rompre que la lime à refendre ; qu'elle facilite l'emploi d'une fime cassée , et qu'elle ne peut entrer dans la matière qu'autant qu'on lui a donné de saillie, ce qui est souvent nécessaire lorsqu'on ne veut pas dépasser une profondeur déterminée, on bien encore lorsqu'on tient à ce que le fond d'une rainure •oit parallèle à ses bords ; les joues forment alors um régulateur qui assure cette dernière condition*

ai L'iiMomism. 3$

Les grektUi sont de petites limes qu'on n'emmanche pas, et qu'on tient par une longue queuAerminée par un applatissement. Ces limes sont rarement de bonne qualité ; elles ne sont pas très-dures ; la taille n'en est point régulière ; on les trouve presque toutes demidouces et douces ; quant à la forme, elles ont toutes celles qu'on donne aux autres lime», et quelques-une* qui leur, sont particulières. Ces limes servent spécialement pour les découpures à jour, des pièces en enivre; elles coûtent peu, et on en fait ordinairement un grand assortiment. Les fig. yô et 71 représentent deux de ces limes.

Les rifloirs ou riflards sont des limes courbes, taillées par les deux extrémités, et qu'on saisit par le milieu» Ces limes sont ordinairement de bonne qualité et bien taillées ; leur taille la plus ordinaire est la bâtarde et la demi-douce ; elles affectent toute formé , mais de

Î)lus sont courbes sur leur longueur ; elles servent a bailler dans le» creux. On doit avoir un assortiment de ces limes, et ne les. employer que pour les ouvrages pour lesquels elles srfnt propres, le rifloir coùtaut, proportion gardée ., plus cher que la lime droite* Ce conseil n'est pas hors de propos ; parce que certains rifloirs se prêtent bien aux usages ordinaires. ) Voyi* fig. 71 , 73 , 74 , 75 et 76 ).

11 y a bien encore quelques limes de forme particulière que nous passons sous silence $ mais le besoin s'en fait rarement- sentir, et d'ailleurs , la communication entre travailleurs, qui est le j»lus' sûr des enseignemens, les fera connaître* . '

Nous ne dirons rien de la manière de tailler et de. tremper les limes , nous supposons que l'armurier les achètera toutes faites. On remarque, en gén* îalj que les limes qui sont d'uu gris blanc pur dans la partie non taillée qui a voisine la soie sont les meilleures ; c'est une preuve que l'acier a convenablement dépouillé, lora de la trempe, et que par conséquent il était dflbonne qualité. Quant à la taille, on doit aussi y faire attention lors de l'achat ; une bonne taitle est profonde , égale , inclinée ; La dent de la lime est grise', perlée, cendrée ; les angles sont vifs, sans brèches et sans endroits non taillés. On a de l'économie à payer un peu plus cher

une qualité supérieure , qui peut coûter un tiers ou un quart en s*, quelquefois moins, et qui dure deux et quelquefois trois fois autant qu'une lime de mauvaise qualité* "

Les Râpes,

i4* Il arrive bien qu'on se serve quelquefois de limes neuves pour dresser et adoucir le bois; mais ce n'est point à cet usage que cet outil est destiné ; lorsqu'on enVploie la lime daus ce cas, il faut avoir soin de la secouer de tems en tèms , [en la frappant contre on corps dur , ou en la brossant avec une brosse rude , ou mieux avec une brosse faite avec des fils de cuivre liés ensemble ? ainsi que les horlogers sont dans l'habitude de le faire*' La lime n'est donc pas propre à travailler sur le bois , et l'on a fait- des limes qui n'ont pas. d'autre destination : ce sont les râpes.

Cette espèce de limé sert pour lé bois , la corne , l'écaillé et quelques antres corps durs ; la taille n'est pas faite comme celle des limes à fer a l'aide d'un ciseau qui fart une coupure transversal» inclinée. On. emploie pour.l a tailler un poinçon ou burin triangulaire qui lève une dent pu écharpe pyramidale } ces dents sont placées sur une même ligne; la ligne suivante est en quinconce, et ainsi de suite. Les râpes sont faites en fer, trempées ensuite en paquet. L'armurier doit eu avoir de toutes les grandeurs et de toutes les formes. {^oyez fig. 34 , une râpe piate ordinajre. )

i5. "Uccoucmc est une râpe d'une autre, taille qui se rapproche davantage de celle des limes dont elle ne diffère qu'en ce qu'elle n'a qu'une-rangee de tailles qui ne sont pas croisées. Cette espèce de râpe sert à effacer les traits profonds que la, râpe à dents laisse dans le bois. On doit en avoir' de toute grandeur, de toute forme et de tailles diverses, grosses , bâtardes, demibâtarde^ Ces râpes sont en fer trempé en paquet pour la pluj^t - mais on en fait aussi en acier. ( Voyez fi g. 3i une écouane plate. )

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